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Zones de confort

C’est assez drôle comme tout s’enchaîne, j’ai donné le conseil et dans la même semaine je l’expérimentais – il faut dire que je ne l’ai pas tout à fait fait exprès. Aurais-je été la seule photographe sur place, je ne l’aurais sans doute pas suivi, mais heureusement il y avait Roch, son appareil et l’envie chez lui de faire quelques portraits.

Le self-care, ce principe qu’on conseille volontiers aux autres, ceux qu’on aime, mais qu’on a tellement de peine à suivre pour soi-même. Les artistes sauront de quoi je parle – et est-ce que toute croissance n’est pas fondée sur la capacité à sortir de sa zone de confort ? Dès lors, est-ce qu’y rentrer ne signifie pas régresser, reculer, renoncer ?

Sortir de sa zone de confort c’est bien mais on ne peut pas rester dans de l’eau gelée sans jamais se réchauffer en continu, sinon on meurt. En l’occurrence mon retour dans ma zone de confort consistait à me mettre à moitié à poil dans des feuilles mortes en Biélorussie en novembre donc je pense que cette image est assez mal choisie, mais enfin : on fera avec.

Vous voyez de temps en temps quand on passe ses journées à faire ce qu’on ne sait pas faire, pas très bien, pas encore, quand on est immergé vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans un seul contexte, un seul environnement, quand on n’a pour se raccrocher que le « Fail again. Fail better. », c’est facile de perdre de vue le fait que c’est ok d’être là, par oublier qu’il y a des choses pour lesquelles on a été, on est toujours, compétent. Mieux : à l’aise. Des choses dans lesquelles on s’épanouit. Des trucs… où on se reconnaît. Et le monde aussi, même si ce n’est pas le plus important. Et on en vient à se demander si on a toujours été comme ça. Raté. Le syndrome de l’imposteur revient en trombe et balaie tout sur son passage.

Et il y a les autres jours. Ceux où on arrive à ménager une heure pour faire ce qu’on sait faire, pour se rappeler comment ça fait quand on est ancré, quand on est là et qu’on n’a aucun doute sur le fait d’y être. Pour, peut-être, essayer de reproduire plus tard cette sensation dans ce qu’on ne sait pas faire, mais surtout pour se rappeler qu’on est toujours en vie et toujours enflammé parce que sinon comment on ferait pour sourire dans le froid ?

Il y a les amis, les stylos et les pianos, le temps volé pour écrire dans les cafés, celui gagné pour jouer parce que quelqu’un quelque part a décidé que c’était plus important qu’autre chose. Et ils sont précieux parce que de temps en temps ils se rappellent mieux que toi, et tu as besoin d’indices pour te rappeler à ton tour.

Cherchez les indices. Allez les chercher au fond de votre couette si c’est là qu’ils se trouvent, mais cherchez-les et souvenez-vous comment c’est quand vous êtes votre propre sens. Régulièrement.

Et ensuite, sortez à nouveau. Un peu plus loin que la fois précédente.

N’attendez pas toujours de vous noyer. Je ne sais pas combien de temps exactement on tient la tête sous l’eau en retenant son souffle mais une chose est certaine : pas neuf mois, et encore moins une vie.

(Si on est honnêtes, avec cette séance photo je voulais surtout pouvoir montrer ma side-cut avant que la tonsure ne repousse tout à fait.)

(Mais c’est un bon conseil, même si je ne l’ai pas fait exprès.)

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Jordan Dorey

Je crois qu’on aurait dû se voir plus tôt, et que la vie s’est mise en travers de notre chemin ; mais les dits chemins s’apprêtaient à s’éloigner significativement des probabilités de création de carrefours, et on s’est trouvé une fin d’après-midi, Jordan Dorey et moi, pour aller du même coup se promener, se rencontrer et faire quelques images.

Et donc, je suis très heureuse. De tout ça.

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Chrysalide

C’était une créature d’un autre temps, un temps qui n’existait pas et qui resterait toujours. L’endroit était à la fois ancien et nouveau, et ainsi la créature qui s’y logeait. Le retour au noir. Pas moins épais, pas différent de ce dont on pouvait s’en rappeler. Le labyrinthe intérieur, qu’on n’avait jamais vu mais que l’on reconnaissait, à nos propres tâtonnements, où l’on se dirigeait malgré tout, à la texture du sol sous nos pas. Le chemin, au coeur du noir, existe, et sait où il mène. Parfois il repasse là où il était, et l’on reconnaît la texture frissonnante de ce qui n’est plus.

Il y avait longtemps. Peut-être fallait-il que les liens qui s’attachaient à tout ce qu’il y avait, dans le passé, de malsain et de dépendant fussent coupés avant de retourner à cet endroit-là.

