Archives pour la catégorie Écrire

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C’est fragile

Ce n’est pas arrivé d’un coup
il n’y a pas eu de choc, pas de grande explosion quantique, pas de bouleversement, même pas tellement d’évidence.
Ce n’était pas comme si je découvrais soudain quelque chose qui avait toujours été là, ni comme si j’arrivais enfin à terre après un très long voyage.

Mais c’était joli et c’était facile et c’était quelque chose à quoi on ne s’attendait pas
et surtout ce n’est pas moi
Alors, c’est d’autant plus joli
Tu vois ?

Je me suis approchée pas à pas
C’était de la peur sans enjeu
et sans certitudes

Et c’était là
Peut-être que j’avais détourné la tête, un instant
je ne sais plus
mais c’était là entre tes griffes de chat sauvage
et mes moustaches de renard
cette petite chose délicate qui ne sait pas très bien ce qui s’y passe

Ça grandissait un peu
pendant qu’on s’approchait
et qu’on se flairait et que je te laissais me flairer
et que je regardais

Et c’était joli comme quelque chose qui n’a pas fini de pousser et
dont on ne sait pas comment il va pousser
mais on a envie de lui laisser de l’espace et de voir ce qu’il va en faire

et d’en prendre soin
mais pas trop
pas toujours
tu vois ?

C’est joli quand c’est fragile

j’aimerais bien que tu restes
.

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Sortir, dehors. Dare not to.

Vous savez quand je racontais dans ma dernière conférence, et dans mon livre, que l’important n’était pas de voir ou de penser, mais de sentir, quoi faire et quand le faire ?

Eh bien c’était un excellent conseil. J’aurais mieux fait de le suivre.

Parfois, on se lance dans des projets qui ne nous tentent qu’à moitié. Je ne parle pas de peur, même s’il y en a sans doute un peu, mais d’instinct. Il y a cette petite voix en nous qui nous dit « N’y va pas. Ça ne te fera pas de bien. »

Alors, toi, tu essaies de te convaincre que c’est encore la Résistance. Tu en parles autour de toi. Les gens ont confiance en toi, ils te disent de cesser de te dévaloriser, que c’est ton syndrome de l’imposteur qui parle. Tu te dis que si c’est la Résistance, alors il faut l’abattre. Tu analyses. Mais, tout de même, là, au fond, il y a cette chose que tu as assimilée à de la peur qui se débat. Et tu l’enfouis. Tu essaies de l’ignorer. Tu y vas. De toute façon tu as commencé, alors il faut finir.

Allons, sa barbe n’est pas si bleue, tu te raisonnes.

Et tu as tort. Ce sont tes tripes qui ont raison. Certaines peurs sont utiles et c’est là qu’on les appelle instinct.

Comment j’ai fini par admettre que je n’avais pas envie de continuer, je n’ai pas envie de le détailler ici, parce que ce n’est pas le coeur du sujet finalement. Cette vidéo est là pour vous expliquer pourquoi je n’irai pas au bout du kickstarter destiné à la traduction de L’Art de la Pose, pourquoi je ne veux plus communiquer autour de lui.

Ce sera maladroit parce que je me suis rendu compte que je ne savais pas faire autrement, et c’est tant mieux.

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Dans ta cuve ! – Conférence au salon de la photo

Dans ta Cuve !, c’est une association qui promeut les procédés argentiques. Anaïs et Rémy, deux de ses membres, m’ont accueillie ce jeudi sur le stand (ou plus exactement sur l’Espace argentique) pour une conférence sur laquelle j’ai eu un peu carte blanche, et dont voici la vidéo, gentiment captée par Jean-Luc Manh.

Comme vous le voyez, je ne suis toujours pas conférencière professionnelle, mais je fais de mon mieux pour m’améliorer à chaque fois. Je suis un peu partie en improvisation par moments, mais j’avais tout de même écrit les lignes générales de mon « discours » en amont ; je voulais vous en partager le texte :

•••

Quand j’ai commencé à poser, il y a neuf ans, j’étais rassurée par les photographes qui mettaient leur appareil en mode rafale. Ils me disaient que c’était parce qu’une bonne photo se jouait à l’instant, à la seconde près, au petit fragment d’émotion un instant ici, et le suivant enfui. Ils voulaient le capturer, cet instant, et surtout surtout ne pas lui laisser la moindre possibilité de s’enfuir. Moi je ne questionnais pas cette démarche, je me disais qu’au moins, comme ça, il y en aurait bien une de bonne, par accident peut-être, mais une.

Et puis comme je prenais en expérience il m’a semblé que ça, c’était une approche industrielle de la photo. Que c’était fondé sur une logique statistique : si je couvre un plus grand nombre d’instants en déclenchant, alors j’ai un plus grand poucentage de chances de capter “le bon” instant, quoi que ça veuille dire. Finalement, travailler selon cette logique, c’est pour le photographe renoncer à toute forme de prise de décision au moment de la prise de vues, et pour le modèle accepter une simple place d’objet à photographier, sans interactivité avec le photographe. On se disait un jour avec un ami que finalement on ne voyait pas ce qui se passait à l’instant précis où on déclenchait, que c’était comme renoncer à être témoin d’un instant pour l’offrir au monde, mais là c’était renoncer à toute la rencontre et n’avoir au final rien à offrir. Ils étaient seuls derrière leur objectif, j’étais seule devant, et entre nous il y avait la barrière infranchissable des clac-clac-clac-clac-clac du miroir.

Et puis ce n’était pas très intéressant de faire de bonnes photos par accident, pas si l’accident était programmé.

Et puis c’était quoi de bonnes photos ? C’est quoi une bonne pose ?

