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Notes sur le polyamour

Donc j’avais écrit cet article pour un site, dont la rédaction a finalement choisi de partir sur un angle plus léger et probablement sur un nombre de caractères plus réduit. Ça m’a un peu déçue, et j’ai trouvé assez peu chouette d’avoir écrit cet article pour rien, et puis, je me suis rendu compte que je l’avais écrit pour qu’il soit lu, pour qu’il soit compris, pour qu’il engendre des échanges, et que je m’étais surtout donné beaucoup d’excuses pour ne pas le poster sur mon blog personnel, oublieuse du fait que j’avais justement choisi d’en faire un blog… personnel.

Donc, voici cet article.

En un mot comme en cent, il y a quelques années, j’ai réalisé que j’étais polyamoureuse. Polyamoureuse, qu’est-ce à dire que ceci ? Ce néologisme tout récent (deuxième moitié du XXème siècle) est étymologiquement transparent : du grec polus, plusieurs, et du latin amor, amour, cela nous donne donc amours multiples. Une définition assez répandue du terme suggère que ce serait le fait d’entretenir plusieurs relations amoureuses en même temps ; je la trouve insuffisante, parce que circonstancielle. De la même façon qu’on ne définirait pas comme asexuelle une personne qui, durant une période donnée, n’a pas de rapports sexuels, le polyamour est à conceptualiser comme une façon globale d’envisager les relations. Ce serait donc, à mon sens, la capacité à avoir des sentiments amoureux pour plusieurs personnes simultanément, sans que l’un ne retranche quoi que ce soit à l’autre.

Le moment où j’ai réalisé qu’il n’y avait pas un modèle unique

Quand tu as grandi dans une société majoritairement monogame, te rendre compte que ce n’est pas ta façon de fonctionner, ça peut s’avérer compliqué. Le problème c’est qu’on t’a tellement martelé que l’Amour c’était avec une seule personne et c’était comme ça et pas autrement que, quand tu te rends compte que tu ne fonctionnes pas comme la plupart des gens, la première chose que tu fais c’est te demander ce qui ne va pas chez toi.

C’est en tout cas ce qui s’est passé pour moi, et ce qui explique que ma prise de conscience ait pris aussi longtemps. Je me rappelle cette fois où j’étais en relation exclusive avec un garçon qui, normalement, était plutôt couples libres, mais m’avait demandé qu’on soit fidèles. N’ayant de toute façon jamais rien connu d’autre, j’avais accepté sans faire d’histoires. J’étais très amoureuse ; les problèmes ont commencé quand je me suis rendu compte que j’étais également tombée très amoureuse d’un autre homme. Ç’ont été des mois d’auto-torture mentale, où j’étais convaincue que les sentiments que je portais à l’un invalidaient forcément ceux que je portais à l’autre ; je pensais, en conséquence, être une sorte de monstre incapable d’aimer. La relation s’est terminée et les choses en sont restées là.

C’est quelques temps plus tard que j’ai entendu le mot “polyamour” pour la première fois ; des amis d’un ami venaient de lui annoncer qu’ils étaient en relation non exclusive depuis quelques années déjà, et qu’ils le vivaient bien ; ils le mettaient juste au courant.

Du déni à l’acceptation

À partir de là, j’ai commencé à me renseigner, à essayer de comprendre les tenants et aboutissants du concept, à faire la différence entre, par exemple, le polyamour et un couple libre ; et surtout, surtout, à parler avec ces gens. Je ne suis pas une grande fan des cases d’une manière générale, et je pense que la façon de chacun d’aborder chacune de ses relations est unique, mais en l’occurrence le fait d’avoir un mot à poser sur cette posture qui collait tellement à mes propres ressentis m’a énormément aidée à remettre les schémas dans lesquels j’ai été élevée en question. Même si on sait qu’on ne placera pas toujours exactement la même chose que notre voisin dans un concept, je pense sincèrement qu’on a besoin de les créer, ne serait-ce que pour essayer d’ouvrir l’esprit des gens. Quand on n’accepte pas la création et l’utilisation d’un mot pour désigner une certaine pratique, alors, de façon implicite, on invalide la pratique elle-même. On en fait quelque chose de marginal, d’anormal, quand pas quelque chose de mal. Le fait d’avoir le mot “polyamour” à comparer à ce que je pouvais ressentir m’a ainsi permis de commencer à questionner la place du couple exclusif comme mode “par défaut” des relations, qui n’est finalement qu’une construction sociale.

Vous allez me dire, peut-être, que j’exagère et que les couples libres par exemple sont bien mieux acceptés qu’auparavant. Sauf que dans le cadre d’un couple libre, on reste en couple avec une personne, qui fait office de relation “primaire”, et les autres sont donc des relations “secondaires”, sans compter que la hiérarchisation se fait en fonction d’une différenciation relation amoureuse / relations sexuelles, et que l’on reste toujours sur une seule relation amoureuse. Dans le polyamour, ce n’est pas le cas : chaque relation est unique, il n’y a pas de hiérarchisation à faire. Pour autant, on n’est pas au débat d’entre-deux tours : ne pas hiérarchiser les relations ne veut pas forcément dire qu’on chronomètre si chacun•e de nos partenaires passe l’exact même nombre d’heures ensemble avec nous. Comme chaque relation amoureuse est unique, on ne partage pas forcément les mêmes choses, et on ne fonctionne pas forcément de la même façon ensemble – l’essentiel, c’est de s’assurer qu’aucun•e ne se sente mis•e de côté.

