On fear

There are still ghosts in my head
wearing your face
without having
ripped it off
And they’re asking
on your behalf
« Who are you?
How dare you
care for me? »

I could start convusing
from being alive,
if I don’t have you to cool me down;
I’ll overwhelm myself
with the feelings I already feel,
when you’re so alive it hurts.
And they still will be here

I can be brave
not for you
– maybe a little bit for you –
but for myself
If I get out of this torn apart
– wich I will, eventually –
I can afford it
as long as I’ve got this
as long as I’ve got my badass
self
I can be brave for her

It still happens, you know
when I wake up and I think
« there is this much beauty
and kindness and light in the world »
and you make me smile

I did not see you grow
but I can tell by your path
the little movements
when you speak
I feel you

I can be brave enough
not to run away
it wouldn’t be protecting me at all anyway,
would it?
I know what it is
to carry your heart broken
twice
at the same time.
Running doesn’t help
and walking away
even less.

I could do that, though,
carving feelings around you like you’re not here
like they’re the real art
like they’re all that matters
I wouldn’t even
need you, then
We’d be all together
And I’d go back to my writing
quietly
pretending that was work
all along,
and nothing else.

I could
if they convinced me to

But still
you should know
you’re amongst the ones

The Yggdrasil Network

Donc, j’étais en train de galérer avec mes couvertures quand Elie Bescont a spontanément proposé de m’aider à prendre la photo que j’avais en tête – sans flou de bougé.

Ainsi, désormais, ceci existe :

C’était étrange, de le finir – dans les temps. Car il y a eu des temps, et ils n’ont pas été franchis. Il me semble que, dans les derniers temps de l’écriture d’une histoire, je vole au-dessus de l’eau : je sais enfin où je vais, et comment j’y vais. Alors que dans les premiers temps, je renâcle, je procrastine, je me distrais, je fais comme suit :

Mais ceci est, déjà, une autre histoire sur le point d’arriver. Parlons de The Yggdrasil Network. Oui, je donne encore et toujours des titres anglais à des textes écrits en français ; estimez-vous heureux, vous avez échappé au titre de travail qui était Stalk-Story.

Mais si Stalk-Story est une comédie musicale, ou à la limite le projet de court-métrage qui a donné naissance à ce livre, alors que The Yggdrasil Network est mon second roman – bien que je ne sache pas encore comment se termine le premier. Il parle de surveillance, de hackeurs, du capitalisme, de mutants, de sorcières et de fantômes. Il parle surtout d’une émotion que j’espère secrètement que vous identifierez.

Pour le lire, vous pouvez :
– Rendre visite à mon Tipeee, sur lequel le roman sera publié au rythme d’un chapitre par jour à partir d’hier.
– L’acheter en Kindle.
– L’acheter en édition print.

Il est possible que j’aie commencé à écrire la suite. Sous une forme, une autre, ou les deux. D’ailleurs, TYN est déjà un peu une suite de Burn-Out. Nous verrons ce qui arrive à ce monde, ce que j’en ferai et ce qu’il fera de moi.

Et de vous.

« Je préfère bosser avec des passionnées »

Il y a des choses un peu agaçantes dans la vie. La dissonance cognitive et les double-standards, par exemple, c’est agaçant. Notamment ce double discours qu’en tant qu’artiste, on expérimente constamment :

Si tu n’arrives pas à vivre de ton art, tu n’es pas un vrai artiste.

Si tu demandes à être payé pour ton art, tu n’es pas un vrai artiste.

Au-delà de la problématique de définir ce qu’est un vrai artiste, qui me semble assez proche du débat du talent qui est une notion qui ne sert qu’à introduire un système de castes, au-delà, même, des débats un peu bas de plafond consistant à se demander quel type d’activité artistique peut être qualifié de métier ou non, et selon quels critères – j’aimerais qu’on se penche sur ce qui se joue vraiment quand un client demande à un artiste de baisser ses tarifs parce que d’autres le font par amour de l’art.

Mais, chers clients, si vos autres collaborateurs et collaboratrices sont suffisamment à l’aise financièrement pour se permettre d’accepter d’être sous-payé•e•s, tant mieux pour elleux. Ce n’est pas mon cas. Ce n’est, à vrai dire, le cas d’aucun artiste que je connaisse. La passion ne nourrit pas, la sensation d’accomplissement artistique ne paie pas les loyers, et quand j’entends des gens essayer de culpabiliser mes camarades (et moi-même) parce qu’ils et elles ont eu le front de réclamer qu’on les paie pour leur travail, je vois rouge.

