I am a fox

Donc, j’étais en Islande. Je vivais l’un des voyages les plus attendus de ma vie, avec un être humain auquel je tenais beaucoup, et un appareil photo, et un trépied qu’un homme de l’ombre m’avait prêté. On avait du thé, on avait un kimono de soie, on avait même le furoshiki dans lequel je conserve mes cordes.

Je me suis mise à faire des plans au hasard. C’était l’Islande, alors ils étaient beaux. Je tissais une sorte d’histoire dans ma tête, je mélangeais les symboliques. Je ne savais pas où j’allais mais je savais ce que je pouvais dire, certaines choses que je pouvais dire, et ça me rendait heureuse.

Et puis j’ai pensé à deux autres renards qui étaient très très loin au sud de moi et à quel point je les aimais l’un et l’autre et à quel point ils me manquaient et que l’un des deux était triste de ne pas être allé dans ce pays-là et comme je me sentais proche de l’endroit où ils étaient malgré tout. Et puis au milieu du voyage-tournage j’ai réalisé que j’étais allée là où j’avais besoin d’être. Que j’étais en train – ça m’a frappée en repensant à l’avion écrasé sur plage sous la grêle, mais loin d’être abandonné pour autant, ça – de répondre à cette question-là :

What happens when a fox
tames another
fox?

Et puis je me suis rappelée qu’il y avait ce concours et je me suis dit que le thème de cette année, c’était bien, que je pouvais l’utiliser, et je me suis dit :

Et pourquoi pas ?

Ensuite je me souviens d’un aéroport et d’une grande quantité de chocolats chauds au lait de soja, et de mon carnet détrempé et séché et re-détrempé et toujours humide en fait, je me rappelle de ses coins relevés et figés dans cette position-là et c’était dur d’écrire sur le bas des pages, mais le stylo fonctionnait encore un peu et puis c’était important alors,

Et puis je suis rentrée et j’ai mis les images ensemble et un ami est venu m’aider puis un autre, et je tournais le lendemain mais ce n’était pas grave parce qu’il fallait que je voie – que je touche – que j’assemble,

Il fallait que je sache si j’avais réussi.

Et puis deux autres comparses m’ont aidée, aussi, et les couleurs, le son, ont rendu les images moins proches de ce que j’avais vu et plus proches de ce que j’avais vécu et je me suis rendu compte que ça faisait beaucoup de belles personnes pour m’aider et je me suis dit qu’ils étaient tous trop gentils

Ça m’a émue

Et puis voilà.

Ça s’appelle Je Suis un Renard et c’est un morceau de moi

J’espère que vous allez l’aimer un peu

(Il faut cliquer)

FOX.

Naissance d’une addiction

Il y a quelques jours, j’ai écrit ça dans mes pages du matin :

Ne sois pas ridicule. Bien sûr que c’est un caprice.
Quand cette pensée m’a-t-elle déjà stoppée ?
Je vis de caprices. Ne me juge pas, ou juge-moi peu importe. C’est par des caprices que je change mon monde. Et j’en suis bien heureuse.
Car les caprices sont, par nature, irréfléchis, irrationnels, ils se fichent bien de savoir ce qui est possible et ce qui ne l’est pas.
Ce qui rend les miracles plus courants.

Je suis aux États-Unis.

Je sais que vous savez, mais j’aime bien le répéter tant que j’y suis. Pour mieux en profiter, en quelque sorte.

Et il y a un peu plus d’une semaine j’ai pris une décision merveilleusement insensée, follement brutale et glorieusement stupide : je me suis dit « Tiens, et si j’allais de Los Angeles (Californie) au Antelope Canyon (Arizona) ? Et pourquoi pas le faire en stop ? »

Pourquoi pas, en effet. Il m’aura fallu presque un mois pour faire exploser ce blocage-là, mais pourquoi pas ? Cette petite aventure a nettement révélé chez moi ce que j’appellerais des Chris McCandless issues, que la vie et les personnes tentant de faire de moi une adulte avaient réussi à étouffer jusqu’à la prévisible et nécessaire explosion qui attend toute personne qui essaie d’enfermer sa propre nature. L’explosion s’est produite, et passé les premières semaines de terreur, passée la Résistance, c’est un sentiment formidable.

J’ai l’air égoïste et inconséquente mais la vérité c’est que je n’ai jamais été à ce point en mesure de faire du bien autour de moi, et que ça va continuer.

