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Notes sur le polyamour

Donc j’avais écrit cet article pour un site, dont la rédaction a finalement choisi de partir sur un angle plus léger et probablement sur un nombre de caractères plus réduit. Ça m’a un peu déçue, et j’ai trouvé assez peu chouette d’avoir écrit cet article pour rien, et puis, je me suis rendu compte que je l’avais écrit pour qu’il soit lu, pour qu’il soit compris, pour qu’il engendre des échanges, et que je m’étais surtout donné beaucoup d’excuses pour ne pas le poster sur mon blog personnel, oublieuse du fait que j’avais justement choisi d’en faire un blog… personnel.

Donc, voici cet article.

En un mot comme en cent, il y a quelques années, j’ai réalisé que j’étais polyamoureuse. Polyamoureuse, qu’est-ce à dire que ceci ? Ce néologisme tout récent (deuxième moitié du XXème siècle) est étymologiquement transparent : du grec polus, plusieurs, et du latin amor, amour, cela nous donne donc amours multiples. Une définition assez répandue du terme suggère que ce serait le fait d’entretenir plusieurs relations amoureuses en même temps ; je la trouve insuffisante, parce que circonstancielle. De la même façon qu’on ne définirait pas comme asexuelle une personne qui, durant une période donnée, n’a pas de rapports sexuels, le polyamour est à conceptualiser comme une façon globale d’envisager les relations. Ce serait donc, à mon sens, la capacité à avoir des sentiments amoureux pour plusieurs personnes simultanément, sans que l’un ne retranche quoi que ce soit à l’autre.

Le moment où j’ai réalisé qu’il n’y avait pas un modèle unique

Quand tu as grandi dans une société majoritairement monogame, te rendre compte que ce n’est pas ta façon de fonctionner, ça peut s’avérer compliqué. Le problème c’est qu’on t’a tellement martelé que l’Amour c’était avec une seule personne et c’était comme ça et pas autrement que, quand tu te rends compte que tu ne fonctionnes pas comme la plupart des gens, la première chose que tu fais c’est te demander ce qui ne va pas chez toi.

C’est en tout cas ce qui s’est passé pour moi, et ce qui explique que ma prise de conscience ait pris aussi longtemps. Je me rappelle cette fois où j’étais en relation exclusive avec un garçon qui, normalement, était plutôt couples libres, mais m’avait demandé qu’on soit fidèles. N’ayant de toute façon jamais rien connu d’autre, j’avais accepté sans faire d’histoires. J’étais très amoureuse ; les problèmes ont commencé quand je me suis rendu compte que j’étais également tombée très amoureuse d’un autre homme. Ç’ont été des mois d’auto-torture mentale, où j’étais convaincue que les sentiments que je portais à l’un invalidaient forcément ceux que je portais à l’autre ; je pensais, en conséquence, être une sorte de monstre incapable d’aimer. La relation s’est terminée et les choses en sont restées là.

C’est quelques temps plus tard que j’ai entendu le mot “polyamour” pour la première fois ; des amis d’un ami venaient de lui annoncer qu’ils étaient en relation non exclusive depuis quelques années déjà, et qu’ils le vivaient bien ; ils le mettaient juste au courant.

Du déni à l’acceptation

À partir de là, j’ai commencé à me renseigner, à essayer de comprendre les tenants et aboutissants du concept, à faire la différence entre, par exemple, le polyamour et un couple libre ; et surtout, surtout, à parler avec ces gens. Je ne suis pas une grande fan des cases d’une manière générale, et je pense que la façon de chacun d’aborder chacune de ses relations est unique, mais en l’occurrence le fait d’avoir un mot à poser sur cette posture qui collait tellement à mes propres ressentis m’a énormément aidée à remettre les schémas dans lesquels j’ai été élevée en question. Même si on sait qu’on ne placera pas toujours exactement la même chose que notre voisin dans un concept, je pense sincèrement qu’on a besoin de les créer, ne serait-ce que pour essayer d’ouvrir l’esprit des gens. Quand on n’accepte pas la création et l’utilisation d’un mot pour désigner une certaine pratique, alors, de façon implicite, on invalide la pratique elle-même. On en fait quelque chose de marginal, d’anormal, quand pas quelque chose de mal. Le fait d’avoir le mot “polyamour” à comparer à ce que je pouvais ressentir m’a ainsi permis de commencer à questionner la place du couple exclusif comme mode “par défaut” des relations, qui n’est finalement qu’une construction sociale.

Vous allez me dire, peut-être, que j’exagère et que les couples libres par exemple sont bien mieux acceptés qu’auparavant. Sauf que dans le cadre d’un couple libre, on reste en couple avec une personne, qui fait office de relation “primaire”, et les autres sont donc des relations “secondaires”, sans compter que la hiérarchisation se fait en fonction d’une différenciation relation amoureuse / relations sexuelles, et que l’on reste toujours sur une seule relation amoureuse. Dans le polyamour, ce n’est pas le cas : chaque relation est unique, il n’y a pas de hiérarchisation à faire. Pour autant, on n’est pas au débat d’entre-deux tours : ne pas hiérarchiser les relations ne veut pas forcément dire qu’on chronomètre si chacun•e de nos partenaires passe l’exact même nombre d’heures ensemble avec nous. Comme chaque relation amoureuse est unique, on ne partage pas forcément les mêmes choses, et on ne fonctionne pas forcément de la même façon ensemble – l’essentiel, c’est de s’assurer qu’aucun•e ne se sente mis•e de côté.

Je me rappelle être passée par une phase où j’étais de plus en plus intéressée par le polyamour – ça cadrait avec mes idées, mes principes, mes ressentis, même mes besoins – mais je n’osais pas encore l’assumer et passer à l’application. Mon discours à cette époque était passé de “j’aime beaucoup ce concept, c’est très bien mais je pense que je suis naturellement mono” à “bon, ok, je me sens poly, mais je pense que ça me blesserait trop que l’autre personne aille voir ailleurs, donc je reste mono”, dans une forme de marchandage avec moi-même qui n’aurait trompé personne s’il avait eu lieu devant témoins.

On reste des humains avec des difficultés d’humains

Ce qui m’amène au sujet de la jalousie. Il se trouve qu’à l’époque je fréquentais un pur monogame, qui était aussi dans une forme de contrôle assez malsain. Et, entre autres choses, je ne parvenais pas à comprendre pourquoi, dans cette relation, j’étais très jalouse alors que dans la plupart des relations j’étais complètement détendue avec l’idée que mes partenaires fréquentent d’autres gens, voire soient attirés par elleux. Et puis j’ai réalisé que c’était en fait le regard que portait mon partenaire sur ces autres personnes qui me posait un problème. Pour lui, engager une relation sentimentale ou sexuelle avec un•e autre que moi revenait à retrancher cette même quantité d’engagement de notre relation. Ç’aurait été “me tromper” au sens où il percevait sa capacité d’amour comme une quantité limitée qu’il distribuerait à la plus méritante, ce qui revenait à dire que voir d’autres personnes, c’était m’assener que j’avais baissé dans son estime. Alors que, quand on considère que l’amour qu’on porte à chaque personne qu’on aime au cours de notre vie est unique et essentiellement différent, on est plus à même de voir que ce n’est pas parce qu’on aime aussi une seconde personne que la première est laissée sur le carreau. C’est juste qu’au lieu d’avoir différents amours les uns après les autres, certains d’entre eux arrivent simultanément.