Pour moi une bonne pose c’est un endroit où la vulnérabilité rencontre une certaine forme de maîtrise. La vulnérabilité parce que ça ne se limitera jamais à disposer ses muscles dans une certaine posture et attendre que l’image soit figée. Parce qu’il faut aller chercher, au fond de soi, une certaine émotion. Et la maîtrise parce qu’il ne suffit pas de savoir ouvrir la boîte, il faut aller y chercher ce dont on a besoin pour la photo qu’on essaie de faire, et parfois d’autres choses sortiront, et peut-être que ce sera encore mieux, et c’est important de se laisser surprendre, mais convoquer l’émotion voulue c’est quand même la première chose dont on a besoin.

Et le truc, c’est que le mouvement pour savoir et sortir ce dont on a besoin se joue en aller-retour, entre le ou la photographe et le modèle. Je vais donner quelque chose, qui sera reçu par l’autre, qui me le renverra sous une autre forme, chargé de son regard, et ainsi de suite.

“Me voilà.”
“Je te vois.”
“Je te vois me voir, et je l’accepte.”

Il y a vraiment cette sensibilité à développer dans la relation entre photographe et modèle, où celui ou celle qui déclenche le fait en sentant, plus qu’en ne le voyant, le bon moment, et où, aussi, celui ou celle qui pose sent le moment du déclenchement et la nature du regard qui est porté, en plus de la lumière et de l’angle de l’objectif. Évidemment qu’on peut s’entraîner à voir quel effet visuel est rendu quand notre corps est dans telle ou telle position, quand on déplace très légèrement tel muscle ou qu’on modifie insensiblement la tension dans tel autre, mais sincèrement, ce qui permet à deux acteurs d’une photographie de travailler vraiment ensemble, c’est le fait de tisser ce réseau presque organique entre deux égaux, et non entre celui ou celle qui regarde et celui ou celle qui est regardé•e.

J’aime bien l’argentique en fait, parce que, même si on ne peut pas dire que ça nous force à entrer dans ce rapport – si tu ne veux pas te connecter tu ne te connecteras pas -, il y a au moins cette tentation de remplacer la connexion par de la statistique qui est évacuée d’office. On a, il me semble, davantage le réflexe de prendre le temps de sentir la scène, comme on devrait toujours le faire, en fait. Ce qui ne veut pas dire qu’on se prive de saisir des choses à la volée, comme je l’ai d’ailleurs appris à mes dépens.

En fait il y a quelque chose de très curieux dans l’activité de modèle, parce que c’est un moment où on puise dans notre intimité pour le cadre professionnel, comme le ferait un comédien ou une comédienne, et qu’on doit de fait être à trois endroits en même temps. Celui où je donne, celui où je reçois (des instructions, un regard, une indication), et celui où je reste conscient ou consciente de tout ce qu’il y a autour. Il faut être totalement là, et totalement dans son corps, jusqu’au bout de chaque membre.

Je vois beaucoup le modèle comme un catalyseur, non seulement de cette interaction particulière, mais de tout ce qu’il y a autour. Le décor ou son absence. La tenue ou son absence. Le hors-champ. Le fait de ne jamais savoir exactement où se trouve le bord du cadre. On doit assimiler tout ça, l’entremêler de notre propre matériau, bouger à partir de notre centre, et ensuite tout renvoyer vers l’objectif et avoir cet échange qui dure le temps qu’il dure et se termine toujours sur nous, parce que ce qui est fixé c’est notre image et ce que cette interaction a fait d’elle, et c’est elle aussi qui parle en dernier lieu.

Ça, c’est comment le fait de poser et donc de travailler sur l’image m’a permis de me rapprocher en fait de mon corps et de m’y ancrer à nouveau. Mais le fait qu’il y aie cette intimité de circonstance qui se crée – qui peut se transformer ensuite en vrai lien, on a le droit de devenir amis – sur une séance photo peut amener certains photographes à avoir un sens des limites qui se brouille, voire disparaît.

Consciente de la difficulté d’appréhender un rapport aussi particulier, je me suis attelée à écrire un livre sur les modèles pour non seulement bien expliquer ce qu’était la pose, pour donner une voix aux modèles dont le point de vue est très souvent invisible, mais aussi pour aider celles et ceux qui aimeraient se lancer à poser des limites et à détecter des interactions qui ne seraient pas saines et tournées vers l’art et/ou le travail. Apparemment c’est vraiment compliqué parce que cette semaine j’ai vu passer sur Amazon un livre qui donnait des conseils pour séduire en séance photo, au calme. C’est juste l’automne 2017, on est bien. En pleine période de libération de la parole ça passe, c’est complètement la chose à faire.

Alors moi une fois en séance photo j’ai eu un maquilleur que j’ai trouvé très charmant et avec qui j’aurais sans doute flirté dans un autre contexte. Sauf qu’on était dans le contexte où il allait devoir me maquiller avec ses pinceaux et probablement ses mains, poitrine comprise, et que juste, lui faire savoir un truc pareil juste avant, ça aurait juste été malaisant. Donc je n’ai rien dit, et j’aimerais bien qu’on dise un peu plus fort que le respect de l’autre c’est aussi ne pas lui créer d’inconfort.

Poser et aller chercher des morceaux d’intime, c’est déjà inconfortable. J’ai connu des photographes qui créaient de l’inconfort à dessein, qui disaient que comme ça ils obtenaient un résultat plus “vrai” et plus “authentique”. Mais à quel moment ? Faire ça, c’est briser la relation de confiance, c’est entrer dans un rapport de domination, c’est le contraire de travailler avec quelqu’un.