Il y a quelqu’un qui vient de la lumière mais qui dans le noir sait regarder, et qui sait ce qui advient – et qui le montre. Les griffures des épines éveillent, elles rendent plus attentif à l’odeur de la terre fertile et tassée déjà par l’eau enfuie. Et là où l’eau s’enfuit, toujours plus loin et plus vite qu’on ne la voit faire, il resta quelque chose qui s’ancre, authentique, inaltéré. Et plus visible à mesure que la chrysalide s’arrache sans rien en entraîner avec elle. Plus fort, au point qu’on ne l’en remarque plus.

On peut bouger sans perdre ce qui est au fond de nous. Tout ce qu’il faut c’est le courage de le découvrir vraiment. De le rencontrer en personne, et non de le déduire des fouilles archéologiques de ce qu’on ramène du labyrinthe.

Il y a bien quelque chose derrière la porte de la montagne. Il y a le feu, et la lumière, et la chaleur. Mais les farfadets qui gardent le lieu ne se laisseront pas apprivoiser, pas à moins qu’on se mette à leur merci. Les yeux bandés dans leur forêt à trébucher et se rattraper sans savoir à quoi. Ils ne donneront rien qu’en retour de notre confiance, pleine et entière, sans qu’on se laisse malmener, désorienter, moquer parfois, par eux – et eux seuls. Pas question de le faire à leur place, ni de braquer sur leurs visages une lumière artificielle en espérant trouver des réponses, pas question, cette fois ni aucune des suivantes, de prévoir notre itinéraire et la suite de ses conséquences en amont.

Et, quand on s’est suffisamment dépouillé de certitudes, ils sont là : la direction de l’histoire, le lien entre les êtres, le lien entre ce qui advient, ce qui restera, et ce qui sera réparé. Et, comme une offrande, ce qui est laissé en arrière et qui reste au fond de notre caverne personnelle.

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Chrysalide

Photos : Julie of the World Tree

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Marion Saupin & Mino Delavictoire

Vous vous êtes déjà dit que vous n’aviez pas une tête à chapeaux ? Je me disais ça, et puis Marion Saupin m’a proposé de poser pour les créations chapelières de Mino Delavictoire, dans un joli atelier un peu caché d’une ruelle dans le Marais, et je crois qu’elles m’ont fait changer d’avis.

On a passé la matinée à essayer toutes les formes possibles, et une bonne partie du midi à échanger, toutes les trois, sur la vie, les parcours finalement pas si différents, et la nécessité qui nous habitait toutes de trouver nos voix pour rester en vie.

C’était une belle journée.

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(La créatrice de la robe s’appelle @Maureen)

 

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On a fait ça un jour. C’était il y a longtemps. Si longtemps, que je crois que je ne saurais pas vous en retrouver la date pour ranger et article au bon endroit. Il n’y a pas de métadonnées sur les polaroids, je n’utilisais pas Google comme agenda et je crois bien que l’agenda papier sur lequel je notais mes rendez-vous d’alors je l’ai laissé dans les montagnes. J’avais oublié, et puis je l’ai revu il y a quelques années. Peut-être s’y trouve-t-il encore.

Elles ont fait partie de ma vie ces photos, parce que Paul von Borax nous offrait toujours quelques originaux que j’accrochais à mes murs. Au cas où il perde ses négatifs ? Mais rien n’est jamais perdu pour toujours au Piège, manifestement.

Si mon agenda est dans les montagnes, alors je devais avoir vingt, vingt et un ans peut-être. J’étais un bébé. Un bébé qui venait se rouler dans les froufrous et les voilages des autres et tous les miroirs que je me tendais, je n’y voyais que le regard des autres. Aujourd’hui encore, je ne comprends pas très bien qui j’étais à ce moment-là, même si j’en ai cerné les prémisses.

Mais j’ai bien aimé ces moments-là. J’aime bien avoir avancé. J’aime bien mettre l’enfant et l’enfant plus âgée côte à côte et voir ce qu’elles ont à se dire. Les vieux souvenirs qui dialoguent ensemble, suffisamment longtemps après.

Ce n’est pas grave.
Ça va.
On s’en est sorties.
We made it through.

C’est un peu pour ça que je n’ai pas cherché trop vigoureusement à antidater cet article, finalement.

Je veux bien que tu sois là, maintenant.

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Emilie June

Je ne sais pas comment on fait pour rencontrer les gens. Alors je me suis dit que, pour te rencontrer, il valait mieux t’héberger. Ça, je savais le faire.

Et puis je t’ai prise en photo, et toi aussi tu m’as prise en photo.

C’est comme ça que les gens timides se rencontrent en attendant de savoir comment on fait, non ?

Modèle : Emilie June, bientôt sur Sigilí

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Photographe : June Sky – Modèle : Florence Rivières – Tenue : VoriaghIMG_1099

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