Interview par Titobulle

Il y a plus d’un an, j’ai donné cette interview à l’équipe de Titobulle productions, dont les têtes pensantes sont également derrière le site JustFocus.fr, pour lequel je pige occasionnellement.  David et Matthieu ont donc eu la gentillesse de m’interviewer au sujet de mon livre au Dernier Bar avant la fin du monde, pendant la campagne Kickstarter, et donc avant que je n’en commence la rédaction.

Comme la vidéo n’était pas sortie pendant la dite campagne, elle était restée dans les tiroirs et je ne l’avais plus revue depuis très longtemps, et je trouve très intéressant de la revoir maintenant ; elle me permet de voir en quoi le projet est resté le même, ce qui s’est précisé, et ce qui a changé depuis.

(Et je m’amuse beaucoup à voir mes cheveux s’effondrer au fur et à mesure.)

Sommaire de l’Art de la Pose

J’oublie toujours – disons « souvent » – que vous n’êtes pas forcément tous sur Facebook, sans parler de la visibilité allouée aux pages sur celui-ci. Mais… J’ai un peu teasé les gens qui fréquentent la page du livre en leur révélant le sommaire définitif d’un chapitre par semaine pendant six semaines. Juste histoire de vous faire patienter. Je sais que je suis en retard ; je ne veux pas que vous m’en vouliez (trop).

Alors… Les voilà.

(Et oui il y a des fautes de tabulation, et non ce ne sont pas de vraies pages du livre.)

En revanche, les photos en question sont les entrées de chapitres définitives !

Chap1

Chap2

Chap3

Chap4

Chap5

Chap6

 

 

Lancement du site dédié à l’Art de la Pose

Le lancement d’un nouveau projet est toujours une étape importante. L’officialisation dudit lancement ne l’est pas moins. Concernant le livre, ç’auront été plusieurs étapes successives : transformation de ce qui n’tait qu’une simple blague lancée dans le métro en un vrai projet, formalisation de celui-ci, envoi de questionnaires pour mieux cerner les besoins du public, lancement de la campagne de financement participatif, écriture… et mise en page encore en cours.

Et puis, le lancement du site dédié.

Ben oui, même si j’avais acheté le nom de domaine www.lartdelapose.net depuis un moment, je n’avais jamais vraiment fait la démarche de l’utiliser. Alors qu’en vrai, soyons clairs, ça prend deux heures.

En faisant ça, j’autorise en quelque sorte mon livre à exister en dehors de moi. Il n’est plus une catégorie perdue de mon blog personnel ; il est dans la sphère publique.

Si je fais un tel mélo pour trois pages WordPress mises en forme, me direz-vous, qu’est-ce que ce sera lors de la soirée de lancement. Vous aurez raison. Du sang et des larmes, probablement.

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Transhumaniste

Pour illustrer le livre, j’ai annoncé qu’il y aurait des photos exclusives. Coline Sentenac a réalisé l’une des séries contenant des photos appelées à figurer dans le livre et nulle part ailleurs.

Cette série s’appelle « Transhumaniste », et c’est la plus personnelle des séries que j’ai destinées au livre ; peut-être que je vous en ferai une lecture un jour. Angbryn s’y est chargée du maquillage, mais également de photos backstage, ce qui me permet de vous spoiler un peu, gentiment. On peut y voir que j’ai donné de ma personne (oui, c’étaient de vraies aiguilles) et que mon ami Greg m’a aidée à ne pas mourir de septicémie ce faisant.

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Et puis, parmi les photos prises par Coline se trouvaient aussi des images backstage, alors pourquoi nous priverions-nous, n’est-ce pas :

© Coline Sentenac

 

© Coline Sentenac
Test du make-up « C’est bon, tu as l’air bien malade ! »

© Coline Sentenac

© Coline Sentenac

© Coline Sentenac

© Coline Sentenac

© Coline Sentenac

© Coline Sentenac

© Coline Sentenac

© Coline Sentenac

La fin et la suite

Bon, eh bien voilà.

Telle que vous me voyez, je suis dans un café à Londres en train d’attendre qu’un copain sorte de studio d’enregistrement, je bouquine Turning pro de Steven Pressfield après avoir dévoré Nobody wants to read your sh*t du même auteur, et je soigne à coups de passages de frontières ma dépression post-partum. Quand Anaël Verdier m’a diagnostiqué celle-ci par sms en début d’après-midi, ça m’a soulagée ; j’étais à deux doigts de penser que j’étais simplement une dépressive chronique et que je ne m’en sortirais jamais puisqu’objectivement tout allait bien.

J’avais fini d’écrire mon premier jet. Je ne le trouvais même pas si nul. En fait, je le trouve plutôt bien.
J’avais évidemment peur qu’une modèle ou l’autre, lisant mon livre, décrète que j’avais raconté uniquement de la merde, que je n’étais pas légitime et que de toute façon je ne savais pas poser, et j’avais peur que cet hypothétique bourreau aie raison ; mais ça, c’est la spirale du doute périodique en action, et j’ai appris à la reconnaître pour ce qu’elle est.
J’avais eu une belle surprise, totalement inattendue, et plus d’éléments objectifs que de raison pour pouvoir me dire que personnellement aussi, tout allait bien.
J’allais prendre un avion pour Londres, me mettant ainsi hors de portée de toute tentative d’organisation d’un de ces anniversaires surprise désastreux où vous n’avez aucune envie d’être (trop de gens) et où on vous somme de faire bonne figure, tout en ne restant pas cloîtrée chez moi à ne rien faire. En partant dans un autre pays tout en ne prévoyant rien de spécifique pour la date tant redoutée, j’inaugure ainsi ce que j’appelle l’anniversaire de Schrödinger. Et cette idée me met en joie.

Et pourtant j’étais triste. On aurait pu me faire rejouer la fin de Que ma joie demeure.

Et puis, comme une évidence : « mais meuf, tu viens de passer je sais pas combien de mois sous pression et là ça retombe, c’est la peur du vide. Tous les artistes font ça. »
Ah mais oui.
Maintenant que vous le dites.

Et donc, quand on m’a dit « dépression post-partum« , ça m’a fait rire, parce que je me suis dit « Encore heureux que je ne veuille pas d’enfants si un livre me fait ça ». Puis je me suis rappelée que, juste en finissant, j’étais retournée voir Rogue One – meilleur Star Wars sorti depuis ma naissance, ce film m’a fait quasiment pleurer de joie tant l’ascenseur émotionnel avec l’autre film sorti le 16 décembre 2015 était fort – j’avais enchaîné sur tous les side-textes que je devais écrire pour le livre : l’avant-propos, les remerciements, la nouvelle version du synopsis pour la C4, ma bio, bref, tout pour ne pas m’arrêter. Et ce qui est drôle c’est que j’ai employé « gestation » alors que je ne fais jamais de métaphores basées sur la maternité. Mais jamais.

Coucou, le fruit de huit ans de ta vie vient de sortir de toi. Tu le vis bien ?

De quoi tu as envie maintenant ?
De recommencer, avoue-le.
De voir à quoi ressemble ta montagne.
Ne nie pas.

Vous voyez, le déni est un mécanisme d’évitement récurrent chez moi. Je vous invite à le constater sur pièces à travers ce dialogue de 2013 avec un ami, quand j’étais « juste-modèle » et que je n’admettais pas que ce que je voulais, c’était jouer. Je me disais que c’était trop tard, que si je n’avais pas commencé étant enfant, c’était mort, etc.

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Avouez. C’est transparent.

J’ai retrouvé cette conversation il y a peu et j’en ai fait une capture d’écran que je conserve depuis pour me rappeler des tours que me joue mon cerveau quand il décide que le confort c’est mieux que le risque. Je n’ai pas d’exemple aussi frappant concernant l’écriture, sauf peut-être ce texte de janvier 2015 que j’ai réussi à conclure en disant que je n’écrivais pas, après, obviously, l’avoir écrit.

Ah, au fait, je ne vous l’ai pas dit sur ce blog : j’ai fini d’écrire mon premier jet.
C’est de la folie.
Vous me direz, à force d’avancer sur un truc tous les jours, à un moment il finit par… être terminé, justement. Mais je n’avais jamais envisagé les choses sous cet angle. Pas vraiment. Je savais vaguement que je finirais d’écrire un jour, bien sûr. C’est logique. Je suis quelqu’un de rationnel. On ne peut pas écrire un nombre de jours infinis pour produire un livre au nombre de pages fini. Mais je n’avais pas conscience que ce jour arriverait vraiment dans la réalité.
Je ne vous le cache pas je suis super fière. En retard, mais pas tant compte tenu des événements de cette année, et moins que prévu d’ailleurs.
C’est assez perturbant. Comme cet autre échange que j’ai eu il y a un mois et demi :

– Mais… Tu vas bien Florence en fait.
– Ah !… C’est donc ça ce sentiment d’étrangeté.

Ce qui au passage botte le cul à toutes nos préconceptions sur l’artiste qui doit aller mal pour créer parce qu’à partir de là je n’ai jamais écrit aussi régulièrement et efficacement.

Donc où en étais-je. La dépression post-partum.

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Photo : Cyril Zekser pendant un Atelier du Vendredi avec Stéphane Casali

Ce truc qui te tombe sur le coin de la gueule et où tu te demandes où tu as merdé, ce qui ne va pas chez toi, et si tu vas juste passer toute ta vie à être chiante et insatisfaite et BORDEL CAN’T YOU ENJOY THE MOMENT FOR ONE SECOND ?

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Et puis, en fait, c’est okay. Tu te rends compte que c’est juste que tu ne t’en étais pas aperçue avant parce que là, c’était ton premier vrai gros projet sur le long terme, mais que c’est juste que tu as besoin d’être en train de faire quelque chose, et que même si le livre n’est pas fini, il est pour le moment entre les mains de ta correctrice et plus les tiennes. Que ce n’est même pas tant la peur de la confrontation avec le public (même si soyons honnêtes ça me fera forcément flipper à un moment, mais je suis passée par un système de pré-commande justement pour m’ôter toute possibilité de faire marche arrière, ce qui est ma façon toute personnelle de créer mon sentiment de tranquillité. « Lorsqu’on n’a plus le choix, on est libre. »), mais le fait d’être suspendue à autrui là où il y a quelques jours encore j’étais celle qui devait donner le mouvement. Encore heureux que j’aie une totale confiance en ma correctrice. Je t’aime, si tu passes par là.

Un ami brillant me disait sur un tout autre sujet qu’il n’avait jamais l’air content aux yeux des autres quand un de ses projets réussissait, mais que c’était normal, parce qu’au moment de la réussite effective lui-même était déjà deux projets plus loin.

Dans la mesure où, en prévision de la nécessaire période de jachère créative que constituera la finalisation du livre – je veux dire quand je serai en train de vous écrire des petits mots et de vous faire de petites enveloppes -, j’ai déjà relancé mon projet photo sur les cicatrices sur ses rails et je prévois un projet encore secret avec Mathilde Aimée, dans la mesure aussi où je me remets à poser de façon plus régulière depuis que j’ai retrouvé la mainmise sur ma façon de vivre – ce livre m’a sauvée d’un truc assez moche -, je pense qu’on peut dire que j’ai intériorisé cette idée comme un excellent conseil.

Alors faisons comme ça.

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Steven Pressfield, c’est bon, mangez-en.

Bon parlons du livre maintenant. Je vous disais que je devais en réécrire le synopsis. C’est normal, parce que le projet, qui est parti d’une sorte de fusion entre un guide pratique et un essai sociologique, est resté ça, mais s’est paré de nouveaux attributs. Il est devenu plus personnel, plus engagé, presque militant. Non. Carrément militant. Je pense que, vu ce que j’écrivais et sur quoi vous vous êtes fondés pour décider que ça méritait d’investir dans ce que je ferais no matter what, comme mon Manifeste de 2013, cette phrase ne choquera personne. Cependant, je me rappelle avec amusement du moment où j’ai commencé à écrire mon chapitre 1 en me disant « bon, il va y avoir une critique du marketing et de la représentation des corps dans la publicité, c’est logique », et où je suis arrivée au bout sans m’y attendre et où j’ai constaté qu’on discernait nettement quelque chose de bien plus politisé – pas en termes de partis politiques, juste d’idées – que ça.

Et puis j’ai décidé que c’était okay.

J’espère que ce sera okay pour vous aussi. En tout cas, si vous avez voulu du Florence Rivières, sachez que vous en aurez pour votre argent, parce que ce livre que je voulais être un truc d’intello – je me souviens avec émotion de cette discussion acharnée quand j’ai dit qu’appeler un livre avec un titre de thèse c’était sexy et qu’on m’a rétorqué que ça le serait uniquement pour moi – est la chose la plus personnelle que j’aie jamais produite.

J’ai commencé ce projet en me disant que ce serait la seule chose que j’écrirais. Là, je suis sûre et certaine du contraire. Ce livre tourne une page, non seulement celle de ma vie en tant que « juste-modèle », mais aussi celle qu’elle ouvre. Je ne pensais pas apprendre autant sur moi-même, ni changer autant dans le processus. Et pourtant, c’était une évidence. J’ai changé, et là, dans ces quelques jours où je ne fais pas de maquette ni de réécriture parce que c’est le moment de Julie, j’ai tout le temps de réfléchir au futur, parce qu’il est là, juste devant, presque aujourd’hui.

Et il a l’air radieux.

Merci pour ça.

La COSconférence

Comme je vous le disais tantôt, lors de la convention du costume, j’ai été invitée par Fanny et Fenriss à dire quelques mots sur la pose. J’avais eu du mal à orienter mon speech, me demandant ce qui pourrait rendre cette conférence intéressante pour spécifiquement des personnes fréquentant les milieux costumés au sens large, c’est à dire reconstituteurs, GNistes, cosplayeurs…

Alors j’ai réfléchi. Je ne trouvais pas quoi dire, j’avais envie de m’enfuir dans la forêt, j’ai voulu poster des GIF sur internet, j’en ai cherché un avec une personne qui courait les bras en l’air, je n’ai pas trouvé, et j’ai fini par trouver que je voulais commencer en parlant de l’impact… du costume.  À partir de là, je me suis assise au Dernier Bar avant la fin du monde qui est un peu en train de devenir mon bureau, et j’ai écrit.

Ensuite, mon texte était trop long pour ma demi-heure et je suis passée de « Je n’ai rien à dire, ça va être nul, les gens vont s’ennuyer » à « C’est trop long, ça va être nul, les gens vont s’ennuyer ».

Forcément.

Bon et en fait ça a été. Je veux dire, on voyait que je ne suis pas à l’aise avec le fait de parler en public, et je ne m’en suis d’ailleurs pas cachée, mais j’ai l’impression d’avoir couvert ce que j’avais à dire (avec la frustration évidente due au fait de vouloir repartir dans tous les sens), les gens du public ont été adorables, l’un d’eux m’a même demandé si on pouvait s’en servir pour donner de l’élan à un pigeon – ce qui m’a, je ne plaisante pas, été d’une grande aide, donc si tu passes par là, merci à toi -, et en fait à la fin j’étais contente d’être venue.

Wopurée #stress #canwepanicnow #envraicestfini #cosconv

Une photo publiée par Florence Rivières (@sirithil) le

D’ailleurs regardez tout le monde avait l’air bienveillant. Quelqu’un a même dit des choses gentilles sur ma conférence sur son blog. J’ai même décidé d’assumer, tellement que si vous descendez un peu dans cet article vous trouverez la vidéo (une partie, ça a coupé une bonne part des questions), et encore un peu plus bas, le texte que j’avais écrit, tel quel. On notera que j’avais écrit directement sur un style oral et, pire, que j’avais prévu certaines de mes blagues. Mais pas toutes, et notamment pas mon imitation d’Anaël Verdier à 4:30.