Gérer cette jalousie, c’est d’abord en admettre l’existence, communiquer avec notre partenaire à ce sujet, sans tomber dans les reproches. C’est se rappeler que nous sommes (sauf relation toxique évidemment) responsables de ce que nous ressentons, même si on a le droit de dire “Là, j’ai peur que tu m’abandonnes”. Parce que, même si ce ressenti en dit finalement plus sur vous que sur l’autre, celui-ci aura du mal à vous rassurer si vous ne le mettez pas au courant ! L’un des premiers mythes dont j’ai dû me débarrasser, c’est l’idée selon laquelle “la bonne personne” (ou l’une d’entre elles) me comprendrait sans que j’aie besoin de parler. Ce sont des conneries. Et, la plupart du temps, connaître le•la nouve•lle•au venu•e dans la vie de votre partenaire, peut-être se lier d’amitié avec elle, désamorce la situation – ielle n’est plus cet•te inconnu•e mystérieu•x•se dont notre partenaire semble penser tant de bien, mais une personne qu’il est probable que vous ayez plus de raisons d’apprécier que l’inverse, puisqu’elle est aimée de quelqu’un que vous aimez. L’un•e des partenaires d’un de mes amoureux, par exemple, a pour habitude de m’appeler “sister-wife”.

Bien sûr, tout serait merveilleux si le fait de fréquenter uniquement des gens ayant une approche saine des relations – ne pas considérer son•sa partenaire comme un objet, ne pas chercher dans l’autre membre du couple une forme de complétion comme les hommes-sphères du Banquet de Platon – effaçait totalement les problèmes d’insécurité et de jalousie. Pour ne citer que mon exemple, j’ai à la fois des problèmes d’engagement (je suis terrorisée à l’idée de me faire enfermer, que ce soit dans une relation, un travail, un endroit…) et d’abandon. Vous voyez un peu le tableau. Or, la jalousie, quand elle n’est pas nourrie par la possessivité, c’est surtout la peur de perdre ce à quoi on tient. Après être “devenue” polyamoureuse, ou plutôt après avoir décidé d’assumer ça chez moi et d’y accorder mon mode de vie, je me suis, paradoxalement, croyais-je, sentie beaucoup plus en sécurité. Mais c’était normal : j’assumais enfin qui j’étais et comment je voyais les choses, j’avais arrêté d’essayer de rentrer dans un moule qui n’avait pas été fait pour moi. Pour autant, il m’est arrivé de ressentir une forme de jalousie à l’arrivée d’autres partenaires dans la vie de certains des miens, de craindre être abandonnée, de m’imaginer mille choses qu’elles devaient être et faire mieux que moi – et au final, je me suis rendu compte que c’était ok de ressentir ce que je ressentais, tant que je ne le laissais pas me dévorer de l’intérieur.

Quand le polyamour nous force à devenir la meilleure version de nous-mêmes

Une autre chose à laquelle j’ai dû me mettre à faire attention, c’est à non seulement respecter les limites de mes partenaires, mais également à être vigilante à ce qu’elleux ne les élargissent pas volontairement en croyant me faire plaisir. On voit trop de cas de personnes au fonctionnement exclusif qui disent pouvoir accepter la non-exclusivité par amour pour un poly, et au final n’en retirer que de la souffrance – pour les deux partenaires. De la même façon, j’ai bien conscience que beaucoup de gens sont tentés de se dire poly et d’utiliser ce statut pour, au final, “simplement” faire ce qu’ielles veulent. Je n’ai aucun problème avec le fait de coucher à droite à gauche à l’occasion – mais j’essaie de toujours être claire avec tous les partis. Le concept d’anarchie relationnelle illustre bien cela : on peut avoir des amoureu•ses•x, des amoureu•ses•x et des amant•e•s, des amant•e•s et des ami•e•s pour qui on a du désir. Gérer tout cela demande d’être très conscient de soi, de ses propres émotions et de ses besoins – mais rien que pour cela, ce sont autant d’occasions de grandir et de croître.

Le truc avec le polyamour que je trouve magnifique, c’est qu’on a exactement les mêmes faiblesses que des mono, parce qu’on est tous des êtres humains et parce qu’on peut toujours avoir peur de n’être pas assez ceci, trop cela, d’être abandonnés, indépendamment de la façon dont nous envisageons l’amour. Mais, parce que la contrainte logistique dans le fait d’avoir plusieurs relations est si présente – c’est généralement l’une des premières questions qu’on me pose, et j’admets que ce n’est pas pour rien -, nous sommes obligés de gérer des problèmes qu’il nous serait facile de laisser pourrir en couple exclusif, le couple continuant plus facilement par inertie. Les outils principaux pour gérer ces problèmes sur la route ? Communication, Empathie et Transparence. Ça vous semble sonner comme des qualités qui aideraient n’importe quelle relation, pas forcément poly, pas même forcément sentimentale, non ? Eh bien vous avez raison. Appliquer le polyamour à ma vie amoureuse ne m’as pas juste fait me sentir mieux dans mes baskets à ce niveau, ç’a été, et c’est toujours, une formidable école du rapport à l’autre sous toutes ses formes. J’aime dire que j’ai réalisé que j’étais poly un jour où le barrage de mes peurs et des normes sociales a explosé sous les impacts de beaucoup de petits indices accumulés, et que depuis lors, j’ai appris, et je continue à apprendre, comment le faire.

Comme le disait un de mes amis récemment, je serai heureuse le jour où, au moment où deux lycéens entameront leur première relation, ils discuteront automatiquement d’exclusivité ou non, se demanderont, non pas ce qu’ils sont l’un pour l’autre, mais le mot qu’ils ont envie de mettre dessus, plutôt que de partir par défaut dans ce que la société leur a défini comme étant “le couple”. Je serai heureuse quand on se sera débarrassé du terme de “fidélité” qui est juste moralisateur et culpabilisant, au profit des deux concepts qu’il porte qui sont celui d’exclusivité (qui est un choix que l’on peut faire ou non) et d’honnêteté (qui, pour le coup, est à mon sens la seule vraie exigence morale que l’on devrait appliquer à toute relation).

Mais encore une fois, tout ça c’est le point de vue d’une personne. Outre l’importance donnée à la communication et à l’honnêteté qui est prégnante dans le polyamour, l’intérêt pour moi d’en parler c’est de commencer à remettre en question le couple monogame imposé comme forme établie, “normale” de relation sentimentale, et qui est de plus en plus perçue comme un carcan. Si on veut le questionner, faire connaître d’autres façons de vivre nos amours, ce n’est pas pour imposer un autre modèle tout aussi rigide. Ce que j’ai envie de promouvoir avant tout, c’est l’idée que chaque relation est unique, et devrait être discutée comme telle dans ses modalités, avec ouverture et empathie, plutôt qu’on y applique un ensemble de normes “par défaut” et qui finalement sont loin de convenir à tout le monde.

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+Vicious+

J’étais très heureuse, il y a quelques mois, d’avoir l’occasion de donner un coup de patte à Ludovic Winterstan en figurant dans sa dernière vidéo. J’aime l’homme, j’aime sa marque, j’ai son esprit, j’aime sa créativité, j’aime ses valeurs, et ça depuis des années.

J’ai été encore plus contente quand je suis arrivée sur le plateau et qu’il a expliqué de quoi parlait sa vidéo, à savoir : la place des femmes dans le milieu de la mode.

C’est brillant. Je vous laisse découvrir.

Ludovic Winterstan : + VICIOUS + from Bastien Sablé on Vimeo.

