Being a writer

Mathilde Aimée était chez moi cette semaine ; c’était chouette. Si pour votre malheur vous ne savez pas qui est Mathilde Aimée, je vous ai linké son blog d’auteur, sa page de modèle, et elle est aussi comédienne et réalisatrice.

Mathilde a un coach d’écriture nommé Anaël Verdier, qui a une newsletter de conseils que vous pouvez recevoir en visitant cette adresse. Comme ce sont de bons conseils, je vous le signale au passage.

Le point est que comme Mathilde suit sa formation d’écriture et que j’écris moi-même un bouquin en ce moment (peut-être vous l’ai-je mentionné), nous avons eu l’idée de nous mettre en scène le temps d’une clope et d’un meme, dans mon jardin et sur mon lit. Et tout ceci, c’était pour partager nos images avec vous.

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Japan Lifestyle – #2

Le numéro d’été de Japan Lifestyle est enfin sorti en kiosque (si vous ne l’y trouvez pas, réclamez-le !) et je pense qu’on peut dire que j’ai été mise à contribution :

D’abord, pour accompagner le gros dossier sur les estampes qu’il contient, Paul von Borax a réalisé des polaroids inspirés du mouvement bijin-ga du début du XXème siècle. (Le maquillage est de Jenny, de chez Blush&Crush, et je porte entre autres de superbes créations Délicate Distorsion)

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Ensuite, j’ai écrit un article avec les merveilleuses créations de Clara Maeda pour base, et le maquettiste a intégré une photo de moi (par Alexandra Banti) à l’ensemble.

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Et enfin, je vous passe les détails mais la marque Kiloshop avait une page dans le magazine, page qui est également une création originale de l’équipe. Et… Et… Bon voilà.

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(Photo originale : Tenhaku – Axel Estublier)

Et puis tant qu’à faire, et parce qu’on a des métiers pas faciles, il m’arrive de chroniquer des choses pour le site de Japan Lifestyle. Ca peut être de la pub aux copains (comme quand j’ai parlé du défilé de Clara au MAGIC), mais le plus souvent c’est surtout l’occasion de découvrir des choses culturelles et inspirantes, comme dernièrement  lors des représentations des spectacles de butô UTT et Ode à la chair.

Et puis, sinon, il y a un bel édito mode, des recettes, un article de cosplay que j’ai trouvé cool -moi! c’est dire- et du Yaneka, alors dépêchez-vous d’aller l’acheter !

Non mais.

Ode à la chair – Article pour JLS.fr

Aujourd’hui, je partage de nouveau avec vous une de mes piges pour Japan Lifestyle, qui concerne de nouveau le butô. en tant que modèle, je trouve cette discipline vraiment éclairante sur un tas de points, et Aya, la responsable avec qui j’ai été en contact à la MCJP, est vraiment adorable. Et, comme toujours, vous pouvez cliquer sur l’image pour visiter le site originel 🙂

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Utt, article pour Japan Lifestyle

Hey there,

Je voulais partager avec vous une de mes piges pour Japan Lifestyle, au sujet d’un spectacle qui m’a beaucoup touchée. Il s’agit de « UTT », une performance seule en scène de danse butô. En plus, la danseuse m’avait envoyé un petit mot pour m’en remercier, ce qui m’a forcément rendue heureuse.

(Cliquez sur l’image pour avoir l’article original)

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Hit me again

En fait j’ai cette image en tête depuis une dizaine de jours. Elle ne me quittait pas mais je n’avais pas mon trépied. Ce soir j’ai décidé que je m’en fichais. Entretemps c’est presque devenu de circonstances. Mais je ne veux pas parler du monde. Pas aujourd’hui.

