Being a writer

Mathilde Aimée était chez moi cette semaine ; c’était chouette. Si pour votre malheur vous ne savez pas qui est Mathilde Aimée, je vous ai linké son blog d’auteur, sa page de modèle, et elle est aussi comédienne et réalisatrice.

Mathilde a un coach d’écriture nommé Anaël Verdier, qui a une newsletter de conseils que vous pouvez recevoir en visitant cette adresse. Comme ce sont de bons conseils, je vous le signale au passage.

Le point est que comme Mathilde suit sa formation d’écriture et que j’écris moi-même un bouquin en ce moment (peut-être vous l’ai-je mentionné), nous avons eu l’idée de nous mettre en scène le temps d’une clope et d’un meme, dans mon jardin et sur mon lit. Et tout ceci, c’était pour partager nos images avec vous.

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Japan Lifestyle – #2

Le numéro d’été de Japan Lifestyle est enfin sorti en kiosque (si vous ne l’y trouvez pas, réclamez-le !) et je pense qu’on peut dire que j’ai été mise à contribution :

D’abord, pour accompagner le gros dossier sur les estampes qu’il contient, Paul von Borax a réalisé des polaroids inspirés du mouvement bijin-ga du début du XXème siècle. (Le maquillage est de Jenny, de chez Blush&Crush, et je porte entre autres de superbes créations Délicate Distorsion)

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Ensuite, j’ai écrit un article avec les merveilleuses créations de Clara Maeda pour base, et le maquettiste a intégré une photo de moi (par Alexandra Banti) à l’ensemble.

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Et enfin, je vous passe les détails mais la marque Kiloshop avait une page dans le magazine, page qui est également une création originale de l’équipe. Et… Et… Bon voilà.

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(Photo originale : Tenhaku – Axel Estublier)

Et puis tant qu’à faire, et parce qu’on a des métiers pas faciles, il m’arrive de chroniquer des choses pour le site de Japan Lifestyle. Ca peut être de la pub aux copains (comme quand j’ai parlé du défilé de Clara au MAGIC), mais le plus souvent c’est surtout l’occasion de découvrir des choses culturelles et inspirantes, comme dernièrement  lors des représentations des spectacles de butô UTT et Ode à la chair.

Et puis, sinon, il y a un bel édito mode, des recettes, un article de cosplay que j’ai trouvé cool -moi! c’est dire- et du Yaneka, alors dépêchez-vous d’aller l’acheter !

Non mais.

Ode à la chair – Article pour JLS.fr

Aujourd’hui, je partage de nouveau avec vous une de mes piges pour Japan Lifestyle, qui concerne de nouveau le butô. en tant que modèle, je trouve cette discipline vraiment éclairante sur un tas de points, et Aya, la responsable avec qui j’ai été en contact à la MCJP, est vraiment adorable. Et, comme toujours, vous pouvez cliquer sur l’image pour visiter le site originel 🙂

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Utt, article pour Japan Lifestyle

Hey there,

Je voulais partager avec vous une de mes piges pour Japan Lifestyle, au sujet d’un spectacle qui m’a beaucoup touchée. Il s’agit de « UTT », une performance seule en scène de danse butô. En plus, la danseuse m’avait envoyé un petit mot pour m’en remercier, ce qui m’a forcément rendue heureuse.

(Cliquez sur l’image pour avoir l’article original)

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Hit me again

En fait j’ai cette image en tête depuis une dizaine de jours. Elle ne me quittait pas mais je n’avais pas mon trépied. Ce soir j’ai décidé que je m’en fichais. Entretemps c’est presque devenu de circonstances. Mais je ne veux pas parler du monde. Pas aujourd’hui.

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C’est marrant, j’ai toujours voulu écrire, et chaque fois que j’ai quelque chose à sortir, un  je ne sais quoi de pudique me retient, comme si au milieu de toute la masse des blogueurs, essayistes, auteurs que nous donne le marché je n’avais pas ma place. Comme si quoi que j’aie à dire quelqu’un d’autre l’avait déjà dit, et mieux. Comme s’il n’y avait pas besoin de moi. C’est sûrement vrai. Ca ne me rend pas moins légitime que toutes les autres fourmis de cet univers. Je ne me suis jamais vraiment demandé d’où ça venait, cette attitude. Un jour ça m’a sauté en pleine gueule. Toute mon éducation m’avait préparée à être cette personne qui, ayant envie de faire quelque chose, ne le fait pas. Tout au long de notre enfance, on nous apprend désormais non pas à réussir, mais à gérer l’échec; à agir même en fonction de notre échec à venir. J’ai ainsi passé un bac S parce que « ça ouvre davantage de portes » (grande légende de la fin du XXème siècle), puis été encouragée à me tourner vers des secteurs « où il y a du travail », comprendre: beaucoup de places accessibles, comme ça quand les meilleurs auront raflé les places qui leur reviennent de droit, il restera quand même des miettes à la personne moyenne que je n’aurais pas manqué de devenir, été écartée des activités où tu te mets en avant, parce que tu comprends « faire du théâtre c’est prétentieux » et « on ne peut pas être doué en tout ». Résultat on est en 2015 et ça fait à peine un an que j’ai plus ou moins commencé à accepter qu’il était légitime de ma part de suivre des cours et même de vouloir travailler. Ce qui nous fait beaucoup de temps perdu à s’efforcer de ne surtout pas vivre.