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Shall we rise

Internet,

Tu sais, je pense, que tout ce qui vit est, par définition, amené à changer. Ce qui est drôle avec toi c’est que tu gardes trace de toutes ces étapes. Parfois, on se dit qu’on s’en passerait bien. Tes pages oubliées sont autant d’empreintes irrévocablement figées de fragments de ces personnes que nous avons été. À moins d’un grand ménage, qui est le terme poli pour « censure historique », les adolescents, les jeunes adultes que nous avons été resteront là, en suspens, accessibles. Parfois ce sera la redécouverte d’un vieux blog qui nous fera passer une nuit entière à rire aux larmes, parfois les empreintes de cette même époque nous serreront le coeur et nous nous sentirons désolés pour les êtres humains peints ces moments-là. Parfois même, nous nous sentirons en colère contre nos anciens « nous », en perdant de vue que c’est tout de même eux qui nous ont amené là où nous sommes.

À qui nous sommes. Et ce sont eux, autant que nous, qui iront vers qui nous seront amenés à devenir.

Il y a eu toute une période de ma vie où je me suis définie comme n’étant pas féministe. Je ne pouvais pas être féministe puisque j’étais pour l’égalité entre tous les êtres humains. How ridiculous is that ? Si tu es pour l’égalité tu es obligé d’être féministe. L’inverse n’aurait pas de sens. Mais c’est l’un des arguments marketing employés par le patriarcat pour nous convaincre de fermer la bouche, de faire taire nos voix, et d’endurer cette boule qui alourdissait, de plus en plus, nos poitrines. Endurer, comme s’il n’y avait pas d’autre moyen, pas d’autre voie. Endurer jusqu’à en crever. On a tellement répété que les féministes étaient de hideux êtres humains voulant couper les couilles aux hommes, et non au patriarcat, que les femmes se sont mises à le croire. Je ne suis pas féministe, mais, est devenu un début de phrase obligatoire pour qui voulait essayer de s’exprimer dans l’espace public. On nous a dit qu’on se trompait de combat. Qu’il y avait pire ailleurs. Qu’on avait le droit de vote après tout.

Nivellement par le bas, je crie ton nom.

On nous a même dit, individuellement, que nous, on était cool, qu’on n’était pas comme les autres femmes. Combien de fois ? C’est vieux comme la politique. Divide ut regnes. Et ça a marché. On s’est mises à s’entre-déchirer, et même entre féministes, on avait des débats interminables sur qui était une bonne ou une mauvaise féministe, qui était une bonne ou une mauvaise militante, alors qu’on aurait pu consacrer ce temps et cette énergie à essayer de changer le monde.

Récemment j’ai repris cette blague de Stargate arrosée à la sauce militante. Un vegan, un zero-waste et un macrobiotique se retrouvent sur une planète neutre. la tension monte vite. Les yeux du vegan brillent. Le bec du zero-waste scintille. Et le nez du macrobiotique dégouline. Lequel a raison ? Lequel se trompe de combat ? Les trois. Ce sont juste trois personnes qui vont prendre le même problème par des bouts différents, mais à la fin, elles se rejoindront au milieu. C’est du moins ce que j’espère, parce que ça voudra dire qu’on l’aura gagné ce monde dont on rêve tous.

Alors tu vois Internet, avec Mathilde Aimée, nous avons décidé de retranscrire nos prises de conscience que oui, on est féministes, et oui, on a le droit d’exister et de taper du poing sur la table en actes. Ça va de répondre au harcèlement de rue dans le métro à essayer de sensibiliser les consciences. Et pour ça, on a décidé qu’on avait besoin de notre plate-forme. On aurait pu rejoindre une des plate-formes existantes, mais on avait besoin de le faire comme ça. On avait besoin de notre voix.

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Notre voix, celle qui s’adresse au monde sans passer par nos blogs personnels. Notre voix, consacré au combat de celles qui luttent pour leurs droits, de celles qui élèvent la voix. Et pour celles qui n’osent pas encore le faire, ajouter à cette grande sororité ne peut qu’être un encouragement à élever, elles aussi, la voix. On a choisi la pluralité pour à la fois sortir nous-même et faire sortir les autres de cette fichue caverne.

On est féministes, bordel de merde. Tu entends, Internet ?

C’est acté depuis un moment pour nous, mais voilà, on ne l’avait pas inscrit dans ta chair. Pas encore. On n’avait jamais dit, aussi haut et fort, à quel point nous le croyons, à quel point nous le voulons. Maintenant, c’est fait. On a décidé qu’on avait besoin de notre site, et on a décidé qu’il serait un cri de guerre. Shall we rise. Comme le dit souvent une amie, la honte doit changer de camp. Aujourd’hui, nous contribuons à libérer la parole des opprimées, des timides, de celles qui doutent, de celles qui se soutiennent. De celles qui se battent. De celles qui se conscientisent. De celles qui osent revendiquer.

De celles pour qui baisser les yeux n’est plus une option.

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Clique sur l’image pour accéder au site, copain d’internet !

Je suis vraiment contente de vous montrer enfin ce site, parce que c’est un projet qu’on a depuis environ cet hiver, et qu’on a donc forcément écrit des articles en amont du lancement… dont certains qui dorment depuis quelques mois. « Le monde aura toujours besoin du féminisme dans quelques mois », m’a dit Mathilde… et ça n’a pas loupé, à ma grande déception. Mais bref, je me permets d’ores et déjà un peu de teasing : il y a de l’analyse, des notions de philo, du témoignage, du billet d’humeur, un peu de critique (même si ça, c’est plus sa partie), et surtout de l’amour.

La culture du viol, milieu naturel du prédateur ?
Ces femmes qui reproduisent le sexisme ambiant
Critique de la saison 3 de Broadchurch
Et si on arrêtait de jouer à cel•ui•le qui a le plus gros complexe ?
La fin des croyances

Et vous pouvez toujours lire ce que j’écrivais de féministe sur ce blog jusqu’ici, .

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Autrice

Je pense que vous l’aurez compris, j’attache beaucoup d’importance aux mots. Les mots de tous les jours surtout, ceux qu’on utilise sans y penser. Ceux qui sont ancrés dans notre inconscient collectif et qui pèsent comme un cauchemar sur l’esprit des vivants*.

Il y en a qui me tiennent plus à coeur que d’autres.

Autrice, par exemple.

Pour certains il est une évidence, pour d’autres une bizarrerie, pour d’aucuns une coquetterie inutile. Pour moi c’est un mot qui doit entrer dans cette catégorie des mots qu’on utilise sans y penser. Parce que le jour où ça nous semblera naturel d’utiliser le féminin d’auteur, le monde sera un peu plus égalitaire et y exister sera un peu moins un combat permanent.

Un peu.

En attendant de faire la révolution, mot par mot, on peut, un peu, changer le monde. Une habitude à la fois.

Ce un peu n’est pas suffisant, mais s’il existe c’est déjà tellement mieux que s’il n’existait pas.

Ça c’est pour le monde. De façon tout à fait égoïste, autrice, pour moi, c’est bien plus que ça. C’est comme un rivage lointain, inaccessible, qui nous semble encore inaccessible alors qu’on y a déjà mis les pieds. C’est un genre d’effet de sidération. Le temps de réaliser ce qui se passe.

C’est un peu pour réaliser que j’ai demandé à Coline Sentenac de réaliser mes photos officielles d’autrice. Et comme pour le moment, ce que j’écris, ça parle beaucoup d’acceptation de soi, on a fait ça sans maquillage, on est des déglingos**.