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C’est marrant, j’ai toujours voulu écrire, et chaque fois que j’ai quelque chose à sortir, un  je ne sais quoi de pudique me retient, comme si au milieu de toute la masse des blogueurs, essayistes, auteurs que nous donne le marché je n’avais pas ma place. Comme si quoi que j’aie à dire quelqu’un d’autre l’avait déjà dit, et mieux. Comme s’il n’y avait pas besoin de moi. C’est sûrement vrai. Ca ne me rend pas moins légitime que toutes les autres fourmis de cet univers. Je ne me suis jamais vraiment demandé d’où ça venait, cette attitude. Un jour ça m’a sauté en pleine gueule. Toute mon éducation m’avait préparée à être cette personne qui, ayant envie de faire quelque chose, ne le fait pas. Tout au long de notre enfance, on nous apprend désormais non pas à réussir, mais à gérer l’échec; à agir même en fonction de notre échec à venir. J’ai ainsi passé un bac S parce que « ça ouvre davantage de portes » (grande légende de la fin du XXème siècle), puis été encouragée à me tourner vers des secteurs « où il y a du travail », comprendre: beaucoup de places accessibles, comme ça quand les meilleurs auront raflé les places qui leur reviennent de droit, il restera quand même des miettes à la personne moyenne que je n’aurais pas manqué de devenir, été écartée des activités où tu te mets en avant, parce que tu comprends « faire du théâtre c’est prétentieux » et « on ne peut pas être doué en tout ». Résultat on est en 2015 et ça fait à peine un an que j’ai plus ou moins commencé à accepter qu’il était légitime de ma part de suivre des cours et même de vouloir travailler. Ce qui nous fait beaucoup de temps perdu à s’efforcer de ne surtout pas vivre.

On n’a pas envie que nos enfants soient ambitieux. Notre société condamne la prétention. Revendiquer nos désirs c’est mal. Vouloir se mettre en avant c’est mal. Prétendre qu’on a de la valeur autrement que par nos diplômes c’est trop subjectif, donc illégitime. Et puis viser trop haut c’est prendre le risque de chuter. Encourager les êtres humains à viser les étoiles c’est passé de mode. « Je trouve ça admirable, bien que dangereux en vérité; vous les incitez à faire oeuvre d’artiste mais lorsqu’ils se rendront compte qu’ils ne sont ni Rembrandt ni Shakespeare, alors ils vous en voudront », on le disait déjà dans Dead Poets Society, et c’est pire de nos jours. Bullshit. Tout le monde peut être ce qu’il souhaite être. Il suffit de le décider.

C’est vrai, le monde va mal, alors que veulent tous les parents du monde pour leurs enfants, sans exception? La sécurité. C’est évident. Et mortel. La sécurité, à mes yeux, c’est comme une drogue légale, comme une béquille ou un médicament: tu penses que tu en as besoin, que tu ne peux pas te construire sans elle. Tu la désires parce que tu penses qu’une fois que tu auras ça, tu auras une base saine, durable et équilibrée pour faire tout ce dont tu as envie. Mais la vérité c’est qu’une fois que tu te sens en sécurité, le risque que tu cours, c’est d’en devenir avare. La sécurité, une fois que tu l’as, tu ne veux plus t’en séparer. C’est elle, en un sens, qui t’a. Tu t’y accroches comme si tu en avais besoin, sans te souvenir comment tu faisais avant. Et au final tu en deviens incapable de te mouvoir sans elle. Tu crois avoir trouvé un trophée mais tu te fais parasiter par lui.

Affronter ses peurs, c’est sortir de la sécurité. Je n’ai jamais eu peur du monde physique. L’univers, d’une main je le prends. Non, ce qui me fait peur ce sont les êtres humains. Leur capacité à se haïr, leurs faiblesses, leurs jugements. Ma profonde incapacité à les comprendre. A me comprendre, parfois. Alors j’ai décidé que je me moquais de prendre des coups. De tomber. D’entendre des remarques bien-pensantes. De courir le risque de ne pas savoir de quoi serait fait demain. J’ai réalisé que je voulais essayer. Marcher pieds nus. Escalader des cascades.

Je n’écris toujours pas mais au moins je commence, un peu, à jouer. Quand, à l’intérieur, les choses se seront mises en place, je serai prête.

Hit me again.

Marilyn

Ce soir on est allées faire ce que personne avant moi n’avait réussi à obtenir: mettre MademoiselleCherie dans un lac.

Je ne vous le cache pas, cette performance me rend fière. On est allées se préparer chez elle après le bureau, on a raté l’arrêt de bus pour le lac aux pontons, on s’est rabattues sur l’étang du bord de route, il s’est avéré que celui-ci était à la fois le plus propre et le mieux exposé à cette heure-là, on s’est trouvé un petit coin un peu abrité par des arbres histoire de pouvoir avertir les passants et jeter une serviette sur Marie-Anne au besoin le temps qu’ils soient hors de vue. Bonheur quoi.

On s’inspirait d’un film avec Marilyn Monroe dont elle m’avait montré un extrait qui m’avait assez inspirée. Les premières feuilles d’automne flottaient sur le lac, la lumière était douce.