 

 

En ce qui concerne la pose en costume spécifiquement, vous pouvez être amené•e•s à organiser des séances photo spécialement avec des photographes, mais aussi à être sollicité•e•s directement par des photographes lors d’événements costumés, comme ici, les journées grand siècle, des conventions…, et on va voir que ce n’est pas la même chose.

Globalement, les conseils que je vais donner peuvent s’appliquer à l’un ou l’autre cas, mais lors d’événements c’est quand même davantage une ambiance « Débrouille-toi pour être bien sur la photo ». Bon. La première chose, c’est de vous demander pourquoi vous souhaitez vous faire prendre en photo. Pas pour vous demander si c’est légitime, parce que ça l’est, mais parce que vous n’utiliserez pas les mêmes moyens pour remplir les mêmes attentes et que vous penserez votre séance photo différemment. Est-ce que vous avez envie d’une belle photo de profil à mettre sur Facebook ? De montrer votre travail de costumier•e (J’imagine qu’il y en a) ? De conserver le souvenir d’un moment ? De créer une image artistique ? Moi, je sais qu’en tant que modèle photo je suis paradoxalement accro à un point qui touche au fétichisme aux photos backstage et souvenirs, et que j’ai besoin d’être une personne totalement différente dans l’un et l’autre contexte pour que l’image me fasse plaisir.

Dans la préparation d’une séance (ou d’une sortie d’ailleurs), je n’ai pas envie de vous donner un cours de maquillage ou de choix des matières ou vous faire l’affront de vous rappeler de bien mettre un jupon sur vos paniers parce que ce n’est pas ma place, mais en général en photo on n’aime pas trop les choses qui brillent, peaux comme vêtements. Il y a des exceptions, mais c’est plus difficile à gérer pour le photographe, et on a envie que notre photographe soit heureux. Également, je préconiserais à celleux qui ne maîtrisent pas totalement l’art du maquillage et qui devraient néanmoins se débrouiller seul•e•s d’en faire le moins possible. Un teint bien poudré c’est ce qu’il y a de plus important, et c’est bien plus facile de vous mettre en valeur si vous n’avez pas trop chargé en matière et en couleurs au préalable.

S’agissant de la pose à proprement parler. Un écueil qui peut se présenter très rapidement quand on pose en costume, c’est de se laisser « manger » par le costume. En quelque sorte, de faire non pas une photo de vous en costume, mais une photo du costume et il se trouve que vous êtes dedans. C’est normal. Le costume est particulier, potentiellement imposant, alors que vous vous côtoyez vous-même tous les jours. Et on a souvent tendance à se cacher en photo quand on n’a pas l’habitude de poser parce qu’on n’assume pas forcément d’être dans une position où on se met en valeur. Mais vous pouvez vous mettre en valeur ET mettre le costume en valeur, et même que le costume sera mieux mis en valeur si vous acceptez de vous mettre vous-même en avant.

Donc, détendez-vous. Laissez-vous imprégner par votre costume. En plus, si ça se trouve vous êtes dans un château ou un lieu chargé d’histoire. Tout ce que vous avez à faire, c’est absorber l’énergie de votre environnement, ce qu’il vous évoque, et le renvoyer dans l’objectif assorti de votre propre présence. Le costume, quand on ne s’en sert pas pour se cacher, est une aide formidable parce qu’il porte en lui-même toute une mise en scène préexistante. Il vous cadre, et vous n’avez plus qu’à vous autoriser à exister avec ce cadre. Pour vous inspirer davantage, vous pouvez aller dans des musées, regarder des tableaux, voir comment les peintres de l’époque représentaient leurs personnages, mais poser de façon naturelle c’est vraiment de l’ordre du feeling. Vous pouvez vous raconter une histoire dans votre tête, mais essayez autant que possible de ne pas le faire avec des mots et des pensées formelles, mais plutôt de ressentir les impressions que vous auriez si vous la viviez, ce qui déplacera votre imagination de votre tête à votre corps. Et jusqu’à preuve du contraire on pose avec son corps.

