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Hery Luck, tournage et kinbaku

L’article d’aujourd’hui est un peu particulier, attendu que je compte à la fois vous raconter ma vie et partager des réflexions que j’ai eues.

Donc, il y a quelques semaines, Alex Bakushi m’a appelée pour me parler d’un projet de clip (de rap) pour lequel il avait été sollicité. L’artiste, Hery Luck, avait écrit une chanson parlant… de shibari. Il était donc question de réaliser un clip contenant du shibari. La chance a voulu qu’il existe dans le monde (et l’entourage d’Alex) une jeune fille qui soit à la fois comédienne, modèle de shibari et dont le physique convienne à la prod : c’était moi.

Donc je suis allée au studio rencontrer l’équipe, et j’ai basiquement passé la journée à me faire attacher. Le fait est que la chanson était plutôt bonne, ce qui est rassurant dans la mesure où elle nous est restée dans la tête à tous, et surtout, assez juste bien que son auteur ne soit pas lui-même pratiquant de kinbaku. En bonne féministe et militante pour la démystification de cette pratique, j’ai apprécié d’y entendre parler de consentement, de lâcher-prise, et même du sub-space, pas en ces termes bien entendu, mais les notions essentielles étaient présentes, et ça m’a fait plaisir.

Là où c’était une expérience conceptuellement intéressante, c’est que j’ai mêlé deux pratiques qui ont un impact fort dans ma vie : le jeu et le fait d’être attachée. Les deux requièrent du lâcher-prise, mais nettement pas le même degré ni de la même nature. Cela m’a ramenée à une conversation que j’avais dernièrement avec un autre attacheur : mes premiers contacts avec l’univers du shibari, il y a bien des années, se sont faits dans le cadre de séances photo avec des photographes, où donc l’aspect esthétique était essentiellement ce qui était recherché. À cette époque, même attachée, même suspendue, je ne lâchais jamais plus que lors d’une séance photo ordinaire. J’étais toujours en contrôle de la moindre de mes sensations, et dans une approche finalement très technique de la pose. Puis, j’ai découvert la place des cordes il y a peut-être deux ans, et avec elle les autres intérêts du shibari : l’aspect érotique, le plus médiatisé, de la chose ne m’avait évidemment pas échappé, mais découvrir la façon dont je le pratique aujourd’hui et qui se rapproche d’une forme de yoga à deux ou de méditation a été une révélation. L’échange entre rigger et modèle donne corps à une véritable forme d’intimité, que je pourrais à nouveau rapprocher de certaines séances photo particulièrement réussies, mais avec une notion de confiance mutuelle bien plus poussée, et la charge de l’action largement plus sur l’attacheur que sur le modèle.

Le jeu, lui aussi, m’a ramenée à la pose d’une façon inattendue, en ce que mon approche de la pose consister à jouer sans paroles. Néanmoins, le cerveau ne s’éteint pas dans le jeu ou la pose comme il peut le faire dans les cordes. Le fait est que le shot d’endorphines délivré pour résister à la pression des cordes lorsqu’on est en suspension libère des émotions qu’on n’a pas l’habitude d’assumer en public, et que la pratique du kinbaku joue également en grande partie sur cette notion de gêne. Cela dit, l’étrange, ce n’était pas tant d’avoir un public que d’avoir à intéragir avec ce même public alors même que j’étais dans les cordes, une position où le seul canal de communication que je suis habituée à avoir circule entre l’attacheur et le modèle – moi en l’occurrence.

Ça m’a fait vraiment plaisir d’avoir cette expérience, parce qu’elle m’a permis de réellement formaliser la différence entre deux pratiques que je classe dans ma bibliothèque d’arts méditatifs personnelle : les cordes d’un côté et la pose / jeu de l’autre. C’est drôle parce que là où dans le shibari le corps est dans l’acceptation totale de ce qui se passe – J’ai envie de reprendre cette phrase trouvée sur le site de Marika, aka Gorgone« Nous pouvons chercher le point de rupture dans lequel le corps tombera vers le haut, dans une extension plutôt que dans un repli. Une intense inspiration plutôt qu’une débâcle. Dans cet espace, entre le haut et le bas, la gravité devient une grâce. » -, où, donc, l’état de semi-transe est plus profond, quand je joue, je suis dans l’action. Et cette journée-là, il fallait trouver une sorte de point entre ces deux postures. Garder davantage de contrôle tout en gérant la nécessaire descente d’endorphines à la fin, au moment où l’on détache, un paramètre qui n’existe pas, ou si peu, en séance photo ou en tournage classique.

Et… C’était très intéressant, et presque un moyen pour Alex et moi de faire plus ample connaissance de façon très accélérée.

(Photos : Nawa Kitsune)

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