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La COSconférence

Comme je vous le disais tantôt, lors de la convention du costume, j’ai été invitée par Fanny et Fenriss à dire quelques mots sur la pose. J’avais eu du mal à orienter mon speech, me demandant ce qui pourrait rendre cette conférence intéressante pour spécifiquement des personnes fréquentant les milieux costumés au sens large, c’est à dire reconstituteurs, GNistes, cosplayeurs…

Alors j’ai réfléchi. Je ne trouvais pas quoi dire, j’avais envie de m’enfuir dans la forêt, j’ai voulu poster des GIF sur internet, j’en ai cherché un avec une personne qui courait les bras en l’air, je n’ai pas trouvé, et j’ai fini par trouver que je voulais commencer en parlant de l’impact… du costume.  À partir de là, je me suis assise au Dernier Bar avant la fin du monde qui est un peu en train de devenir mon bureau, et j’ai écrit.

Ensuite, mon texte était trop long pour ma demi-heure et je suis passée de « Je n’ai rien à dire, ça va être nul, les gens vont s’ennuyer » à « C’est trop long, ça va être nul, les gens vont s’ennuyer ».

Forcément.

Bon et en fait ça a été. Je veux dire, on voyait que je ne suis pas à l’aise avec le fait de parler en public, et je ne m’en suis d’ailleurs pas cachée, mais j’ai l’impression d’avoir couvert ce que j’avais à dire (avec la frustration évidente due au fait de vouloir repartir dans tous les sens), les gens du public ont été adorables, l’un d’eux m’a même demandé si on pouvait s’en servir pour donner de l’élan à un pigeon – ce qui m’a, je ne plaisante pas, été d’une grande aide, donc si tu passes par là, merci à toi -, et en fait à la fin j’étais contente d’être venue.

Wopurée #stress #canwepanicnow #envraicestfini #cosconv

Une photo publiée par Florence Rivières (@sirithil) le

D’ailleurs regardez tout le monde avait l’air bienveillant. Quelqu’un a même dit des choses gentilles sur ma conférence sur son blog. J’ai même décidé d’assumer, tellement que si vous descendez un peu dans cet article vous trouverez la vidéo (une partie, ça a coupé une bonne part des questions), et encore un peu plus bas, le texte que j’avais écrit, tel quel. On notera que j’avais écrit directement sur un style oral et, pire, que j’avais prévu certaines de mes blagues. Mais pas toutes, et notamment pas mon imitation d’Anaël Verdier à 4:30.

 

 

En ce qui concerne la pose en costume spécifiquement, vous pouvez être amené•e•s à organiser des séances photo spécialement avec des photographes, mais aussi à être sollicité•e•s directement par des photographes lors d’événements costumés, comme ici, les journées grand siècle, des conventions…, et on va voir que ce n’est pas la même chose.

Globalement, les conseils que je vais donner peuvent s’appliquer à l’un ou l’autre cas, mais lors d’événements c’est quand même davantage une ambiance « Débrouille-toi pour être bien sur la photo ». Bon. La première chose, c’est de vous demander pourquoi vous souhaitez vous faire prendre en photo. Pas pour vous demander si c’est légitime, parce que ça l’est, mais parce que vous n’utiliserez pas les mêmes moyens pour remplir les mêmes attentes et que vous penserez votre séance photo différemment. Est-ce que vous avez envie d’une belle photo de profil à mettre sur Facebook ? De montrer votre travail de costumier•e (J’imagine qu’il y en a) ? De conserver le souvenir d’un moment ? De créer une image artistique ? Moi, je sais qu’en tant que modèle photo je suis paradoxalement accro à un point qui touche au fétichisme aux photos backstage et souvenirs, et que j’ai besoin d’être une personne totalement différente dans l’un et l’autre contexte pour que l’image me fasse plaisir.

Dans la préparation d’une séance (ou d’une sortie d’ailleurs), je n’ai pas envie de vous donner un cours de maquillage ou de choix des matières ou vous faire l’affront de vous rappeler de bien mettre un jupon sur vos paniers parce que ce n’est pas ma place, mais en général en photo on n’aime pas trop les choses qui brillent, peaux comme vêtements. Il y a des exceptions, mais c’est plus difficile à gérer pour le photographe, et on a envie que notre photographe soit heureux. Également, je préconiserais à celleux qui ne maîtrisent pas totalement l’art du maquillage et qui devraient néanmoins se débrouiller seul•e•s d’en faire le moins possible. Un teint bien poudré c’est ce qu’il y a de plus important, et c’est bien plus facile de vous mettre en valeur si vous n’avez pas trop chargé en matière et en couleurs au préalable.

S’agissant de la pose à proprement parler. Un écueil qui peut se présenter très rapidement quand on pose en costume, c’est de se laisser « manger » par le costume. En quelque sorte, de faire non pas une photo de vous en costume, mais une photo du costume et il se trouve que vous êtes dedans. C’est normal. Le costume est particulier, potentiellement imposant, alors que vous vous côtoyez vous-même tous les jours. Et on a souvent tendance à se cacher en photo quand on n’a pas l’habitude de poser parce qu’on n’assume pas forcément d’être dans une position où on se met en valeur. Mais vous pouvez vous mettre en valeur ET mettre le costume en valeur, et même que le costume sera mieux mis en valeur si vous acceptez de vous mettre vous-même en avant.

