I shall only be a little taller

Je suis un renard. Tu sais ce que ça veut dire. Ça veut dire que souvent j’ai besoin de reculer, d’espace, de couper les liens pour ne pas les sentir m’oppresser. Ça veut dire que ceux qui ne sont pas comme moi ne le comprennent pas toujours. Ça veut dire que j’ai besoin de défendre ma propre indépendance bec et ongles et griffes et crocs surtout, parfois contre ceux qui me veulent du bien – en réalité me faire admettre qu’ils savent mieux que moi ce qui m’est bien. Ça veut dire que régulièrement je dois me laisser partir de la vie des gens pour le bien de tous et surtout le mien. Ça veut dire que je suis obligée de m’habituer à ça parce que si je ne le faisais pas, je m’y accrocherais ou je les laisserais, eux, s’accrocher – et je perdrais de moi. Je l’ai déjà fait. C’est inenvisageable.

Si j’aime autant prendre les cicatrices en photo c’est peut-être que j’ai cessé il y a longtemps d’accumuler les miennes sur la peau, mais qu’elles arrivent encore à l’intérieur. J’ai toujours eu une certaine attraction envers les personnes capables de sentir ça – qu’il m’a fallu combattre en acceptant d’écouter mon instinct parfois. De fuir quand il le fallait.

Il a fallu que j’apprenne tellement de choses. À entendre ce que je ressentais. À comprendre ce que je voulais. À oser le formuler. À dire je. À admettre que j’avais le droit de vouloir ce que je voulais, que c’était me respecter que d’essayer d’y arriver. À oser penser que j’avais le droit à ce respect-là.

Aujourd’hui je me permets d’écrire, de jouer, j’ose faire toutes ces choses imparfaites qui me caractérisent et qui sont un peu plus abouties, un peu moins titubantes à chaque fois. Je me rappelle de chaque pas – je me rappelle des galères. Je me rappelle des amours incertaines qui me retenaient. Je me rappelle avoir fait le choix de la solitude et pourquoi – Je me rappelle de chaque moment où je me suis sentie alignée avec moi-même, et surtout du premier.

Il a aussi fallu que j’apprenne à demander de l’aide, et cette histoire je n’ai pas besoin de te la raconter parce que tu la connais déjà. Un jour, certainement, tu la croiseras au détour d’une autre. Tu souriras et tu ne diras rien – tu n’en auras pas besoin. Il a fallu que je décide de vivre et pour ça la première chose dont j’avais besoin c’était de me sentir vivante.

… Tu les vois ? Tous les détours ?

Bien sûr que tu les vois. Tu les connais par cœur et toi aussi ils te font rire.

C’est drôle tu vois parce que dans la liste des choses que j’ai décidé que j’étais il y avait ça. Foncer dans la peur, au-devant de la peur. Que maintenant j’avais assez de courage pour les dire, les choses belles, les choses importantes, tout de suite, et… tu parles. Je dis les choses, oui. Deux siècles et demi après. Deux fractions de secondes et demi avant de désamorcer ma propre émotion et surtout celle qui pourrait naître en face par une blague, ou une référence d’histoire de la philo, le plus souvent une blague qui est une référence d’histoire de la philo.

Je ne sais pas plus ce que tu peux être en train de ressentir que je ne te réponds quand tu me demandes ce qui me fait rire comme ça. Mais je profite de ces moments où je suis en train de basculer d’un équilibre vers un autre et du fait de savoir, avec clarté, ce que j’ai envie de te dire.

Je suis heureuse de te connaître parce qu’ainsi je sais que je ne suis pas seule, qu’il y a des gens capables de changer les mondes et de vibrer avec ce que nous sommes. Des gens avec assez de courage et de résilience et de bienveillance pour réussir à changer leur vie, degré par degré, et celles des autres avec.

Il y a des jours où je suis amoureuse de toi et il y a des jours où tu es comme une sorte de frère jumeau. Il y a des jours où je te trouve magnifique et incroyable et d’autres où j’ai envie de te serrer très fort contre moi en te disant que tout va bien, que ça va aller, je te le promets, et la plupart des jours ce sont ces deux choses en même temps et d’autres encore. Tu me rends radieuse et vulnérable et plus vivante quand on interagit et il y a des jours où je te désire et d’autres où tu incarnes cette certitude que tant que tu existes dans le monde et que tu te tiens debout, alors il n’est pas si pourri que ça. Et je soupçonne que si j’oscille ainsi entre les termes, c’est juste parce que je n’en ai pas encore inventé qui fonctionne pour toi. Mais peu importe au fond. On n’a pas besoin de ça pour savoir ce qu’on est l’un pour l’autre.

Et je t’ai dit tout ça, avec simplicité faute de termes précis. Je te l’ai dit à toi – seul parmi trois, une seconde fois. Tu es celui à qui je reste, peut-être. Nous verrons.

Et toi aussi tu as raison là-dessus : je vais grandir. Je pars grandir encore.

Et quand je reviendrai je voudrais qu’on se connaisse encore mais je ne peux pas m’en assurer.
Parce que m’en assurer, ce serait me condamner.
À ne pas bouger. À ne pas changer. À ne jamais devenir moi-même.

Et à quoi ça me servirait de rester à ta portée si tu n’as jamais l’occasion de me rencontrer ?

Merci de m’avoir aidée à devenir cette personne qui part, non pas sans un regard, ni malgré ces regards en arrière, mais en paix avec eux.

Parce que je ne sais pas où je serais si un seul paramètre avait été différent ce jour-là dans cette chambre d’hôpital, je ne peux pas savoir ce qui aurait été – maybe I would have been just fine – mais je sais quel a été ton impact sur ma vie depuis.

Et il est presque aussi précieux que tu l’es.

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