Je me rappelle être passée par une phase où j’étais de plus en plus intéressée par le polyamour – ça cadrait avec mes idées, mes principes, mes ressentis, même mes besoins – mais je n’osais pas encore l’assumer et passer à l’application. Mon discours à cette époque était passé de “j’aime beaucoup ce concept, c’est très bien mais je pense que je suis naturellement mono” à “bon, ok, je me sens poly, mais je pense que ça me blesserait trop que l’autre personne aille voir ailleurs, donc je reste mono”, dans une forme de marchandage avec moi-même qui n’aurait trompé personne s’il avait eu lieu devant témoins.

On reste des humains avec des difficultés d’humains

Ce qui m’amène au sujet de la jalousie. Il se trouve qu’à l’époque je fréquentais un pur monogame, qui était aussi dans une forme de contrôle assez malsain. Et, entre autres choses, je ne parvenais pas à comprendre pourquoi, dans cette relation, j’étais très jalouse alors que dans la plupart des relations j’étais complètement détendue avec l’idée que mes partenaires fréquentent d’autres gens, voire soient attirés par elleux. Et puis j’ai réalisé que c’était en fait le regard que portait mon partenaire sur ces autres personnes qui me posait un problème. Pour lui, engager une relation sentimentale ou sexuelle avec un•e autre que moi revenait à retrancher cette même quantité d’engagement de notre relation. Ç’aurait été “me tromper” au sens où il percevait sa capacité d’amour comme une quantité limitée qu’il distribuerait à la plus méritante, ce qui revenait à dire que voir d’autres personnes, c’était m’assener que j’avais baissé dans son estime. Alors que, quand on considère que l’amour qu’on porte à chaque personne qu’on aime au cours de notre vie est unique et essentiellement différent, on est plus à même de voir que ce n’est pas parce qu’on aime aussi une seconde personne que la première est laissée sur le carreau. C’est juste qu’au lieu d’avoir différents amours les uns après les autres, certains d’entre eux arrivent simultanément.

Gérer cette jalousie, c’est d’abord en admettre l’existence, communiquer avec notre partenaire à ce sujet, sans tomber dans les reproches. C’est se rappeler que nous sommes (sauf relation toxique évidemment) responsables de ce que nous ressentons, même si on a le droit de dire “Là, j’ai peur que tu m’abandonnes”. Parce que, même si ce ressenti en dit finalement plus sur vous que sur l’autre, celui-ci aura du mal à vous rassurer si vous ne le mettez pas au courant ! L’un des premiers mythes dont j’ai dû me débarrasser, c’est l’idée selon laquelle “la bonne personne” (ou l’une d’entre elles) me comprendrait sans que j’aie besoin de parler. Ce sont des conneries. Et, la plupart du temps, connaître le•la nouve•lle•au venu•e dans la vie de votre partenaire, peut-être se lier d’amitié avec elle, désamorce la situation – ielle n’est plus cet•te inconnu•e mystérieu•x•se dont notre partenaire semble penser tant de bien, mais une personne qu’il est probable que vous ayez plus de raisons d’apprécier que l’inverse, puisqu’elle est aimée de quelqu’un que vous aimez. L’un•e des partenaires d’un de mes amoureux, par exemple, a pour habitude de m’appeler “sister-wife”.

Bien sûr, tout serait merveilleux si le fait de fréquenter uniquement des gens ayant une approche saine des relations – ne pas considérer son•sa partenaire comme un objet, ne pas chercher dans l’autre membre du couple une forme de complétion comme les hommes-sphères du Banquet de Platon – effaçait totalement les problèmes d’insécurité et de jalousie. Pour ne citer que mon exemple, j’ai à la fois des problèmes d’engagement (je suis terrorisée à l’idée de me faire enfermer, que ce soit dans une relation, un travail, un endroit…) et d’abandon. Vous voyez un peu le tableau. Or, la jalousie, quand elle n’est pas nourrie par la possessivité, c’est surtout la peur de perdre ce à quoi on tient. Après être “devenue” polyamoureuse, ou plutôt après avoir décidé d’assumer ça chez moi et d’y accorder mon mode de vie, je me suis, paradoxalement, croyais-je, sentie beaucoup plus en sécurité. Mais c’était normal : j’assumais enfin qui j’étais et comment je voyais les choses, j’avais arrêté d’essayer de rentrer dans un moule qui n’avait pas été fait pour moi. Pour autant, il m’est arrivé de ressentir une forme de jalousie à l’arrivée d’autres partenaires dans la vie de certains des miens, de craindre être abandonnée, de m’imaginer mille choses qu’elles devaient être et faire mieux que moi – et au final, je me suis rendu compte que c’était ok de ressentir ce que je ressentais, tant que je ne le laissais pas me dévorer de l’intérieur.

Quand le polyamour nous force à devenir la meilleure version de nous-mêmes

Une autre chose à laquelle j’ai dû me mettre à faire attention, c’est à non seulement respecter les limites de mes partenaires, mais également à être vigilante à ce qu’elleux ne les élargissent pas volontairement en croyant me faire plaisir. On voit trop de cas de personnes au fonctionnement exclusif qui disent pouvoir accepter la non-exclusivité par amour pour un poly, et au final n’en retirer que de la souffrance – pour les deux partenaires. De la même façon, j’ai bien conscience que beaucoup de gens sont tentés de se dire poly et d’utiliser ce statut pour, au final, “simplement” faire ce qu’ielles veulent. Je n’ai aucun problème avec le fait de coucher à droite à gauche à l’occasion – mais j’essaie de toujours être claire avec tous les partis. Le concept d’anarchie relationnelle illustre bien cela : on peut avoir des amoureu•ses•x, des amoureu•ses•x et des amant•e•s, des amant•e•s et des ami•e•s pour qui on a du désir. Gérer tout cela demande d’être très conscient de soi, de ses propres émotions et de ses besoins – mais rien que pour cela, ce sont autant d’occasions de grandir et de croître.

