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Shall we rise

Internet,

Tu sais, je pense, que tout ce qui vit est, par définition, amené à changer. Ce qui est drôle avec toi c’est que tu gardes trace de toutes ces étapes. Parfois, on se dit qu’on s’en passerait bien. Tes pages oubliées sont autant d’empreintes irrévocablement figées de fragments de ces personnes que nous avons été. À moins d’un grand ménage, qui est le terme poli pour « censure historique », les adolescents, les jeunes adultes que nous avons été resteront là, en suspens, accessibles. Parfois ce sera la redécouverte d’un vieux blog qui nous fera passer une nuit entière à rire aux larmes, parfois les empreintes de cette même époque nous serreront le coeur et nous nous sentirons désolés pour les êtres humains peints ces moments-là. Parfois même, nous nous sentirons en colère contre nos anciens « nous », en perdant de vue que c’est tout de même eux qui nous ont amené là où nous sommes.

À qui nous sommes. Et ce sont eux, autant que nous, qui iront vers qui nous seront amenés à devenir.

Il y a eu toute une période de ma vie où je me suis définie comme n’étant pas féministe. Je ne pouvais pas être féministe puisque j’étais pour l’égalité entre tous les êtres humains. How ridiculous is that ? Si tu es pour l’égalité tu es obligé d’être féministe. L’inverse n’aurait pas de sens. Mais c’est l’un des arguments marketing employés par le patriarcat pour nous convaincre de fermer la bouche, de faire taire nos voix, et d’endurer cette boule qui alourdissait, de plus en plus, nos poitrines. Endurer, comme s’il n’y avait pas d’autre moyen, pas d’autre voie. Endurer jusqu’à en crever. On a tellement répété que les féministes étaient de hideux êtres humains voulant couper les couilles aux hommes, et non au patriarcat, que les femmes se sont mises à le croire. Je ne suis pas féministe, mais, est devenu un début de phrase obligatoire pour qui voulait essayer de s’exprimer dans l’espace public. On nous a dit qu’on se trompait de combat. Qu’il y avait pire ailleurs. Qu’on avait le droit de vote après tout.

Nivellement par le bas, je crie ton nom.

On nous a même dit, individuellement, que nous, on était cool, qu’on n’était pas comme les autres femmes. Combien de fois ? C’est vieux comme la politique. Divide ut regnes. Et ça a marché. On s’est mises à s’entre-déchirer, et même entre féministes, on avait des débats interminables sur qui était une bonne ou une mauvaise féministe, qui était une bonne ou une mauvaise militante, alors qu’on aurait pu consacrer ce temps et cette énergie à essayer de changer le monde.

Récemment j’ai repris cette blague de Stargate arrosée à la sauce militante. Un vegan, un zero-waste et un macrobiotique se retrouvent sur une planète neutre. la tension monte vite. Les yeux du vegan brillent. Le bec du zero-waste scintille. Et le nez du macrobiotique dégouline. Lequel a raison ? Lequel se trompe de combat ? Les trois. Ce sont juste trois personnes qui vont prendre le même problème par des bouts différents, mais à la fin, elles se rejoindront au milieu. C’est du moins ce que j’espère, parce que ça voudra dire qu’on l’aura gagné ce monde dont on rêve tous.

Alors tu vois Internet, avec Mathilde Aimée, nous avons décidé de retranscrire nos prises de conscience que oui, on est féministes, et oui, on a le droit d’exister et de taper du poing sur la table en actes. Ça va de répondre au harcèlement de rue dans le métro à essayer de sensibiliser les consciences. Et pour ça, on a décidé qu’on avait besoin de notre plate-forme. On aurait pu rejoindre une des plate-formes existantes, mais on avait besoin de le faire comme ça. On avait besoin de notre voix.

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Notre voix, celle qui s’adresse au monde sans passer par nos blogs personnels. Notre voix, consacré au combat de celles qui luttent pour leurs droits, de celles qui élèvent la voix. Et pour celles qui n’osent pas encore le faire, ajouter à cette grande sororité ne peut qu’être un encouragement à élever, elles aussi, la voix. On a choisi la pluralité pour à la fois sortir nous-même et faire sortir les autres de cette fichue caverne.

On est féministes, bordel de merde. Tu entends, Internet ?

C’est acté depuis un moment pour nous, mais voilà, on ne l’avait pas inscrit dans ta chair. Pas encore. On n’avait jamais dit, aussi haut et fort, à quel point nous le croyons, à quel point nous le voulons. Maintenant, c’est fait. On a décidé qu’on avait besoin de notre site, et on a décidé qu’il serait un cri de guerre. Shall we rise. Comme le dit souvent une amie, la honte doit changer de camp. Aujourd’hui, nous contribuons à libérer la parole des opprimées, des timides, de celles qui doutent, de celles qui se soutiennent. De celles qui se battent. De celles qui se conscientisent. De celles qui osent revendiquer.

De celles pour qui baisser les yeux n’est plus une option.

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Clique sur l’image pour accéder au site, copain d’internet !

Je suis vraiment contente de vous montrer enfin ce site, parce que c’est un projet qu’on a depuis environ cet hiver, et qu’on a donc forcément écrit des articles en amont du lancement… dont certains qui dorment depuis quelques mois. « Le monde aura toujours besoin du féminisme dans quelques mois », m’a dit Mathilde… et ça n’a pas loupé, à ma grande déception. Mais bref, je me permets d’ores et déjà un peu de teasing : il y a de l’analyse, des notions de philo, du témoignage, du billet d’humeur, un peu de critique (même si ça, c’est plus sa partie), et surtout de l’amour.

La culture du viol, milieu naturel du prédateur ?
Ces femmes qui reproduisent le sexisme ambiant
Critique de la saison 3 de Broadchurch
Et si on arrêtait de jouer à cel•ui•le qui a le plus gros complexe ?
La fin des croyances

Et vous pouvez toujours lire ce que j’écrivais de féministe sur ce blog jusqu’ici, .

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