Interview de Volute pour Faunerie

Comme je vous l’ai déjà annoncé, Volute Corsets rouvre sous la forme d’un atelier à Orléans, dans le centre historique. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai montré pendant plusieurs longues secondes ma glotte à l’amie avec qui j’étais en train de boire un thé aux épices dans des mugs préraph – oui, le cadre idéal donc. Puis j’ai dit quelque chose comme « Oooooooh » et « Iiiiiiiiiiih » et encore une fois « Mais, mais, ohhhhhhh! », puis j’ai répandu la bonne nouvelle sur les réseaux sociaux, puis j’ai dit à Fanny, mon amie fondatrice du webzine Faunerie, « Volute rouvre! Interview? ». Elle m’a répondu « D’accord, vas-y! », et je me suis retrouvée sans trop savoir comment intégrée à l’équipe des rédacteurs des éditions du Faune.

Mais bon.

Je vous donne le lien vers l’article que l’on me doit (et surtout à Caroline qui m’a fait des réponses géniales, intéressantes, détaillées, enfin merveilleuses à son image), et pour ici je vous laisse quelques extraits qui m’ont particulièrement parlé sans trop vous spoiler et… Ca n’a aucun intérêt mais aussi ma collection de corsets Volute, ceux que je possède bien entendu, la liste de ceux qui ont enserré mes côtes et habité mon coeur serait par trop longue.

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Le corset, sans doute, que je porte le plus en raison de sa simplicité toute en délicatesse…

« J’utilisais mon argent de poche surtout pour m’acheter des livres, quantité de livres, dont beaucoup d’essais et de beaux livres sur l’Histoire. Après un intérêt plus marqué pour le Moyen-Âge, surtout les XIIe et XIIIe siècles, période riche, florissante et stimulante, je me suis peu à peu sentie plus attirée vers les XVIIIe et XIXe siècles. Sociologiquement, culturellement, politiquement parlant, ce sont des périodes fascinantes. Ce sont aussi les deux siècles où ont été écrits presque tous mes romans favoris. Je pense que je ne pourrais pas vivre sans Voltaire et Zola, Baudelaire et Flaubert ; bon, mettons du moins que je serais une personne un peu différente… »

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Mon premier corset de pin-up. Pour la petite histoire, Caroline m’a « forcée » à le porter pendant vingt minutes tout en continuant à boire et manger avant d’accepter de me le vendre 🙂

« Car, oui, j’aime ces projets de longue haleine, très chargés émotionnellement, qui me permettent de créer un vrai lien avec chacune de mes clientes, une relation riche et intéressante. Parfois je joue un peu à la « grande sœur » déstressante, quand je vois que le besoin s’en fait sentir… Dans mes rendez-vous, il y a toujours du thé et du rire. Mes clientes sortent généralement ravies de l’aspect humain de notre relation, elles me disent que ça aussi c’est un service très, très différent d’une boutique de prêt-à-porter… Je suis restée amie avec certaines, d’ailleurs. »

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Ma première robe Volute, et ma première commande, un projet de longue haleine.

 » Une matière, une façon de se draper, un toucher crissant ou souple sous les doigts… Une couleur, une nuance, qui fera rêver de la robe de Lune, de Temps ou de Soleil de Peau d’Âne… Comme toutes les couturières, je suis un peu fétichiste des tissus. J’ai un coup de cœur tout particulier pour le doupion de soie, ou soie sauvage… Le taffetas de soie est trop lisse à mon goût, trop parfait, un peu « mort » ; le shantung est un peu trop rugueux, trop cannelé, trop brut. Le doupion a cet entre-deux qui me ravit, une matière raffinée, mais vivante, subtile, mais sensuelle… Mais je sens que je m’égare !
Je peux trouver de l’inspiration dans des films. Ah, la mythique robe rouge de Mina dans le Dracula de Coppola ! Les tenues fraîches et somptueuses à la fois (et pas 100% historiques, vous diront les puristes…) de Marie-Antoinette ! Des mouvements comme le steampunk sont aussi une très riche source d’inspiration. J’ai très, très envie de faire des robes de mariée steampunk. S’il-vous-plaît, demandez-moi ce type de projet !
En ce moment j’ai aussi envie de puiser de l’inspiration dans les contes. Contes de Grimm, de Perrault, d’Andersen, non pas pour faire des « cosplays » trop évidents, des déguisements de Petit Chaperon Rouge ou de Blanche-Neige, que personne ne voudrait mettre pour son mariage ; mais pour trouver l’idée, la nuance… Une silhouette de robe « sirène » pour la Petite sirène où la dentelle évoque très subtilement l’écume, mais seulement pour qui veut le voir ; une robe « de Lune », justement… Peut-être irai-je aussi puiser aux mythes et légendes arthuriens. Quelle serait la robe évoquant Viviane, quelle autre Morgane… Toujours une inspiration livresque au fond, on ne se refait pas ! »

Le tout dernier corset Volute que je me sois offert, il y a un an et demi, sur un coup de coeur. Enfin quand je dis le « dernier »…