Ce qui se passe quand un artiste accepte votre tarif cassé, et que vous interprétez ça comme un intérêt plus grand porté à l’art qu’à l’aspect pécunier (l’argent c’est sale, et il est connu que la satiété tue l’inspiration), neuf fois sur dix c’est ceci : il pense ne pas avoir le choix.

Parce que la prochaine facture, la prochaine échéance de loyer, le prochain ravitaillement ou même le prochain renouvellement de matériel – vous savez, ce matériel dont on se sert pour créer des trucs – arrivent. Parce que vous n’êtes pas le seul à dévaluer le travail des artistes. Parce que c’est toute la société qui le fait.

Parce que, pour faire de l’art, encore faut-il être en vie.

Spirituellement vivant aussi, oui. Mais physiquement, corporellement envie, c’est un sacré bon premier pas.

Ce qui se passe quand vous sous-payez des artistes, ce n’est pas que vous vous assurez de travailler avec les plus passionnés – vous vous assurez, en fait, de travailler avec les plus précaires, ceux qui ne peuvent pas se permettre de refuser vos tarifs cassés. Vous capitalisez sur la pauvreté.

Si vous n’avez pas les moyens de rémunérer correctement des artistes, vous faites comme les gens décents : vous vous débrouillez. Si vous n’avez que 100€ de budget pour photographier votre mariage, 20€ pour une illustration, et que sais-je encore, c’est votre problème. Mais quand vous nous culpabilisez, quand vous commencez à remettre notre engagement en question comme si qui que ce soit était susceptible de faire ça pour l’argent, la violence n’est pas seulement symbolique, elle est économique.

Je n’ai pas envie d’entamer une démonstration sur le fait qu’on puisse réclamer une rémunération pour une activité artistique et être quand même passionné, car c’est une évidence. Mais j’aimerais que les gens qui tiennent ces discours réalisent l’endroit d’où ils les tiennent – presque toujours un endroit où la vie est plus confortable que celle à qui ils adressent ces sermons.

Vous nous demandez toujours de nous mettre à votre place, vos discours sur le fait que vous ne pouvez pas faire autrement que de faire de l’art ne se tarissent jamais. Ne vous en faites pas, nous non plus, sinon on ferait autre chose.

Alors mettez-vous à notre place, un de ces jours, ne serait-ce qu’une fois.

On avoidance

So,
You’re so fuckin’ great
I wanna write songs about you
songs and novels and poetry
but I never do.
I never write
about what feels good ;
about anything that’s meant to stay the same for a while,
I must remain silent.

I still tried
to drink you out of my system
to joke you out of my system
to cry you out of my system
to fuck you out of my system
all while you weren’t there

But the truth is
I can’t write about you
because if I do,
I might start to move on
and I don’t want that
because you feel good
because
even though you’re this
impossible boy,
even though I can only think,
there is nothing bad to think about,
and I’d like to keep that
just a little
longer

Fucking myself out of loving you
doesn’t work
Crying myself out of loving you
doesn’t work
Talking myself out of loving you
doesn’t work
Wasting myself out of loving you
I haven’t tried that
because you deserve
so much better

I do not want to risk
writing you out of my head
because the truth is
if I do
I might start to move on
towards what?

And
if you’re
the impossible love of this part of my life
what does that make you
and what’s left of you
when I start growing forward?

That makes you
what you were all along

That makes you my friend

Divertissement

Écrire, réécrire avant de continuer, compter les mots pour se rassurer, vérifier qu’on n’est pas en train de procrastiner, repasser sur les planches, comment est-ce que je rends ça moins bavard ? Réinvestir son nid, monter des plans, faire des listes afin d’essayer d’organiser le bordel qu’il y a là-dedans, tenter de prendre des décisions (c’est une rumeur), ranger,

ranger donc, rencontrer des humains, constater qu’ils ne sont pas tous fatigants – non : qu’il y en a d’autres qui ne le sont pas. Il est agréable, non pas de ne pas penser à toi, mais de penser à d’autres sans avoir eu à le décider. Déplacer des chapitres, inverser l’ordre, raconter sensiblement la même histoire mais pas tout à fait finalement, ouvrir des parenthèses et des blessures – chez les personnages, peut-être chez d’autres humains aussi, on verra bien après tout,

faire des memes qu’on sera trois à comprendre, continuer à écrire cette fichue nouvelle qui se transforme en roman sans qu’on lui ait demandé son avis, partir en représentation pour, finalement, non, constater que ce n’est plus la peine. Je ne suis pas seulement devenue plus solide, je suis devenue une plus grande emmerdeuse – et, si l’on considère de quels points de vue, j’en suis assez contente.