Donc, bien sûr que la communication non-verbale ne va pas s’instaurer dès la première séance, mais ce qu’il faut bien garder à l’esprit c’est que vous ne pouvez pas la forcer. Déjà, si vous essayez, elle s’en ira, et ensuite il y a des chances que ce faisant vous soyiez irrespectueux. Donc, parce qu’on est là pour travailler, vous pouvez évidemment accompagner tout ça de mots, d’indications, vous pouvez mimer ce que vous voulez, mais il y a deux choses qu’un ou une photographe ne doit jamais faire.

La première, c’est de toucher le modèle sans son accord explicite.

La seconde, c’est de donner son avis sur le physique de la modèle.

Même si vous pensez que c’est gentil. Même si pour vous ce n’est pas grand-chose. Même si c’est pour lui dire que vous le trouvez beau. Même si vous croyez que c’est un compliment. Vous ne faites pas ça. Quand vous avez choisi votre modèle, vous avez vu à quoi il ou elle ressemblait sur son book, donc le simple fait qu’il ou elle soit là signifie que vous avez déjà validé son corps comme correspondant à ce que vous recherchiez pour cette séance photo. Il n’y a pas besoin de plus.

Acceptons de considérer les modèles comme des êtres humains venus faire leur travail, comme nous considérerions un acteur ou une actrice sur un plateau, et non pas comme juste des gens venus “se faire prendre en photo” avec qui on peut se permettre de surfer sur la limite entre personnel et professionnel. Apprenons à nous comprendre et alors on pourra avoir de ces interactions qui permettent de créer des images fortes, et belles, et signifiantes.

•••

Si vous êtes descendu•e jusque-là, vous serez peut-être intéressé•e d’apprendre que j’ai écrit un livre qui développe entre autres ces problématiques, que je suis en train d’essayer de réunir les fonds pour le faire traduire en anglais, et qu’on peut acheter la version française via le kickstarter de la traduction pour faire d’une pierre deux coups.

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Groggy

Il y a ces moments dans la vie où on n’est pas à fond. Rien ne va mal, en fait tout va plutôt bien, mais il n’y a pas de grands mouvements. Pour un moment, la marée s’est retirée et le soleil éclaire un peu, mais ne réchauffe pas vraiment le sable, pas fort, pas au point qu’on arrache nos vêtements et qu’on coure vers le large parce que c’est là qu’est notre place. Mon amie Cédriane a trouvé un mot pour ça, hier : être émotionnellement groggy.

On peut accuser la lumière qui descend, la nuit qui tombe à dix-huit heures, ce début de crève qui pointe. On peut accuser la Résistance, la peur d’avancer, la peur de reconnaître tout ce qu’il y a de joli dans notre cercle en ce moment. On peut se dire qu’on nie les départs parce qu’on est encore en train de digérer les fins.

Il y a toutes sortes de fins. Il y a les fins qui sonnent comme des échecs mais résonnent plutôt comme des délivrances. Les fins qu’on voyait venir. Les fins qui finalement nous permettent de laisser le passé là où il est. Et toutes les fins qui essaient de vous rattraper sitôt que vous avez tourné les talons.

Et au milieu de tout ça, si tout n’est pas brillant et magnifique et intense et formidable au point d’en devenir effrayant, il nous arrive de l’identifier à du vide.

J’ai peur d’être en dépression si je ne sens pas l’adrénaline couler dans mes veines en permanence. Je me demande ce qui ne va pas chez moi. Je me dis : est-ce tout ? Tout ce que je peux faire, tout ce que je peux donner ? Peut-être que je suis arrivée au bout. Peut-être que j’ai tout vidé, que j’ai raclé les fonds, que j’ai offert tout ce que j’avais à offrir et à partager et qu’il est temps de reculer d’un pas pour rentrer dans les ombres. Peut-être que je me suis brûlée par les deux bouts en présumant de la quantité de matière qu’il y avait. Quantité de matière. Comme si tout se résumait à une réaction chimique. Et pourquoi pas ?

Mais peut-être que si la marée descend parfois et que le soleil ne brûle pas tout en permanence, c’est qu’il y a une raison. Peut-être que la question n’est pas celle de la quantité de matière et d’énergie à dépenser, mais de la même matière, qui mute, qui grandit, et qu’on réutilisera mais pas de la même façon parce qu’elle aura changé, et que notre regard aussi, et que le monde aussi.

Accepter ces moments de vide relatif. Accepter que je ne contrôle pas tout. Accepter que je ne contrôle pas mon intériorité, et que si je termine un projet qui me tenait à coeur, je passerai par mon post-partum personnel, et plutôt que de tout remettre en cause à chaque fois, remettre en question ce que je mets derrière cette nécessité d’être toujours la meilleure version de moi-même.

Si ça se trouve, la meilleure version de moi-même prend l’aide qu’on lui apporte, se repose quand elle en a besoin et fait en sorte de s’épanouir et de continuer à devenir elle-même sans pour autant partir en plein burn-out. Peut-être que la meilleure version de moi-même est consciente qu’après avoir sorti des morceaux de vie sous forme de websérie, des blessures et des secrets qui ne doivent plus en être mais devenir des conséquences sous forme de #MeToo, et des sentiments sous un tas de formes différentes pendant plusieurs semaines, un bain dans la fontaine de Barenton ne suffit pas à tout nettoyer. Et surtout, que le besoin n’est pas de nettoyer, mais de reconstituer.

Peut-être qu’elle fait tout ça, la meilleure version de moi-même.

« Tu vois, j’ai la sensation d’être là pour accompagner les changements, pour prendre soin d’eux, et à un moment, quand ils vont bien ou qu’ils ont le déclic qui leur manquait, ils partent et ne se rappellent plus jamais de moi », j’ai dit. « Qui part ? » « Tout le monde. » « Mais qui ? Donne-moi des noms. » Et je me suis soudain rendu compte que je ne trouvais à citer que des noms de personnes qui n’avaient pas voulu changer, ou aller bien, ou devenir la meilleure version d’elles-mêmes, ou même regarder en face ce qu’elle pourrait donner.