« Il faudrait une thèse et non quelques lignes pour aborder un objet sociologiquement aussi complexe (et pourtant je suis déjà très longue !), et trop résumer les choses ne peut conduire qu’à se faire mal comprendre, à risquer le faux-pas, le contresens. Mais disons que ça n’a jamais été vécu comme (et jamais été, tout court), une obligation imposée par les vilains hommes aux femmes renâclantes. C’était une obligation universellement intériorisée, par les femmes aussi ; mais aussi un choix volontaire, une envie. La toute jeune fille rêvait de pouvoir enfin porter les corsets qui marqueraient son accession à la féminité, au statut d’adulte, comme aujourd’hui on peut pour certaines rêver de ses premiers soutien-gorge… La jeune et moins jeune femme appréciait souvent vivement cet outil de séduction, comme aujourd’hui on peut désirer porter des talons, ou un jean slim, une petite robe étroite… pas toujours confortables et pourtant ardemment voulus, et avec lesquels on se trouve belle, forte et fière. Beaucoup, beaucoup plus forte et fière, en pleine possession de soi-même, qu’en jogging, devant la télé sur le canapé… pourtant ce dernier est beaucoup plus confortable ! Comme quoi tout n’est pas si simple… De plus, on ignore souvent que très peu de femmes se serraient vraiment, à part quelques fashionistas. Il y avait des corsets peu contraignants pour la vie de tous les jours, les robes de matinée ou d’après-midi pour recevoir les amies, des corsets très peu couvrants et très souples pour faire du sport (équitation et plus tard, bicyclette, tennis). Le corset « qui serre » n’était porté qu’en soirée, au bal, à l’opéra, de même qu’aujourd’hui on s’habille différemment en fonction des circonstances, et pour reprendre la comparaison avec les chaussures, on mettra des baskets pour faire du sport, des talons plats pour se promener ou aller voir une copine, et des escarpins en soirée… Elles n’étaient pas plus sottes que nous et fonctionnaient exactement de la même façon !
Certaines utilisaient même le corset ultra-serré comme… moyen abortif, contre les grossesses non désirées. Une façon de se réapproprier un droit sur son propre corps… Les adversaires les plus farouches du corset étaient le clergé dans sa frange la plus extrémiste et les médecins pro-natalistes : tous deux tonnaient que la femme ne devaient pas « déformer l’œuvre de Dieu », ni contrôler les naissances à sa guise, et rester un corps disponible sans discuter pour porter et mettre au monde les futurs soldats de la France, histoire d’aller récupérer l’Alsace-Lorraine et de rester les mamelles de la nation, comme elles auraient toujours dû le rester, ces débauchées. Pas vraiment très féministes les anti-corsets, n’est-ce pas ?… Comme quoi tout n’est jamais tout blanc ou tout noir… »

Exposition « Les Fumeuses »

Article que j’avais, à la base, écrit pour le webzine Faunerie, mais qui parle du taf des copains, donc:

Dès août 1942, 

une rumeur traversa la ville.
Le bruit disait qu’un lieu de femmes existait
quelque part dans paris.

Un lieu de liberté,
où elles pouvaient s’enivrer,
fumer tous les tabacs
et s’aimer.

Un lieu où aucun homme n’entrait.

Ce ne fut pas toujours un lieu précis…
Il changea au gré des rafles et des descentes,
pourtant, et malgré tout cela, il perdurait.

La rumeur avait appelé ce bastringue errant :

« Les Fumeuses ».

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C’est ainsi que débute le premier livre de Paul von Borax. Paru courant 2013, l’objet, car c’est un très bel objet, se présente sous la forme d’un journal intime, celui d’un homme qui, à la mort de son demi-frère, retrouve des photos de femmes prises par lui et découvre ainsi tout un pan de sa vie durant l’occupation allemande de la seconde guerre mondiale resté caché, à lui comme au monde. Au fil des images, les Fumeuses se dévoilent dans leur insouciance, dans leur intimité aussi, et le frère de l’artiste passe de la colère devant tant de futilité au questionnement puis à la compréhension, pour enfin deviner comment son frère est mort.

Et ce frère, donc, s’appelait Paul von Borax.

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Je suis allée au vernissage de la série, à Paris, Galerie Lanneau, pas très loin du quartier latin. Une petite ruelle sombre et pavée, des caves voûtées qui auraient très bien pu servir de refuge aux Fumeuses: le cadre était parfait.

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Les Fumeuses sont tantôt rieuses, tantôt alanguies, tantôt elles arborent le regard désabusé de la guerre et de l’opium. Danseuses, effeuilleuses, aristocrates, aviatrices, ici la classe sociale semble n’avoir aucune importance, parce que, dans ce lieu protégé, les Fumeuses sont libres d’être uniquement femmes, et de s’aimer à l’abri des regards.

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Ce qui fait, à mon sens, la force et la spécificité des images de PvonB, n’est pas seulement la technique (bien que son usage du polaroïd confine souvent à la perfection), mais aussi une sensibilité très poétique et une capacité à créer l’instant pour le saisir. C’est à dire qu’il a ce feeling qui fait que, lorsqu’on pose pour lui, en réalité on ne pose pas, on se contente d’être devant un objectif, ce qui n’a rien à voir. Regarder un de ses photos, c’est regarder un morceau d’une histoire, d’une pensée, d’un geste.

Pour découvrir d’autres songes aux frais de Paul von Borax.
Pour acheter son livre.
Pour acquérir un tirage à des prix vraiment doux! (Ils sont d’ailleurs en vente actuellement à la dite galerie)

Sans déconner c’était vraiment sympa.