On n’a pas envie que nos enfants soient ambitieux. Notre société condamne la prétention. Revendiquer nos désirs c’est mal. Vouloir se mettre en avant c’est mal. Prétendre qu’on a de la valeur autrement que par nos diplômes c’est trop subjectif, donc illégitime. Et puis viser trop haut c’est prendre le risque de chuter. Encourager les êtres humains à viser les étoiles c’est passé de mode. « Je trouve ça admirable, bien que dangereux en vérité; vous les incitez à faire oeuvre d’artiste mais lorsqu’ils se rendront compte qu’ils ne sont ni Rembrandt ni Shakespeare, alors ils vous en voudront », on le disait déjà dans Dead Poets Society, et c’est pire de nos jours. Bullshit. Tout le monde peut être ce qu’il souhaite être. Il suffit de le décider.

C’est vrai, le monde va mal, alors que veulent tous les parents du monde pour leurs enfants, sans exception? La sécurité. C’est évident. Et mortel. La sécurité, à mes yeux, c’est comme une drogue légale, comme une béquille ou un médicament: tu penses que tu en as besoin, que tu ne peux pas te construire sans elle. Tu la désires parce que tu penses qu’une fois que tu auras ça, tu auras une base saine, durable et équilibrée pour faire tout ce dont tu as envie. Mais la vérité c’est qu’une fois que tu te sens en sécurité, le risque que tu cours, c’est d’en devenir avare. La sécurité, une fois que tu l’as, tu ne veux plus t’en séparer. C’est elle, en un sens, qui t’a. Tu t’y accroches comme si tu en avais besoin, sans te souvenir comment tu faisais avant. Et au final tu en deviens incapable de te mouvoir sans elle. Tu crois avoir trouvé un trophée mais tu te fais parasiter par lui.

Affronter ses peurs, c’est sortir de la sécurité. Je n’ai jamais eu peur du monde physique. L’univers, d’une main je le prends. Non, ce qui me fait peur ce sont les êtres humains. Leur capacité à se haïr, leurs faiblesses, leurs jugements. Ma profonde incapacité à les comprendre. A me comprendre, parfois. Alors j’ai décidé que je me moquais de prendre des coups. De tomber. D’entendre des remarques bien-pensantes. De courir le risque de ne pas savoir de quoi serait fait demain. J’ai réalisé que je voulais essayer. Marcher pieds nus. Escalader des cascades.

Je n’écris toujours pas mais au moins je commence, un peu, à jouer. Quand, à l’intérieur, les choses se seront mises en place, je serai prête.

Hit me again.

Marilyn

Ce soir on est allées faire ce que personne avant moi n’avait réussi à obtenir: mettre MademoiselleCherie dans un lac.

Je ne vous le cache pas, cette performance me rend fière. On est allées se préparer chez elle après le bureau, on a raté l’arrêt de bus pour le lac aux pontons, on s’est rabattues sur l’étang du bord de route, il s’est avéré que celui-ci était à la fois le plus propre et le mieux exposé à cette heure-là, on s’est trouvé un petit coin un peu abrité par des arbres histoire de pouvoir avertir les passants et jeter une serviette sur Marie-Anne au besoin le temps qu’ils soient hors de vue. Bonheur quoi.

On s’inspirait d’un film avec Marilyn Monroe dont elle m’avait montré un extrait qui m’avait assez inspirée. Les premières feuilles d’automne flottaient sur le lac, la lumière était douce.

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Si le cadre était optimal, la fréquentation du lieu en revanche ne l’était pas. Je ne m’y attendais pas du tout, ayant passé des heures à poil dans différents coins aqueux ou non de la forêt de Meudon, mais ce soir en termes de beaufitude et de machisme Meudon la Forêt était une ZEP. Ça me fait d’autant plus mal que j’ai aimé y vivre et que je me sens toujours un peu liée à ces coins de forêt si proches de la ville. ZEP, j’édite mon article suite à un commentaire assassin sur Facebook, pour zone d’éducation prioritaire. On parle de pédagogie anti-machismte et sur les gens qu’on a croisés hier soir tout est à faire. Je suis un peu choquée qu’on puisse m’accuser (moi à qui on a reproché tout récemment d’être trop engagée politiquement sous prétexte que je shootais des manifs de gauche) de faire du bashing anti-banlieue et cités mais bon voilà, si j’ai heurté des sensibilités je m’en excuse, y’a eu incompréhension, que j’espère avoir dissipée. Sinon j’habite dans une zone dite déshéritée de Paris et je passe mon temps à dire et constater que les gens y sont bien plus gentils et aimables, ne vous inquiétez plus, sourire.

Comme je suis en mission civilisatrice j’avais écrit un manifeste il y a quelques temps, au sujet de ces gens qui ne te harcèlent pas sexuellement mais qui t’expliquent que si ça t’arrive c’est ta faute. Ce soir c’était à l’autre face du problème que nous avons eu affaire: les beaufs.

Ça avait pourtant commencé comme d’habitude: les gens s’arrêtent, demandent ce qu’on fait, et c’est pour quel magazine, et vous n’avez pas froid, etc. Sauf que là, il s’est produit un fait inhabituel. Les gens sont restés. Florilège de comportements inacceptables.