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Si le cadre était optimal, la fréquentation du lieu en revanche ne l’était pas. Je ne m’y attendais pas du tout, ayant passé des heures à poil dans différents coins aqueux ou non de la forêt de Meudon, mais ce soir en termes de beaufitude et de machisme Meudon la Forêt était une ZEP. Ça me fait d’autant plus mal que j’ai aimé y vivre et que je me sens toujours un peu liée à ces coins de forêt si proches de la ville. ZEP, j’édite mon article suite à un commentaire assassin sur Facebook, pour zone d’éducation prioritaire. On parle de pédagogie anti-machismte et sur les gens qu’on a croisés hier soir tout est à faire. Je suis un peu choquée qu’on puisse m’accuser (moi à qui on a reproché tout récemment d’être trop engagée politiquement sous prétexte que je shootais des manifs de gauche) de faire du bashing anti-banlieue et cités mais bon voilà, si j’ai heurté des sensibilités je m’en excuse, y’a eu incompréhension, que j’espère avoir dissipée. Sinon j’habite dans une zone dite déshéritée de Paris et je passe mon temps à dire et constater que les gens y sont bien plus gentils et aimables, ne vous inquiétez plus, sourire.

Comme je suis en mission civilisatrice j’avais écrit un manifeste il y a quelques temps, au sujet de ces gens qui ne te harcèlent pas sexuellement mais qui t’expliquent que si ça t’arrive c’est ta faute. Ce soir c’était à l’autre face du problème que nous avons eu affaire: les beaufs.

Ça avait pourtant commencé comme d’habitude: les gens s’arrêtent, demandent ce qu’on fait, et c’est pour quel magazine, et vous n’avez pas froid, etc. Sauf que là, il s’est produit un fait inhabituel. Les gens sont restés. Florilège de comportements inacceptables.

« Excusez-moi mais vous pouvez nous laisser travailler maintenant? On a besoin de se concentrer » « Oh bah non, je regarde, c’est agréable! » « … Et si ce n’est pas agréable pour nous de nous faire mater? » « Je mate si je veux, on est en France ou bien? »

Oh, oui, on y est. Et précisément parce qu’on y est notre non-consentement explicitement exprimé devrait suffire à te faire t’éloigner ou au moins à faire preuve de discrétion. Espace public ou pas.

Le mec en question s’est vite mis à être agressif, à parler d’appeler la police. J’ai dû le prendre en photo pour la dite police, une passante lui crier de nous laisser en paix et ses amis (pas beaucoup moins machistes mais au moins pas agressifs) l’éloigner pour nous en débarrasser. Il voulait savoir en vertu de quoi il devrait nous lâcher la grappe, après tout on n’avait qu’à pas se mettre dans un lac, je lui ai parlé de respect, je l’ai entendu me répondre qu’en tant que sale djeuns j’avais pas à lui parler de respect. Classe. Pour vous le situer, la soixantaine bien tassée, aisée, enfin le cliché du retraité dégueulasse qui s’emmerde quoi.

« Vous voulez pas prendre notre ami en photo? C’est un grand black! Il est très bien foutu vous savez! » « Ah… C’est gentil mais on a fini, et puis ça m’intéresse pas les hommes en photo. » « Oui, vous je m’en serais douté! Vous êtes lesbiennes? »

Je ne sais même pas par où commencer. Je prends mon amie nue donc c’est forcément sexuel entre nous? Ça me rappelle un commentaire qui avait été fait à Marie-Anne lors du salon de la photo en 2009: « puisque vous êtes une femme pourquoi vous ne photographiez pas des hommes? » C’est salir tous les photographes et modèles que de penser ainsi. On ne photographie pas les choses uniquement par attirance sexuelle envers elles et au fait, une femme, ce n’est pas un homme mais à l’envers. Ou c’est le fait qu’on n’aie pas envie de voir la b*te de ton ami le grand black qui t’amène à penser qu’aucune b*te ne nous intéresse dans l’intimité parce que, sinon, on sauterait sur l’occasion? Au passage, il n’y a que moi qui suis choquée de la façon dont tu décris ton ami? « Grand black bien foutu », ça ne m’évoque pas une belle série de photos mais un cliché porno. Je ne l’ai pas vu, ton pote, mais je te propose d’abandonner tout de suite l’idée de lui servir d’agent artistique si tout ce que tu as à dire le concernant se situe en dessous de la ceinture.