Et que les renards étaient toujours là, eux, comme les chats sauvages et les écureuils et tous les animaux de la forêt qu’on ne veut pas voir partir mais à qui on ne peut que faire confiance pour rester dans les parages parce qu’autrement qu’est-ce que cela vaudrait ?

Alors j’ai un peu refermé la porte de ma caverne et je me suis mise doucement au travail en attendant que tout se remette en route et que la sensation d’être vivante redevienne brûlante et exaltante, et en sachant qu’elle le redeviendrait bientôt si je lui laissais quelques jours de repos.

Accepter les cycles.

Je suis là. Je suis en vie. Tout avance, de façon trop fluide pour que je le remarque. Comme un travail en sous-sol qu’on n’entendrait jamais mais qu’on pourrait sentir si, juste une fois, on posait un verre sur le sol et on ressentait la très légère vibration de l’eau.

Peut-être que c’est ok.

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Dare to translate it

J’ai fini de lire The Art of Asking il y a un moment. J’ai enchaîné sur un autre livre, et là je suis sur The Handmaid’s Tale,  que je lis lentement parce que, comme le livre d’Amanda Palmer, il tape, ô combien juste.

« Knowing better sometimes isn’t enough », écrit Dani Shapiro dans Still Writing. Dans ce cas précis j’ai beau savoir que je suis au milieu d’un tourbillon de Résistance et de rien d’autre, je ne suis pas pour autant très à l’aise. Mais je saute. Associez ça à un accent anglais perfectible, et vous obtenez cette vidéo :

Pour autant, il est temps : le kickstarter a été lancé, et il n’y a plus franchement de retour en arrière possible. Je veux essayer de traduire L’Art de la Pose – Osez le narcissisme en Dare to love yourself (and then make something out of it) – The Art of Pose.

Le truc c’est que quand j’ai écrit ce livre, je ne savais pas bien à quoi m’attendre, et peut-être bien qu’une partie de de moi se disait encore que je n’écrivais pas pour tout le monde, que ça n’allait pas intéresser les gens. J’ai été bien obligée de reconnaître que non seulement ces problématiques étaient largement partagée, mais aussi que, comme je le pressentais, c’était loin de parler uniquement des modèles, et les critiques qui en ont été faites, en privé et sur Goodreads, n’ont fait que confirmer cela.

Puis il y a eu les amis non-francophones, ceux rencontrés à l’étranger ou au détour d’Internet. Il y a eu ce moment où j’ai sorti mon eBook au milieu d’un parc pour en résumer le contenu dans un anglais trébuchant à des amis qui me pressaient de le faire traduire. Alors d’accord. Mais pour que le contenu de ce livre devienne accessible à l’internationale, je vais avoir besoin de tout le monde.

Ce que vous pouvez faire, en tant que français francophone :

• Parler du livre. Partager le lien de ce kickstarter. Inciter vos ami•e•s à faire de même.
• Parler du livre à vos ami•e•s anglophones (vous en avez forcément), à vos ami•e•s intéressé•e•s par la photographie, la pose, le féminisme, la représentation des corps, l’empowerment, bref, les thèmes abordés à l’intérieur.
• Participer vous-mêmes. Il y a plein de contributions accessibles pour les francophones : acheter la version papier du livre si vous ne l’avez pas encore (en français pour l’instant, et si nous débloquons le palier supérieur qui me permettra de l’imprimer en anglais, vous aurez un questionnaire vous demandant de choisir entre les deux versions à la fin de la campagne), vous offrir un tirage de mes photos, vous offrir une séance de coaching.

Et je suis certaine qu’il y a un tas de façons d’aider ce livre à être traduit.

Share the love

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Notes sur le polyamour

Donc j’avais écrit cet article pour un site, dont la rédaction a finalement choisi de partir sur un angle plus léger et probablement sur un nombre de caractères plus réduit. Ça m’a un peu déçue, et j’ai trouvé assez peu chouette d’avoir écrit cet article pour rien, et puis, je me suis rendu compte que je l’avais écrit pour qu’il soit lu, pour qu’il soit compris, pour qu’il engendre des échanges, et que je m’étais surtout donné beaucoup d’excuses pour ne pas le poster sur mon blog personnel, oublieuse du fait que j’avais justement choisi d’en faire un blog… personnel.

Donc, voici cet article.

En un mot comme en cent, il y a quelques années, j’ai réalisé que j’étais polyamoureuse. Polyamoureuse, qu’est-ce à dire que ceci ? Ce néologisme tout récent (deuxième moitié du XXème siècle) est étymologiquement transparent : du grec polus, plusieurs, et du latin amor, amour, cela nous donne donc amours multiples. Une définition assez répandue du terme suggère que ce serait le fait d’entretenir plusieurs relations amoureuses en même temps ; je la trouve insuffisante, parce que circonstancielle. De la même façon qu’on ne définirait pas comme asexuelle une personne qui, durant une période donnée, n’a pas de rapports sexuels, le polyamour est à conceptualiser comme une façon globale d’envisager les relations. Ce serait donc, à mon sens, la capacité à avoir des sentiments amoureux pour plusieurs personnes simultanément, sans que l’un ne retranche quoi que ce soit à l’autre.