En 2012, je suis allée en Camargue avec Julie. Avec elle, j’ai fait du stop pour la première fois. Il serait plus juste de dire qu’elle a fait du stop et que je suis montée dans la voiture avec elle. Plus tôt cette année là, j’ai rencontré Mathieu, à qui cette citation de Victor Hugo me fait toujours penser :

« Et puis, il y a ceux que l’on croise, que l’on connait à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie. Vous n’attendiez rien d’eux, vous les connaissiez à peine, vous vous êtes rendu léger, légère, au rendez-vous et découvrez qu’ils ont ouvert une porte en vous, déclenché un parachute, initié ce merveilleux mouvement qu’est le désir, mouvement qui va vous emporter bien au-delà de vous-même et vous étonner. »

Et il m’a fait ça. Exactement ça. Il était exactement ce que j’avais toujours rêvé d’être. Il était bien trop avancé par rapport à moi sur le chemin pour m’y guider. Mais il a ouvert la porte. Ce jour-là, il m’a demandé pourquoi je n’avais pas encore commencé à voyager. J’ai dit que j’attendais d’avoir quelqu’un avec qui partager ça, que je trouverais ça dommage et égoïste sinon. Je pense qu’il n’était pas d’accord. Il ne m’a pas contredite. Mais quand, en début d’année dernière, je me suis retrouvée toute seule avec mes billets pour le Japon sans l’avoir prévu, j’ai repensé à cet échange, et je me suis dit : « Bullshit. Je n’ai besoin de personne. J’y vais, point. » Et c’était vrai.

Plus tard en 2012, j’ai rencontré un chevalier de gouttière que l’on disait poète maudit ; une histoire très drôle. Il vivait au fin fond de la montagne, dans ce qui est devenu un de mes endroits préférés au monde, et l’un des rares en France qui ne soit desservi par aucun transport en commun. Au début, je prenais le taxi, mais un jour j’en ai eu assez et j’ai fait comme lui. Je me rappelle très bien de la peur qui m’a prise au ventre quand j’ai tendu le pouce pour la première fois, toute seule sur cette route que je connaissais pourtant par coeur. Je n’avais pas peur qu’il m’arrive du mal, non, je me disais : Et si je fais mal ? Et si personne ne me prend ? Et si tout le monde me trouve ridicule avec mon sac et mon pouce ? Des questionnements dictés par la logique et non par la peur de devenir qui j’étais comme on le voit. Still, mon record n’a jamais dépassé les 50 kilomètres.

Bon et puis là j’ai fait presque 1000 kilomètres en deux jours. J’ai battu au passage le record de Camille, qui m’a promis cet été qu’il écrirait un livre sur le hitchhiking si je terminais le mien sur la pose. Et ensuite environ 1500 au retour, toujours en stop et toujours en deux jours.

Normal.

Franck m’a toujours dit que j’étais radicale dans tout ce que je faisais, j’ai appris ce matin que Mathilde et Anaël me surnommaient le bulldozer de cristal. Le bulldozer qui pense qu’il est fragile.

J’ai ri et un peu pleuré d’amour en même temps parce que c’est trop vrai.

Parce que. Arrêtons la moquerie. J’ai confiance en moi. Et je crois en l’être humain, suffisamment en tout cas pour me planter sur une entrée d’autoroute sans même une pancarte et pour monter dans des voitures inconnues sans une once de peur et pour rencontrer des gens magnifiques. Mais ça, c’est pour un autre article, à la fin.

Je ne suis certes pas encore exactement là où je veux être, pas aussi radicale qu’un Chris McCandless – il faudrait pour cela que je refuse de laisser savoir à mes amis que je suis en vie pendant les trajets, et je n’en suis pas encore là, et puis le moment où il meurt ne fait pas partie de mes plans -, mais j’avance, petit à petit. Toujours plus avant. Toujours plus près de la personne que je voulais déjà être quand, petite, je me suis rendue à la mairie de mon village pour savoir si je n’avais pas été adoptée et si mes vrais parents n’étaient pas des Amérindiens. Vous pouvez rire. Vu ma bouille blonde et mes yeux bleus, l’employé d’État-civil ne s’en est pas privé quand j’avais sept ans. Mais bon. Je dépasse mes limites, une à une. Plus loin.

Et ça vaut le coup, putain. Je suis vulgaire mais je ne m’excuserai pas pour ça.