Ne plus réussir à faire semblant de ne pas se respecter, même juste assez pour faire plaisir aux autres, avoir perdu cette compétence-là mais ne pas s’en inquiéter parce qu’un humain n’est pas une accumulation de compétences et parce que pourquoi ces autres qui ont besoin que je ne sois pas moi pour être satisfaits et moi devrions-nous nous faire ce mal-là ?

Sortir un peu la tête de l’eau, les projets qui s’envolent de mes mains mais ne sont pas tout à fait arrivés au monde – travailler en équipe, mais avec la tête toujours pleine de ce que je ne peux pas faire moi-même. Alors, fiévreusement, se jeter sur les appels à texte et les concours de nouvelles – il faut sortir ce qui peut l’être avant qu’il ne soit trop tard, que le trop grand nombre de projets en cours ne me paralyse tout à fait. Et tout ça en restant en vie, physiquement je veux dire. Retrouver un peu de sommeil et ne pas le laisser m’emporter – s’il le faisait, mieux vaudraient les nuits blanches à dessiner des courbes et à jouer du piano.

Observer les milliers de versions de moi s’assembler en un être radicalement différent de la personne que je suis – s’incarner sans chair, et toute sa vie et ses décisions avec lui. Je n’ai pas le temps de parler, je lance de grands signes de la main, ne t’enfuis pas – c’est à l’idée, à la phrase, à l’impulsion que je parle.

Toi, l’humain, tu connais bien cet endroit, ou je ne te reverrai pas. C’est beau de se sentir libre d’être, c’est beau de ne pas se sentir obligée de montrer qu’on est.

Chaque jour, ils sont un peu plus nombreux.

Croquis : Steren

« You don’t deserve to hear the lies »

Ça fait un moment que je n’ai pas trop su quoi écrire ici. Trop de tableaux, peut-être, s’enchaînent trop fort et trop vite pour que j’en saisisse une conclusion globale à transmettre. Être dans un entre-deux comme actuellement ne m’aide pas – mes racines sont vigoureuses, mon entourage m’aide à en prendre soin, mais elles n’en sont pas moins hors du sol. Pour le moment.

Il y a le stop. Le dernier miroir en date, le dernier symptôme plutôt, en train de me dire : Je t’envie. Je ne pourrais pas faire ça, je n’ai pas assez confiance en les gens. Et moi d’essayer de lui expliquer que c’est dans ce but que je fais ça – ça, et essayer de me réapproprier le temps long, non productif. Donner à l’univers l’espace dont il a besoin pour me prouver que je ne suis pas seulement ce à quoi on (qui « on » ? Moi ? Les gens qui m’ont vue m’excuser d’exister ? Les inconnus sur Internet ?) s’attend. Il y a les gourous et la sorte d’évidence, qui ne l’a jamais été en fait : qu’ils n’ont pas de prise sur moi si je n’en ai pas envie. Et de leur montrer – non : leur laisser voir, simplement – que je n’en ai vraiment aucune envie. Il y a la surprise des autres, encore eux, devant mon aplomb. Il y a l’émotion dans la voix du petit prince alors que, sans aucun aplomb pour le coup, j’essaie d’offrir ce que j’ai – il y a me rendre compte que j’ai une maison, ici comme là-bas comme ailleurs, et qu’à chaque fois que j’en quitte une je me condamne à en retrouver une – à remplir mon coeur de petit deuils. Mais ils valent la peine, eux aussi – parce que quelque part, ils me rappellent, chaque fois, que je peux m’inventer une vie à peu près n’importe où, et trouver ceux qui seront présents. Sur la route. En France. À Minsk. Ce n’est pas une affaire de lieu – c’est une affaire de disposition d’esprit par rapport à la vie.

Je sonne un peu coachy-bullshit-pensée positive de droite, peut-être. C’est sûrement parce que, ayant finalement assez peu de prise directe sur la réalité politique, la lutte des classes, l’effondrement écologique et toute cette merde, je m’oblige à me concentrer sur ce que je peux changer. Une sorte d’instinct de survie mental.

Ça, et il faut bien admettre que j’ai eu énormément de chance, ces derniers temps. Alors ça ne fait que renforcer ma foi.

