The study reherseal

Je vous ai déjà parlé de Marika, à l’occasion du tournage de ses tutoriels de shibari et du tournage du film Planète Kinbaku qui se déroulait (en partie) en même temps. Et je vous ai certainement dit que, ce que j’aimais le plus chez elle, c’est son Étude de la Chute, dont elle a même été assez gentille pour me laisser utiliser un passage dans mon livre, à un endroit où cela faisait plus sens que jamais – l’endroit où la pose rejoint le shibari, en fait. L’endroit où j’avais envie de les lier.

Et là, elle va présenter une nouvelle version de la performance avec miss Eris qui y est associée, en première partie de la tournée d’Asaf Avidan. Dont une date… à l’Opéra Garnier, excusez du peu. Du shibari à l’opéra. L’un de mes rêves est sur le point de se réaliser.

Et, en fait, j’ai eu la chance de servir de modèles pour les répétitions, pendant trois jours. Mon dos vous dirait que ce concept de « chance » est tout relatif mais je suis maintenant en mesure de vous écrire que cette performance est aussi belle à voir qu’à vivre, et ça, c’est précieux.

Study on Falling Gorgone & Miss Eris + Marlène Schroers Live at Place des Cordes 03/11/17

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C’est précieux parce que mon émotion devant la pièce, qui jusque-là était très forte et teintée d’envie – « Je voudrais être dans ces cordes » -, est maintenant fidèle et éclairée. La vision de la performance ravive les souvenirs des marques qu’elle a laissées sur mon corps durant sa phase de préparation, et à la beauté du lien entre rigger-modèle-rigger, elle ajoute désormais ce que j’y ai ressenti.

Tomber dans les cordes, et m’y étendre, m’y étirer. Tester les limites de mon corps, ces mêmes limites que j’ai cessé d’explorer en photo. Parce que c’est ça qui se passe, en fait. Naguère, la limite était dans les cascades, les montagnes et la neige, mais la paix que ces dernières m’apportent n’est plus dépassement, et est nécessaire mais plus suffisante pour avancer. Un jour, on m’a soutenu mordicus que j’avais dit cette fameuse phrase au sujet de tester les limites de mon corps, que je ne me rappelle pas avoir prononcée, mais si je l’ai fait, ce que j’ai dit ne pouvait être que ça, et pas l’appel au sexe qui y avait été interprété. C’était un appel, mais il ne s’adressait pas à un autre être humain. Un appel à la vie, voilà tout.

La vie dans l’eau glacée d’un torrent de montagne qui vient frapper et caresser, tendre la peau et fouetter le sang. La vie dans la boue qui s’incruste dans les pores de mes pieds nus, dans la corne qui se forme comme un symbole de la capacité de nos corps à se réadapter, la vie dans l’écorce et les crocs de la neige et la fourrure d’un animal qui ne pourra être contrôlé. Et la vie dans les cordes qui enserrent, qui contraignent et qui protègent. La vie dans la confiance en les mains qui nous soulèvent et nous tordent et nous poussent et nous tirent jusqu’au point de rupture, sans jamais nous briser, et l’on s’aperçoit que le point de rupture était en fait un peu plus loin, et qu’on vient de découvrir toute une zone à explorer. La vie dans la proximité et la promesse de cette cassure et dans sa fuite simultanée. La vie dans ces instants suspendus où l’on commence à penser que c’est trop, que l’on ne tiendra plus, que l’on va devoir demander à descendre… dans ce moment précis où l’on se laisse un peu plus tomber, un peu plus profondément, à l’intérieur de soi-même. Et où l’on décide de rester.

Les cordes, qui semblent nous enfermer  à l’oeil du spectateur, conservent intacte notre cohérence interne. Peut-être que, si je me détendais assez sans les cordes, je me répandrais. Peut-être que mon énergie s’en irait ailleurs. Mais la corde la maintient là, avec moi, dans mon corps, et me force à goûter cette intensité sans la fuir. Toujours complète. Peut-être que c’est trop insupportable d’être vivant au point d’en mourir.

Peut-être que c’est pour ça qu’on utilise ça pour aller plus loin dans la vie.

Mon corps, repoussé dans ses derniers retranchements, finit par exploser en couleurs, en sensations, en hormones. Et par submerger mon esprit. Et par s’ouvrir, laissant mon esprit l’envahir à son tour. Il lâche prise. Ils lâchent prise l’un sur l’autre, et enfin, ils commencent à communiquer ensemble.

Force-moi à me regarder en face. Empoigne mes cheveux, tourne mon menton vers le miroir. Je vis, et je vivrai. Montre-moi. Montre-moi parce que sinon je fuirai.

Et je ne veux plus fuir alors je te demande de m’aider.

Mais prends garde ; parce que si je peux m’agenouiller devant toi par plaisir, jamais je ne m’inclinerai devant qui que ce soit par nécessité.

Voilà qui je suis ; voilà où je suis.

La belle douleur, qui n’est pas de la douleur, et l’émotion physique, et la sensation mentale.

L’abandon, et le retour.

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Publié par

Florence Rivières

"Hold my tea." • Autrice, comédienne, modèle et photographe.

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