Le truc avec le polyamour que je trouve magnifique, c’est qu’on a exactement les mêmes faiblesses que des mono, parce qu’on est tous des êtres humains et parce qu’on peut toujours avoir peur de n’être pas assez ceci, trop cela, d’être abandonnés, indépendamment de la façon dont nous envisageons l’amour. Mais, parce que la contrainte logistique dans le fait d’avoir plusieurs relations est si présente – c’est généralement l’une des premières questions qu’on me pose, et j’admets que ce n’est pas pour rien -, nous sommes obligés de gérer des problèmes qu’il nous serait facile de laisser pourrir en couple exclusif, le couple continuant plus facilement par inertie. Les outils principaux pour gérer ces problèmes sur la route ? Communication, Empathie et Transparence. Ça vous semble sonner comme des qualités qui aideraient n’importe quelle relation, pas forcément poly, pas même forcément sentimentale, non ? Eh bien vous avez raison. Appliquer le polyamour à ma vie amoureuse ne m’as pas juste fait me sentir mieux dans mes baskets à ce niveau, ç’a été, et c’est toujours, une formidable école du rapport à l’autre sous toutes ses formes. J’aime dire que j’ai réalisé que j’étais poly un jour où le barrage de mes peurs et des normes sociales a explosé sous les impacts de beaucoup de petits indices accumulés, et que depuis lors, j’ai appris, et je continue à apprendre, comment le faire.

Comme le disait un de mes amis récemment, je serai heureuse le jour où, au moment où deux lycéens entameront leur première relation, ils discuteront automatiquement d’exclusivité ou non, se demanderont, non pas ce qu’ils sont l’un pour l’autre, mais le mot qu’ils ont envie de mettre dessus, plutôt que de partir par défaut dans ce que la société leur a défini comme étant “le couple”. Je serai heureuse quand on se sera débarrassé du terme de “fidélité” qui est juste moralisateur et culpabilisant, au profit des deux concepts qu’il porte qui sont celui d’exclusivité (qui est un choix que l’on peut faire ou non) et d’honnêteté (qui, pour le coup, est à mon sens la seule vraie exigence morale que l’on devrait appliquer à toute relation).

Mais encore une fois, tout ça c’est le point de vue d’une personne. Outre l’importance donnée à la communication et à l’honnêteté qui est prégnante dans le polyamour, l’intérêt pour moi d’en parler c’est de commencer à remettre en question le couple monogame imposé comme forme établie, “normale” de relation sentimentale, et qui est de plus en plus perçue comme un carcan. Si on veut le questionner, faire connaître d’autres façons de vivre nos amours, ce n’est pas pour imposer un autre modèle tout aussi rigide. Ce que j’ai envie de promouvoir avant tout, c’est l’idée que chaque relation est unique, et devrait être discutée comme telle dans ses modalités, avec ouverture et empathie, plutôt qu’on y applique un ensemble de normes “par défaut” et qui finalement sont loin de convenir à tout le monde.

FOX

I am a fox

Donc, j’étais en Islande. Je vivais l’un des voyages les plus attendus de ma vie, avec un être humain auquel je tenais beaucoup, et un appareil photo, et un trépied qu’un homme de l’ombre m’avait prêté. On avait du thé, on avait un kimono de soie, on avait même le furoshiki dans lequel je conserve mes cordes.

Je me suis mise à faire des plans au hasard. C’était l’Islande, alors ils étaient beaux. Je tissais une sorte d’histoire dans ma tête, je mélangeais les symboliques. Je ne savais pas où j’allais mais je savais ce que je pouvais dire, certaines choses que je pouvais dire, et ça me rendait heureuse.

Et puis j’ai pensé à deux autres renards qui étaient très très loin au sud de moi et à quel point je les aimais l’un et l’autre et à quel point ils me manquaient et que l’un des deux était triste de ne pas être allé dans ce pays-là et comme je me sentais proche de l’endroit où ils étaient malgré tout. Et puis au milieu du voyage-tournage j’ai réalisé que j’étais allée là où j’avais besoin d’être. Que j’étais en train – ça m’a frappée en repensant à l’avion écrasé sur plage sous la grêle, mais loin d’être abandonné pour autant, ça – de répondre à cette question-là :

What happens when a fox
tames another
fox?

Et puis je me suis rappelée qu’il y avait ce concours et je me suis dit que le thème de cette année, c’était bien, que je pouvais l’utiliser, et je me suis dit :

Et pourquoi pas ?

Ensuite je me souviens d’un aéroport et d’une grande quantité de chocolats chauds au lait de soja, et de mon carnet détrempé et séché et re-détrempé et toujours humide en fait, je me rappelle de ses coins relevés et figés dans cette position-là et c’était dur d’écrire sur le bas des pages, mais le stylo fonctionnait encore un peu et puis c’était important alors,

Et puis je suis rentrée et j’ai mis les images ensemble et un ami est venu m’aider puis un autre, et je tournais le lendemain mais ce n’était pas grave parce qu’il fallait que je voie – que je touche – que j’assemble,

Il fallait que je sache si j’avais réussi.

Et puis deux autres comparses m’ont aidée, aussi, et les couleurs, le son, ont rendu les images moins proches de ce que j’avais vu et plus proches de ce que j’avais vécu et je me suis rendu compte que ça faisait beaucoup de belles personnes pour m’aider et je me suis dit qu’ils étaient tous trop gentils

Ça m’a émue

Et puis voilà.

Ça s’appelle Je Suis un Renard et c’est un morceau de moi

J’espère que vous allez l’aimer un peu

(Il faut cliquer)

FOX.

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Roman en cours, extrait

Ou ma stratégie du moment pour me motiver à avancer sur cette satanée histoire. Et me déculpabiliser parce que je ne tiens pas (encore) tout à fait bien mon rythme d’une nouvelle par mois.