Le moment où j’ai réalisé qu’il n’y avait pas un modèle unique

Quand tu as grandi dans une société majoritairement monogame, te rendre compte que ce n’est pas ta façon de fonctionner, ça peut s’avérer compliqué. Le problème c’est qu’on t’a tellement martelé que l’Amour c’était avec une seule personne et c’était comme ça et pas autrement que, quand tu te rends compte que tu ne fonctionnes pas comme la plupart des gens, la première chose que tu fais c’est te demander ce qui ne va pas chez toi.

C’est en tout cas ce qui s’est passé pour moi, et ce qui explique que ma prise de conscience ait pris aussi longtemps. Je me rappelle cette fois où j’étais en relation exclusive avec un garçon qui, normalement, était plutôt couples libres, mais m’avait demandé qu’on soit fidèles. N’ayant de toute façon jamais rien connu d’autre, j’avais accepté sans faire d’histoires. J’étais très amoureuse ; les problèmes ont commencé quand je me suis rendu compte que j’étais également tombée très amoureuse d’un autre homme. Ç’ont été des mois d’auto-torture mentale, où j’étais convaincue que les sentiments que je portais à l’un invalidaient forcément ceux que je portais à l’autre ; je pensais, en conséquence, être une sorte de monstre incapable d’aimer. La relation s’est terminée et les choses en sont restées là.

C’est quelques temps plus tard que j’ai entendu le mot “polyamour” pour la première fois ; des amis d’un ami venaient de lui annoncer qu’ils étaient en relation non exclusive depuis quelques années déjà, et qu’ils le vivaient bien ; ils le mettaient juste au courant.

Du déni à l’acceptation

À partir de là, j’ai commencé à me renseigner, à essayer de comprendre les tenants et aboutissants du concept, à faire la différence entre, par exemple, le polyamour et un couple libre ; et surtout, surtout, à parler avec ces gens. Je ne suis pas une grande fan des cases d’une manière générale, et je pense que la façon de chacun d’aborder chacune de ses relations est unique, mais en l’occurrence le fait d’avoir un mot à poser sur cette posture qui collait tellement à mes propres ressentis m’a énormément aidée à remettre les schémas dans lesquels j’ai été élevée en question. Même si on sait qu’on ne placera pas toujours exactement la même chose que notre voisin dans un concept, je pense sincèrement qu’on a besoin de les créer, ne serait-ce que pour essayer d’ouvrir l’esprit des gens. Quand on n’accepte pas la création et l’utilisation d’un mot pour désigner une certaine pratique, alors, de façon implicite, on invalide la pratique elle-même. On en fait quelque chose de marginal, d’anormal, quand pas quelque chose de mal. Le fait d’avoir le mot “polyamour” à comparer à ce que je pouvais ressentir m’a ainsi permis de commencer à questionner la place du couple exclusif comme mode “par défaut” des relations, qui n’est finalement qu’une construction sociale.

Vous allez me dire, peut-être, que j’exagère et que les couples libres par exemple sont bien mieux acceptés qu’auparavant. Sauf que dans le cadre d’un couple libre, on reste en couple avec une personne, qui fait office de relation “primaire”, et les autres sont donc des relations “secondaires”, sans compter que la hiérarchisation se fait en fonction d’une différenciation relation amoureuse / relations sexuelles, et que l’on reste toujours sur une seule relation amoureuse. Dans le polyamour, ce n’est pas le cas : chaque relation est unique, il n’y a pas de hiérarchisation à faire. Pour autant, on n’est pas au débat d’entre-deux tours : ne pas hiérarchiser les relations ne veut pas forcément dire qu’on chronomètre si chacun•e de nos partenaires passe l’exact même nombre d’heures ensemble avec nous. Comme chaque relation amoureuse est unique, on ne partage pas forcément les mêmes choses, et on ne fonctionne pas forcément de la même façon ensemble – l’essentiel, c’est de s’assurer qu’aucun•e ne se sente mis•e de côté.

Je me rappelle être passée par une phase où j’étais de plus en plus intéressée par le polyamour – ça cadrait avec mes idées, mes principes, mes ressentis, même mes besoins – mais je n’osais pas encore l’assumer et passer à l’application. Mon discours à cette époque était passé de “j’aime beaucoup ce concept, c’est très bien mais je pense que je suis naturellement mono” à “bon, ok, je me sens poly, mais je pense que ça me blesserait trop que l’autre personne aille voir ailleurs, donc je reste mono”, dans une forme de marchandage avec moi-même qui n’aurait trompé personne s’il avait eu lieu devant témoins.

On reste des humains avec des difficultés d’humains

Ce qui m’amène au sujet de la jalousie. Il se trouve qu’à l’époque je fréquentais un pur monogame, qui était aussi dans une forme de contrôle assez malsain. Et, entre autres choses, je ne parvenais pas à comprendre pourquoi, dans cette relation, j’étais très jalouse alors que dans la plupart des relations j’étais complètement détendue avec l’idée que mes partenaires fréquentent d’autres gens, voire soient attirés par elleux. Et puis j’ai réalisé que c’était en fait le regard que portait mon partenaire sur ces autres personnes qui me posait un problème. Pour lui, engager une relation sentimentale ou sexuelle avec un•e autre que moi revenait à retrancher cette même quantité d’engagement de notre relation. Ç’aurait été “me tromper” au sens où il percevait sa capacité d’amour comme une quantité limitée qu’il distribuerait à la plus méritante, ce qui revenait à dire que voir d’autres personnes, c’était m’assener que j’avais baissé dans son estime. Alors que, quand on considère que l’amour qu’on porte à chaque personne qu’on aime au cours de notre vie est unique et essentiellement différent, on est plus à même de voir que ce n’est pas parce qu’on aime aussi une seconde personne que la première est laissée sur le carreau. C’est juste qu’au lieu d’avoir différents amours les uns après les autres, certains d’entre eux arrivent simultanément.

