Biographie imaginaire

Je vous présente Feyra Fandosa, dont la vie et l’oeuvre ont été ici résumées par la plume de Patrick Cockpit.

Entraîneuse en chef du célèbre São Paulo Boxing Club dès le mois de janvier 1908, Feyra Fandosa oriente sa salle vers une pratique mixte, malgré l’opposition des instances mondiales, qui voient d’un mauvais oeil l’arrivée des femmes dans un sport traditionnellement réservé aux hommes. Frustrée par ces obstructions, Feyra Fandosa organise un match entre elle et Michael Tennard, le directeur de l’International Boxing Club. Dans l’immense arène de la Nocauta, elle aligne droites, gauches et crochets, jusqu’à cet ultime enchaînement mâchoire-tempe-nez (désormais enseigné dans les écoles de boxe) qui sèchera son adversaire sur place. Sonné, choqué, Tennard décèdera quelques heures après son arrivée à l’hôpital. Quant à Feyra Fandosa, des centaines d’écoles brésiliennes portent aujourd’hui son nom.

Et ceci ? Ceci est la progression que j’ai suivie jusqu’à elle entre deux coupes de thé.

Clichés de femmes

Donc, je serais bien allée au salon du livre cette année, mais j’étais occupée ailleurs. Cependant Julie de Waroquier m’y a tout de même un peu emmenée, en choisissant une image issue d’une de nos rencontres comme couverture de son dernier livre.

Ça s’appelle « Clichés de femmes », et ça illustre de ses photographies, dont beaucoup d’inédites, des citations de philosophes… sexistes. Les citations, et sans doute aussi les philosophes.

On y trouve donc pêle-mêle un grand nombre de raisons – philosophie, féminisme, photos, Julie – qui me donnent très envie de rappliquer pour le lire sans attendre, et si vous êtes comme moi, vous pouvez essayer de le trouver en librairie ou sur le site de l’éditeur.

Mata

On a fait ça ensemble il y a cinq ans, avec Nihil, mais on convient tous les deux qu’on s’est plutôt rencontrés il y a un an, un an et demi. Paradoxes temporels de la photo et du thé.

En tout cas, ça s’appelle Mata et je suis contente que ça existe.

Zones de confort

C’est assez drôle comme tout s’enchaîne, j’ai donné le conseil et dans la même semaine je l’expérimentais – il faut dire que je ne l’ai pas tout à fait fait exprès. Aurais-je été la seule photographe sur place, je ne l’aurais sans doute pas suivi, mais heureusement il y avait Roch, son appareil et l’envie chez lui de faire quelques portraits.

Le self-care, ce principe qu’on conseille volontiers aux autres, ceux qu’on aime, mais qu’on a tellement de peine à suivre pour soi-même. Les artistes sauront de quoi je parle – et est-ce que toute croissance n’est pas fondée sur la capacité à sortir de sa zone de confort ? Dès lors, est-ce qu’y rentrer ne signifie pas régresser, reculer, renoncer ?

Sortir de sa zone de confort c’est bien mais on ne peut pas rester dans de l’eau gelée sans jamais se réchauffer en continu, sinon on meurt. En l’occurrence mon retour dans ma zone de confort consistait à me mettre à moitié à poil dans des feuilles mortes en Biélorussie en novembre donc je pense que cette image est assez mal choisie, mais enfin : on fera avec.

Vous voyez de temps en temps quand on passe ses journées à faire ce qu’on ne sait pas faire, pas très bien, pas encore, quand on est immergé vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans un seul contexte, un seul environnement, quand on n’a pour se raccrocher que le « Fail again. Fail better. », c’est facile de perdre de vue le fait que c’est ok d’être là, par oublier qu’il y a des choses pour lesquelles on a été, on est toujours, compétent. Mieux : à l’aise. Des choses dans lesquelles on s’épanouit. Des trucs… où on se reconnaît. Et le monde aussi, même si ce n’est pas le plus important. Et on en vient à se demander si on a toujours été comme ça. Raté. Le syndrome de l’imposteur revient en trombe et balaie tout sur son passage.

Et il y a les autres jours. Ceux où on arrive à ménager une heure pour faire ce qu’on sait faire, pour se rappeler comment ça fait quand on est ancré, quand on est là et qu’on n’a aucun doute sur le fait d’y être. Pour, peut-être, essayer de reproduire plus tard cette sensation dans ce qu’on ne sait pas faire, mais surtout pour se rappeler qu’on est toujours en vie et toujours enflammé parce que sinon comment on ferait pour sourire dans le froid ?

Il y a les amis, les stylos et les pianos, le temps volé pour écrire dans les cafés, celui gagné pour jouer parce que quelqu’un quelque part a décidé que c’était plus important qu’autre chose. Et ils sont précieux parce que de temps en temps ils se rappellent mieux que toi, et tu as besoin d’indices pour te rappeler à ton tour.

Cherchez les indices. Allez les chercher au fond de votre couette si c’est là qu’ils se trouvent, mais cherchez-les et souvenez-vous comment c’est quand vous êtes votre propre sens. Régulièrement.

Et ensuite, sortez à nouveau. Un peu plus loin que la fois précédente.

N’attendez pas toujours de vous noyer. Je ne sais pas combien de temps exactement on tient la tête sous l’eau en retenant son souffle mais une chose est certaine : pas neuf mois, et encore moins une vie.

(Si on est honnêtes, avec cette séance photo je voulais surtout pouvoir montrer ma side-cut avant que la tonsure ne repousse tout à fait.)

(Mais c’est un bon conseil, même si je ne l’ai pas fait exprès.)

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Jordan Dorey

Je crois qu’on aurait dû se voir plus tôt, et que la vie s’est mise en travers de notre chemin ; mais les dits chemins s’apprêtaient à s’éloigner significativement des probabilités de création de carrefours, et on s’est trouvé une fin d’après-midi, Jordan Dorey et moi, pour aller du même coup se promener, se rencontrer et faire quelques images.

Et donc, je suis très heureuse. De tout ça.

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