•••

Le confessionnal numérique. C’est le mariage parfait entre le passé le plus révolu et le futur le plus hideux. L’Église en a fini d’en appeler à la générosité des fidèles pour réparer le toit de ses églises, et elle a fini par renoncer à essayer d’obtenir des fonds publics. Il n’y en a plus de toute façon.

Si séparation de l’Église et de l’Etat il doit y avoir, elle ne survivra pas à cette nouvelle fusion ; la Finance a absorbé l’État, et l’Église s’est fondue dans la Finance comme un de ces amants éconduits qui s’inscrivent au même club de sport que vous dans l’espoir de vous récupérer en vous croisant régulièrement, s’insinuant dans votre vie, dégueulassant vos journées.

On n’a plus besoin de bouger de chez soi, plus besoin d’être vu. On peut s’avancer entre les allées en toute discrétion, notre casque de VR sur la tête. On peut la lever et contempler les arches, les statues, toutes rénovées à coups de Creative Suite, tandis que nous envahit la sensation du divin, aussi authentique qu’au temps des premiers lieux saints. Enfin, je suppose, parce qu’il y a longtemps qu’on ne peut plus entrer dans une église. Ou une mosquée. Ou n’importe quel temple. Ils ont tous été transformés en salles réseau, et on peut choisir quelle église visiter pour soulager notre conscience aujourd’hui. La paix de l’âme associée à la culture, le tout le cul posé sur une chaise de gamer design et la main agrippée à un joystick à plusieurs milliers d’euros.

Mais enfin que ne ferait-on pas pour un peu de tranquillité de l’esprit ?

Ça les nouveaux prêtres l’ont bien compris. On n’étudie plus les langues mortes – tous les textes ont déjà été traduits de toute façon –, maintenant, ce sont les langues virtuelles. Les cardinaux d’aujourd’hui sont formés comme les plus grands hackers, et si l’obole est toujours de mise, elle passe désormais par Paypal, en toute discrétion.

Deux solutions : le menu déroulant des péchés les plus courants, adultères, vols, visites sur des sites en contradiction avec nos valeurs fondamentales – aussi appelées : sorties de bulle de perception –, ou entrée manuelle de nos péchés pour les cas les plus exotiques. Dans ce second cas un opérateur en ligne se tient à votre écoute, renforçant le lien social, demandant plus de détails, et vous indiquant quoi faire pour mériter l’absolution. Habituellement ça passe par quelques Ave Maria et un nombre à quantité de zéros variable.

Ça, c’est pour le fonctionnement journalier ; mais ça ne suffirait pas à justifier l’existence de la Nouvelle Église Numérique ; ni, à terme, à lui faire récupérer sa mainmise, de façon officielle, sur l’Etat.

Si un pays peut être géré comme une start-up, pourquoi pas une religion ?

Des gigabytes de données sont récupérées chaque jour sur les habitudes, les petits écarts des fidèles. Ils ne sont jamais punis, toujours encouragés. C’est ok de fauter, tant qu’on a conscience que c’était mal. Mais la vérité c’est que cette base de données n’est pas intéressante du point de vue de ce qui est interdit ou non, elle l’est du point de vue de ce qui crée de la honte.

De quoi les gens se sentent-ils coupables en 2025 ?

Et, conséquemment, quel est leur plus cher désir ?

Ou plus prosaïquement : quoi leur vendre ?

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Burn-Out

« Il entrevoyait, pour la première fois, le décalage entre les mots et la réalité, et la nouvelle réalité qui était née à partir des mots. Et ce qu’il apercevait ne l’enchantait guère. »

Tu sais quoi, Internet – la vie est belle. Chaotique-bon, mais résolument belle. Et elle l’est tellement que même la colère et le dégoût deviennent des occasions de faire des pas vers ma montagne.

J’ai eu l’idée de cette nouvelle dans un lit, près duquel une horloge s’était remise en marche grâce à une école. Tu entends juste ça, un son qui n’était pas là avant, ça te donne une idée (stupide au demeurant), que tu notes quand même au cas où… et avant de t’en être rendu•e compte, tu es en train de pleurer le paysage politique actuel dans un GoogleDocs en ayant l’air de faire de l’anticipation.

Le monde est souvent moche, mais la vie, elle, est belle. À cause de ça. Connecting the dots. 

Je voulais juste vous dire que j’ai terminé ma seconde nouvelle, Burn-Out, et que dans la foulée je l’ai mise en page et en ligne sur Kindle. Les mécènes présents sur mon Tipeee l’ont déjà reçue par mail, mais si vous la voulez aussi, c’est possible.

Je voudrais aussi remercier la belle Margaux pour avoir accepté que j’utilise nos photos pour en faire une couverture !

BurnOutCover

Paming

La lettre

Quand je ne photographie pas les cicatrices de Pa Ming,  il filme les miennes (et je vole ses punchlines au passage).

Nous avons pris une journée pour mettre l’un de mes vieux textes en images, avec l’aide de la précieuse Cécile Charbit.  Je suis obligée d’admettre que j’ai passé un excellent moment, et que j’ai encore casé du Délicate Distorsion dans la réa. Puis, Jean-Lionel m’a aidée à enregistrer la voix off, et voilà : presque un 24h projet, une fois qu’on rassemble toutes les plages horaires.

La Lettre from Pa Ming Chiu on Vimeo.

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Ma réussite, c’est d’être leur échec.

Vous savez quand je suis partie pour l’Islande il y a deux semaines, j’ai dit que je partais without expectations. Eh bien, c’était un mensonge. J’ai pris la route de l’aéroport sans vrai plan, mais certainement pas sans attentes.