« Excusez-moi mais vous pouvez nous laisser travailler maintenant? On a besoin de se concentrer » « Oh bah non, je regarde, c’est agréable! » « … Et si ce n’est pas agréable pour nous de nous faire mater? » « Je mate si je veux, on est en France ou bien? »

Oh, oui, on y est. Et précisément parce qu’on y est notre non-consentement explicitement exprimé devrait suffire à te faire t’éloigner ou au moins à faire preuve de discrétion. Espace public ou pas.

Le mec en question s’est vite mis à être agressif, à parler d’appeler la police. J’ai dû le prendre en photo pour la dite police, une passante lui crier de nous laisser en paix et ses amis (pas beaucoup moins machistes mais au moins pas agressifs) l’éloigner pour nous en débarrasser. Il voulait savoir en vertu de quoi il devrait nous lâcher la grappe, après tout on n’avait qu’à pas se mettre dans un lac, je lui ai parlé de respect, je l’ai entendu me répondre qu’en tant que sale djeuns j’avais pas à lui parler de respect. Classe. Pour vous le situer, la soixantaine bien tassée, aisée, enfin le cliché du retraité dégueulasse qui s’emmerde quoi.

« Vous voulez pas prendre notre ami en photo? C’est un grand black! Il est très bien foutu vous savez! » « Ah… C’est gentil mais on a fini, et puis ça m’intéresse pas les hommes en photo. » « Oui, vous je m’en serais douté! Vous êtes lesbiennes? »

Je ne sais même pas par où commencer. Je prends mon amie nue donc c’est forcément sexuel entre nous? Ça me rappelle un commentaire qui avait été fait à Marie-Anne lors du salon de la photo en 2009: « puisque vous êtes une femme pourquoi vous ne photographiez pas des hommes? » C’est salir tous les photographes et modèles que de penser ainsi. On ne photographie pas les choses uniquement par attirance sexuelle envers elles et au fait, une femme, ce n’est pas un homme mais à l’envers. Ou c’est le fait qu’on n’aie pas envie de voir la b*te de ton ami le grand black qui t’amène à penser qu’aucune b*te ne nous intéresse dans l’intimité parce que, sinon, on sauterait sur l’occasion? Au passage, il n’y a que moi qui suis choquée de la façon dont tu décris ton ami? « Grand black bien foutu », ça ne m’évoque pas une belle série de photos mais un cliché porno. Je ne l’ai pas vu, ton pote, mais je te propose d’abandonner tout de suite l’idée de lui servir d’agent artistique si tout ce que tu as à dire le concernant se situe en dessous de la ceinture.

Une autre chose qui m’a fortement déplu c’est leur tendance à m’exclure de la conversation. Je n’étais pas la fille nue dans le lac, je n’étais donc pas digne d’intérêt – qu’importe la possibilité que j’aie pu initier la situation. Et je suis certaine que, si j’avais été un homme, on n’aurait même pas eu à gérer cette situation. À un moment, j’ai voulu me mettre dans la peau de la photographe expérimentée et faire comme si MelleCherie était une débutante timide, et ça a donné ça:

« Excusez-moi mais c’est pas pour rien si elle a choisi unE photographe, elle a besoin d’être un peu seule pour se détendre, sinon ça se voit. » « Oh mais moi je peux la détendre! Ça me dérangerait pas DU TOUT de vous détendre mademoiselle, vous avez une poitrine tellement attirante… »

Et il a répété sa blague TROIS FOIS. Vous savez comme un enfant qui, voyant que vous n’avez pas ri à la première, va vous la spammer encore et encore jusqu’à obtenir le résultat escompté. Honnêtement j’avais juste envie de lui dire sur mon ton le plus cinglant « Elle est vraiment drôle ta blague, tu l’as trouvé tout seul? » mais pour des raisons de pédagogie on est restées aussi courtoises que possible compte tenu de la situation. Quoique je pense qu’en ce qui me concerne ils soient restés sur une idée de lesbienne acariâtre et détestant les hommes.

Et le dernier mais non le moindre: « Faut nous comprendre, on est des hommes ». What? Seriously? On est bien d’accord que ce que tu viens de dire, là, c’est qu’en tant que mâle tu n’as pas accès à la partie de ton cerveau qui gère tout ce qui est self contrôle? Que tu te caches derrière une prétendue faiblesse attachée à ton genre pour justifier un comportement qui n’est PAS acceptable?

Je voudrais comprendre pourquoi tous ces hommes pensent que « Elle est bandante » ou « Quelle poitrine » sont des compliments, et si dans ce cas ils font les mêmes à leur mère. Je suis choquée de voir que le mec ne m’a pas répondu « je ne mate pas, je regarde », mais bien « je mate si je veux ». Est-il au courant de la connotation éminemment péjorative attachée à ce mot? Si oui, pourquoi l’employer sur lui-même? Pense-t-il que son regard lubrique va nous souiller, nous, et laisser son âme aussi pure que du lin puisque lui n’était que la victime de sa nature et de nos vils efforts pour l’attirer? Quel est le fucking fuck? Pourrait-on arrêter la connerie juste cinq minutes?