Je ne vous raconterai pas mon voyage pour le moment, mais j’ai eu cet échange sur la peur à plusieurs reprises – dans presque toutes les voitures en fait -, et je trouve que son contenu s’applique à presque tout, donc voilà :

La peur, en fait, elle est là pour vous empêcher de commencer les choses. Comme dit Pressfield, « the hard part is not the writing itself, it’s to sit down to write ». C’est pareil avec le voyage, avec n’importe quoi. Une fois que vous êtes dedans, il n’y a plus d’échappatoire. Alors la peur s’en va. Elle n’a plus de raison d’être.

Parfois commencer est suffisant pour ne plus avoir envie de s’arrêter.

(Et je suis toujours mauvaise en photos de paysage par contre)

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When the water rises

Je suis en ce moment du côté de Big Sur, ce qui me change (beaucoup) de Yosemite. C’est tout aussi beau, d’une façon radicalement différente. Ce qui est drôle c’est que les deux personnes qui m’accueillent sont aussi des aventuriers investis d’une façon ou d’une autre dans l’écriture, ce qui fait que ce week-end s’est presque transformé en workshop autogéré.

Ce qui ne devait être qu’une innocente chasse aux champignons avec un capitaine de bateau ami des baleines s’est vite changé en trek et le trek en succession d’aventures. J’avais eu la bonne fortune de penser à prendre mon trépied, et si notre route s’est vue coupée plusieurs fois, nous n’en avons pas moins profité de notre journée.

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Le premier obstacle m’a immédiatement rappelé cette journée de voyage jusqu’en Lozère. Ça m’a semblé de bon augure, même si nous avons finalement dû rebrousser chemin. « After all this I will tell you a story about the crazy things we do for love« , lui ai-je dit, mais je n’ai pas tenu ma promesse. Je ne l’ai pas tenue parce que quelque chose de bien plus fou est arrivé avant que je n’en aie eu le temps.

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Pour ces moments, pour ces grands yeux plantés droits dans les miens à certains moments, rien que pour les battements de mon corps alors que je me tenais si près, à peine quelques mètres, des jolies familles marines, mon voyage valait le coup. Il valait le coup de toute façon. Mais c’est l’un des moments de ma vie où j’ai senti à la fois le plus de chance et le plus de vie.

C’est drôle parce qu’en plus j’en suis au conte de la jeune fille phoque, dans Femmes qui courent avec les loups.

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Vassilissa

Ou la revanche d’hier. Ça ne semblait pas si bien parti, attendu qu’en dix minutes je me suis rendu compte que j’avais perdu ma télécommande et que mon trépied s’était cassé, probablement dans l’avion, mais la bonne nouvelle c’est qu’avec plein de neige et pas de vent on peut caler un trépied même si il est cassé.

Trust the expert.

Bon mon excursion du jour était en solitaire et s’est faite autour du Mirror Lake, qui est un endroit fou. Et un peu après. Et à un moment il n’y avait plus de chemin, alors… je suis rentrée.

Sur le chemin, j’ai eu le temps de retirer mes vêtements, de les remplacer par cette robe EYN dont j’étais tombée amoureuse il y a longtemps, et de faire ça.

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Je suis extrêmement mauvaise pour tout ce qui est photos de paysage, mais j’ai tout de même ramené quelques souvenirs, pour vous :

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It’s not good enough

Je ne parle pas de Yosemite, évidemment. Je parle de cette autre photo.

Ça ne marche pas. Je n’y arrive pas. Et ça ne marchera pas. Quelle que soit la somme d’efforts que j’y mettrai, cette image ne fonctionnera pas.

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Elle est floue.

Juste, floue. À la base. Pas un joli flou. Un flou accidentel. Un flou non-voulu. Et c’est totalement ma faute. Je n’aurais pas dû accepter d’autre assistant que celui qui secouait l’arbre au-dessus de moi pendant que je posais.

Cette photo est ratée. Et c’est ma responsabilité. Alors je l’ai recadrée, salie, réétalonnée, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour qu’elle dise quand même quelque chose. Rien à voir avec ce que je voulais dire à la base, cependant. Mais ce n’est pas ce qu’elle dit qui est intéressant cette fois.

Ce qui est intéressant c’est la raison pour laquelle je viens de m’acharner de la sorte.