Je croyais certainement, confusément, quelque part dans un coin de ma tête, que je me confronterais aux mêmes challenges qu’aux États-Unis, et que, puisque je les avais surmontés une fois, je les surmonterais encore. Que ce voyage, sur ces terres dont je rêvais depuis dix ans, me confirmerait ce que je savais déjà. C’était parfaitement vrai en un sens, et aussi parfaitement idiot.

Comme si l’univers allait se contenter de ce niveau d’avancement.

Quelque part en chemin, la vie m’avait mise en difficulté de sorte que je pense devoir refaire la route que j’avais déjà faite. J’étais allée jusqu’à demander à des amis de me rappeler ce qu’était cette route, car je ne m’en souvenais sincèrement plus. Mon idiotie dans tout ça ç’a été de croire que l’objectif était de ne pas perdre mes avancées. Alors que le but était de continuer, coûte que coûte, mètre par mètre s’il le fallait.

Je croyais que ce voyage ressemblerait à une chanson de Summoning de bout en bout avec de temps en temps des pics d’Ensiferum. Je croyais tellement savoir à quoi m’attendre que j’ai été presque frustrée quand le pays de mes rêves m’a, obstinément, refusé l’adrénaline et les confirmations que je lui demandais. C’était comme s’il me disait : Vraiment, Florence ? Tu crois que je vais te laisser te contenter de tes acquis ? Tu crois que toi, tu vas t’en contenter ? Hahaha.

En fait le vrai challenge n’avait rien à voir avec la faculté à me débrouiller seule, puisque de fait je n’étais pas seule, et que ça, c’était bien plus effrayant que la perspective de n’importe quelle nuit dans un désert, fût-il glacé, ou de devoir m’adresser à des inconnus que par ailleurs je n’aurais probablement jamais à revoir. Oh, l’univers savait où m’attendre et comment me pousser dans mes retranchements, aucun doute là-dessus. Et il ne s’en est pas privé.

Et, qu’il l’aie fait, je trouve ça délicieux. C’est finalement encore plus valorisant quand le maître ne prend même pas la peine de nous tester sur les choses sur lesquelles nous avons des doutes, et nous envoie plus loin, plus vite, dans davantage de directions. Tout ça m’a rendue extrêmement reconnaissante à énormément de niveaux.

Est-ce que vous savez ce qui se passe quand un renard essaie d’apprivoiser un autre renard ?

Je vous raconterai.

Mais, pendant ce voyage, il s’est passé autre chose. Mon compagnon de route m’a interrogée sur ma famille, alors je lui ai raconté. Et, à un moment, alors que j’étais en train de lui raconter, il était si désolé pour moi qu’il m’a prise dans ses bras. Et j’ai eu envie de rire, parce qu’il n’avait pas entendu le quart de ce qui aurait pu lui faire ressentir cette compassion. Et j’étais contente pour lui, parce que ça disait assez que j’avais traversé des choses que lui n’aurait jamais à connaître.

Ensuite il m’a dit qu’il était admiratif que je sois devenue la personne que j’étais malgré tout ça. Et j’ai répondu que je pensais, moi aussi, que c’était assez chouette. Et puis j’ai réalisé combien c’était vrai. Combien, quelles que soient les épreuves, quel que soit mon état de fatigue morale ou physique ou mon envie d’abandonner ou d’envoyer valser tout et tout le monde…, je pensais sincèrement ça.

Je suis capable d’écrire un livre puis de prétendre ensuite que ce n’est rien et que n’importe qui peut le faire, de lire un livre qui traite d’une de mes spécificités en particulier et de revenir en disant « Non, mais je ne suis pas comme ça », d’entendre des gens me dire qu’ils tiennent à moi et de leur répondre que non, mais jamais, quelles que soient les insécurités qui me restent, je n’ai été dépossédée de cette réussite-là. C’est le point précis où ma fierté a toujours été plus forte que mes peurs.

Ma famille me voit, et m’a toujours vue, comme son plus grand échec. Et ce n’est pas seulement ok. C’est magnifique.

C’est beau comme une petite fille qu’on a voulue vraiment fort pour pouvoir jouer à la poupée, mais qui passe son temps à grimper aux arbres. C’est beau comme une enfant à qui on a passé dix ans à répéter de ne pas essayer d’écrire parce qu’ »on ne peut pas être douée en tout », et qui arrive à employer le terme autrice sans trembler des genoux. Comme un petit être humain élevé dans la peur de son prochain mais qui part n’importe où sans plans et sans argent. Comme quelqu’un qu’on a essayé d’imprégner de morale judéo-chrétienne et qui s’avère modèle photo et polyamoureuse, et qui assume tout ça.

Et vous savez quand on dit que nos parents essaient de nous inculquer des peurs et des conditionnements parce qu’ils pensent que c’est mieux pour nous ? Que c’est pour notre bien ? Eh bien, ils ont tort. Ils ont juste… tort. Et chaque pas que j’ai fait et qui me rapprochait de qui j’étais vraiment, de qui je voulais être, me faisait découvrir un nouvel insecte posé là par on savait qui, et dont je n’avais pris conscience de la présence qu’en m’en débarrassant.

Je sais que quelque part il y a une mère inquiète qui ne sait pas ce que je fais de ma vie et qui serait tellement plus sereine si j’avais un travail de bureau ennuyeux, un CDI et un fiancé, et pourquoi pas aussi un labrador et un prêt pour acheter une maison en cours. Mais je sais aussi que cette vie-là me tuerait. Et je sais que je ne suis pas d’accord pour légitimer tout ce qui a été fait pour essayer de faire en sorte que je devienne cette personne-là avec un simple « ils croyaient bien faire ». Ça ne me suffit pas. Mal faire en croyant bien faire, c’est toujours mal faire.