* (Oui, je viens de citer Marx dans mon billet en toute décomplexion.)
** (Oui, j’utilise « déglingo » à cause de Guillaume Meurice.)

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Reconte-moi une image

« Que l’on se considère modèle photo ou non,

que l’on ait posé des centaines de fois ou une seule,
que l’on dirige la scène ou que l’on se laisse absorber,
participer à la création d’une image fait de soi un témoin.

Aussi, à l’instar de l’acte de photographier, l’acte de poser permet de confronter la démarche personnelle comme l’appropriation subjective à celles d’autrui, amenant de ce fait des réflexions.

Nous avons souhaité partager les nôtres, les vôtres, en espérant contribuer à stimuler des échanges. »
Florence & Caroline

Avec Caroline, il y a quelques temps que nous échangeons sur les modèles et la démarche derrière le fait de poser. Et puis, nous nous sommes fait la réflexion que, souvent, on entend les photographes parler de la genèse d’une photo, mais bien plus rarement celleux qui y figurent.

Alors nous avons créé ce tumblr participatif, ouvert à toute personne ayant déjà posé sur une photographie et souhaitant partager l’histoire menant à cette image. Le projet est aussi sur Instagram et sur Facebook. Il est lancé, comme une bouteille à la mer, et nous verrons ce qu’il en advient.

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You don’t own me

C’est marrant la vie. J’ai rêvé de toi cette nuit. Exactement, j’ai rêvé que je rencontrais quelqu’un et que cette personne me parlait de toi, et que ça me contrariait. J’ai rêvé du sentiment inconfortable de me sentir en danger à la pensée que tu existes toujours quelque part. Un peu comme dans la vie, en fait. Je ne lui ai pas dit, mais ce matin Elle m’a envoyé la chanson parfaite à l’instant parfait, exactement comme si elle savait. Depuis quelques jours, son article tourne en boucle dans ma tête. Et hier soir, un copain m’expliquait qu’il ruinait toutes ses relations parce que sa dernière copine s’était mise à l’insulter et le rabaisser mais quand même s’il avait fait un effort ce ne serait sans doute pas arrivé, et je lui ai dit « Il faut qu’on aie une conversation toi et moi ».

C’est trop de signes en une dizaine d’heures et je n’ai aucune intention de continuer à gaspiller de l’espace disque à penser à ce que tu m’as fait. Tout comme il est évident, pour tous ceux qui me connaissent et surtout pour moi-même, que je suis sur la bonne route, il m’apparaît clair que je dois gérer cette dernière chose pour la prendre vraiment et laisser ce qui m’a alourdie derrière moi.

Ce ne sera pas « gentil », ni poli, ni doux. Peut-être même que ce ne sera pas empathique. Mais peu m’importe que ces mots te parviennent ou pas. Ce qui compte c’est de libérer ma parole, mes mots, ma voix. Vider mon sac une bonne fois pour toutes, en laisser le contenu sur le bord du chemin et m’en aller sans me retourner.

Bien sûr, ça ne se fait pas. On ne parle pas de ces choses-là. Ça ne regarde personne. Il y a ce consensus mou en société qui veut que si ça arrive dans un couple, c’est privé et ça ne regarde personne. En couple, tu peux frapper, piétiner, violer, instrumentaliser, manipuler, rabaisser, ça ne sera jamais qu’une « querelle de couple. » « Ah, les ex », dira-t-on. Tant pis.

Ces mots-là sont ceux que j’ai besoin de dire et que tu refuseras d’entendre. Et c’est ok.

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Photo : Anaïs Novembre – MUA : Angbryn – Robe : Voriagh – Écharpes : Tatz Miki – DA : J.G for Japan Lifestyle

Tu m’as fait du mal.

J’ai eu mal souvent par le passé, mais dans toutes mes blessures et dans toutes mes souffrances, j’ai toujours réussi à continuer à avancer. En trébuchant, en prenant des détours, en me perdant dans des marécages et en allant droit dans les ronces jambes nues comme par un fait exprès, mais j’avançais. Tu es le premier à m’avoir fait reculer.
J’ai la sensation que j’ouvrais à peine enfin mes ailes et qu’un filet s’est brutalement refermé sur moi. Et ce filet c’était toi.

Tu t’es posé en sauveur non sollicité alors qu’en fait tu attendais d’être toi-même sauvé, en perdant de vue le fait que dans un sens comme dans l’autre la seule personne à pouvoir nous sauver c’est nous-mêmes.

Oui, tu as réussi à faire pire que tous les autres avant toi, parce que tu étais le plus vieux et le plus triste de tous.

Je t’ai laissé faire, bien sûr. Tes mots étaient ceux d’un semblable mais ta peur de changer a fait écho à la mienne, l’a décuplée, s’est transformée en excuse pour moi. « Je ne peux pas, je suis bloquée ». Bullshit. J’ai choisi de laisser faire. Je n’avais pas peur de l’abandon, j’y étais accro. Pourtant, la vieille excuse du « J’ai mal agi avec toi mais tu as appris quelque chose alors c’est ok » ne fonctionne pas plus aujourd’hui que dans le cadre du management. Tu as réussi à me convaincre que tout ce que j’avais accompli sans toi n’était rien, que je n’étais rien sans toi, et à l’instant où je t’ai cru je me suis arrêtée de vivre. Je suis en colère, en colère pour cette jeune fille encore fragile qui aurait eu besoin d’espace et de soutien et qui n’avait pas mérité tout ça, d’être objectivée, instrumentalisée, utilisée comme soupape, comme défouloir. En colère pour ce temps de vie qu’elle a perdu et pour des dégâts que tu as occasionnés dans sa vie. Oh, aujourd’hui elle a grandi et elle va bien, mais pour autant,ça n’efface pas ce que tu lui as fait. J’ai envie de faire ce dont tu aurais été incapable : la défendre. Et j’ai besoin de faire ça avant de gérer la suite.

Le truc avec les gens qui ont peur d’être abandonnés c’est qu’on peut littéralement les paralyser de culpabilité, instantanément, avec cette simple phrase : « Tu m’abandonnes ». Pour peu qu’ils ne soient pas encore très avancés dans le respect d’eux-mêmes, on peut s’accrocher à cette faille, l’élargir, en faire une brèche, les tirer vers le bas, les détourner de leur chemin. On peut faire tout ça, à moins qu’ils n’arrivent à un moment en capacité de nous dire :

C’est ma vie.

Et tu n’as pas à la choisir pour moi.

Il ne t’appartient pas de décider quels vêtements je devrais porter ni comment je devrais couper ou coiffer mes cheveux ni à quelle fréquence je devrais me maquiller ni à qui je devrais parler ou tenir et tu n’as certainement pas la légitimité nécessaire pour m’en vouloir si je fais autrement.

C’est ma vie, et ce n’est pas à toi de dire quel travail je devrais faire, ce qui est bon pour moi et comment je devrais essayer d’atteindre les objectifs que tu auras choisis pour moi, ni de me dire quoi faire pour devenir humble et encore moins comment je devrais gagner ma vie, et le simple fait que tu emploies cette expression montre la crevasse qui existe entre nous.

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La vérité c’est que tu n’aimes pas. Tu vois quelque chose à aimer chez une personne, tu l’évalues en fonction de ce qu’il pourrait t’apporter et tu te l’attaches comme un fétiche au poignet en attendant que ses qualités passent en toi. Puis ça n’arrive pas, et tu te mets en colère, par jalousie, et tu essaies de changer l’autre pour qu’il te ressemble, pour que ses avancées cessent d’être un reproche à tes peurs.