Je me rends compte au milieu d’une réflexion existentialo-pratique que ça ne m’intéresse pas, de ne pas souffrir. Pas au nom d’une conception pseudo-romantique de l’artiste maudit, non merci – mais juste parce que c’est l’occasion de dire stop. Se désensibiliser au point de ne plus faire la différence entre la tristesse et la joie n’est pas seulement risquer de se couper de sa créativité, c’est s’interdire de grandir. Je suis – réellement – en totale opposition avec une de mes créatrices préférées du moment sur ce point : le risque me semble trop grand.

L’important ce n’est pas d’être serein, c’est de, quand on ne l’est pas, être capable de ne pas être la cause de crises pour ceux qu’on aime. Je n’ai rien trouvé de mieux que le rappel de ce qui compte à mes yeux pour me ramener à moi.

Et puis il y a quelque chose. À une période je disais qu’une semaine était ratée si je n’avais pas versé une larme, qu’elle soit de tristesse ou de joie. Pour moi, ça signifiait que je m’étais empêchée de vivre, de ressentir, d’être vulnérable, et donc d’être courageuse. C’était vrai. Je ne crois pas que ça le soit resté.

Peut-être que je suis en train de me mentir à moi-même, comme les gens le font souvent, mais il y a cette précision de Brené Brown qui dit que la vulnérabilité performative n’est pas autre chose qu’une armure, et ce paragraphe m’a fait un peu trop grimacer pour qu’il n’ait pas raison.

Alors peut-être qu’il y a, mais c’est trop étrange pour être formulé, mais peut-être, seulement peut-être, que je suis devenue… plus solide ? Absurde, non ? Et pourtant.

« Ce moment où tu te retournes et où tu te rends compte que tu n’as plus besoin de tes peurs. » Soyons clairs : d’autres les remplacent, et elles-mêmes n’attendent probablement que le prochain gros moment de stress pour te frapper dans le dos telles les agents de la Résistance qu’elles sont.

Il y a le stop et l’émotion dans un regard qui vaut toute la peine du monde et mon kink absolu pour les études universitaires, et la certitude que tous les outils que j’assemble, pour sembler disparates, s’harmoniseront en fait parfaitement autour de la vie que je construis petit à petit. Parce que tout ça est de plus en plus cohérent. Je vous dis ça alors que je sors de semaines de procrastination intensive et ce qui se passe actuellement c’est que je mets de l’ordre dans mes pensées. Mais même pendant ce temps, les pensées et les histoires se mettaient en place.

En attendant que je retrouve la concentration nécessaire pour m’asseoir et écrire et arrêter de procrastiner en lisant des pages Wikipédia sur la linguistique.

En m’attendant.

The last part of hero’s journey

C’est la partie à laquelle je n’ai jamais prêté plus attention que ça, à vrai dire. Le héros revient de son voyage en terres étranges, changé, porteur de l’objet de sa quête, et il n’a plus qu’à le partager avec le monde ordinaire. Hop, fini. On passe à la suite.

Sauf que ce n’est pas si simple de partager ce qu’on a appris. Ce n’est pas si simple de revenir, profondément transformé, dans un monde qui, lui, n’a pas changé. On revient plus fort, plus sage, plus vulnérable, plus authentique, plus en paix ; et le monde est toujours cette nébuleuse d’insécurités, de peurs et de faux-selfs qui a largement contribué à rendre le voyage nécessaire en premier lieu.

Il y a ce moment où vous revenez du voyage et où ceux que vous aimez, que vous estimez même, ne voient rien d’autre que la personne qu’elles aiment et qui a été absente longtemps ou non. Le temps a continué à passer pour eux – mais vos vitesses, le temps de ce voyage, se sont désynchronisées et il vous semble qu’eux sont restés sur place et que leurs yeux ne voient que ce qui est resté sur leur ligne temporelle propre – et vous souriez en vous faisant, de nouveau, à vos habitudes et à vos rituels, mais à l’intérieur vous avez envie de hurler voyez-moi. Alors vous n’avez qu’une hâte, repartir, continuer à changer, voir quel est le prochain horizon – et vous voudriez tellement les emmener avec vous mais vous savez que chacun est responsable de son propre voyage. Vous préparez votre prochain écriteau pour l’auto-stop, économisez pour le prochain billet d’avion tout en culpabilisant au sujet de votre bilan carbone – vous optez pour le train si vous le pouvez.

