Sigili

Je me suis à nouveau perdue entre les brins d’herbe, chez des amis chez qui les chaussures sont inutiles. Au coucher du soleil, mon amie S. m’a prêté les traces qui ornent son corps et, sous la caresse de la brise, m’a laissé les immortaliser. Bon, d’ailleurs, ma série sur les cicatrices, à défaut d’une note d’intention, a désormais un nom : ce sera Sigili. Paradoxalement il s’agit d’une sorte d’hommage au seul recueil de poésie que j’aie jamais acheté à l’étranger (et encore, j’ai envoyé un de mes professeurs le chercher pour moi) et dans sa langue originelle : il s’agit de Messer, de Till Lindemann, qui veut dire couteau. J’ai choisi de faire avec ce titre comme avec mon pseudo : le re-traduire en une autre langue, ici celle de mon nom d’artiste.

Enfin, je vous laisse voir ce que vous y trouverez.

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Alfihar

Toujours dans l’optique de mon projet sur les cicatrices, j’ai demandé à Olivier, alias Alfihar (mais aussi Alfihar Skogrson photography et Atelier Noir-Azur) de me prêter celles, plus discrètes, de son front; il s’est exécuté avec beaucoup de patience et la lumière nous a plutôt aidés ce jour-là, je trouve.

Bref. Cette chose se développe petit à petit ainsi que l’idée de ce que je souhaite en faire. Je vous en parlerai de temps en temps.

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Marks

Il y a quelques temps que j’ai ce projet en tête. Un peu comme une mélodie obsédante, qui te revient encore et encore. Je pense que ça fait partie d’une réflexion globale sur la vie et un peu mon évolution personnelle de ces dernières années, qui reste à formuler avec des mots. Ça viendra, ça.

Depuis le début, j’aime prendre en photo les marques du passage du temps; combien de fois suis-je tombée en admiration et ai dit à quelqu’un « Ooooooh j’adore tes / vos rides! »? Un certain nombre. Mais ça ne me suffit pas, le temps. Il y a la vie aussi. Qui laisse ses marques. Toutes ces crèmes anti-rides, ces fonds de teint, ces tatouages, ces séances de Photoshop qu’on utilise pour les masquer. Comme si il était laid d’avoir vécu. Comme s’il fallait s’en excuser. Non, merci. C’est pour ça que je trouve que les cicatrices peuvent être belles. Quelle que soit leur origine. Elles sont le témoins d’événements qui nous ont fait avancer, elles font partie de qui nous sommes. Et il faudrait que nous les cachions? J’ai plutôt envie de les mettre en valeur, comme n’importe quelle autre spécificité physique. Combien d’histoires racontées juste par notre épiderme?

Bref, Ruben a été mon premier cobaye. Peut-être que je vais changer mon traitement par la suite, peut-être pas. J’ai été fascinée par ses bras et son épaule dès que je l’ai rencontré, il y a quelques années, mais d’une fascination empreinte de familiarité; on savait qu’on se comprenait. On savait qu’il n’y avait que de l’ivresse et de l’adrénaline dans tout ça, et ça nous allait très bien. Quand ils sont face à quelqu’un qui s’est manifestement scarifié les gens imaginent toujours des moments d’intense désespoir, ou que leur interlocuteur aime la souffrance, ou je ne sais quelle connerie conformiste. Bullshit. Personne ne se coupe parce qu’il aime souffrir. Pas plus qu’on ne boxe parce qu’on aime prendre des coups. Les coups sont une contrepartie nécessaire à ce sentiment d’exaltation et d’être totalement en vie et présent dans son corps que ressent le boxeur, au même titre que n’importe quel sportif. La seule chose qui compte, c’est l’intensité de l’instant.

Enfin, il faudrait que je mette mes pensées en ordre quelque part. En attendant, je cherche des marques à rencontrer et à prendre en photo. Des accidentelles. Des non-accidentelles. Je m’en moque. Ce sont des histoires que je veux.

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