On pourrait penser que c’est parce que je me suis fichue à poil, en pleine montagne, en hiver, au milieu d’un parc national, et que j’avais envie que ça serve à quelque chose. L’idée est tentante, mais non. Ce n’est pas ça. Ce n’est pas le mécanisme d’engagement. C’est autre chose, de bien plus vicieux.

Ce qui m’a poussée à m’accrocher c’est l’idée que je m’en étais faite à la base.

J’ai beau voir que cette idée ne correspond pas à ce que j’ai sous les yeux, que l’image sur mon boîtier est fucked up pour ce qui est de ressembler à ce que j’avais dans la tête au moment du déclenchement, j’ai voulu, à un moment, que cette photo corresponde à un certain idéal. Je l’ai tordue pour qu’elle devienne quelque chose, au moins. Et ce qu’elle dit est à l’opposé de ce qu’elle voulait dire. Et ça me rappelle toutes ces fois où je me suis convaincue que j’agissais à cause d’un mécanisme d’engagement – une cause psychologique, établie, explicable, objective et donc presque légitime – alors qu’en fait je voulais juste ne pas voir que je m’étais trompée.

En ce moment, je lis Femmes qui courent avec les loups, de Clarissa Pinkola Estés. Le chapitre sur Barbe-Bleue m’a fait l’effet d’une série de coups de poings dans l’estomac. À la fin, je demandais grâce. Au livre. C’est bon, livre, j’ai compris, I see your point, ça va, tu as raison, arrête maintenant, STOP ! Mais le livre continuait, implacable, à me raconter métaphoriquement certains épisodes de ma vie. Comment j’avais ignoré mon instinct, le sentiment de peur primaire qui m’envahissait. Comment je m’étais laissé limiter par autrui. Comment, à plusieurs reprises, je m’étais livrée à un prédateur qui me faisait « une promesse qu’il ne tiendra pas, la promesse qu’elle va devenir d’une manière ou d’une autre une reine, alors qu’en fait son meurtre est programmé ». Comment ce prédateur, en fait, n’était là que parce qu’il y en avait aussi un dans ma tête, et était le moyen que ce que Steven Pressfield appelle la résistance avait mis en oeuvre pour me freiner dans mes projets. Comment je n’ai pas écouté mon entourage. À de nombreuses reprises. Comment, une fois la preuve du carnage sous les yeux, j’avais essayé de fermer les yeux, de faire comme si rien ne s’était passé en essayant d’effacer le sang de la petite clé, en la cachant dans la garde-robe, en essayant de me convaincre que je n’avais rien vu, rien lu, rien entendu, rien ressenti. Comment, quels que soient les efforts que j’aie pu faire des mois durant, j’avais vu, ouvert la porte, et comment je ne pouvais plus la refermer.

Comme en ce moment, alors que j’essaie de me convaincre qu’une photo ratée est utilisable.

Et, de fait, je l’utilise. Elle me sert à formaliser ce que je savais déjà.

On doit laisser mourir certaines choses pour que d’autres puissent vivre.

Bonne ambiance donc.

La vérité c’est que maintenant je ne fais plus ça. Plus pour les choses importantes. J’ai sciemment accepté de perdre un quart d’heure sur cette image, certes, mais je l’ai fait en ayant l’idée de cet article. Parce qu’il est plus facile pour moi d’identifier ces mécanismes sur de petites choses sans impact que sur des pans entiers de vie.

En fin de compte on en revient à la question des choix. Pas celui de l’activité – je refuse toujours de choisir entre tout ce que je fais, et j’assume la longueur de la conversation que cela crée à chaque fois que je rencontre quelqu’un qui me demande ce que je fais dans la vie -, mais le choix entre deux projets, le choix de « sur quoi vais-je axer mon esprit maintenant ». On fait souvent le choix de s’investir dans le projet qui ne va pas fonctionner pour nous plutôt que dans celui qui nous tient vraiment à coeur et qui, pour cette raison, a davantage de chances de marcher tout court. On s’accroche à des choses dont on voit bien qu’elles ne fonctionnent pas parce qu’on a déjà constaté qu’elles ne fonctionneraient pas et que, donc, leur échec déjà annoncé ne sera pas une déception.

On dit souvent qu’il est inutile de parler de ce qui n’a pas marché, qu’il faut aller de l’avant, que si on y pense, ça prouve qu’on n’avance pas. Ce n’est pas faux, mais c’est à nuancer. Examiner ce qui s’est passé, tant qu’on ne s’abîme pas à temps plein dans la contemplation de l’échec, c’est comprendre les mécanismes qui nous y ont mené, c’est peut-être les identifier pour savoir comment les éviter.

