Divertissement

Écrire, réécrire avant de continuer, compter les mots pour se rassurer, vérifier qu’on n’est pas en train de procrastiner, repasser sur les planches, comment est-ce que je rends ça moins bavard ? Réinvestir son nid, monter des plans, faire des listes afin d’essayer d’organiser le bordel qu’il y a là-dedans, tenter de prendre des décisions (c’est une rumeur), ranger,

ranger donc, rencontrer des humains, constater qu’ils ne sont pas tous fatigants – non : qu’il y en a d’autres qui ne le sont pas. Il est agréable, non pas de ne pas penser à toi, mais de penser à d’autres sans avoir eu à le décider. Déplacer des chapitres, inverser l’ordre, raconter sensiblement la même histoire mais pas tout à fait finalement, ouvrir des parenthèses et des blessures – chez les personnages, peut-être chez d’autres humains aussi, on verra bien après tout,

faire des memes qu’on sera trois à comprendre, continuer à écrire cette fichue nouvelle qui se transforme en roman sans qu’on lui ait demandé son avis, partir en représentation pour, finalement, non, constater que ce n’est plus la peine. Je ne suis pas seulement devenue plus solide, je suis devenue une plus grande emmerdeuse – et, si l’on considère de quels points de vue, j’en suis assez contente.

Ne plus réussir à faire semblant de ne pas se respecter, même juste assez pour faire plaisir aux autres, avoir perdu cette compétence-là mais ne pas s’en inquiéter parce qu’un humain n’est pas une accumulation de compétences et parce que pourquoi ces autres qui ont besoin que je ne sois pas moi pour être satisfaits et moi devrions-nous nous faire ce mal-là ?

Sortir un peu la tête de l’eau, les projets qui s’envolent de mes mains mais ne sont pas tout à fait arrivés au monde – travailler en équipe, mais avec la tête toujours pleine de ce que je ne peux pas faire moi-même. Alors, fiévreusement, se jeter sur les appels à texte et les concours de nouvelles – il faut sortir ce qui peut l’être avant qu’il ne soit trop tard, que le trop grand nombre de projets en cours ne me paralyse tout à fait. Et tout ça en restant en vie, physiquement je veux dire. Retrouver un peu de sommeil et ne pas le laisser m’emporter – s’il le faisait, mieux vaudraient les nuits blanches à dessiner des courbes et à jouer du piano.

Observer les milliers de versions de moi s’assembler en un être radicalement différent de la personne que je suis – s’incarner sans chair, et toute sa vie et ses décisions avec lui. Je n’ai pas le temps de parler, je lance de grands signes de la main, ne t’enfuis pas – c’est à l’idée, à la phrase, à l’impulsion que je parle.

Toi, l’humain, tu connais bien cet endroit, ou je ne te reverrai pas. C’est beau de se sentir libre d’être, c’est beau de ne pas se sentir obligée de montrer qu’on est.

Chaque jour, ils sont un peu plus nombreux.

Croquis : Steren

Publié par

Florence Rivières

Autrice, comédienne, tête de mule. Aussi modèle, photographe, couteau suisse. Troubadour, hippie, féministe. Et d'autres mots encore.

You are not authorized to see this part
Please, insert a valid App IDotherwise your plugin won't work.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *