Archives pour la catégorie L’art de la pose

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Rencontre à OI Evreux

À la suite de la rencontre chez OI Paris, ce sont les trois clubs photo d’Evreux qui m’ont accueillie dans les locaux d’Objectif Image Evreux, en Normandie.

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Je suis toujours bluffée par la bienveillance des gens dans ces occasions ; on était là pour parler de L’art de la pose, mais je crois qu’on était toustes plutôt content•e•s d’être là, alors on s’est mis à discuter de cicatrices et d’autoportraits tous semble, et ce jusqu’à bien 23h ; et ç’a été l’occasion de « placer » le livre dans une librairie indépendante hors région parisienne. Cela m’a encouragée à enfin créer la carte de référencement des librairies et studios photo où l’on peut trouver le livre, pour qui voudrait se le procurer en direct !

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Dédicace à la grand’librairie (Arras)

Tout est dans le titre, non ? Sauf la date.

Le samedi 23 juin, l’équipe de la librairie indépendante La Grand’Librairie à Arras (62) aura la gentillesse de m’accueillir en dédicace pour L’art de la Pose !

Ce sera ma première « vraie » dédicace dans une librairie donc je suis un peu stressée et très contente.

Alors amenez tous vos amis ! :)

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Update du 24 juin : un grand, grand merci à l’équipe de la grand’librairie pour son accueil et sa gentillesse, ainsi qu’à toustes celleux qui sont venu•e•s me tenir compagnie, que ce soit prévu ou dû au hasard des allées. J’étais stressée au départ, mais vous avez transformé ça en (vraiment) très bonne journée !

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Convention du costume

La convention du costume, c’est l’endroit où j’ai fait ma toute première conférence, en décembre 2016. Ça implique certaines traditions, comme le fait de demander aux gens s’ils sont bien certains d’être dans la bonne salle avant de commencer, de bannir les amis de la salle par retour du syndrome de l’imposteur, placer des citations de Kaamelott dans les parties improvisées de la conférence et être contente parce que les gens sont gentils.

Alors, voilà.

Merci Fenriss pour la photo (et pardon de te forcer à regarder les captations) !

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Sur tous les fronts

Je crois que je me sens heureuse, en fait. Ça m’a frappée hier matin, cette pensée. Je revenais d’emprunter un sweat-shirt Sea Shepherd, j’avais mes documents de tournage fraîchement imprimés dans les mains, je remontais vers chez moi pour répéter SVVD (comme on recommence à tourner demain, autant vous dire que de la répétition, on en bouffe en ce moment. Dialogue-type : « Et attends, épisode 12 j’ai un SUPER LONG monologue en plan séquence travelling. » « Mais… C’est pas toi, la scénariste ? Pourquoi tu fais ça ? »), et j’ai soudain réalisé que cet ensemble, le soleil, l’odeur du papier, les courbatures et l’excitation, c’était quelque chose que j’avais envie d’appeler le bonheur.

Et puis le soir j’avais cette conférence chez Objectif image Paris, organisée par Nadir Merkal qui a suivi le projet de L’Art de la Pose depuis ses débuts. J’avais décidé que pour une fois, je n’écrirais pas toute mon intervention mais juste des lignes directrices, et qu’on verrait bien. C’était, de mon point de vue, un échec conférencier, mais une réussite humaine – peut-être qu’il va falloir admettre à un moment que je suis plus à l’aise pour parler avec les gens que pour parler aux gens, mais enfin ça se travaille et c’est ce que j’ai fait hier soir grâce à la bienveillance des personnes présentes.

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Et puis, il y a cet article paru sur Le Figaro Madame au sujet du polyamour où je suis citée, et où un lien vers l’épisode 1 de Sans Vouloir vous Déranger est présenté. Évidemment, s’agissant d’un média mainstream, on reste un peu en surface et certains raccourcis n’ont pas pu être évités, mais on retiendra de cette expérience que j’ai réussi à faire placer les mots « anarchie relationnelle » dans Le Figaro, ce qui me remplit de joie quoi qu’il arrive.

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Et ça tombe bien, parce qu’il reste jusqu’au 21 avril à 11h30 je crois bien, pour faire financer la tournage de la saison 2.

L’état du monde est de plus en plus atroce, mais bizarrement l’état de mes projets, ça va.

On se reparle vite ? :)

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« Worth it » is a fine goal

J’avais oublié mais c’est ce que font les réseaux sociaux – ils nous le rappellent. Ils ne nous laissent rien oublier, et parfois, rarement peut-être, je crois que ça dépend de ce qu’on leur donne à manger, c’est beau de se rappeler.

Ça fait un an.

Il y a un an, j’ai reçu les tout premiers exemplaires de L’Art de la Pose. On sortait de tournage, tout juste l’avant-veille, j’étais épuisée et Maxence était venu attendre le facteur avec moi, ce qui fait qu’il a hérité du tout premier exemplaire que j’aie dédicacé. On a monté les 650 kilos de livres jusqu’à la petite boîte carrée que, et c’était encore un peu nouveau, je pouvais appeler « Chez moi », j’ai ouvert un carton, arrêté pour un moment les mouvements désordonnés de mon corps emporté par l’euphorie, et j’ai ouvert un carton, et je les ai tenus dans mes mains. Les exemplaires de mon premier livre.

Bon sang que c’était bon.

Je me suis rappelé les galères, les moments de résistance, les vampires et les fantômes qu’il avait fallu chasser, les pièges qu’il avait fallu éviter – et ceux dans lesquels, au contraire, il avait fallu que je tombe pour pouvoir apprendre à en sortir. Les moments de doute et de découragement. Les nuits blanches passées à écrire, les pages blanches qui m’angoissaient tellement, les certitudes qui avaient volé en éclats. Je me suis rappelé de tout ça et, alors que mes mains touchaient le papier, je me suis dit que, si rien d’autre, ça avait valu le coup, pour ce moment. Et puis je me suis dit que, que ça vaille le coup, c’était bien, comme but.

Je crois que je me suis promis de ne faire que des choses qui vaudraient le coup sans vraiment me le dire, ce jour-là. Je n’ai pas toujours tenu cette promesse – mais rétrospectivement, j’ai grandi de chaque instant.

J’aimerais vous dire, de façon un peu emphatique, que je n’ai rien accompli de plus important de ma vie, et ce serait peut-être vrai, mais la réalité c’est que depuis que j’ai commencé à écrire ce livre, tout est devenu important. Je laisse les choses qui me tiennent à coeur l’être, surtout. C’est cette première réussite tangible qui m’a appris à quel point les échecs étaient précieux, et en cela, elle marque le commencement de quelque chose qui était resté en germe toutes ces années.

J’ai cet exemplaire que je destine à une éventuelle réédition. Il est plein de post-its indiquant des coquilles, des corrections à faire, des changements. « Cotisations » au lieu de « Charges ». Un pronom neutre pour la personne présente sur cette photo. Ce genre de choses. Je me le suis dédicacé. J’ai juste écrit : « You made it through« . J’étais pressée alors j’ai fait une rature. Il y a la page des remerciements, sur laquelle certains noms sont biffés, les noms des gens qui m’ont déçue, ou à qui j’ai accordé une place que, en réalité, j’étais la seule à fabriquer pour eux. Pourtant, je ne regrette pas de les avoir écrits là en premier lieu. Je crois que ces changements-là, je les ai faits en conscience – la conscience que ce qui était vrai à l’instant T de l’édition ne l’était plus, et que ma loyauté se devait à elle-même une sorte de clause de réciprocité. Certains liens finissent, et même après coup : still worth it.

Je me rappelle de la peur de ne plus rien avoir à offrir à ce moment. D’avoir tout sorti. Quelque part, loin dans les montagnes, un chevalier de gouttière éclatait de rire à ces mots. Il avait beau savoir que j’étais sérieuse, mes mots, eux, ne pouvaient être pris au sérieux. Il avait raison ; on ouvre une porte et on pense avoir déjà exploré toute la pièce sans réaliser le nombre de passages secrets, sorties cachées et dédales imbriqués que recèle cette première pièce.

Je ne peux pas écrire avec mon bracelet, je crois que c’est comme ça que je l’ai perdu. Et pourtant je ne veux pas me passer de lui. Ni d’écrire. Ni de jouer. Ni du moindre centimètre carré de liberté créative et émotionnelle. « J’ai principalement envie de tout« , comme dans Sex’Y.

Je veux écrire et je veux jouer et je veux tomber amoureuse et ensuite je veux écrire à ce propos, et recommencer. À un moment je voulais écrire, écrire, écrire jusqu’à en crever parce que j’aurais tout sorti justement, tout ce qu’elles contenaient, même ce qu’on ne pensait pas pouvoir utiliser. Même les restes et les échecs. Toutes mes tripes posées sur la table et réagencées, recopiées sur du papier. Mais on ne peut pas les faire rentrer ensuite, il me semblait, parce que quelque chose avait changé chez elles, dans leur nature, pendant le processus, ou alors c’est la place, à l’intérieur de moi, qui aurait changé ? Peut-être que je me sentais comme une modèle de Portrait Ovale, une qui aurait été une autoportraitiste – et peut-être qu’il y a de ça. Mais c’est pour ça qu’on a besoin de tomber amoureux – des gens, d’un instant, d’un paysage, d’un mouvement. Parce que c’est du mouvement. Et si ça bouge à l’intérieur, alors ça crée.

Et ça vaut toujours le coup, quand ça crée. Tôt ou tard.

Et dans mon cas, ça a vraiment commencé avec cette chose-là.

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T&N

Il y a maintenant un bon petit moment, je recevais un mail d’Amélie Orsel, du blog Thread&Needles, qui s’adresse à des personnes réalisant leurs propres vêtements. Elle pensant que je pourrais parler de l’Art de la Pose, son lectorat étant parfois en difficulté autant technique que morale avec le fait de prendre des photos de leurs vêtements portés en auto-portrait. Nous avons échangé pendant quelques temps, et aujourd’hui sort l’interview qui a découlé de ces échanges sur le site. Pour y accéder, cliquez sur l’image ! :)

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Sortir, dehors. Dare not to.

Vous savez quand je racontais dans ma dernière conférence, et dans mon livre, que l’important n’était pas de voir ou de penser, mais de sentir, quoi faire et quand le faire ?

Eh bien c’était un excellent conseil. J’aurais mieux fait de le suivre.

Parfois, on se lance dans des projets qui ne nous tentent qu’à moitié. Je ne parle pas de peur, même s’il y en a sans doute un peu, mais d’instinct. Il y a cette petite voix en nous qui nous dit « N’y va pas. Ça ne te fera pas de bien. »

Alors, toi, tu essaies de te convaincre que c’est encore la Résistance. Tu en parles autour de toi. Les gens ont confiance en toi, ils te disent de cesser de te dévaloriser, que c’est ton syndrome de l’imposteur qui parle. Tu te dis que si c’est la Résistance, alors il faut l’abattre. Tu analyses. Mais, tout de même, là, au fond, il y a cette chose que tu as assimilée à de la peur qui se débat. Et tu l’enfouis. Tu essaies de l’ignorer. Tu y vas. De toute façon tu as commencé, alors il faut finir.

Allons, sa barbe n’est pas si bleue, tu te raisonnes.

Et tu as tort. Ce sont tes tripes qui ont raison. Certaines peurs sont utiles et c’est là qu’on les appelle instinct.

Comment j’ai fini par admettre que je n’avais pas envie de continuer, je n’ai pas envie de le détailler ici, parce que ce n’est pas le coeur du sujet finalement. Cette vidéo est là pour vous expliquer pourquoi je n’irai pas au bout du kickstarter destiné à la traduction de L’Art de la Pose, pourquoi je ne veux plus communiquer autour de lui.

Ce sera maladroit parce que je me suis rendu compte que je ne savais pas faire autrement, et c’est tant mieux.

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Dans ta cuve ! – Conférence au salon de la photo

Dans ta Cuve !, c’est une association qui promeut les procédés argentiques. Anaïs et Rémy, deux de ses membres, m’ont accueillie ce jeudi sur le stand (ou plus exactement sur l’Espace argentique) pour une conférence sur laquelle j’ai eu un peu carte blanche, et dont voici la vidéo, gentiment captée par Jean-Luc Manh.

Comme vous le voyez, je ne suis toujours pas conférencière professionnelle, mais je fais de mon mieux pour m’améliorer à chaque fois. Je suis un peu partie en improvisation par moments, mais j’avais tout de même écrit les lignes générales de mon « discours » en amont ; je voulais vous en partager le texte :

•••

Quand j’ai commencé à poser, il y a neuf ans, j’étais rassurée par les photographes qui mettaient leur appareil en mode rafale. Ils me disaient que c’était parce qu’une bonne photo se jouait à l’instant, à la seconde près, au petit fragment d’émotion un instant ici, et le suivant enfui. Ils voulaient le capturer, cet instant, et surtout surtout ne pas lui laisser la moindre possibilité de s’enfuir. Moi je ne questionnais pas cette démarche, je me disais qu’au moins, comme ça, il y en aurait bien une de bonne, par accident peut-être, mais une.

Et puis comme je prenais en expérience il m’a semblé que ça, c’était une approche industrielle de la photo. Que c’était fondé sur une logique statistique : si je couvre un plus grand nombre d’instants en déclenchant, alors j’ai un plus grand poucentage de chances de capter “le bon” instant, quoi que ça veuille dire. Finalement, travailler selon cette logique, c’est pour le photographe renoncer à toute forme de prise de décision au moment de la prise de vues, et pour le modèle accepter une simple place d’objet à photographier, sans interactivité avec le photographe. On se disait un jour avec un ami que finalement on ne voyait pas ce qui se passait à l’instant précis où on déclenchait, que c’était comme renoncer à être témoin d’un instant pour l’offrir au monde, mais là c’était renoncer à toute la rencontre et n’avoir au final rien à offrir. Ils étaient seuls derrière leur objectif, j’étais seule devant, et entre nous il y avait la barrière infranchissable des clac-clac-clac-clac-clac du miroir.

Et puis ce n’était pas très intéressant de faire de bonnes photos par accident, pas si l’accident était programmé.

Et puis c’était quoi de bonnes photos ? C’est quoi une bonne pose ?

Pour moi une bonne pose c’est un endroit où la vulnérabilité rencontre une certaine forme de maîtrise. La vulnérabilité parce que ça ne se limitera jamais à disposer ses muscles dans une certaine posture et attendre que l’image soit figée. Parce qu’il faut aller chercher, au fond de soi, une certaine émotion. Et la maîtrise parce qu’il ne suffit pas de savoir ouvrir la boîte, il faut aller y chercher ce dont on a besoin pour la photo qu’on essaie de faire, et parfois d’autres choses sortiront, et peut-être que ce sera encore mieux, et c’est important de se laisser surprendre, mais convoquer l’émotion voulue c’est quand même la première chose dont on a besoin.

Et le truc, c’est que le mouvement pour savoir et sortir ce dont on a besoin se joue en aller-retour, entre le ou la photographe et le modèle. Je vais donner quelque chose, qui sera reçu par l’autre, qui me le renverra sous une autre forme, chargé de son regard, et ainsi de suite.

“Me voilà.”
“Je te vois.”
“Je te vois me voir, et je l’accepte.”

Il y a vraiment cette sensibilité à développer dans la relation entre photographe et modèle, où celui ou celle qui déclenche le fait en sentant, plus qu’en ne le voyant, le bon moment, et où, aussi, celui ou celle qui pose sent le moment du déclenchement et la nature du regard qui est porté, en plus de la lumière et de l’angle de l’objectif. Évidemment qu’on peut s’entraîner à voir quel effet visuel est rendu quand notre corps est dans telle ou telle position, quand on déplace très légèrement tel muscle ou qu’on modifie insensiblement la tension dans tel autre, mais sincèrement, ce qui permet à deux acteurs d’une photographie de travailler vraiment ensemble, c’est le fait de tisser ce réseau presque organique entre deux égaux, et non entre celui ou celle qui regarde et celui ou celle qui est regardé•e.

J’aime bien l’argentique en fait, parce que, même si on ne peut pas dire que ça nous force à entrer dans ce rapport – si tu ne veux pas te connecter tu ne te connecteras pas -, il y a au moins cette tentation de remplacer la connexion par de la statistique qui est évacuée d’office. On a, il me semble, davantage le réflexe de prendre le temps de sentir la scène, comme on devrait toujours le faire, en fait. Ce qui ne veut pas dire qu’on se prive de saisir des choses à la volée, comme je l’ai d’ailleurs appris à mes dépens.

En fait il y a quelque chose de très curieux dans l’activité de modèle, parce que c’est un moment où on puise dans notre intimité pour le cadre professionnel, comme le ferait un comédien ou une comédienne, et qu’on doit de fait être à trois endroits en même temps. Celui où je donne, celui où je reçois (des instructions, un regard, une indication), et celui où je reste conscient ou consciente de tout ce qu’il y a autour. Il faut être totalement là, et totalement dans son corps, jusqu’au bout de chaque membre.

Je vois beaucoup le modèle comme un catalyseur, non seulement de cette interaction particulière, mais de tout ce qu’il y a autour. Le décor ou son absence. La tenue ou son absence. Le hors-champ. Le fait de ne jamais savoir exactement où se trouve le bord du cadre. On doit assimiler tout ça, l’entremêler de notre propre matériau, bouger à partir de notre centre, et ensuite tout renvoyer vers l’objectif et avoir cet échange qui dure le temps qu’il dure et se termine toujours sur nous, parce que ce qui est fixé c’est notre image et ce que cette interaction a fait d’elle, et c’est elle aussi qui parle en dernier lieu.

Ça, c’est comment le fait de poser et donc de travailler sur l’image m’a permis de me rapprocher en fait de mon corps et de m’y ancrer à nouveau. Mais le fait qu’il y aie cette intimité de circonstance qui se crée – qui peut se transformer ensuite en vrai lien, on a le droit de devenir amis – sur une séance photo peut amener certains photographes à avoir un sens des limites qui se brouille, voire disparaît.

Consciente de la difficulté d’appréhender un rapport aussi particulier, je me suis attelée à écrire un livre sur les modèles pour non seulement bien expliquer ce qu’était la pose, pour donner une voix aux modèles dont le point de vue est très souvent invisible, mais aussi pour aider celles et ceux qui aimeraient se lancer à poser des limites et à détecter des interactions qui ne seraient pas saines et tournées vers l’art et/ou le travail. Apparemment c’est vraiment compliqué parce que cette semaine j’ai vu passer sur Amazon un livre qui donnait des conseils pour séduire en séance photo, au calme. C’est juste l’automne 2017, on est bien. En pleine période de libération de la parole ça passe, c’est complètement la chose à faire.

Alors moi une fois en séance photo j’ai eu un maquilleur que j’ai trouvé très charmant et avec qui j’aurais sans doute flirté dans un autre contexte. Sauf qu’on était dans le contexte où il allait devoir me maquiller avec ses pinceaux et probablement ses mains, poitrine comprise, et que juste, lui faire savoir un truc pareil juste avant, ça aurait juste été malaisant. Donc je n’ai rien dit, et j’aimerais bien qu’on dise un peu plus fort que le respect de l’autre c’est aussi ne pas lui créer d’inconfort.

Poser et aller chercher des morceaux d’intime, c’est déjà inconfortable. J’ai connu des photographes qui créaient de l’inconfort à dessein, qui disaient que comme ça ils obtenaient un résultat plus “vrai” et plus “authentique”. Mais à quel moment ? Faire ça, c’est briser la relation de confiance, c’est entrer dans un rapport de domination, c’est le contraire de travailler avec quelqu’un.

Donc, bien sûr que la communication non-verbale ne va pas s’instaurer dès la première séance, mais ce qu’il faut bien garder à l’esprit c’est que vous ne pouvez pas la forcer. Déjà, si vous essayez, elle s’en ira, et ensuite il y a des chances que ce faisant vous soyiez irrespectueux. Donc, parce qu’on est là pour travailler, vous pouvez évidemment accompagner tout ça de mots, d’indications, vous pouvez mimer ce que vous voulez, mais il y a deux choses qu’un ou une photographe ne doit jamais faire.

La première, c’est de toucher le modèle sans son accord explicite.

La seconde, c’est de donner son avis sur le physique de la modèle.

Même si vous pensez que c’est gentil. Même si pour vous ce n’est pas grand-chose. Même si c’est pour lui dire que vous le trouvez beau. Même si vous croyez que c’est un compliment. Vous ne faites pas ça. Quand vous avez choisi votre modèle, vous avez vu à quoi il ou elle ressemblait sur son book, donc le simple fait qu’il ou elle soit là signifie que vous avez déjà validé son corps comme correspondant à ce que vous recherchiez pour cette séance photo. Il n’y a pas besoin de plus.

Acceptons de considérer les modèles comme des êtres humains venus faire leur travail, comme nous considérerions un acteur ou une actrice sur un plateau, et non pas comme juste des gens venus “se faire prendre en photo” avec qui on peut se permettre de surfer sur la limite entre personnel et professionnel. Apprenons à nous comprendre et alors on pourra avoir de ces interactions qui permettent de créer des images fortes, et belles, et signifiantes.

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Dare to translate it

J’ai fini de lire The Art of Asking il y a un moment. J’ai enchaîné sur un autre livre, et là je suis sur The Handmaid’s Tale,  que je lis lentement parce que, comme le livre d’Amanda Palmer, il tape, ô combien juste.

« Knowing better sometimes isn’t enough », écrit Dani Shapiro dans Still Writing. Dans ce cas précis j’ai beau savoir que je suis au milieu d’un tourbillon de Résistance et de rien d’autre, je ne suis pas pour autant très à l’aise. Mais je saute. Associez ça à un accent anglais perfectible, et vous obtenez cette vidéo :

Pour autant, il est temps : le kickstarter a été lancé, et il n’y a plus franchement de retour en arrière possible. Je veux essayer de traduire L’Art de la Pose – Osez le narcissisme en Dare to love yourself (and then make something out of it) – The Art of Pose.

Le truc c’est que quand j’ai écrit ce livre, je ne savais pas bien à quoi m’attendre, et peut-être bien qu’une partie de de moi se disait encore que je n’écrivais pas pour tout le monde, que ça n’allait pas intéresser les gens. J’ai été bien obligée de reconnaître que non seulement ces problématiques étaient largement partagée, mais aussi que, comme je le pressentais, c’était loin de parler uniquement des modèles, et les critiques qui en ont été faites, en privé et sur Goodreads, n’ont fait que confirmer cela.

Puis il y a eu les amis non-francophones, ceux rencontrés à l’étranger ou au détour d’Internet. Il y a eu ce moment où j’ai sorti mon eBook au milieu d’un parc pour en résumer le contenu dans un anglais trébuchant à des amis qui me pressaient de le faire traduire. Alors d’accord. Mais pour que le contenu de ce livre devienne accessible à l’internationale, je vais avoir besoin de tout le monde.

Ce que vous pouvez faire, en tant que français francophone :

• Parler du livre. Partager le lien de ce kickstarter. Inciter vos ami•e•s à faire de même.
• Parler du livre à vos ami•e•s anglophones (vous en avez forcément), à vos ami•e•s intéressé•e•s par la photographie, la pose, le féminisme, la représentation des corps, l’empowerment, bref, les thèmes abordés à l’intérieur.
• Participer vous-mêmes. Il y a plein de contributions accessibles pour les francophones : acheter la version papier du livre si vous ne l’avez pas encore (en français pour l’instant, et si nous débloquons le palier supérieur qui me permettra de l’imprimer en anglais, vous aurez un questionnaire vous demandant de choisir entre les deux versions à la fin de la campagne), vous offrir un tirage de mes photos, vous offrir une séance de coaching.

Et je suis certaine qu’il y a un tas de façons d’aider ce livre à être traduit.

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