À chaque fois qu’on fait n’importe quoi, on apprend quelque chose. À chaque fois qu’on rétablit l’équilibre, on apprend autre chose.

Pour vous cheer up un peu, sinon, ma balade d’aujourd’hui c’était là :

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Du coup, ça va.

2006-2016

Mon amie Coline Sentenac était avec moi autour d’un risotto vegan, d’un pamplemousse chinois et de thé quand nous nous sommes rappelées d’une remarque qui avait donné lieu à une conversation, elle-même ayant mené à une comparaison avec un film avec Linsday Loan enfant. Facebook regorgeait, ces dernières semaines, de posts de personnes mettant côte à côté une photo d’eux en 2006 et une, actuelle, dix ans plus tard. Un trépied et une télécommande plus tard, nous avions réalisé notre propre « 2006-2016 challenge. »

2006-2016

Et puis, d’avoir cette jolie jeune fille devant ma fenêtre et deux masses de cheveux roux à disposition, cela nous a donné envie d’aller plus loin…! Il va falloir que je crée une catégorie « autoportraits à deux » sur ce blog, je le crains.

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L’architecte

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C’est drôle parce qu’en commençant cet article, j’avais la phrase de V for vendetta en tête : « Ce n’est pas une idée que je pleure, c’est un homme. » Je sais que je n’en arriverai pas là. J’ai confiance. Still, that hurts.

Ce qui est différent c’est que cette fois j’ai envie de faire quelque chose de cette tristesse. Il y a quoi, deux ans ? Bientôt trois ? Je faisais presque un autoportrait tous les jours. Tant de choses à dire. Et là, ces derniers mois, rien. Juste une espèce de souillure qui me broyait le ventre quand j’y pensais, et rien à en dire quand elle n’était pas là. Est-ce que j’étais cassée ? Je pense. Et maintenant ?

Maintenant, je suis triste au-delà des mots, et en même temps confiante, mais triste. Je n’ai pas envie de crier. Ni de frapper les murs. Je me contente de laisser couler les larmes, silencieusement. Sans pouvoir les arrêter, et sans vouloir les arrêter. Parce que, pour la première fois depuis des mois, elle est jolie, cette tristesse. Tendre. On a envie de l’embrasser et de la serrer fort contre soi. On a envie de la peindre. On a envie de la garder précieusement. C’est ce genre de tristesse qui ne peut exister que par la joie qu’elle contient.

C’est l’histoire d’un monde où certaines personnes nous réparent, mais on ne peut pas les réparer en retour, aussi fort qu’on le veuille. Un monde où ce sont les autres qui voient notre force et où nous voyons la leur mieux qu’eux-mêmes. Un monde où les miroirs nous font grandir au lieu de se briser. Un monde où l’absence de certaines personnes est insoutenable, mais nécessaire. Un monde où il faut laisser l’autre aller son chemin, parce que la seule personne à pouvoir le sauver c’est lui-même.

Ce monde, c’est à nouveau le mien à présent, et c’est à toi que je le dois.

Alors bonne route mon ami, et merci, et à bientôt.

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« See you around, professor River Song. »

Being a writer

Mathilde Aimée était chez moi cette semaine ; c’était chouette. Si pour votre malheur vous ne savez pas qui est Mathilde Aimée, je vous ai linké son blog d’auteur, sa page de modèle, et elle est aussi comédienne et réalisatrice.

Mathilde a un coach d’écriture nommé Anaël Verdier, qui a une newsletter de conseils que vous pouvez recevoir en visitant cette adresse. Comme ce sont de bons conseils, je vous le signale au passage.

Le point est que comme Mathilde suit sa formation d’écriture et que j’écris moi-même un bouquin en ce moment (peut-être vous l’ai-je mentionné), nous avons eu l’idée de nous mettre en scène le temps d’une clope et d’un meme, dans mon jardin et sur mon lit. Et tout ceci, c’était pour partager nos images avec vous.

Writer-web

Hit me again

En fait j’ai cette image en tête depuis une dizaine de jours. Elle ne me quittait pas mais je n’avais pas mon trépied. Ce soir j’ai décidé que je m’en fichais. Entretemps c’est presque devenu de circonstances. Mais je ne veux pas parler du monde. Pas aujourd’hui.