Et voilà comment ces mêmes choses que tu disais aimer et admirer chez moi sont devenus l’objet de tes plus virulents reproches.

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Je ne suis pas une labradorite ou une améthyste. Je ne suis pas un trophée. Je ne suis pas ta boule anti-stress.

Je suis moi. Et c’est à prendre ou à laisser. À vrai dire, ce n’est pas à prendre. C’est à accompagner ou à laisser.

Je suis moi, et j’ai besoin de m’entourer de personnes assez fortes pour respecter mon besoin de liberté et assez humbles pour accepter que je prenne soin d’elles quand elles en ont besoin et assez indépendantes pour se débrouiller sans moi quand j’ai besoin de me retrouver.

Je suis moi, avec mon franc-parler, mon impulsivité, mon côté obsessionnelle, mon snobisme, mon désintérêt total pour mon apparence en dehors du travail, ma radicalité, ma sensibilité, ma façon de foncer, mon idéalisme, ma fierté, ma manie de m’asseoir par terre, mon besoin de repousser mes limites. Deal with it.

Je suis moi, avec mon chemin.

Je ne suis pas un bloc de glaise que tu peux façonner à ta guise pour en faire une réplique conforme de l’objet de tes fantasmes. Je l’ai oublié pendant un certain temps. No more.

Je n’aime pas me rappeler que tu existes parce qu’avec ça vient le souvenir de tout ce que j’ai accepté, les crises de jalousie, l’enfermement, les reproches, les moments où tu ne savais même plus si tu parlais à toi ou ton père ou ton ex et où moi j’encaissais, les menaces de coups puis le mannsplaining, les moments où tu disais à mes collaborateurs que mes projets étaient en fait tes idées et où je te laissais faire, trop abasourdie pour réagir, la foutue manipulation depuis le début sur comment tu pourrais faire de moi ta soumise, ou plutôt devrais-je dire : ta chose. Et tous ces moments où je vivais juste dans la peur parce que je ne savais pas ce qui risquait de déclencher la prochaine crise, où j’avais peur de respirer, où je craignais le moindre mouvement de mon visage. Quand tu as même réussi à me faire croire que c’était ma faute, que je l’avais bien cherché. Je n’aime pas repenser au comportement de femme battue que j’ai adopté alors ni à comment je me suis étouffée moi-même en te cherchant des excuses. J’ai honte de me souvenir des regards de pitié de mes amis quand ajouter à mon sac une robe que j’aimais mais pas toi m’apparaissait comme un acte d’émancipation et que je refusais de voir à quel point cette simple phrase va contre ma nature.

Je me rappelle de ce jour chez le maître de thé où il m’a posé une question sur le genre de choses que je souhaitais écrire, et où la crainte dans mon regard et le coup d’oeil automatique que je t’ai jeté avant d’ouvrir la bouche ne lui ont pas échappé.
« Vous avez le droit de vous exprimer par vous-même, ou c’est lui qui décide de tout ? » Violence de la vérité assenée.
Et le pire c’est que ça n’aie même pas suffi sur le coup.

Mais je me rappelle aussi de la douceur dans son regard, de la chaleur et de l’empathie qu’il a mises à me prendre les mains pour me souhaiter bon courage. Je me rappelle de tous ces gens qui me faisaient remarque que ça n’allait pas, que ce qui se passait n’était pas normal. Je me rappelle que je n’étais pas seule même si je le croyais.

Je me sens salie par tous ces moments où je savais et où je n’ai pas voulu voir. Je n’aime pas savoir que tu es toujours là, dehors, rôdant près de mes cercles. Je me sens en danger. Je ne veux pas de toi dans mon monde.

Pour autant, je ne te souhaite pas de mal. Je te veux simplement le plus loin possible de moi.

Puisses-tu trouver le chemin qui mène à qui tu pourrais être, et non à qui tu penses que tu devrais être. Parce que tes faiblesses, tes lâchetés, je les connais par coeur. Tes violences, je sais d’où elles viennent. Et je te souhaite, sincèrement, d’arriver à sortir un jour de tes frustrations et de t’autoriser à t’abstraire de cette projection pseudo-viriliste que tu t’es construite. Parce que tu ne te sentiras jamais mieux en te cachant à toi-même l’étendue des dégâts.

Steven Pressfield écrit dans Turning pro qu’on se rappellera toujours à quel moment précis on a vaincu la Résistance, à quel moment on est devenu un pro. Comme ce jour où j’avais pleuré toutes les larmes de mon corps et où je suis arrivée dans la serre et où j’ai simplement posé. Je n’avais pas encore les mots à mettre dessus à l’époque, mais ce jour-là j’ai su que je posais vraiment.

Je ne suis plus ta victime. Depuis toi, je ne serai plus une victime, du tout. J’ai brisé un cycle.

Depuis toi, j’ai connu des amours et des blessures et des tristesses bien plus grandes et belles. J’ai même été bouleversée, à un moment très précis. Trois ascenseurs émotionnels à la suite. Le terrain idéal pour se laisser abattre, pour retomber dans un blocage émotionnel, pour vouloir abandonner. Et ce qui s’est passé ce jour-là c’est que j’ai continué à avancer.

J’ai fait le plus dur.
Je me suis assise, et j’ai écrit.
Après ça j’ai continué à écrire jusqu’à avoir fini mon livre.
Et je me suis rendu compte de ce qui était vraiment arrivé ce jour-là.
Non seulement tu n’avais pas réussi à me prendre mon livre, mais plus rien ni personne ne pourrait me prendre quoi que ce soit.
J’avais gagné.
J’avais vaincu la Résistance.

Puisses-tu un jour vaincre la tienne et cesser d’être ta propre victime.

Moi, ce n’est plus mon problème.

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Women’s March

Le truc avec les manifs, c’est que c’est un creuset. Le motif de la manifestation lui sert de catalyseur. Les humains présents en sont la matière. Et ce qui est catalysé, ce sont les énergies individuelles de chacun, pour en faire sortir cette grande onde commune. On peut la sentir vibrer. Elle monte depuis le sol, s’accroche à vos muscles, accompagne les battements de votre coeur et crée l’unisson.

Les gens se mettent en phase les uns avec les autres et peut-être même avec la planète, allez savoir. Chacun se sent à sa place. On y fait partie d’une communauté au vrai sens de ce terme.

Les gens sont vivants. Ils deviennent des personnes.

Je trouve fou que quiconque s’étant déjà trouvé au milieu d’une manif puisse nier la force créatrice de la pensée, le poids d’une idée. Ce n’est même plus une théorie, ça devient un fait observable.

La même mécanique se retrouve dans tous les rassemblements humains, quand on y pense. Tous les très grands groupes rassemblés dans un objectif commun ont leur vibration. Elle ne fait pas la différence entre le bien et la mal, l’amour et la haine, d’ailleurs. Elle se contente d’être, comme un phénomène naturel. Ce qui explique que les manifestations fondées sur le « contre » et le rejet de l’autre, type manif pour tous en son temps ou anti-IVG, nous blessent l’énergie quand nous croisons leur route.

Une manif, c’est moins cher qu’un concert et plus utile qu’un match de foot, mais ça reste une structure semblable.