Je ne suis pas en colère. Je vois des efforts. Infructueux, mais je les vois. Je sais que je ne serai jamais comprise, et à vrai dire je n’en ai plus envie. Simplement, le fait de penser que je ne serais pas aussi forte si je n’avais pas eu à traverser tout ça ne suffit pas à me donner envie de remercier, parce que je ressens aussi et surtout la perte de temps que ça m’a occasionné.

Malgré tout, chaque chose chez moi qui est ressentie comme un échec d’éducation par ces gens-là est d’abord et avant tout une source de fierté chez moi. Je vis chacun de ces prétendus échecs comme le développement d’une nouvelle compétence, et je ne compte pas m’arrêter là.

Parce que c’est moi qui choisis quels regards je veux chercher, et si je veux chercher à en avoir sur moi. C’est à moi de décider quelle rime apporter à ce prodigieux spectacle.

Je suis ravie de ne pas avoir peur de la précarité. Je suis ravie de ne pas avoir peur de me faire agresser. Je suis ravie de ne pas être convaincue que, si ça m’arrive, ce sera ma faute. Je suis ravie de ne pas être persuadée que si des gens dorment dans la rue, c’est parce qu’ils n’ont pas bien travaillé à l’école. Je suis ravie d’être suffisamment stupide pour partir à l’aventure sans plans et pour aller à la rencontre de parfaits inconnus et connecter avec eux. Je suis ravie d’être cette personne perclue de peurs irrationnelles pour le reste du monde, mais qui travaille à s’en défaire, et surtout je suis ravie d’être à même de composer sans la plupart des peurs considérées comme normales. Je suis même ravie d’être obstinée jusqu’à l’absolutisme par moments, parce que je crois que c’est ce qui m’a fait survivre.

Alors, à cette petite fille crasseuse qui se cachait – ironiquement d’ailleurs – dans l’étable à moutons ou en haut d’un arbre pour lire tranquillement, et à celle qui préparait ses propres peintures de guerre à l’aide des mûres trouvées dans un champ de bunkers, j’ai envie de dire bravo, et merci.

Merci, parce que je ne sais pas comment j’existe, mais j’en suis reconnaissante. Bravo, parce que si aujourd’hui j’écrivais un personnage avec ton passé… il ne tournerait pas bien. Pas bien du tout.

Et à ceux qui les ont placés là : j’ai commencé sans m’en rendre compte, mais sachez que je me ferai fort de continuer à briser ces murs, un à un.

Rien de tout ça n’a vraiment de sens mais je n’ai jamais été aussi consciente de mon bonheur d’être considérée comme un échec. Et j’avais envie de partager ça, parce que peut-être que là-dehors, des gens luttent pour une reconnaissance à laquelle de toute façon ils n’aspirent pas, et peut-être aussi que ces personnes ont besoin d’entendre qu’elles ne sont pas seules.

Et aussi j’avais quelques photos d’Islande. Il y en aura d’autres, bien que j’aie surtout fait de la vidéo.

Et je vous raconterai, pour les renards.

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PS : Il y a quelques semaines, j’ai découvert Epistory. C’est un jeu disponible sur Steam. On y incarne la muse d’un écrivain juchée sur un renard dans un monde tout en origami, et on se débarrasse de ses démons intérieurs en écrivant leurs noms. La DA est parfaite, le développement vient d’un studio indépendant, le storytelling est une métaphore parfaite de la création artistique, et sérieusement, le tout est une preuve en soi que oui, le jeu vidéo est un art. Et, oui, vous pouvez le passer en français. Si vous hésitez encore, j’attire votre attention sur le fait que c’est la première fois que j’ouvre un jeu depuis un an et demi et que j’ai même dépensé de l’argent pour ça.

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Le bon chemin

Je tends vers l’absolu. En tout, mon premier réflexe va être d’aller jusqu’au bout, au plus fort, au plus loin, au plus radical. On me dit que suis excessive, et même si j’ai arrêté de me complaire dans le goût de l’absolu (*) tel que défini par Aragon il y a un moment, je trouve encore que tout ce qu’il y a d’aimable et de fou en moi peut se retrouver dans des histoires de cascades et d’inondations.

Comme un peu tous les êtres humains je pense, je suis séduite par l’idée d’avoir une ligne de conduite qui fonctionne sur toutes les situations. D’avoir la solution pour trouver à coup sûr comment agir de façon à continuer à grandir d’une façon qui, éthiquement, me convienne.

J’ai trouvé une partie de ma solution avec ce que j’appelle la vulnérabilité radicale. Speak the truth, say it straight, simple and with a smile, comme me l’a intimé mon thé il y a quelques jours. Le principe, c’est une transparence absolue associée à des notions de communication non violente, et il faut bien admettre que cette transparence évite bien des problèmes, et est un bon outil pour choisir les personnes avec qui construire notre chemin.

Harcèlement.

Une publication partagée par L’art de la pose (@lartdelapose) le

Souvent, quand on a été honnête avec autrui, et au passage avec soi-même, le chemin s’éclaire de lui-même : avoir posé des mots sur nos ressentis rend nos aspirations plus explicites. Ainsi, si je suis capable, il y a quelques années, d’admettre un sentiment de jalousie et d’insuffisance personnelle diffuses lorsque j’entends parler de personnes qui, ayant mon âge, sont comédiennes, il semble évident que la réponse est que, peut-être, je devrais m’autoriser à jouer et cesser de trouver des excuses pour ne pas prendre le risque de démarrer.

Seulement, parfois la réponse n’est pas aussi simple. Parfois, grandir ne passe pas par le fait de prendre le monde par les cornes et de soumettre la circonstance. Parfois on apprend davantage en admettant que tout ne peut pas être contrôlé.

Mais à partir de quand la bascule se fait-elle ?

À quel moment se battre devient-il simplement se débattre en refusant l’altérité du monde ? À quel moment l’acceptation et la sérénité deviennent-elles de la passivité ?