Je crois que je ne vais même pas essayer d’analyser toute cette merde parce que c’est juste trop primaire pour mes neurones. Et je me fiche d’avoir l’air pédante en disant ça. Ici je témoigne, voilà tout. Je pense que les faits parlent d’eux-mêmes. A quel moment, devant une fille que manifestement on regard dérange, parce que TOUT dans son attitude disait « Je reste polie afin que tu constates que je suis nue mais pas hystérique mais tu m’emmerdes », un être humain peut se dire que la chose à faire c’est de continuer à mater?

Vous me direz, on a eu de la chance, personne ne nous a touchées. Ha ha ha. Mais non.

Non, ce ne sont pas que des mots et des regards. Ces mots et ces regards sont symptomatiques d’un problème de fond bien plus grave, le même problème qui font que certains passent aux actes. Je suis désolée mais il va falloir à un moment arrêter de minimiser ce qui se passe dans vos rues et arracher les racines d’où tous ces trucs partent. Je pense que si deux copines ont envie de se faire plaisir en prenant des photos dans un lac elles devraient pouvoir le faire sans s’assurer de la présence d’un Homme. Je pense que si des gens ont des remarques à faire sur la poitrine de mon amie ils ne sont pas obligés de les HURLER pour qu’on les entende de l’autre bout du lac. Je pense que chaque type qui pense que c’est gentil de dire à une fille qui a le tiers de son âge qu’elle est bandante devrait suivre une psychothérapie d’urgence – ou un avortement très, très tardif.

Sinon je comptais profiter de ce post pour vous donner des nouvelles de moi mais pour ce soir je suis un peu trop énervée. Marrant comme le fait de m’être retrouvée dans la position du tiers et non de la cible m’a finalement bien plus touchée que l’inverse. J’ai jamais eu de problèmes comme ça et c’est limite moi qui me sens coupable de l’avoir foutue à la flotte pour qu’il lui arrive ces choses. Enfin bref, je vous donnerai des nouvelles très vite, en attendant sachez juste que même si je suis très énervée contre le genre humain ma vie va bien ^^

En attendant vous pouvez aussi lire l’article de MademoiselleCherie, qui a attendu que la pression retombe avant d’écrire, le mien sur toutes ces questions, ou encore celui-ci sur l’excellent blog « Les Questions Composent ».

Petit manifeste à l’usage des bien-pensants

Plus jeune, j’étais passionnée. Je le suis toujours; mais ça se voyait davantage. Là où je tapais du poing sur la table, aujourd’hui je hausse les épaules. On appelle ça la maturité, ou encore savoir répartir son énergie. Bon, soyons honnêtes, je tape toujours du poing sur la table, juste moins. D’ailleurs, je vais le faire – mais calmement -, là. Il n’y a aucun intérêt à essayer d’expliquer à un idiot en quoi il est idiot dès lors qu’il est enfoncé et légitimé -croit-il!- dans sa petite morale bien-pensante, et croyez-moi, j’ai essayé. Vous pouvez donner tous les arguments, toutes les preuves tangibles du monde à quelqu’un, si cette personne n’a pas l’esprit ouvert elle ne se remettra PAS en question. C’est mathématique. Le plus beau, c’est que les gens qui ne se donnent pas la peine de réfléchir mais persistent à vous expliquer en quoi leurs préjugés sont en fait non pas des préjugés, non pas des opinions, mais des FAITS, mais la VÉRITÉ, rien que ça, le font souvent à coups de contresens et de sophismes, dans un discours qui dit blanc et noir à la fois, avec des structures argumentatives telles que celle-ci:

p  (¬p  q)

Rien qu’avec ça, sans savoir ce qui est dit, vous pouvez être sûrs que le raisonnement de votre interlocuteur est invalide. p ET non-p steuplais. Comme disait Biff Tannen dans Retour vers le futur: « Allô! Il y a quelqu’un au bout du fil?! » En logique propositionnelle ça s’appelle une contradiction, si vous faites ça je suis désolée mais toute votre autosatisfaction gonflante et dégoulinante ne changera pas ce fait: vous aurez perdu.

Pourquoi je vous dis tout ça? A la base, les gens me font peur. Ils me font peur parce que je ne les comprends pas, je ne les comprends pas parce qu’ils agissent de façon illogique, ou plus précisément, sans saisir la logique inhérente à leurs propres motivations. Ce que je veux dire par là c’est que les gens sont hypocrites. Cela dit, dans la vie, il faut survivre, et moi quand je ne comprends pas, ça ne va pas. Les humains qui m’entourent et surtout ceux qui ne m’entourent pas sont donc devenus un sujet d’études et j’ai petit à petit appris à reconnaître quand tenter d’élever le débat est inutile et à lâcher du lest.

Sinon, oui, j’ai des amis. Je les choisis juste capables de se remettre en question et d’avoir une réflexion de fonds sur les problématiques psychologiques et sociales.

Il y a deux ans, j’ai posté sur un réseau social ce petit montage, à la portée intellectuelle limitée, mais drôle. Pas mal de memes sur ce modèle tournaient à l’époque sur internet, ça m’a fait rire de faire le mien, bref. Par la suite des gens m’ont expliqué, avant de me le montrer, que tout le monde n’était pas beau et gentil, et dernièrement, en retombant sur cette image, j’ai été saisie d’un malaise diffus parce que… Ce montage est tellement vrai qu’il en devient symptomatique d’un problème de fond dans la société, appliqué à la pratique de la photo.