Mais voilà : le voyage du héros n’est pas géographique. Et vous ne pouvez jamais prévoir où se trouve le monde surnaturel, et où se trouve le monde ordinaire. Parfois vous partez physiquement et vous trouvez de la magie, et parfois c’est le monde ordinaire – et le plus souvent c’est un mélange des deux parce qu’il vous faut rester en vie pendant que vous vous développez.

Et le monde ordinaire – parfois ce n’est pas juste inconfortable d’y retourner. Parfois vous êtes parti depuis tellement longtemps que vous ne savez plus comment il fonctionne.

Et lui, il ne vous comprend pas. Il ne vous accepte pas. Il n’a même pas envie de vous aimer. Parce que vous êtes un grain de sable dans sa mécanique bien huilée. Un grain de sable, ça se broie ou ça s’éjecte.

Le monde ordinaire peut prendre la forme d’un endroit, d’un groupe de personnes, d’une relation. Le monde ordinaire essaie de vous happer en son sein – de vous changer de force – de vous faire redevenir comme vous étiez auparavant, plus petit, plus facile à ranger dans une case, plus… adapté.

Il ne le fait même pas à dessein. Il n’en a même pas conscience. C’est seulement que c’est le seul fonctionnement qu’il ait jamais eu. Il n’a pas l’impression d’être malveillant. Il ne sait pas qu’il vous demande de vous adapter à ce qui vous apparaît désormais comme un processus d’autodestruction programmée.

Mais il le fait et quand vous n’avez pas la possibilité de vous échapper, la douleur qu’il vous inflige – elle peut être terrible.

C’est la douleur de se sentir rapetisser, de régresser de force, de deviner l’objet de votre quête en train de disparaître hors de votre vue et de votre prise et votre capacité à le partager avec eux s’amenuir à mesure que les heures passent. De voir surgir des démons que vous pensiez avoir vaincus cent fois – why am I still dealing with this shit ? Votre temps se dérègle mais c’est vous qui vous perdez à l’intérieur, et vous ne savez plus – peut-être que tout ce que vous avez cru apprendre n’était qu’un mirage. Peut-être n’avez-vous jamais changé.

Et peu importe le nombre de preuves que vous aurez ramené de vos voyages, peu importent les témoins de confiance vers lesquels vous vous tournerez – le monde ordinaire vous fera douter.

Il y aura des refuges, bien sûr. Dans les ombrages d’une tasse en céramique et l’odeur du thé que vous y verserez et les stylos à dessin et les carnets que, même là, vous pouvez emmener. Dans les jeux de lumière d’une bougie à travers la glace, dans le regard des quelques personnes étant déjà passées par là et qui vous voient – mais elles ne peuvent pas vous sauver.

Parce que comment communiquer avec quelqu’un qui n’a pas accès à ses émotions si votre propre vulnérabilité ne fait que l’effrayer ? Comment passer pour autre chose qu’un fou si vous êtes à même de formuler clairement vos propres problèmes si votre interlocuteur n’a pas conscience qu’il – que tout le monde – en a également ? Comment survivre armé de bienveillance si tous ceux qui vous entourent la considèrent comme une faiblesse ?

Comment se déplace-t-on nu dans un monde où tout le monde porte une armure ?

C’est difficile. Et plus vous avez appris à vous entourer de gens qui reviennent régulièrement de ce voyage, moins vous êtes armé pour ceux qui n’y penseraient même pas. Vous ne parlez plus la même langue. C’est comme si, lorsque vous souriez, ils entendaient un grondement menaçant. Et ils grondaient en retour ou fuyaient ou essayaient de vous réparer.

Je ne sais pas encore comment faire.

Parfois il a fallu s’arracher le coeur pour simplement survivre, et je ne sais même pas comment on fait ça, parce qu’en réalité il ne faut pas. Parfois il y a ce sentiment de gratitude, intense, lorsque vous réalisez à quel point sont précieux les gens qui font partie de votre vraie vie – ceux qui peuvent vous accompagner dans les deux mondes, le surnaturel et l’ordinaire. Et même lui vous étouffe parce que vous ne savez plus où se trouve le sol ni comment y fixer vos pieds.

Loin d’aucun d’entre eux, le retour au bercail se transforme en parcours du combattant et vous êtes là à essayer de vous rappeler comment ça fait quand ça grandit. Et peut-être qu’à un moment donné vous vous rappelez que ça fait mal aussi. Et peut-être aussi que vous n’êtes juste pas pour tout le monde – que l’objet magique ou l’élixir ou quoi que soit ce que vous avez ramené des contrées du rêve ne leur est pas destiné et que c’est pour ça que vous ne pouvez pas être vous-même auprès d’eux.