Il faut garder votre corps en tension. Pas crispé, mais en extension permanente. Ça ne veut pas dire que vous devez cambrer le dos et bomber le torse en permanence, attention ! On peut très bien être en extension dans les muscles tout en adoptant une position rentrée, fermée, qui peut être très expressive et très esthétique. Mais le fait est que votre pose doit être dynamique et engager tout votre corps pour fonctionner, même vos jambes qui sont cachées sous votre crinoline. La colonne vertébrale déliée, ça vous permet de garder la technique dite du « cou de pigeon » pour éviter les plis disgracieux, d’être mobile au niveau des épaules, qui enverront un message totalement différent, et de puiser assez de confiance en vous dans votre posture pour ne plus être tenté•e•s de vous cacher. C’est gratuit. Une fois que vous avez fait ça, que vous êtes en énergie et que vous habitez vraiment le costume – je pense aux cours de la Comedia Del Arte où on parle d’ « Allumer le masque », ça se rapproche énormément – vous pouvez vous positionner en faisant toujours partir vos mouvements de votre centre moteur. Ça n’a pas de sens de vous placer, de vous couper du mouvement, puis de bouger juste un bras. Donc vous avez besoin de rester en énergie entre les poses. Et, oui, c’est pour ça que poser c’est physique. Pour tricher un peu et renforcer cette impression de dynamisme, vous pouvez poser un peu de trois quarts, pas tout à fait de face, ça donnera l’impression que vous êtes au milieu d’un mouvement. D’ailleurs, vous devez être au milieu d’un mouvement. Si je m’assois sur une chaise, je continue à être en train de m’asseoir tout le temps que je passe sur ma chaise. Au moment où je me considère en position arrivée, je perds mon intention. C’est fatal.

Dans la pose, vous utilisez votre énergie et vos sensations pour vous placer, mais une « bonne pose », c’est plus complexe que le fait de se mettre dans une bonne position. Il y a un jeu de regards et d’intéractions qui se noue entre le modèle, le photographe… et la lumière. Donc ça veut dire que vous devez vous laisser influencer par la façon dont votre corps réagit à ce que vous voulez exprimer, à l’endroit où est le photographe (comment cadre-t-il ? est-il en face de vous ? En contre-plongée ? En plongée ?) et à la façon dont la lumière vient se poser sur vous. Est-ce qu’elle est zénithale, est-ce qu’elle vient plutôt de côté ? Est-elle dure ou plutôt atténuée ? Quelles ombres est-elle susceptible de faire tomber à quels endroits de mon corps ? Typiquement, si vous posez en extérieur en plein midi, vous aurez des ombres très dures et je préconise d’ailleurs de vous déplacer à l’ombre ou d’essayer d’inventer un léger contre-jour, alors qu’un ciel nuageux vous laisse un peu plus libre parce qu’il diffuse la lumière. Et ça, on aime.

Sur le visage : on a déjà parlé de l’expression et de la position du cou, mais sur un aspect purement technique, si vous avez le regard vers l’objectif, c’est bien de regarder un peu plus haut, à la naissance des cheveux du•de la photographe, pour avoir les yeux bien ouverts et qu’ils prennent la lumière. Également, lever légèrement la tête vous permettra d’esquiver les fameuses ombres qui tombent pile sur vos cernes et vous donnent l’air d’être allé•e à une zombie walk alors que c’est Downton-sur-mer. La lever légèrement de biais par rapport à l’objectif joindra l’utile à l’agréable en évitant de montrer l’intérieur de votre nez. Et, pour détendre votre visage, n’hésitez pas à y aller de quelques grimaces entre les prises. Si vous êtes sur la même pose depuis un moment et que vous sentez que vous êtes en train de vous figez, répétez le mouvement pour en retrouver la sincérité. Et cessez de vous excuser d’être là. Je vois des tas de photos de gens contents d’être en train de faire une belle photo d’eux mais qui ne veulent pas qu’on se dise qu’ils se prennent au sérieux et qui ont ce petit demi-sourire ironique qui dit « oui, bon, je pose, mais franchement ce n’est rien, c’est pour la blague ». Et même si c’est important pour vous ? Quel est le problème ? Autorisez-vous à vous prendre au sérieux le temps de quelques photos !