Si je suis dans une situation qui me cause de la souffrance, comment savoir si j’ai besoin d’y rester pour apprendre comment la surmonter, parce que cette souffrance me dit des choses sur moi que je peux travailler, ou s’il faut au contraire la fuir parce qu’elle est abusive ?

Si l’un de mes projets ne fonctionne pas, l’univers est-il en train de me dire « acharne-toi », « change de stratégie » ou « ce projet n’est pas celui qui est important pour toi en ce moment » ?

Alors, pour sortir de ce doute, on est obligés de faire cet exercice inconfortable qui consiste à se demander vraiment ce que l’on veut.

C’est inconfortable parce que la société dans laquelle nous évoluons ne nous a pas habitués à avoir des aspirations personnelles qui sortent du cadre de ce qu’elle a défini comme bon. Elle est une machine à formater, non à faire s’accomplir chacun dans son individualité. Et ça se comprend, en un sens : comment obtenir le calme si chacun poursuit une aspiration différente ?

Mais peut-être que ce calme-là n’est pas celui qu’il nous faut.

Peut-être que ça ne l’a jamais été. Peut-être que ce calme est celui de la mort, là où la vie tend vers la pousse, le développement, la diversité, les cycles.

Quand je me pose la question Qu’est-ce que je veux ?, je m’autorise, pour un instant, à exister en dehors des cadres qu’on a construits pour moi. Et c’est terrifiant parce qu’une fois que j’ai compris dans quelle direction je voulais pousser, le fait d’y aller ou non relève uniquement de ma responsabilité.

Une fois qu’on a défini vers où on veut aller, et quel chemin mène vers là tandis que l’autre nous fait régresser, la décision n’est plus de se battre ou d’accepter, mais de grandir ou de reculer, quel que soit le chemin qui mène à quoi.

Et, quelles que soient les choses que j’ai besoin de surmonter (de l’affrontement ou au contraire le fait de laisser passer les choses sur moi) pour grandir, dès lors que je décide de ne pas m’y confronter, je choisis en fait de ne pas grandir. Je choisis le confort de l’échec annoncé. Je choisis les « Je l’avais bien dit » au lieu des « Wow, je ne pensais pas que ce chemin me mènerait aussi loin ».

Quel chemin voulons-nous prendre ?

(*) Pour la culture : Celui qui a le goût de l’absolu peut le savoir ou l’ignorer, être porté par lui à la tête des peuples, au front des armées, ou en être paralysé dans la vie ordinaire, et réduit à un négativisme de quartier ; celui qui a le goût de l’absolu peut être un innocent, un fou, un ambitieux ou un pédant, mais il ne peut pas être heureux. De ce qui ferait son bonheur, il exige toujours davantage. Il détruit par une rage tournée sur elle-même ce qui serait son contentement. Il est dépourvu de la plus légère aptitude au bonheur. J’ajouterai qu’il se complaît dans ce qui le consume. Qu’il confond sa disgrâce avec je ne sais quelle idée de la dignité, de la grandeur, de la morale, suivant le tour de son esprit, son éducation, les mœurs de son milieu.Aurélien, Louis Aragon.

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Shall we rise

Internet,

Tu sais, je pense, que tout ce qui vit est, par définition, amené à changer. Ce qui est drôle avec toi c’est que tu gardes trace de toutes ces étapes. Parfois, on se dit qu’on s’en passerait bien. Tes pages oubliées sont autant d’empreintes irrévocablement figées de fragments de ces personnes que nous avons été. À moins d’un grand ménage, qui est le terme poli pour « censure historique », les adolescents, les jeunes adultes que nous avons été resteront là, en suspens, accessibles. Parfois ce sera la redécouverte d’un vieux blog qui nous fera passer une nuit entière à rire aux larmes, parfois les empreintes de cette même époque nous serreront le coeur et nous nous sentirons désolés pour les êtres humains peints ces moments-là. Parfois même, nous nous sentirons en colère contre nos anciens « nous », en perdant de vue que c’est tout de même eux qui nous ont amené là où nous sommes.

À qui nous sommes. Et ce sont eux, autant que nous, qui iront vers qui nous seront amenés à devenir.

Il y a eu toute une période de ma vie où je me suis définie comme n’étant pas féministe. Je ne pouvais pas être féministe puisque j’étais pour l’égalité entre tous les êtres humains. How ridiculous is that ? Si tu es pour l’égalité tu es obligé d’être féministe. L’inverse n’aurait pas de sens. Mais c’est l’un des arguments marketing employés par le patriarcat pour nous convaincre de fermer la bouche, de faire taire nos voix, et d’endurer cette boule qui alourdissait, de plus en plus, nos poitrines. Endurer, comme s’il n’y avait pas d’autre moyen, pas d’autre voie. Endurer jusqu’à en crever. On a tellement répété que les féministes étaient de hideux êtres humains voulant couper les couilles aux hommes, et non au patriarcat, que les femmes se sont mises à le croire. Je ne suis pas féministe, mais, est devenu un début de phrase obligatoire pour qui voulait essayer de s’exprimer dans l’espace public. On nous a dit qu’on se trompait de combat. Qu’il y avait pire ailleurs. Qu’on avait le droit de vote après tout.

Nivellement par le bas, je crie ton nom.

On nous a même dit, individuellement, que nous, on était cool, qu’on n’était pas comme les autres femmes. Combien de fois ? C’est vieux comme la politique. Divide ut regnes. Et ça a marché. On s’est mises à s’entre-déchirer, et même entre féministes, on avait des débats interminables sur qui était une bonne ou une mauvaise féministe, qui était une bonne ou une mauvaise militante, alors qu’on aurait pu consacrer ce temps et cette énergie à essayer de changer le monde.