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C’est marrant, j’ai toujours voulu écrire, et chaque fois que j’ai quelque chose à sortir, un  je ne sais quoi de pudique me retient, comme si au milieu de toute la masse des blogueurs, essayistes, auteurs que nous donne le marché je n’avais pas ma place. Comme si quoi que j’aie à dire quelqu’un d’autre l’avait déjà dit, et mieux. Comme s’il n’y avait pas besoin de moi. C’est sûrement vrai. Ca ne me rend pas moins légitime que toutes les autres fourmis de cet univers. Je ne me suis jamais vraiment demandé d’où ça venait, cette attitude. Un jour ça m’a sauté en pleine gueule. Toute mon éducation m’avait préparée à être cette personne qui, ayant envie de faire quelque chose, ne le fait pas. Tout au long de notre enfance, on nous apprend désormais non pas à réussir, mais à gérer l’échec; à agir même en fonction de notre échec à venir. J’ai ainsi passé un bac S parce que « ça ouvre davantage de portes » (grande légende de la fin du XXème siècle), puis été encouragée à me tourner vers des secteurs « où il y a du travail », comprendre: beaucoup de places accessibles, comme ça quand les meilleurs auront raflé les places qui leur reviennent de droit, il restera quand même des miettes à la personne moyenne que je n’aurais pas manqué de devenir, été écartée des activités où tu te mets en avant, parce que tu comprends « faire du théâtre c’est prétentieux » et « on ne peut pas être doué en tout ». Résultat on est en 2015 et ça fait à peine un an que j’ai plus ou moins commencé à accepter qu’il était légitime de ma part de suivre des cours et même de vouloir travailler. Ce qui nous fait beaucoup de temps perdu à s’efforcer de ne surtout pas vivre.

On n’a pas envie que nos enfants soient ambitieux. Notre société condamne la prétention. Revendiquer nos désirs c’est mal. Vouloir se mettre en avant c’est mal. Prétendre qu’on a de la valeur autrement que par nos diplômes c’est trop subjectif, donc illégitime. Et puis viser trop haut c’est prendre le risque de chuter. Encourager les êtres humains à viser les étoiles c’est passé de mode. « Je trouve ça admirable, bien que dangereux en vérité; vous les incitez à faire oeuvre d’artiste mais lorsqu’ils se rendront compte qu’ils ne sont ni Rembrandt ni Shakespeare, alors ils vous en voudront », on le disait déjà dans Dead Poets Society, et c’est pire de nos jours. Bullshit. Tout le monde peut être ce qu’il souhaite être. Il suffit de le décider.

C’est vrai, le monde va mal, alors que veulent tous les parents du monde pour leurs enfants, sans exception? La sécurité. C’est évident. Et mortel. La sécurité, à mes yeux, c’est comme une drogue légale, comme une béquille ou un médicament: tu penses que tu en as besoin, que tu ne peux pas te construire sans elle. Tu la désires parce que tu penses qu’une fois que tu auras ça, tu auras une base saine, durable et équilibrée pour faire tout ce dont tu as envie. Mais la vérité c’est qu’une fois que tu te sens en sécurité, le risque que tu cours, c’est d’en devenir avare. La sécurité, une fois que tu l’as, tu ne veux plus t’en séparer. C’est elle, en un sens, qui t’a. Tu t’y accroches comme si tu en avais besoin, sans te souvenir comment tu faisais avant. Et au final tu en deviens incapable de te mouvoir sans elle. Tu crois avoir trouvé un trophée mais tu te fais parasiter par lui.

Affronter ses peurs, c’est sortir de la sécurité. Je n’ai jamais eu peur du monde physique. L’univers, d’une main je le prends. Non, ce qui me fait peur ce sont les êtres humains. Leur capacité à se haïr, leurs faiblesses, leurs jugements. Ma profonde incapacité à les comprendre. A me comprendre, parfois. Alors j’ai décidé que je me moquais de prendre des coups. De tomber. D’entendre des remarques bien-pensantes. De courir le risque de ne pas savoir de quoi serait fait demain. J’ai réalisé que je voulais essayer. Marcher pieds nus. Escalader des cascades.

Je n’écris toujours pas mais au moins je commence, un peu, à jouer. Quand, à l’intérieur, les choses se seront mises en place, je serai prête.

Hit me again.