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Voilà pourquoi j’ai eu finalement envie de vous parler de culture du viol, de slut-shaming, de sexisme ordinaire et de bêtise humaine, des sujets qui ont largement été abordés déjà, mais sous l’angle particulier de la photo et à partir d’anecdotes que j’ai vécues mais dont, j’en suis sûre, des tas de modèles dans mon entourage ont eu à pâtir.

Le coup du « Tu poses à poil alors TG. »

C’est un classique. On m’a fait le coup plusieurs fois. Cet argument consiste à te dire que puisque la moitié d’Internet a accès à des photos de tes seins, ton cerveau a perdu tout aspect fonctionnel, donc retourne à ta cuisine, gourgandine.

Alors perso chacun fait ce qu’il veut mais moi la photo, en plus d’être une passion ça me paie mes études de droit et de philosophie, juste, un peu. Sans jouer au concours de qui a le plus gros cerveau (qui est à peu près aussi élévateur que le concours de qui a la plus grosse… cuisse), je ne pense pas être un exemple de déficience intellectuelle, loin de là. Parfois je partage une actualité qui m’a touchée, comme cet article d’une photographe sur le sexisme ambiant dans le monde de la photo, l’histoire de cette fille qui a défoncé la gueule au mec qui l’agressait dans le métro, en a parlé, et s’est pris insulte sur insulte parce que, oh la sa***, elle portait une jupe, ou je me contente de (oh là là) donner mon opinion sur un sujet. Et là, c’est le drame.

« Retourne poser, c’est ce que tu sais faire » (un illustre inconnu qui, au moins, a eu la délicatesse de me reconnaître un talent (rire, humour, drôle))
« C’est bizarre que tu partages cette histoire, vu ton activité, tu ne te sens pas visée? » (Mais oui bien sûr, je pose nue donc c’est ma faute si les invités aux mariages peuvent être de gros beaufs et si les mecs se promènent avec leur téléobjectif au salon de la photo!)
« Ah je vois que tu poses nue alors la discussion ne sera pas possible! » (Celle-là, ce n’est pas moi qui l’ai reçue, mais rien qu’en partageant cette histoire j’ai eu droit à plus de 300 commentaires de trollage sur la tête, dont du très haut niveau et même un « Mal baisée, va! », donc je me sens fondée à la partager avec vous.)
« Non, mais toi, on voit bien que tu es une garce narcissique qui ne pense qu’à elle-même, sinon pourquoi tu aurais toutes ces photos de toi? » (Ben punaise, si pour être modèle on devait obligatoirement être une pimbêche qui se regarde le nombril je pense que beaucoup de photographes de ma connaissance se seraient mis à la photo animalière depuis longtemps… Attention, je ne dis pas qu’il n’y a pas une petite dose de narcissisme dans la démarche de base qui consiste quand même à décider qu’on sera le support, ou le sujet, de ce qui est destiné à être une oeuvre d’art, mais ceci est un autre débat. Ce que je dénonce ici c’est la généralisation de l’axiome Modèle = fille un peu décérébrée qui s’Âîîîîîme. Et qui, en tout cas, n’a pas son mot à dire dans une discussion entre grandes personnes.)
Et ma favorite, reçue en pleine poire alors que je me défendais d’une attaque ad hominem particulièrement violente au sujet de mon physique (j’étais jeune, ça fait un moment que j’ai arrêté de faire ça) (l’orthographe est d’origine): « C bon depuis ke ta posè pr 3 photographes pédophiles tu t prend tro pr 1 reine de beauté 1 jour tu te fera violer é abandoner ds 1 fossé et se sera bien fait ».

Oui, pour être crédible, il n’y a pas que les bases de la logique, il y a celles de la grammaire aussi. Ce que j’aime dans cette dernière réplique c’est qu’il y a l’essence de la culture du viol ET des préjugés du « grand public » au sujet des modèles mesurant moins d’un mètre soixante-quinze et des photographes dedans. Pour info, l’adjonction subtile du « pédophiles » c’est parce que j’étais très (trop) maigre à l’époque et que j’ai toujours fait jeune pour mon âge. Du coup si quelqu’un trouvait mon visage intéressant c’était malsain tavu.

Je pense que le postulat de base du « Tu poses nue, t’as rien à dire » est double: premièrement, les gens aiment les cases. Dès qu’ils peuvent mettre quelque chose dans une case, ils sont ravis. Je reviendrai d’ailleurs sur ce point. Deuxièmement, les gens ont pour caractéristique principale de ne pas assumer.

Dans l’imaginaire général des gens non familiers avec la photo, la fille un peu dévêtue, voire nue (sacrilège!!!) est associée à l’image de la bimbo: souvent blonde, jamais très intelligente, souvent pourvue de grands attributs par la nature ou son chirurgien, la bimbo apparaît dans des contextes (souvent télévisuels) peu flatteurs intellectuellement; pour résumer, la bimbo est bonne, mais conne. Je me rappelle avoir dit un jour que j’avais un trop joli fondement pour que les gens prêtent attention à ce que j’écrivais. C’était cruellement vrai malheureusement.