Récemment j’ai repris cette blague de Stargate arrosée à la sauce militante. Un vegan, un zero-waste et un macrobiotique se retrouvent sur une planète neutre. la tension monte vite. Les yeux du vegan brillent. Le bec du zero-waste scintille. Et le nez du macrobiotique dégouline. Lequel a raison ? Lequel se trompe de combat ? Les trois. Ce sont juste trois personnes qui vont prendre le même problème par des bouts différents, mais à la fin, elles se rejoindront au milieu. C’est du moins ce que j’espère, parce que ça voudra dire qu’on l’aura gagné ce monde dont on rêve tous.

Alors tu vois Internet, avec Mathilde Aimée, nous avons décidé de retranscrire nos prises de conscience que oui, on est féministes, et oui, on a le droit d’exister et de taper du poing sur la table en actes. Ça va de répondre au harcèlement de rue dans le métro à essayer de sensibiliser les consciences. Et pour ça, on a décidé qu’on avait besoin de notre plate-forme. On aurait pu rejoindre une des plate-formes existantes, mais on avait besoin de le faire comme ça. On avait besoin de notre voix.

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Notre voix, celle qui s’adresse au monde sans passer par nos blogs personnels. Notre voix, consacré au combat de celles qui luttent pour leurs droits, de celles qui élèvent la voix. Et pour celles qui n’osent pas encore le faire, ajouter à cette grande sororité ne peut qu’être un encouragement à élever, elles aussi, la voix. On a choisi la pluralité pour à la fois sortir nous-même et faire sortir les autres de cette fichue caverne.

On est féministes, bordel de merde. Tu entends, Internet ?

C’est acté depuis un moment pour nous, mais voilà, on ne l’avait pas inscrit dans ta chair. Pas encore. On n’avait jamais dit, aussi haut et fort, à quel point nous le croyons, à quel point nous le voulons. Maintenant, c’est fait. On a décidé qu’on avait besoin de notre site, et on a décidé qu’il serait un cri de guerre. Shall we rise. Comme le dit souvent une amie, la honte doit changer de camp. Aujourd’hui, nous contribuons à libérer la parole des opprimées, des timides, de celles qui doutent, de celles qui se soutiennent. De celles qui se battent. De celles qui se conscientisent. De celles qui osent revendiquer.

De celles pour qui baisser les yeux n’est plus une option.

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Clique sur l’image pour accéder au site, copain d’internet !

Je suis vraiment contente de vous montrer enfin ce site, parce que c’est un projet qu’on a depuis environ cet hiver, et qu’on a donc forcément écrit des articles en amont du lancement… dont certains qui dorment depuis quelques mois. « Le monde aura toujours besoin du féminisme dans quelques mois », m’a dit Mathilde… et ça n’a pas loupé, à ma grande déception. Mais bref, je me permets d’ores et déjà un peu de teasing : il y a de l’analyse, des notions de philo, du témoignage, du billet d’humeur, un peu de critique (même si ça, c’est plus sa partie), et surtout de l’amour.

La culture du viol, milieu naturel du prédateur ?
Ces femmes qui reproduisent le sexisme ambiant
Critique de la saison 3 de Broadchurch
Et si on arrêtait de jouer à cel•ui•le qui a le plus gros complexe ?
La fin des croyances

Et vous pouvez toujours lire ce que j’écrivais de féministe sur ce blog jusqu’ici, .

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Lorsqu’on n’a plus le choix, on est libre

Il y a quelques temps que je ressens une forme de frustration vis-à-vis de choses que je voudrais écrire, mais qui n’ont pas forcément leur place sur ce blog. Ainsi, cet article que Jake m’avait suggéré d’écrire sur le stop, des choses plus analytiques au sujet du féminisme, ce genre de choses. Pour certaines de ces choses, la création de plate-formes dédiées est en cours, et pour d’autres… Je me suis soudain décidé à ouvrir un blog Médiapart.

On verra bien ce qui en ressort, en attendant je vous laisse le lien !

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Autrice

Je pense que vous l’aurez compris, j’attache beaucoup d’importance aux mots. Les mots de tous les jours surtout, ceux qu’on utilise sans y penser. Ceux qui sont ancrés dans notre inconscient collectif et qui pèsent comme un cauchemar sur l’esprit des vivants*.

Il y en a qui me tiennent plus à coeur que d’autres.

Autrice, par exemple.

Pour certains il est une évidence, pour d’autres une bizarrerie, pour d’aucuns une coquetterie inutile. Pour moi c’est un mot qui doit entrer dans cette catégorie des mots qu’on utilise sans y penser. Parce que le jour où ça nous semblera naturel d’utiliser le féminin d’auteur, le monde sera un peu plus égalitaire et y exister sera un peu moins un combat permanent.

Un peu.

En attendant de faire la révolution, mot par mot, on peut, un peu, changer le monde. Une habitude à la fois.

Ce un peu n’est pas suffisant, mais s’il existe c’est déjà tellement mieux que s’il n’existait pas.

Ça c’est pour le monde. De façon tout à fait égoïste, autrice, pour moi, c’est bien plus que ça. C’est comme un rivage lointain, inaccessible, qui nous semble encore inaccessible alors qu’on y a déjà mis les pieds. C’est un genre d’effet de sidération. Le temps de réaliser ce qui se passe.

C’est un peu pour réaliser que j’ai demandé à Coline Sentenac de réaliser mes photos officielles d’autrice. Et comme pour le moment, ce que j’écris, ça parle beaucoup d’acceptation de soi, on a fait ça sans maquillage, on est des déglingos**.

* (Oui, je viens de citer Marx dans mon billet en toute décomplexion.)
** (Oui, j’utilise « déglingo » à cause de Guillaume Meurice.)

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