Donc, détendez-vous. Laissez-vous imprégner par votre costume. En plus, si ça se trouve vous êtes dans un château ou un lieu chargé d’histoire. Tout ce que vous avez à faire, c’est absorber l’énergie de votre environnement, ce qu’il vous évoque, et le renvoyer dans l’objectif assorti de votre propre présence. Le costume, quand on ne s’en sert pas pour se cacher, est une aide formidable parce qu’il porte en lui-même toute une mise en scène préexistante. Il vous cadre, et vous n’avez plus qu’à vous autoriser à exister avec ce cadre. Pour vous inspirer davantage, vous pouvez aller dans des musées, regarder des tableaux, voir comment les peintres de l’époque représentaient leurs personnages, mais poser de façon naturelle c’est vraiment de l’ordre du feeling. Vous pouvez vous raconter une histoire dans votre tête, mais essayez autant que possible de ne pas le faire avec des mots et des pensées formelles, mais plutôt de ressentir les impressions que vous auriez si vous la viviez, ce qui déplacera votre imagination de votre tête à votre corps. Et jusqu’à preuve du contraire on pose avec son corps.

Il faut garder votre corps en tension. Pas crispé, mais en extension permanente. Ça ne veut pas dire que vous devez cambrer le dos et bomber le torse en permanence, attention ! On peut très bien être en extension dans les muscles tout en adoptant une position rentrée, fermée, qui peut être très expressive et très esthétique. Mais le fait est que votre pose doit être dynamique et engager tout votre corps pour fonctionner, même vos jambes qui sont cachées sous votre crinoline. La colonne vertébrale déliée, ça vous permet de garder la technique dite du « cou de pigeon » pour éviter les plis disgracieux, d’être mobile au niveau des épaules, qui enverront un message totalement différent, et de puiser assez de confiance en vous dans votre posture pour ne plus être tenté•e•s de vous cacher. C’est gratuit. Une fois que vous avez fait ça, que vous êtes en énergie et que vous habitez vraiment le costume – je pense aux cours de la Comedia Del Arte où on parle d’ « Allumer le masque », ça se rapproche énormément – vous pouvez vous positionner en faisant toujours partir vos mouvements de votre centre moteur. Ça n’a pas de sens de vous placer, de vous couper du mouvement, puis de bouger juste un bras. Donc vous avez besoin de rester en énergie entre les poses. Et, oui, c’est pour ça que poser c’est physique. Pour tricher un peu et renforcer cette impression de dynamisme, vous pouvez poser un peu de trois quarts, pas tout à fait de face, ça donnera l’impression que vous êtes au milieu d’un mouvement. D’ailleurs, vous devez être au milieu d’un mouvement. Si je m’assois sur une chaise, je continue à être en train de m’asseoir tout le temps que je passe sur ma chaise. Au moment où je me considère en position arrivée, je perds mon intention. C’est fatal.

Dans la pose, vous utilisez votre énergie et vos sensations pour vous placer, mais une « bonne pose », c’est plus complexe que le fait de se mettre dans une bonne position. Il y a un jeu de regards et d’intéractions qui se noue entre le modèle, le photographe… et la lumière. Donc ça veut dire que vous devez vous laisser influencer par la façon dont votre corps réagit à ce que vous voulez exprimer, à l’endroit où est le photographe (comment cadre-t-il ? est-il en face de vous ? En contre-plongée ? En plongée ?) et à la façon dont la lumière vient se poser sur vous. Est-ce qu’elle est zénithale, est-ce qu’elle vient plutôt de côté ? Est-elle dure ou plutôt atténuée ? Quelles ombres est-elle susceptible de faire tomber à quels endroits de mon corps ? Typiquement, si vous posez en extérieur en plein midi, vous aurez des ombres très dures et je préconise d’ailleurs de vous déplacer à l’ombre ou d’essayer d’inventer un léger contre-jour, alors qu’un ciel nuageux vous laisse un peu plus libre parce qu’il diffuse la lumière. Et ça, on aime.

Sur le visage : on a déjà parlé de l’expression et de la position du cou, mais sur un aspect purement technique, si vous avez le regard vers l’objectif, c’est bien de regarder un peu plus haut, à la naissance des cheveux du•de la photographe, pour avoir les yeux bien ouverts et qu’ils prennent la lumière. Également, lever légèrement la tête vous permettra d’esquiver les fameuses ombres qui tombent pile sur vos cernes et vous donnent l’air d’être allé•e à une zombie walk alors que c’est Downton-sur-mer. La lever légèrement de biais par rapport à l’objectif joindra l’utile à l’agréable en évitant de montrer l’intérieur de votre nez. Et, pour détendre votre visage, n’hésitez pas à y aller de quelques grimaces entre les prises. Si vous êtes sur la même pose depuis un moment et que vous sentez que vous êtes en train de vous figez, répétez le mouvement pour en retrouver la sincérité. Et cessez de vous excuser d’être là. Je vois des tas de photos de gens contents d’être en train de faire une belle photo d’eux mais qui ne veulent pas qu’on se dise qu’ils se prennent au sérieux et qui ont ce petit demi-sourire ironique qui dit « oui, bon, je pose, mais franchement ce n’est rien, c’est pour la blague ». Et même si c’est important pour vous ? Quel est le problème ? Autorisez-vous à vous prendre au sérieux le temps de quelques photos !

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2 réflexions sur “ La COSconférence ”

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