Une autre chose qui m’a fortement déplu c’est leur tendance à m’exclure de la conversation. Je n’étais pas la fille nue dans le lac, je n’étais donc pas digne d’intérêt – qu’importe la possibilité que j’aie pu initier la situation. Et je suis certaine que, si j’avais été un homme, on n’aurait même pas eu à gérer cette situation. À un moment, j’ai voulu me mettre dans la peau de la photographe expérimentée et faire comme si MelleCherie était une débutante timide, et ça a donné ça:

« Excusez-moi mais c’est pas pour rien si elle a choisi unE photographe, elle a besoin d’être un peu seule pour se détendre, sinon ça se voit. » « Oh mais moi je peux la détendre! Ça me dérangerait pas DU TOUT de vous détendre mademoiselle, vous avez une poitrine tellement attirante… »

Et il a répété sa blague TROIS FOIS. Vous savez comme un enfant qui, voyant que vous n’avez pas ri à la première, va vous la spammer encore et encore jusqu’à obtenir le résultat escompté. Honnêtement j’avais juste envie de lui dire sur mon ton le plus cinglant « Elle est vraiment drôle ta blague, tu l’as trouvé tout seul? » mais pour des raisons de pédagogie on est restées aussi courtoises que possible compte tenu de la situation. Quoique je pense qu’en ce qui me concerne ils soient restés sur une idée de lesbienne acariâtre et détestant les hommes.

Et le dernier mais non le moindre: « Faut nous comprendre, on est des hommes ». What? Seriously? On est bien d’accord que ce que tu viens de dire, là, c’est qu’en tant que mâle tu n’as pas accès à la partie de ton cerveau qui gère tout ce qui est self contrôle? Que tu te caches derrière une prétendue faiblesse attachée à ton genre pour justifier un comportement qui n’est PAS acceptable?

Je voudrais comprendre pourquoi tous ces hommes pensent que « Elle est bandante » ou « Quelle poitrine » sont des compliments, et si dans ce cas ils font les mêmes à leur mère. Je suis choquée de voir que le mec ne m’a pas répondu « je ne mate pas, je regarde », mais bien « je mate si je veux ». Est-il au courant de la connotation éminemment péjorative attachée à ce mot? Si oui, pourquoi l’employer sur lui-même? Pense-t-il que son regard lubrique va nous souiller, nous, et laisser son âme aussi pure que du lin puisque lui n’était que la victime de sa nature et de nos vils efforts pour l’attirer? Quel est le fucking fuck? Pourrait-on arrêter la connerie juste cinq minutes?

Je crois que je ne vais même pas essayer d’analyser toute cette merde parce que c’est juste trop primaire pour mes neurones. Et je me fiche d’avoir l’air pédante en disant ça. Ici je témoigne, voilà tout. Je pense que les faits parlent d’eux-mêmes. A quel moment, devant une fille que manifestement on regard dérange, parce que TOUT dans son attitude disait « Je reste polie afin que tu constates que je suis nue mais pas hystérique mais tu m’emmerdes », un être humain peut se dire que la chose à faire c’est de continuer à mater?

Vous me direz, on a eu de la chance, personne ne nous a touchées. Ha ha ha. Mais non.

Non, ce ne sont pas que des mots et des regards. Ces mots et ces regards sont symptomatiques d’un problème de fond bien plus grave, le même problème qui font que certains passent aux actes. Je suis désolée mais il va falloir à un moment arrêter de minimiser ce qui se passe dans vos rues et arracher les racines d’où tous ces trucs partent. Je pense que si deux copines ont envie de se faire plaisir en prenant des photos dans un lac elles devraient pouvoir le faire sans s’assurer de la présence d’un Homme. Je pense que si des gens ont des remarques à faire sur la poitrine de mon amie ils ne sont pas obligés de les HURLER pour qu’on les entende de l’autre bout du lac. Je pense que chaque type qui pense que c’est gentil de dire à une fille qui a le tiers de son âge qu’elle est bandante devrait suivre une psychothérapie d’urgence – ou un avortement très, très tardif.

Sinon je comptais profiter de ce post pour vous donner des nouvelles de moi mais pour ce soir je suis un peu trop énervée. Marrant comme le fait de m’être retrouvée dans la position du tiers et non de la cible m’a finalement bien plus touchée que l’inverse. J’ai jamais eu de problèmes comme ça et c’est limite moi qui me sens coupable de l’avoir foutue à la flotte pour qu’il lui arrive ces choses. Enfin bref, je vous donnerai des nouvelles très vite, en attendant sachez juste que même si je suis très énervée contre le genre humain ma vie va bien ^^

En attendant vous pouvez aussi lire l’article de MademoiselleCherie, qui a attendu que la pression retombe avant d’écrire, le mien sur toutes ces questions, ou encore celui-ci sur l’excellent blog « Les Questions Composent ».