Hit me again

En fait j’ai cette image en tête depuis une dizaine de jours. Elle ne me quittait pas mais je n’avais pas mon trépied. Ce soir j’ai décidé que je m’en fichais. Entretemps c’est presque devenu de circonstances. Mais je ne veux pas parler du monde. Pas aujourd’hui.

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C’est marrant, j’ai toujours voulu écrire, et chaque fois que j’ai quelque chose à sortir, un  je ne sais quoi de pudique me retient, comme si au milieu de toute la masse des blogueurs, essayistes, auteurs que nous donne le marché je n’avais pas ma place. Comme si quoi que j’aie à dire quelqu’un d’autre l’avait déjà dit, et mieux. Comme s’il n’y avait pas besoin de moi. C’est sûrement vrai. Ca ne me rend pas moins légitime que toutes les autres fourmis de cet univers. Je ne me suis jamais vraiment demandé d’où ça venait, cette attitude. Un jour ça m’a sauté en pleine gueule. Toute mon éducation m’avait préparée à être cette personne qui, ayant envie de faire quelque chose, ne le fait pas. Tout au long de notre enfance, on nous apprend désormais non pas à réussir, mais à gérer l’échec; à agir même en fonction de notre échec à venir. J’ai ainsi passé un bac S parce que « ça ouvre davantage de portes » (grande légende de la fin du XXème siècle), puis été encouragée à me tourner vers des secteurs « où il y a du travail », comprendre: beaucoup de places accessibles, comme ça quand les meilleurs auront raflé les places qui leur reviennent de droit, il restera quand même des miettes à la personne moyenne que je n’aurais pas manqué de devenir, été écartée des activités où tu te mets en avant, parce que tu comprends « faire du théâtre c’est prétentieux » et « on ne peut pas être doué en tout ». Résultat on est en 2015 et ça fait à peine un an que j’ai plus ou moins commencé à accepter qu’il était légitime de ma part de suivre des cours et même de vouloir travailler. Ce qui nous fait beaucoup de temps perdu à s’efforcer de ne surtout pas vivre.

On n’a pas envie que nos enfants soient ambitieux. Notre société condamne la prétention. Revendiquer nos désirs c’est mal. Vouloir se mettre en avant c’est mal. Prétendre qu’on a de la valeur autrement que par nos diplômes c’est trop subjectif, donc illégitime. Et puis viser trop haut c’est prendre le risque de chuter. Encourager les êtres humains à viser les étoiles c’est passé de mode. « Je trouve ça admirable, bien que dangereux en vérité; vous les incitez à faire oeuvre d’artiste mais lorsqu’ils se rendront compte qu’ils ne sont ni Rembrandt ni Shakespeare, alors ils vous en voudront », on le disait déjà dans Dead Poets Society, et c’est pire de nos jours. Bullshit. Tout le monde peut être ce qu’il souhaite être. Il suffit de le décider.

C’est vrai, le monde va mal, alors que veulent tous les parents du monde pour leurs enfants, sans exception? La sécurité. C’est évident. Et mortel. La sécurité, à mes yeux, c’est comme une drogue légale, comme une béquille ou un médicament: tu penses que tu en as besoin, que tu ne peux pas te construire sans elle. Tu la désires parce que tu penses qu’une fois que tu auras ça, tu auras une base saine, durable et équilibrée pour faire tout ce dont tu as envie. Mais la vérité c’est qu’une fois que tu te sens en sécurité, le risque que tu cours, c’est d’en devenir avare. La sécurité, une fois que tu l’as, tu ne veux plus t’en séparer. C’est elle, en un sens, qui t’a. Tu t’y accroches comme si tu en avais besoin, sans te souvenir comment tu faisais avant. Et au final tu en deviens incapable de te mouvoir sans elle. Tu crois avoir trouvé un trophée mais tu te fais parasiter par lui.

Affronter ses peurs, c’est sortir de la sécurité. Je n’ai jamais eu peur du monde physique. L’univers, d’une main je le prends. Non, ce qui me fait peur ce sont les êtres humains. Leur capacité à se haïr, leurs faiblesses, leurs jugements. Ma profonde incapacité à les comprendre. A me comprendre, parfois. Alors j’ai décidé que je me moquais de prendre des coups. De tomber. D’entendre des remarques bien-pensantes. De courir le risque de ne pas savoir de quoi serait fait demain. J’ai réalisé que je voulais essayer. Marcher pieds nus. Escalader des cascades.

Je n’écris toujours pas mais au moins je commence, un peu, à jouer. Quand, à l’intérieur, les choses se seront mises en place, je serai prête.

Hit me again.

Publié par

Florence Rivières

Autrice, comédienne, tête de mule. Aussi modèle, photographe, couteau suisse. Troubadour, hippie, féministe. Et d'autres mots encore.

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7 réflexions au sujet de « Hit me again »

  1. Ce était une excellente lecture et bien traduit en anglais, nos pays (France et États-Unis ) ont été dans un mauvais semaines . Je espère que les choses vont bien pour vous en 2015. Vous êtes de loin le meilleur femme regardant sur ​​Zivity (à mon avis ) . Vos derniers ( timides ) photos étaient super aussi .

    (English) That was an excellent read & well translated to English, our countries (France & USA) have been having a bad week. I hope things go well for you in 2015. You are by far the best looking woman on Zivity (in my opinion). Your last (shy) pictures were great also.

  2. Joli texte, comme bien souvent avec toi! Pour ce qui est de la compréhension des autres et de soi-même, et en particulier pour l’acceptation de ses différences de fonctionnement et de ressenti, je te conseil de te pencher sur la théorie du MBTI. Ca donne un éclairage précieux sur la façon dont fonctionne les autres, et permet de comprendre pourquoi on a l’impression d’être si différent d’eux.

  3. Bonjour, demoiselle… je ne te répondrais qu’une chose : voici la phrase devenue mon moteur, mon leitmotiv, ce qui nourrit mon essence, qui est de rêver et donner à rêver:
    « Le destin est ce que l’on en fait »
    Et rien, ni personne, n’a quoi que ce soit à dire sur ce qu’on décide de faire de notre destin. L’échec ou la réussite, on se les carre dans le fion et on avance, rien à foutre de savoir ce que cela coutera, car il n’y a qu’une seule personne qui décide du prix qu’il est prêt à payer, et qui le paiera, et avec la monnaie encore : nous-même.
    Nous sommes notre pire juge, et notre plus efficace bourreau. Mais le jour où nous en prenons conscience, nous réalisons alors que nous sommes notre plus grand espoir, et notre plus fort moteur. Nous sommes notre destin. Et nous en faisons ce que nous décidons. Nous seuls.

  4. J’ai la vingtaine et des poussières, je fais des études en grande école et tes mots m’ont figé. J’écris beaucoup aussi, pour dépoussiérer mes colères, mes craintes, c’est un exutoire à ne pas rejeter, qu’importe la valeur de tes mots aux yeux des autres. Tes mots m’ont figé, parce que je suis figée dans la même appréhension de l’inconnu, alors que je voudrais plonger à corps perdu dedans. Mais derrière moi, s’agrippe, tenace, l’utopique (selon notre société comme tu le dis si bien) sécurité.
    Simplement : Merci.

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