Ensuite, une fois qu’on a réalisé le potentiel du regroupement, il reste évidemment à trouver dans quelle direction canaliser toute cette énergie. Décider quoi faire du temps qui nous est imparti. Et c’est bien là que le bât blesse trop souvent.

Oh, je suis aux États-Unis, by the way. Ça, ce sont les images que j’ai eu l’occasion de prendre lors des Women’s March de Sacramento et San Francisco, et la veille lors d’une pré-manifestation à Angel’s Camp.

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Et parce que tout de même, aller à une manifestation aux États-Unis à bord d’un bus hippie, ça se fête, l’un de nos compagnons, Nicholas aka Captain Encouragement, m’a gentiment pris ce souvenir à l’aller, vers 7h du matin (heure locale).

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Le « Vrai art » et l’art tiré de ton utérus

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Ce matin, une amie m’envoie ça.

C’est une capture d’écran du tumblr Paye ta Fac, qui recense les remarques sexistes entendues par ses contributeurs•trices au joyeux pays du monde estudiantin. Normalement, je refuse de cliquer parce que la nécessaire colère préexistant au combat est déjà là chez moi et que j’ai l’impression que ça va juste me déprimer. Ça me déprime, d’ailleurs. Pas tant l’absurdité du verbe que sa banalisation, et pire, la banalisation de l’absurdité.

Et donc, soudain, cette capture d’écran illustrant brillamment (non) les différences fondamentales entre la créativité masculine et la créativité féminine. Ben oui. Tout le monde sait que la présence ou non d’un utérus change radicalement la vision du monde (non) et que nos hormones nous gouvernent (non), principalement les femmes, les hommes ayant plus naturellement tendance à se tourner vers des centres d’intérêts intellectuels, philosophiques et universels (non).

Le pire c’est que le professeur d’histoire de cette capture d’écran n’est pas seul, il est le produit d’un système qui normalise cette pensée. Pour lui, c’était banal. Il avait certainement oublié sa propre phrase dix minutes plus tard. Je repense à Virginie Despentes qui écrivait « Car le désespoir grandiose lui aussi a un sexe, nous,ce qu’on pratique, c’est le gémissement plaintif » dans King Kong Théorie, et bon sang, elle est en colère mais elle a raison, elle est en colère parce qu’elle a raison, elle a raison d’être en colère.

Quand Araki (que j’adore, ce n’est pas le problème) est encensé parce qu’il photographie « tout, tout le temps » sous forme de « journal intime photographique » (selon les affichettes du musée Guimet qui exposait récemment une rétrospective de son travail), on s’extasie devant les couilles de cet homme qui ose foutre son intimité devant les yeux du monde et sur à quel point ça rend cette intimité universelle, mais une femme qui fait la même chose est juste en train de vous raconter sa vie. Un homme, c’est fort, c’est viril, ça ne raconte pas sa vie, à moins d’être célèbre et dans ce cas-là c’est du courage. Mais qu’une femme ose ne serait-ce que parler de son expérience propre pour étayer son propos, et elle est dans le pathos et dans la plainte et dans la généralisation abusive.

Les double-standards. L’amour passionné d’un homme est grandiose, celui d’une femme, maladif. On nous raconte que les hommes utilisent leur pénis en lieu et place du cerveau histoire de nous justifier que les pauvrets ne savent pas se contrôler et que c’est à nous de faire attention à ne pas provoquer leur intérêt, mais en termes de création artistique ce n’est pas leur pénis qui entre en jeu, nooooon, c’est toujouuuurs leur intellect. Leur art est utile à l’autre. Nous, il nous reste notre cerveau pour esquiver les agressions (verbales, sexuelles, systémiques) de tous les jours et notre utérus pour créer nos petits trucs dans notre coin.

C’est amusant d’ailleurs parce qu’il y a quelques années, une photographe nommée Nath-Sakura qui est transgenre et a largement construit son image, et même sa stratégie commerciale, autour de sa transition, postait les clichés qu’elle prenait pendant celle-ci accompagnés de ses taux d’hormones, en nous invitant à faire le lien entre ceci et cela. « Regardez comme je change, mon travail change avec moi. » À ce jour je suis incapable de dire avec certitude si ce procédé tenait du sexisme ou simplement de la catharsis – sa créativité d’alors puisant nettement à la source de son combat pour son identité -, mais ce qui est sûr c’est que beaucoup des commentaires qu’elle suscitait allaient dans le premier sens. « Tu es de plus en plus femme, de plus en plus sensible. » Le plus drôle c’est que depuis que sa transition est terminée, ses images me font l’effet d’être un pur produit de l’oppression machiste, alors qu’en tant que femme à part entière, elle « devrait » réaliser des images inspirées, douces et poétiques, et surtout non sexualisées, non ? Ben non.

Oh, et en reparlant d’utérus : on représente plus de 50% de la population. Si d’aventure une artiste femme a envie de s’intéresser à des problématiques d’utérus, ça concernera la moitié de la population. On sera donc plus proches d’une thématique universelle que de mon journal intime quand j’avais quinze ans, en fait. Déso, pas déso, comme disent les jeunes. À moins, bien sûr, que les femmes ne constituent pas une population à qui l’on a besoin de s’adresser par l’Art, n’est-ce pas. Sans compter que… c’est quoi cette idée de merde qui sous-entendrait que n’ayant pas d’utérus, les hommes ne seraient pas concernés / touchés / intéressés par un travail à ce sujet ? Sérieusement ? Quoi ?

Typiquement, il y a quelques années je posais la première pierre de mon féminisme assumé et signais la fin de ma période pasféministemais en postant une sorte de manifeste sur mon blog, sur comment partir du principe qu’une fille est bête parce qu’elle est nue via un processus de sexualisation et de réduction à cette sexualisation, le tout contre son gré, c’était quand même moyen. « Épargne-moi tes chagrins de jeune fille trop belle », m’a alors assené une internaute, alors même que plusieurs centaines de partages de mon article témoignaient assez du fait qu’il y avait plus que mon seul cas particulier en jeu. Ben oui, parce que c’est ça aussi le patriarcat : quand tes victimes sont convaincues que là est leur vraie place et qu’en fait elles ne sont victimes de rien, que tout est normal, c’est plus facile de les y tenir.

« Vous les femmes, c’est difficile de vous écouter parler de sexisme parce que vous n’êtes pas objectives », entend-on souvent. « Et puis, tu as été victime de sexisme, on est désolés pour toi, mais tu ne peux pas être sûre que c’est comme ça pour tout le monde ». Et qui va témoigner pour moi de façon objective et universelle ? Un membre de la caste dominante et privilégiée ? « L’histoire est écrite par les vainqueurs », ça vous dit quelque chose ?

Maintenant je vous invite à regarder cette vidéo, à remplacer « racism » par « sexism », « persons of color » par « women », et à reprendre un peu de convergence des luttes.

Bisous. <3

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Comment être modèle photo a sauvé ma vie sexuelle

J’étais en train d’écrire un sous-chapitre de mon livre qui concerne la façon de communiquer en séance photo, et comme on ne se refait pas, je parlais de consentement. La réflexion m’est venue qu’une séance photo, c’est simple comme une tasse de thé, ou autrement dit qu’on peut transposer tout ce qu’on dit du sexe aux séances photo. Sans pour autant que ça place la séance photo dans un cadre sexuel, d’ailleurs. Mais comme au lit, et comme dans la préparation du thé, on a le droit de dire non, on a le droit d’avoir dit oui mais de finalement se sentir mal à l’aise et de dire non, on a le droit de demander le respect de notre zone de confort, on a le droit de dire stop. Ca semble évidemment plus compliqué dans le cadre d’une séance de commande, mais ça ne devrait pas l’être, quand on y réfléchit, puisque ça reviendrait à dire qu’on se fout des séances de collab. Ou que l’argent peut acheter le fait de se passer de notre consentement. Dans les deux cas, ça semble problématique.