Et il faut avancer.

On ne parle pas assez du retour au monde ordinaire, parce que c’est la partie la plus terrifiante à mes yeux. C’est le moment où vous craignez de, peut-être –

de perdre ce que vous êtes devenu lors de votre voyage.

Et c’est intolérable mais il faut avancer.

Parce que, si vous essayez de vous accrocher à la pensée de ce que vous êtes devenu – si vous consacrez tous vos efforts à ne pas régresser, à rester en place, à sauver ce qui peut l’être, alors vous ne sauverez rien.

Tea houses

Step 1 in every journey : put it on the new ground and feel like you finally came home. Feel it. Allow yourself to.
Step 2 : find tea, and those who love it.
And then you’ll be fine.

When I first flew to Belarus, I had no idea what to expect. Well. That’s not true. I had some ideas, given the friends who had told me stuff they had experienced here, in that same context. The school. The nine-months long intensive acting school they had attended and I was going to go to myself.

They didn’t tell me much about the country itself though – or the culture. Everything was about the school and now that I am here myself, I get why. I don’t think they had time to go out in the world, I know I don’t. So I started to steal it because if not I’d probably die.

They mostly told me about each other, about their connection. “These strangers you’re afraid of meeting now, they said, talking about my soon-to-be French classmates, there is no way you keep see them as strangers after a month.” Well. It’s been five, and they are now as strange to me as can be. The harder I tried to reach out, the further they went, to the point that I thought – it’s just not for me. Why in the name of sanity would I put myself in such a situation?

By that time I did learn a thing or two about connection, though, from the tea bunkers I’ve been discovering under the ground of this city. You would never guess they’re here. You’ve walked for over an hour under the snow in this almost all-soviet-styled city, and then you push a door and take a stairway that leads to a corridor – and there you are. Tea houses. They’re the safe spaces you’ve been longing, and they’re the common ground from where you’ll be able to heal and grow out.

Connection doesn’t lie in all the What’s your names and the Where are you froms. It’s not about over-communication or spending all your time in the same rooms without seeing each other, or even sharing a same language. Most times, connection doesn’t even require words.

It’s the little things. It’s that person brewing tea, gong fu cha-style, in the middle of the streets for strangers and trusting you with the teapot while he walk away for a bit. It’s the ones who won’t let you circle back to your favourite oolong because they understand who you are and why you’re here, it’s the moment when you’re just sat but they’ve been watching you and they decide that you’re ready and it’s time, and they bring the special teas out and share them with you. It’s the French lyrics that pop under the roof because you’re from France and basically the only person here. It’s that one who noticed that you liked that little flat pig ceramic so much that you came back for it – and now he won’t pick another one for you, whenever you come, and it’s the smile you exchange when it’s your turn to notice.

“I see you.”

It’s actually funny, how easy it is for some people to make you feel like you belong, without actually using any words, without saying anything – because they can’t. Because you don’t share a language with each other.

But it makes sense.

It makes sense because connection was never a matter of communication. It’s not the words or the big conversations or the hugging, it’s not even the kissing and the sex. Connection can happen in the middle of all these things, but it’s not what it is. Connection is about seeing someone and noticing that, at that same moment, they are actually seeing you too.

Wherever I went, tea was always a life-saviour – would I share it with people or have it shared by them. Because when it’s not wild nature, when it’s cities and humans and buildings, you have to reach out to someone. Otherwise you’re just consuming the hell out of the place you’re traveling to.

Tea is my common ground. It’s the way I can connect with someone. It’s how I travel, and from where I can find my feet.

It’s actually funny
how easy it is for some people
to make you feel like
you belong.

(How about you start paying
more attention
to these people.
Hmm ?)

Réminiscences

Aujourd’hui sort officiellement une nouvelle écrite, je crois, cet été, appelée Réminiscences. Comme souvent, les tâches ont été partagées : j’ai écrit l’histoire et mes amis m’ont aidée pour le titre. Celle-ci répondait au sujet d’un appel à textes : Revenir de l’avenir.

À part ça, j’ai trouvé mon endroit préféré personnel de Minsk ; il s’agit sans surprise d’une maison de thé où j’ai passé les vacances de Noël à avancer sur le roman en cours. Le Roman (Tm) ou du moins son premier jet a maintenant dépassé les 85 000 mots, et je ne sais toujours pas comment il se termine – mais il continue à avancer, et des morceaux du reste aussi.

Prenez soin de vos songes !