Gérer cette jalousie, c’est d’abord en admettre l’existence, communiquer avec notre partenaire à ce sujet, sans tomber dans les reproches. C’est se rappeler que nous sommes (sauf relation toxique évidemment) responsables de ce que nous ressentons, même si on a le droit de dire “Là, j’ai peur que tu m’abandonnes”. Parce que, même si ce ressenti en dit finalement plus sur vous que sur l’autre, celui-ci aura du mal à vous rassurer si vous ne le mettez pas au courant ! L’un des premiers mythes dont j’ai dû me débarrasser, c’est l’idée selon laquelle “la bonne personne” (ou l’une d’entre elles) me comprendrait sans que j’aie besoin de parler. Ce sont des conneries. Et, la plupart du temps, connaître le•la nouve•lle•au venu•e dans la vie de votre partenaire, peut-être se lier d’amitié avec elle, désamorce la situation – ielle n’est plus cet•te inconnu•e mystérieu•x•se dont notre partenaire semble penser tant de bien, mais une personne qu’il est probable que vous ayez plus de raisons d’apprécier que l’inverse, puisqu’elle est aimée de quelqu’un que vous aimez. L’un•e des partenaires d’un de mes amoureux, par exemple, a pour habitude de m’appeler “sister-wife”.

Bien sûr, tout serait merveilleux si le fait de fréquenter uniquement des gens ayant une approche saine des relations – ne pas considérer son•sa partenaire comme un objet, ne pas chercher dans l’autre membre du couple une forme de complétion comme les hommes-sphères du Banquet de Platon – effaçait totalement les problèmes d’insécurité et de jalousie. Pour ne citer que mon exemple, j’ai à la fois des problèmes d’engagement (je suis terrorisée à l’idée de me faire enfermer, que ce soit dans une relation, un travail, un endroit…) et d’abandon. Vous voyez un peu le tableau. Or, la jalousie, quand elle n’est pas nourrie par la possessivité, c’est surtout la peur de perdre ce à quoi on tient. Après être “devenue” polyamoureuse, ou plutôt après avoir décidé d’assumer ça chez moi et d’y accorder mon mode de vie, je me suis, paradoxalement, croyais-je, sentie beaucoup plus en sécurité. Mais c’était normal : j’assumais enfin qui j’étais et comment je voyais les choses, j’avais arrêté d’essayer de rentrer dans un moule qui n’avait pas été fait pour moi. Pour autant, il m’est arrivé de ressentir une forme de jalousie à l’arrivée d’autres partenaires dans la vie de certains des miens, de craindre être abandonnée, de m’imaginer mille choses qu’elles devaient être et faire mieux que moi – et au final, je me suis rendu compte que c’était ok de ressentir ce que je ressentais, tant que je ne le laissais pas me dévorer de l’intérieur.

Quand le polyamour nous force à devenir la meilleure version de nous-mêmes

Une autre chose à laquelle j’ai dû me mettre à faire attention, c’est à non seulement respecter les limites de mes partenaires, mais également à être vigilante à ce qu’elleux ne les élargissent pas volontairement en croyant me faire plaisir. On voit trop de cas de personnes au fonctionnement exclusif qui disent pouvoir accepter la non-exclusivité par amour pour un poly, et au final n’en retirer que de la souffrance – pour les deux partenaires. De la même façon, j’ai bien conscience que beaucoup de gens sont tentés de se dire poly et d’utiliser ce statut pour, au final, “simplement” faire ce qu’ielles veulent. Je n’ai aucun problème avec le fait de coucher à droite à gauche à l’occasion – mais j’essaie de toujours être claire avec tous les partis. Le concept d’anarchie relationnelle illustre bien cela : on peut avoir des amoureu•ses•x, des amoureu•ses•x et des amant•e•s, des amant•e•s et des ami•e•s pour qui on a du désir. Gérer tout cela demande d’être très conscient de soi, de ses propres émotions et de ses besoins – mais rien que pour cela, ce sont autant d’occasions de grandir et de croître.

Le truc avec le polyamour que je trouve magnifique, c’est qu’on a exactement les mêmes faiblesses que des mono, parce qu’on est tous des êtres humains et parce qu’on peut toujours avoir peur de n’être pas assez ceci, trop cela, d’être abandonnés, indépendamment de la façon dont nous envisageons l’amour. Mais, parce que la contrainte logistique dans le fait d’avoir plusieurs relations est si présente – c’est généralement l’une des premières questions qu’on me pose, et j’admets que ce n’est pas pour rien -, nous sommes obligés de gérer des problèmes qu’il nous serait facile de laisser pourrir en couple exclusif, le couple continuant plus facilement par inertie. Les outils principaux pour gérer ces problèmes sur la route ? Communication, Empathie et Transparence. Ça vous semble sonner comme des qualités qui aideraient n’importe quelle relation, pas forcément poly, pas même forcément sentimentale, non ? Eh bien vous avez raison. Appliquer le polyamour à ma vie amoureuse ne m’as pas juste fait me sentir mieux dans mes baskets à ce niveau, ç’a été, et c’est toujours, une formidable école du rapport à l’autre sous toutes ses formes. J’aime dire que j’ai réalisé que j’étais poly un jour où le barrage de mes peurs et des normes sociales a explosé sous les impacts de beaucoup de petits indices accumulés, et que depuis lors, j’ai appris, et je continue à apprendre, comment le faire.