Libération – La nuit des corps vivants

Suite à une interview menée par la journaliste Emmanuelle Peyret, quelques-uns de mes mots se sont retrouvés dans Libération, dans un article consacré aux modèles d’art. L’article est également disponible sur le net, n’hésitez donc pas à cliquer sur les photos (pour lesquelles je remercie chaudement Eric Keller) pour le lire !

Je trouve assez chouette qu’on parle de plus en plus de ces activités, qui sont tombées dans l’oubli de manière inexplicable (ou plutôt trop explicable) ces dernières décennies. La parole se libère, et peut-être que les gens seront de plus en plus informés et finiront par sortir des clichés…?

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Manifestation des modèles d’art

Ce samedi prochain, une manifestation des modèles d’art, notamment en école et pour les peintres, s’organise à Hôtel de Ville, à Paris. A cette occasion, et sachant que j’ai été (et suis toujours occasionnellement) modèle d’art pour des écoles ou des peintres, Agathe Mathilde, modèle et journaliste, m’a demandé de répondre à quelques questions pour un article intitulé « Manifestation des modèles d’art : un manque de reconnaissance symptomatique de notre temps ? » auquel vous pourrez accéder en cliquant sur l’image.

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Comme illustration, j’ai choisi une des images backstage des ateliers du vendredi avec Stéphane Casali parce que je n’ai pas de photos de mes séances de pose en tant que modèle de dessin, ce qui, ma foi, fait sens.

F/1.4 – A quoi pensent les modèles

Cette semaine, dans l’épisode de F/1.4 – A pleine ouverture et grâce à la gentillesse de Sébastien Roignant, je raconte des trucs et des machins sur la démarche de modèle, la prise de confiance, la légitimité à poser et un peu mon livre. Comme il est très doué pour mettre les gens à l’aise, cette vidéo offre également la première vidéo où je parle de mon travail sans bafouiller, et ça c’est énorme.

Il suffit de cliquer sur l’image pour en savoir plus !

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Pour les curieux qui n’auraient pas encore été curieux, le financement se poursuit sur Kickstarter ; on peut y pré-commander le livre, avoir un tirage en prime, ou une séance photo (avec, comme photographe, soit moi, soit une des trois filles talentueuses qui ont accepté de s’associer à moi !)

Comment je suis devenue une meilleure personne en posant

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Connaissez-vous MadmoiZelle.com ? C’est un site féminin chouette avec une ligne éditoriale plutôt cohérente avec mes idées et… C’est aussi l’endroit où, depuis ce matin, on peut lire un témoignage de ma plume sur la façon dont je suis devenue modèle. L’article est même en home page ! J’y explique pourquoi, comment… et le cheminement que j’ai suivi entre la première séance et la personne que je suis maintenant. Je préfère la version actuelle. Extrait :

Ce qui est rigolo, c’est qu’à l’époque j’étais, selon mes critères actuels, complètement soumise au patriarcat. Je pensais que poser en lingerie, c’était quand même limite, et que celles qui montraient leurs seins étaient des « filles faciles ». Je pensais que le maquillage en photo, c’était de la triche, et que de toute façon quand on était vraiment jolie on n’avait pas besoin de retouche du tout. Pour couronner le tout, je considérais que toute photo de moi qui ne me donnait pas envie de vomir était probablement l’œuvre d’un grand artiste extrêmement doué. Vous visualisez un peu la dose de confiance en soi…

Sous cet article (accessible en cliquant sur l’une ou l’autre des images), une MadmoiZelle a posté le commentaire suivant : « Vraiment un très très chouette témoignage.
Ca m’a fait réfléchir et sans doute bouger dans ce que je pense de la photo artistique et dénudée… Merci beaucoup beaucoup. » Et je vais vous dire. Grâce à ce commentaire, tout seul, juste lui, je trouve que ça valait carrément la peine d’écrire.

(Bon, et en plus, il y a un petit lien vers mon kickstarter en fin d’article, au cas où des MadZ veuillent me suivre plus loin dans mes réflexions à travers mon livre.)

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