Sauf que les mecs, la taille du décolleté d’une fille n’est pas inversement proportionnelle à son quotient intellectuel en fait. (Je viens d’imaginer un monde de science-fiction où les gens ne pourraient pas se déshabiller sans devenir bêtes comme des radis et devraient, en été, résoudre le dilemme perpétuel du confort ou de l’intellect. C’est profond, il faut que je fasse breveter ça.) Genre Adam et Eve ils étaient au stade animal au Paradis alors comme ils étaient bêtes  c’était pas grave qu’ils soient nus mais après ils ont pris conscience alors ils ont eu honte parce qu’être nu c’est mal tu sais. Du coup pour être à l’aise nu faut être bête. (Ceci était un exemple de sophisme ainsi qu’une interprétation particulièrement réductrice de l’ancien testament, mais le pire est quand même qu’il y a VRAIMENT des gens dans le monde qui pensent comme ça.) Donc non. C’est une excuse. Pire, c’est un argument ad hominem qui, très commodément, vous permet de ne pas avoir à argumenter en emportant (au moins dans votre esprit) la bataille, car vous avez mis votre adversaire face à ses vices, et, grand prince, vous lui avez même indiqué l’adresse du confessionnal le plus proche afin qu’elle puisse se laver de ses péchés.

Regardez-vous en face. Vous avez certainement un tas de qualités. Mais à l’instant où vous faites ça, vous vous comportez juste en gros beauf.

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Juste pour être sûre que tout le monde suive: ce dont on parle c’est ce genre de choses, hein. Même pas de la dernière pub du casque Sennheiser. Et quand bien même d’ailleurs…

Le conformisme, ou le poison de notre époque.

L’autre truc avec les filles nues c’est que ça met les gens mal à l’aise. Et on en vient au second problème. On vit dans une société où on voit de plus en plus de centimètres carrés de peau dans la pub, le cinéma, partout, et je m’en moque éperdument, mais par contre on fait culpabiliser les gens sur leur physique, en leur vendant des régimes, des abonnements aux clubs de sport, des épilations totales, de la chirurgie plastique, des push-up, MAIS STOP! Une fille qui était à la une de Vogue il y a soixante ans, aujourd’hui on dirait, par respect du politiquement correct, qu’elle est ronde, pulpeuse, enfin pas mince. Et les femmes à la mode à la cour de Louis XIV n’en parlons pas. Je n’ai rien contre les filles très minces au contraire, mais si on ne nous montre que ça (et qu’on surligne « régime » avec le nouveau stabilo boss pour elle, tant qu’on y est), il ne faut pas s’étonner que les gens aient honte (tellement souvent à tort) de leur corps et en veuillent à celles et ceux qui, sans correspondre aux critères de beauté « actuels » assument le leur. C’est quoi votre problème avec la nudité des autres? C’est votre fuite par rapport au problème que VOUS avez avec VOTRE corps, parce que la nudité d’autrui NE VOUS FAIT PAS DE MAL. A la limite si visuellement vous n’aimez pas, personne ne vous oblige à regarder, mais qu’est-ce qui vous donne une hauteur morale pour juger d’autres filles et pour leur expliquer que ce qu’elles font est mal et que, si elles se font insulter, c’est logique? Que les gens ne sont pas respectueux mais bon, ils sont nombreux, alors vous devez faire pareil?

Oui oui, je n’invente rien, quelqu’un m’a vraiment dit un jour « Je sais que les gens ont tort de t’insulter pour le simple fait d’être toi-même, mais ils sont en majorité, donc tu dois renoncer à ton individualité pour rentrer dans le moule ». Je vais marquer une pause dans l’écriture pour vous laisser le temps d’aller vomir. Mon opinion est celle-ci: ce qui fait la richesse de l’espèce humaine, c’est sa diversité. Si tout le monde doit se ressembler que devient l’intérêt de la vie? Out, exit, kapputt. Le fun de la vie tué par la morale judéo-chrétienne. J’en profite pour vous coller une ou deux répliques de Doctor Who parce que le ton de ce post est un peu trop sérieux, et ne saurais trop vous renvoyer aux travaux du Dr Erich Fromm en matière de conformisme pour plus de détails. De façon très résumée: le malade, n’est-ce pas celui qui est parfaitement adapté à une société malade, plutôt que celui qui ne s’y retrouve pas? A méditer.

« Am I… funny? Am I sarcastic? Sexy? Right old misery? Life and soul? Right-handed, left-handed, a gambler, a fighter, a coward, a traitor, a liar, a nervous wreck? »

« You know what? In nine hundred years of time and space and I’ve never met anybody who wasn’t important before. »

Les gens qui m’aiment parlent de jalousie, mais ils le disent parce qu’ils m’aiment, moi je suis profondément convaincue que le vrai moteur, le plus profond, à l’oeuvre ici, c’est la peur de la différence. Et l’ignorance, mais pas que. L’ignorance est bien commode, elle tend à devenir constitutive d’une excuse. Je ne connais aucune modèle qui ne se soit un jour fait traiter, à des degrés divers, de puterelle ou de gourgandine, pour rester dans du désuet vaguement correct. Je ne sais pas ce que les gens s’imaginent qu’il se passe pendant une séance photo mais je dois mal faire les choses, il ne m’y est jamais rien arrivé de sexuel. Pourtant, si poser doit faire de moi une sal***, il faut bien que je doive passer à l’acte à un moment…, non? Ah, quoi? On me souffle dans l’oreillette que les gens transposent leurs propres motivations au fait d’autrui et ce faisant se plantent totalement sur l’interprétation à donner à celui-ci? Vous me rassurez…