Comme le disait un de mes amis récemment, je serai heureuse le jour où, au moment où deux lycéens entameront leur première relation, ils discuteront automatiquement d’exclusivité ou non, se demanderont, non pas ce qu’ils sont l’un pour l’autre, mais le mot qu’ils ont envie de mettre dessus, plutôt que de partir par défaut dans ce que la société leur a défini comme étant “le couple”. Je serai heureuse quand on se sera débarrassé du terme de “fidélité” qui est juste moralisateur et culpabilisant, au profit des deux concepts qu’il porte qui sont celui d’exclusivité (qui est un choix que l’on peut faire ou non) et d’honnêteté (qui, pour le coup, est à mon sens la seule vraie exigence morale que l’on devrait appliquer à toute relation).

Mais encore une fois, tout ça c’est le point de vue d’une personne. Outre l’importance donnée à la communication et à l’honnêteté qui est prégnante dans le polyamour, l’intérêt pour moi d’en parler c’est de commencer à remettre en question le couple monogame imposé comme forme établie, “normale” de relation sentimentale, et qui est de plus en plus perçue comme un carcan. Si on veut le questionner, faire connaître d’autres façons de vivre nos amours, ce n’est pas pour imposer un autre modèle tout aussi rigide. Ce que j’ai envie de promouvoir avant tout, c’est l’idée que chaque relation est unique, et devrait être discutée comme telle dans ses modalités, avec ouverture et empathie, plutôt qu’on y applique un ensemble de normes “par défaut” et qui finalement sont loin de convenir à tout le monde.

FOX

I am a fox

Donc, j’étais en Islande. Je vivais l’un des voyages les plus attendus de ma vie, avec un être humain auquel je tenais beaucoup, et un appareil photo, et un trépied qu’un homme de l’ombre m’avait prêté. On avait du thé, on avait un kimono de soie, on avait même le furoshiki dans lequel je conserve mes cordes.

Je me suis mise à faire des plans au hasard. C’était l’Islande, alors ils étaient beaux. Je tissais une sorte d’histoire dans ma tête, je mélangeais les symboliques. Je ne savais pas où j’allais mais je savais ce que je pouvais dire, certaines choses que je pouvais dire, et ça me rendait heureuse.

Et puis j’ai pensé à deux autres renards qui étaient très très loin au sud de moi et à quel point je les aimais l’un et l’autre et à quel point ils me manquaient et que l’un des deux était triste de ne pas être allé dans ce pays-là et comme je me sentais proche de l’endroit où ils étaient malgré tout. Et puis au milieu du voyage-tournage j’ai réalisé que j’étais allée là où j’avais besoin d’être. Que j’étais en train – ça m’a frappée en repensant à l’avion écrasé sur plage sous la grêle, mais loin d’être abandonné pour autant, ça – de répondre à cette question-là :

What happens when a fox
tames another
fox?

Et puis je me suis rappelée qu’il y avait ce concours et je me suis dit que le thème de cette année, c’était bien, que je pouvais l’utiliser, et je me suis dit :

Et pourquoi pas ?

Ensuite je me souviens d’un aéroport et d’une grande quantité de chocolats chauds au lait de soja, et de mon carnet détrempé et séché et re-détrempé et toujours humide en fait, je me rappelle de ses coins relevés et figés dans cette position-là et c’était dur d’écrire sur le bas des pages, mais le stylo fonctionnait encore un peu et puis c’était important alors,

Et puis je suis rentrée et j’ai mis les images ensemble et un ami est venu m’aider puis un autre, et je tournais le lendemain mais ce n’était pas grave parce qu’il fallait que je voie – que je touche – que j’assemble,

Il fallait que je sache si j’avais réussi.

Et puis deux autres comparses m’ont aidée, aussi, et les couleurs, le son, ont rendu les images moins proches de ce que j’avais vu et plus proches de ce que j’avais vécu et je me suis rendu compte que ça faisait beaucoup de belles personnes pour m’aider et je me suis dit qu’ils étaient tous trop gentils

Ça m’a émue

Et puis voilà.

Ça s’appelle Je Suis un Renard et c’est un morceau de moi

J’espère que vous allez l’aimer un peu

(Il faut cliquer)

FOX.

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Androgyne ou presque

Hier, et contre toute attente, je prenais le thé avec deux amies. Comme ça n’arrive jamais.

Et puis, une chose en entraînant une autre, je leur ai parlé de ce que je ressentais. À quel point la vie était sympa avec moi dernièrement, à quel point les choses se mettaient en place, comme les projets arrivaient à l’air libre, goutte à goutte, et à quel point, pourtant, j’avais l’impression de ne rien faire.

Pas de ne pas en faire assez. De ne rien faire.

Je leur ai raconté cette fois où quelqu’un dont je pensais qu’il me considérait comme une sorte de glandeuse inutile m’avait dit « Tu me fais peur parce que tu fais trop de choses ».  Et comment je n’avais eu aucune idée de quoi répondre parce que le concept de cette phrase m’était tellement…

Étranger.

Vous savez quand vous travaillez tout le temps mais que finalement quand on vous demande ce que vous faites en ce moment vous répondez que vous faites X sur le projet A, Y sur le projet B, que le projet C en est à tel degré d’avancement et cetera et cetera ? Au final, tout ce que vous avez, c’est une liste de projets, et vous vous dites : Attends, c’est vraiment tout ?

Peut-être parce qu’au moment où vous faites la liste vous n’avez pas vous-même conscience de la quantité de travail qu’implique chacune de ses entrées.

Et puis il y a tous ces entre-deux. Quand tu quittes un endroit et que tu n’es pas tout à fait sorti•e et pas tout à fait dans le nouvel endroit, et puis tu l’aimais bien l’endroit d’avant, même si tu sais que tu veux aller à l’endroit d’après. Et tu n’es pas encore très armé•e pour le second endroit, et tu n’as plus la totalité de ton énergie consacrée au premier. Du coup, tu as l’impression que tu es nul•le dans les deux.