Bon, et donc j’écrivais globalement ça, quand mon esprit a divagué via le parallèle sexe – thé – séance photo sur des problématiques d’évolution personnelle. Si j’ai appris “à la dure” que je pouvais dire non et envoyer paître un photographe indélicat lors d’un shooting, je n’ai appris que plus tard, bien plus tard, que j’avais le droit de faire de même dans l’intimité.

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Photo : Paul von Borax

Parce qu’un jour, j’ai cessé d’agir comme mon éducation m’y prédisposait, cessé de croire que dire “non, je n’ai pas envie maintenant”, c’était violent et mal de ma part, cessé de croire que “laisser faire parce que c’est plus simple et ça m’évitera une discussion houleuse”, c’était acceptable, et surtout totalement assumé le fait que quand je disais “non”, c’était “non”, et que sur quinze “non, je n’ai pas envie de monter chez toi”, il y en avait quatorze de trop, point. Et que si les gens n’étaient pas contents, c’était bien leur problème.

Et tout ça a commencé un jour, avec un moment de malaise qui m’en a rappelé un autre, et avec cette pensée :

“Mais au fait, la dernière fois que j’ai ressenti ça j’ai foutu mon pied dans la poitrine du mec qui essayait de me tripoter. Pourquoi “excuse-moi mais tu es trop belle” serait une excuse pour n’importe quel autre type qu’un photographe ? Pourquoi je serais légitime à dire non à un photographe, mais pas à mon mec ? Est-ce à dire que tous les hommes ont des droits sur mon corps, sauf les photographes ? C’est quand même ballot.”

Et puis, un photographe qui empiète sur ton espace et piétine ton consentement, ce n’est pas forcément un pervers. Déjà parce que l’empiètement ne se produit pas forcément sur du sexualisé (je ne suis pas concernée par cette phrase mais insister très fort pour que tu ailles dans la cascade alors que tu ne te sens pas de le faire, c’est aussi empiéter sur ton consentement), et ensuite parce que parfois, on ne leur a juste pas dit qu’insister lourdement se marie mal avec le respect d’autrui. (Qu’on aie à apprendre ça à des adultes est un problème, mais ça, c’est un sujet de thèse, à ce niveau.)

L’apprentissage du respect de mon consentement a pris racine en séance photo et ne s’est déplacé dans la sphère privée que bien plus tard.

J’ai failli trouver ça dérangeant quand la pensée m’est venue il y a quelques jours, et puis je me suis rendu compte que j’avais juste construit ma confiance en moi dans le cadre professionnel avant de la déplacer dans le cadre personnel, là où plein de gens prennent des schémas personnels et les transposent dans leur vie professionnelle.

Et donc, j’ai appris en posant que si mon corps n’était pas en libre-service pour les photographes, il ne l’était pas non plus pour le reste de l’espèce humaine.

Forte de cette constatation, j’en ai peu à peu profité pour appliquer à ma vie privée les choses que j’avais apprises en posant. Un ami proche m’a dit un jour “Quand on te regarde poser, tu n’es plus la même personne, on dirait que tu te libères et que pendant ce laps de temps tu es au courant de ta force.” Au-delà du caractère ouvertement flatteur de la phrase, j’ai analysé cette observation via ce qui se passe quand je pose : je me plonge dans un état semi-méditatif, qui me permet d’oublier de penser et d’être dans le “faire” pur. Ce qui implique entre autres : sortir de la boîte dans laquelle, en tant que femme, je me mets tous les jours pour éviter les interactions non désirées dans la rue, laisser vivre le corps, assumer qu’à certains moments, on a envie de faire une pose, une expression, de sortir quelque chose, même si pour ça on doit rentrer dans la personne en face. Avec une forme de violence, parfois, mais qui représente une forme d’inversion du duo stéréotypique voyeur / vu qu’on associe souvent à la photographie de modèle. Et généralement, les photographes sont contents qu’on leur rentre dedans. Je pense que les gens de la vraie vie aussi, une fois la surprise passée.

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Photo : Quentin Caffier – MUA : Juliette Delassalle – Robe : IKKS

Je crois que j’ai tout fait à l’envers, mais ce que j’essaie de vous dire, c’est qu’en posant j’ai accepté pour la première fois que j’avais ma place là où j’étais, que mon existence était légitime, et que je pouvais être en position de puissance sans pour autant écraser l’autre, que je n’avais pas à me laisser marcher dessus. Et que ça m’a fait grandir en tant que personne, y compris dans des domaines totalement inattendus.

Et je pense que quelque part, si je vous raconte mon histoire, c’est parce que j’ai envie que ça vous apporte la même chose.

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Ce soir on est allées faire ce que personne avant moi n’avait réussi à obtenir: mettre MademoiselleCherie dans un lac.

Je ne vous le cache pas, cette performance me rend fière. On est allées se préparer chez elle après le bureau, on a raté l’arrêt de bus pour le lac aux pontons, on s’est rabattues sur l’étang du bord de route, il s’est avéré que celui-ci était à la fois le plus propre et le mieux exposé à cette heure-là, on s’est trouvé un petit coin un peu abrité par des arbres histoire de pouvoir avertir les passants et jeter une serviette sur Marie-Anne au besoin le temps qu’ils soient hors de vue. Bonheur quoi.

On s’inspirait d’un film avec Marilyn Monroe dont elle m’avait montré un extrait qui m’avait assez inspirée. Les premières feuilles d’automne flottaient sur le lac, la lumière était douce.

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Si le cadre était optimal, la fréquentation du lieu en revanche ne l’était pas. Je ne m’y attendais pas du tout, ayant passé des heures à poil dans différents coins aqueux ou non de la forêt de Meudon, mais ce soir en termes de beaufitude et de machisme Meudon la Forêt était une ZEP. Ça me fait d’autant plus mal que j’ai aimé y vivre et que je me sens toujours un peu liée à ces coins de forêt si proches de la ville. ZEP, j’édite mon article suite à un commentaire assassin sur Facebook, pour zone d’éducation prioritaire. On parle de pédagogie anti-machismte et sur les gens qu’on a croisés hier soir tout est à faire. Je suis un peu choquée qu’on puisse m’accuser (moi à qui on a reproché tout récemment d’être trop engagée politiquement sous prétexte que je shootais des manifs de gauche) de faire du bashing anti-banlieue et cités mais bon voilà, si j’ai heurté des sensibilités je m’en excuse, y’a eu incompréhension, que j’espère avoir dissipée. Sinon j’habite dans une zone dite déshéritée de Paris et je passe mon temps à dire et constater que les gens y sont bien plus gentils et aimables, ne vous inquiétez plus, sourire.

Comme je suis en mission civilisatrice j’avais écrit un manifeste il y a quelques temps, au sujet de ces gens qui ne te harcèlent pas sexuellement mais qui t’expliquent que si ça t’arrive c’est ta faute. Ce soir c’était à l’autre face du problème que nous avons eu affaire: les beaufs.

Ça avait pourtant commencé comme d’habitude: les gens s’arrêtent, demandent ce qu’on fait, et c’est pour quel magazine, et vous n’avez pas froid, etc. Sauf que là, il s’est produit un fait inhabituel. Les gens sont restés. Florilège de comportements inacceptables.