 L’autre chose que les gens n’ont pas l’air en mesure d’assumer ce sont leurs propres réactions. C’est d’ailleurs ce qui les pousse à se montrer aussi incohérents. Et violents verbalement. Et voilà pourquoi la première réaction qu’on obtient quand on parle d’une fille qui s’est fait agresser c’est, dans 80% des cas « Comment elle était habillée? ». Personnellement il ne me suffit pas de voir un homme en caleçon (ou sans caleçons, mais restons prudes et droits) pour me faire dissoudre ma petite culotte, ça a d’ailleurs plus de chances d’arriver si le sujet de mon  observation conserve ses vêtements dans un premier temps. J’attends donc des membres du reste de l’espèce humaine la même retenue, à savoir, ne pas se mettre à baver convulsivement en mode « fi-fiiiiille » dès qu’ils aperçoivent un téton. C’est un dérivé de la culture du viol en fait. On te voit nue. Des gens te trouvent désirable. C’est donc forcément pour allumer ces gens que tu t’es mise nue, ça ne peut pas être pour l’art (ou pour ne pas mettre ta robe en dentelle neuve dans un marais puant)! De la même façon: tu portais une jupe. Un mec s’est excité et t’a agressée. Attends mais tu l’as cherché, c’est évident que tu ne portais pas ta jupe pour toi ou ton confort ou simplement te trouver jolie, c’était pour te faire désirer. Tu as été violée? Ta faute. Tu ne vas pas EN PLUS te plaindre, c’est plutôt flatteur, non? (Je ne reviendrai pas sur le fait que ce genre de raisonnements est AUSSI insultant pour euh, bah les hommes, qui ont un cerveau aussi, enfin je crois) Les gens sont, certes, stupides et méchants quand ils tiennent ce genre de raisonnements, mais leur vrai problème c’est qu’ils confondent l’effet avec la cause. « Elle met du rouge à lèvres, c’est pour attirer l’attention sur ses lèvres, suceuse ». Non. Elle a mis du rouge à lèvres pour (probablement) se sentir jolie. TU as eu l’attention attirée sur ses lèvres et TU as fait le choix de penser non pas « joli sourire » mais « suceuse ». Si tu as pensé ainsi, c’est probablement parce que tu es formaté par la société, qui t’a également appris que les jupes au dessus du genou c’était pour les filles de mauvaise vie, et que la fâme doit rester chez elle, et qu’il est normal qu’à défaut, elle soit payée 30% moins à diplôme égal. C’est très patriarcal quand on y pense. La fâme ne peut avoir agi qu’en fonction du regard de l’Homme qui va la voir, elle ne peut pas juste s’être fait belle pour elle. Moi j’avoue que hors shoot ça me gonfle considérablement de m’apprêter, j’estime que les gens n’ont pas à me trouver jolie pour m’apprécier, ou alors ce sont des connards. C’est aussi probablement la raison qui me rend transparente dans la rue et qui fait que je ne me suis jamais de ma vie fait agresser et très rarement emmerder: de loin, j’ai l’air d’un mec. Pour autant, je comprends le concept du « se faire belle pour se sentir bien soi-même », ce serait bien que le reste du monde en fasse autant. C’est très égocentrique finalement, non?, de penser que le moindre mouvement de hanche d’une fille est fait à votre attention alors qu’elle a peut-être juste mal aux pieds. De la même façon, si une modèle est à moitié nue, peut-être qu’il y a une histoire derrière. Un symbolisme. Peut-être que c’est cohérent avec une démarche philosophique. Peut-être que c’est une étape dans une démarche d’acceptation de son corps.  Peut-être qu’elle et le photographe ont juste pensé que ce serait joli. Dans tous les cas, si elle s’est déshabillée je peux vous assurer qu’en AUCUN CAS ce n’était pour déclencher une érection chez tous les pervers du net.

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Outre ça, nous devons arrêter de penser que notre corps est ce que nous avons de plus intime. Ce serait franchement triste. Notre corps est infiniment fragile. Il peut être détruit dans un accident. Des gens peuvent le modifier à grands renforts de scalpels. Les publicitaires lui imposent un espèce de diktat sordide pour nous dire à quoi il doit ressembler. Relisez cette phrase. Des gens se permettent de nous dire à quoi notre corps devrait ressembler. Et vous n’avez pas envie de les rouer de coups pour leur apprendre à vivre? Chacun est libre d’avoir son propre rapport au corps, mais pour moi ma nudité n’est qu’une tenue supplémentaire. Parfois je mets une robe de princesse, parfois un blouson en cuir, parfois je mets juste ma peau. C’est tout. Si des gens veulent y voir autre chose je refuse d’en être responsable.  Un studio photo, un plateau de tournage, ne sont pas une boîte de nuit, et même en boîte de nuit il serait inacceptable (de mon point de vue, mais j’admets que mon expérience de ces endroits est limitée) qu’une jeune fille dévêtue soit traitée comme une catin à ce seul motif.