Il y a ce doute. Lancinant. Est-ce que je fais les bons choix ? On le sait depuis longtemps que ne pas choisir est un choix au même titre que tout le reste. Parfois, on se rate sur nos intentions. Est-ce que je n’ai pas fait ça de manière performative plutôt qu’authentique ? Et ça ? Et ça ?

Est-ce que je ne suis pas en train de dépenser toute cette énergie pour rester où j’étais ?

Heureusement, Coline Sentenac m’a montré, une fois encore, qu’il y avait tout ce paysage encore infini puisqu’inconnu où j’avais encore le pouvoir de me rendre pour la première fois, pourvu que le regard qui m’y accompagnait le soit aussi.

Merci Coline <3

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Roman en cours, extrait

Ou ma stratégie du moment pour me motiver à avancer sur cette satanée histoire. Et me déculpabiliser parce que je ne tiens pas (encore) tout à fait bien mon rythme d’une nouvelle par mois.

•••

Le confessionnal numérique. C’est le mariage parfait entre le passé le plus révolu et le futur le plus hideux. L’Église en a fini d’en appeler à la générosité des fidèles pour réparer le toit de ses églises, et elle a fini par renoncer à essayer d’obtenir des fonds publics. Il n’y en a plus de toute façon.

Si séparation de l’Église et de l’Etat il doit y avoir, elle ne survivra pas à cette nouvelle fusion ; la Finance a absorbé l’État, et l’Église s’est fondue dans la Finance comme un de ces amants éconduits qui s’inscrivent au même club de sport que vous dans l’espoir de vous récupérer en vous croisant régulièrement, s’insinuant dans votre vie, dégueulassant vos journées.

On n’a plus besoin de bouger de chez soi, plus besoin d’être vu. On peut s’avancer entre les allées en toute discrétion, notre casque de VR sur la tête. On peut la lever et contempler les arches, les statues, toutes rénovées à coups de Creative Suite, tandis que nous envahit la sensation du divin, aussi authentique qu’au temps des premiers lieux saints. Enfin, je suppose, parce qu’il y a longtemps qu’on ne peut plus entrer dans une église. Ou une mosquée. Ou n’importe quel temple. Ils ont tous été transformés en salles réseau, et on peut choisir quelle église visiter pour soulager notre conscience aujourd’hui. La paix de l’âme associée à la culture, le tout le cul posé sur une chaise de gamer design et la main agrippée à un joystick à plusieurs milliers d’euros.

Mais enfin que ne ferait-on pas pour un peu de tranquillité de l’esprit ?

Ça les nouveaux prêtres l’ont bien compris. On n’étudie plus les langues mortes – tous les textes ont déjà été traduits de toute façon –, maintenant, ce sont les langues virtuelles. Les cardinaux d’aujourd’hui sont formés comme les plus grands hackers, et si l’obole est toujours de mise, elle passe désormais par Paypal, en toute discrétion.

Deux solutions : le menu déroulant des péchés les plus courants, adultères, vols, visites sur des sites en contradiction avec nos valeurs fondamentales – aussi appelées : sorties de bulle de perception –, ou entrée manuelle de nos péchés pour les cas les plus exotiques. Dans ce second cas un opérateur en ligne se tient à votre écoute, renforçant le lien social, demandant plus de détails, et vous indiquant quoi faire pour mériter l’absolution. Habituellement ça passe par quelques Ave Maria et un nombre à quantité de zéros variable.

Ça, c’est pour le fonctionnement journalier ; mais ça ne suffirait pas à justifier l’existence de la Nouvelle Église Numérique ; ni, à terme, à lui faire récupérer sa mainmise, de façon officielle, sur l’Etat.

Si un pays peut être géré comme une start-up, pourquoi pas une religion ?

Des gigabytes de données sont récupérées chaque jour sur les habitudes, les petits écarts des fidèles. Ils ne sont jamais punis, toujours encouragés. C’est ok de fauter, tant qu’on a conscience que c’était mal. Mais la vérité c’est que cette base de données n’est pas intéressante du point de vue de ce qui est interdit ou non, elle l’est du point de vue de ce qui crée de la honte.

De quoi les gens se sentent-ils coupables en 2025 ?

Et, conséquemment, quel est leur plus cher désir ?

Ou plus prosaïquement : quoi leur vendre ?

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Burn-Out

« Il entrevoyait, pour la première fois, le décalage entre les mots et la réalité, et la nouvelle réalité qui était née à partir des mots. Et ce qu’il apercevait ne l’enchantait guère. »

Tu sais quoi, Internet – la vie est belle. Chaotique-bon, mais résolument belle. Et elle l’est tellement que même la colère et le dégoût deviennent des occasions de faire des pas vers ma montagne.

J’ai eu l’idée de cette nouvelle dans un lit, près duquel une horloge s’était remise en marche grâce à une école. Tu entends juste ça, un son qui n’était pas là avant, ça te donne une idée (stupide au demeurant), que tu notes quand même au cas où… et avant de t’en être rendu•e compte, tu es en train de pleurer le paysage politique actuel dans un GoogleDocs en ayant l’air de faire de l’anticipation.

Le monde est souvent moche, mais la vie, elle, est belle. À cause de ça. Connecting the dots. 

Je voulais juste vous dire que j’ai terminé ma seconde nouvelle, Burn-Out, et que dans la foulée je l’ai mise en page et en ligne sur Kindle. Les mécènes présents sur mon Tipeee l’ont déjà reçue par mail, mais si vous la voulez aussi, c’est possible.

Je voudrais aussi remercier la belle Margaux pour avoir accepté que j’utilise nos photos pour en faire une couverture !

BurnOutCover