« Excusez-moi mais vous pouvez nous laisser travailler maintenant? On a besoin de se concentrer » « Oh bah non, je regarde, c’est agréable! » « … Et si ce n’est pas agréable pour nous de nous faire mater? » « Je mate si je veux, on est en France ou bien? »

Oh, oui, on y est. Et précisément parce qu’on y est notre non-consentement explicitement exprimé devrait suffire à te faire t’éloigner ou au moins à faire preuve de discrétion. Espace public ou pas.

Le mec en question s’est vite mis à être agressif, à parler d’appeler la police. J’ai dû le prendre en photo pour la dite police, une passante lui crier de nous laisser en paix et ses amis (pas beaucoup moins machistes mais au moins pas agressifs) l’éloigner pour nous en débarrasser. Il voulait savoir en vertu de quoi il devrait nous lâcher la grappe, après tout on n’avait qu’à pas se mettre dans un lac, je lui ai parlé de respect, je l’ai entendu me répondre qu’en tant que sale djeuns j’avais pas à lui parler de respect. Classe. Pour vous le situer, la soixantaine bien tassée, aisée, enfin le cliché du retraité dégueulasse qui s’emmerde quoi.

« Vous voulez pas prendre notre ami en photo? C’est un grand black! Il est très bien foutu vous savez! » « Ah… C’est gentil mais on a fini, et puis ça m’intéresse pas les hommes en photo. » « Oui, vous je m’en serais douté! Vous êtes lesbiennes? »

Je ne sais même pas par où commencer. Je prends mon amie nue donc c’est forcément sexuel entre nous? Ça me rappelle un commentaire qui avait été fait à Marie-Anne lors du salon de la photo en 2009: « puisque vous êtes une femme pourquoi vous ne photographiez pas des hommes? » C’est salir tous les photographes et modèles que de penser ainsi. On ne photographie pas les choses uniquement par attirance sexuelle envers elles et au fait, une femme, ce n’est pas un homme mais à l’envers. Ou c’est le fait qu’on n’aie pas envie de voir la b*te de ton ami le grand black qui t’amène à penser qu’aucune b*te ne nous intéresse dans l’intimité parce que, sinon, on sauterait sur l’occasion? Au passage, il n’y a que moi qui suis choquée de la façon dont tu décris ton ami? « Grand black bien foutu », ça ne m’évoque pas une belle série de photos mais un cliché porno. Je ne l’ai pas vu, ton pote, mais je te propose d’abandonner tout de suite l’idée de lui servir d’agent artistique si tout ce que tu as à dire le concernant se situe en dessous de la ceinture.

Une autre chose qui m’a fortement déplu c’est leur tendance à m’exclure de la conversation. Je n’étais pas la fille nue dans le lac, je n’étais donc pas digne d’intérêt – qu’importe la possibilité que j’aie pu initier la situation. Et je suis certaine que, si j’avais été un homme, on n’aurait même pas eu à gérer cette situation. À un moment, j’ai voulu me mettre dans la peau de la photographe expérimentée et faire comme si MelleCherie était une débutante timide, et ça a donné ça:

« Excusez-moi mais c’est pas pour rien si elle a choisi unE photographe, elle a besoin d’être un peu seule pour se détendre, sinon ça se voit. » « Oh mais moi je peux la détendre! Ça me dérangerait pas DU TOUT de vous détendre mademoiselle, vous avez une poitrine tellement attirante… »

Et il a répété sa blague TROIS FOIS. Vous savez comme un enfant qui, voyant que vous n’avez pas ri à la première, va vous la spammer encore et encore jusqu’à obtenir le résultat escompté. Honnêtement j’avais juste envie de lui dire sur mon ton le plus cinglant « Elle est vraiment drôle ta blague, tu l’as trouvé tout seul? » mais pour des raisons de pédagogie on est restées aussi courtoises que possible compte tenu de la situation. Quoique je pense qu’en ce qui me concerne ils soient restés sur une idée de lesbienne acariâtre et détestant les hommes.

Et le dernier mais non le moindre: « Faut nous comprendre, on est des hommes ». What? Seriously? On est bien d’accord que ce que tu viens de dire, là, c’est qu’en tant que mâle tu n’as pas accès à la partie de ton cerveau qui gère tout ce qui est self contrôle? Que tu te caches derrière une prétendue faiblesse attachée à ton genre pour justifier un comportement qui n’est PAS acceptable?

Je voudrais comprendre pourquoi tous ces hommes pensent que « Elle est bandante » ou « Quelle poitrine » sont des compliments, et si dans ce cas ils font les mêmes à leur mère. Je suis choquée de voir que le mec ne m’a pas répondu « je ne mate pas, je regarde », mais bien « je mate si je veux ». Est-il au courant de la connotation éminemment péjorative attachée à ce mot? Si oui, pourquoi l’employer sur lui-même? Pense-t-il que son regard lubrique va nous souiller, nous, et laisser son âme aussi pure que du lin puisque lui n’était que la victime de sa nature et de nos vils efforts pour l’attirer? Quel est le fucking fuck? Pourrait-on arrêter la connerie juste cinq minutes?

Je crois que je ne vais même pas essayer d’analyser toute cette merde parce que c’est juste trop primaire pour mes neurones. Et je me fiche d’avoir l’air pédante en disant ça. Ici je témoigne, voilà tout. Je pense que les faits parlent d’eux-mêmes. A quel moment, devant une fille que manifestement on regard dérange, parce que TOUT dans son attitude disait « Je reste polie afin que tu constates que je suis nue mais pas hystérique mais tu m’emmerdes », un être humain peut se dire que la chose à faire c’est de continuer à mater?

Vous me direz, on a eu de la chance, personne ne nous a touchées. Ha ha ha. Mais non.

Non, ce ne sont pas que des mots et des regards. Ces mots et ces regards sont symptomatiques d’un problème de fond bien plus grave, le même problème qui font que certains passent aux actes. Je suis désolée mais il va falloir à un moment arrêter de minimiser ce qui se passe dans vos rues et arracher les racines d’où tous ces trucs partent. Je pense que si deux copines ont envie de se faire plaisir en prenant des photos dans un lac elles devraient pouvoir le faire sans s’assurer de la présence d’un Homme. Je pense que si des gens ont des remarques à faire sur la poitrine de mon amie ils ne sont pas obligés de les HURLER pour qu’on les entende de l’autre bout du lac. Je pense que chaque type qui pense que c’est gentil de dire à une fille qui a le tiers de son âge qu’elle est bandante devrait suivre une psychothérapie d’urgence – ou un avortement très, très tardif.

Sinon je comptais profiter de ce post pour vous donner des nouvelles de moi mais pour ce soir je suis un peu trop énervée. Marrant comme le fait de m’être retrouvée dans la position du tiers et non de la cible m’a finalement bien plus touchée que l’inverse. J’ai jamais eu de problèmes comme ça et c’est limite moi qui me sens coupable de l’avoir foutue à la flotte pour qu’il lui arrive ces choses. Enfin bref, je vous donnerai des nouvelles très vite, en attendant sachez juste que même si je suis très énervée contre le genre humain ma vie va bien ^^

En attendant vous pouvez aussi lire l’article de MademoiselleCherie, qui a attendu que la pression retombe avant d’écrire, le mien sur toutes ces questions, ou encore celui-ci sur l’excellent blog « Les Questions Composent ».