Le problème plus large qui se pose -je dis qu’il est plus large parce qu’il englobe tous les rapports humains-, c’est que les gens ont tendance à penser à la place des autres, mais sans se repositionner dans leur point de vue. Ce qui fait que même en cherchant les motivations des autres on a tendance à leur calquer les nôtres même quand il n’y a pas lieu. C’est de l’anthropomorphisme à petite échelle. Ca fait des ravages.

Et je vis un truc vraiment rigolo en photo, qui est un peu le contraire de ça, c’est quelque chose qui m’a sauté aux yeux alors que je réfléchissais à la perception que l’on a du travail d’autrui, plus que d’autrui lui-même. Un jour, une amie me disait un peu ce qu’elle voulait obtenir comme rendu et m’a dit « Fais-moi ton expression glamour que tu fais si bien ». Je lui ai dit « Euh le glamour c’est juste le truc que je sais le moins faire au monde alors il va falloir être plus spécifique là. » Elle m’a dit « Mais si, tu le fais tout le temps », je lui ai dit « Bon, montre-moi ». Elle a cherché dans mes albums et en avait parcouru environ la moitié, comme je l’avais prévu, avant de trouver quelque chose qui corresponde. Ce n’était pas méchant de sa part; mais c’est très symptomatique d’une tendance qu’ont les gens à ne retenir que ce qui les arrange pour, justement, nous coller dans une case. Objectivement, je n’ai pas de case. Je navigue dans tous les milieux sans appartenir à aucun et en me fichant de ce qu’on pense. Pourtant, pour les gens qui font de la mode (et les gens hors du milieu de la photo… tout simplement), je suis la fille qui pose nue (alors que pas tant que ça), pour les gens qui font du fetish je suis la fille qui pose en nymphe, pour les gens qui font des nymphes je suis la fille qui pose en latex… Et j’ai même eu des gens qui m’ont dit (toujours gentiment) de ne pas changer de couleur de cheveux parce que ça tuerait mon côté femme fatale.

Mon côté femme fatale. J’ai cru avaler de travers. J’ai un visage XVIIIème, des traits doux, des formes assez neutres et des expressions éthérées. Je n’ai pas un côté femme fatale. Ne venez pas me dire que je me déprécie ou quoi que ce soit, j’ai un tas de qualités mais je n’ai pas un côté femme fatale. Je peux éventuellement m’en donner un parce que je travaille mes expressions et que je ne reste pas figée dans un personnage mais je suis désolée, ce à quoi je ressemble au naturel, sans effort, ce n’est pas ça:

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C’est plutôt ça:

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Ca a l’air anecdotique comme ça, mais si je vous en parle c’est que je suis convaincue que la plupart des gens ont intériorisé tout un tas de symboles et les appliquent pour justement classifier les gens comme si c’était une recette magique et ce sans tenir compte de leur personnalité. Alors les blondes c’est doux, les rousses c’est femme fatale et les brunes c’est domina. Oui, mais non. Les choses ne sont pas si simples. Les gens non plus. Les jupes ça peut être excitant comme ça peut être confortable, une fille nue ça peut être excitant comme ça peut être poétique, une fille dans un lac ça peut être Ophélia tout comme ça peut être n’importe quoi d’autre. Les objets ne sont pas cantonnés à un seul rôle, les gens non plus, et le monde serait beaucoup plus agréable à vivre si les gens cessaient d’avoir peur de ce qu’ils ne peuvent pas réduire à une fonction connue. Soit dit en passant, en tant qu’êtres humains, il me semblait acquis depuis les Lumières au moins que nous étions des fins en soi et non des moyens. Je dis ça comme ça…

Pour conclure ce déjà trop long post, quelques généralités qui vont de soi, mais qui vont mieux en le rappelant: rien ne justifie qu’on agresse qui que ce soit, que ce soit physiquement ou verbalement. Si vous soutenez le contraire vous salissez tout le monde, vous compris, pas que la victime. Les gens n’ont pas forcément le même mécanisme de pensée que vous, et le meilleur moyen de vous faire une opinion sur eux, c’est encore de parler avec eux. Encore que le plus sain soit selon moi de ne pas avoir d’opinion sur les gens qu’on n’a pas eu l’occasion de rencontrer. Je parle ici bien sûr des gens, non du travail de ceux-ci. La nuance est de taille et mérite d’être soulignée.

Je suis toujours en jean.

« Notre intégrité est facile à ignorer, mais elle est vitale. C’est une force invisible qui coule dans nos veines. C’est grâce à elle… Que nous sommes libres.
(…) Et différent devint dès lors synonyme de dangereux. Je n’ai toujours pas compris…,
pourquoi ils nous haïssaient autant. »
Valery’s letter, V for Vendetta.

Edit du 23 novembre 2015 : Si tu as lu cet article jusqu’au bout, tu seras probablement intéressé de savoir que je travaille en ce moment sur un projet de livre sur toutes ces problématiques et bien plus autour de la pose, l’image, le corps… Et que tu peux soutenir et partager le projet jusqu’au 9 janvier 2016 en cliquant là :