Archives pour la catégorie Défilés et performances

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Dans ta cuve ! – Conférence au salon de la photo

Dans ta Cuve !, c’est une association qui promeut les procédés argentiques. Anaïs et Rémy, deux de ses membres, m’ont accueillie ce jeudi sur le stand (ou plus exactement sur l’Espace argentique) pour une conférence sur laquelle j’ai eu un peu carte blanche, et dont voici la vidéo, gentiment captée par Jean-Luc Manh.

Comme vous le voyez, je ne suis toujours pas conférencière professionnelle, mais je fais de mon mieux pour m’améliorer à chaque fois. Je suis un peu partie en improvisation par moments, mais j’avais tout de même écrit les lignes générales de mon « discours » en amont ; je voulais vous en partager le texte :

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Quand j’ai commencé à poser, il y a neuf ans, j’étais rassurée par les photographes qui mettaient leur appareil en mode rafale. Ils me disaient que c’était parce qu’une bonne photo se jouait à l’instant, à la seconde près, au petit fragment d’émotion un instant ici, et le suivant enfui. Ils voulaient le capturer, cet instant, et surtout surtout ne pas lui laisser la moindre possibilité de s’enfuir. Moi je ne questionnais pas cette démarche, je me disais qu’au moins, comme ça, il y en aurait bien une de bonne, par accident peut-être, mais une.

Et puis comme je prenais en expérience il m’a semblé que ça, c’était une approche industrielle de la photo. Que c’était fondé sur une logique statistique : si je couvre un plus grand nombre d’instants en déclenchant, alors j’ai un plus grand poucentage de chances de capter “le bon” instant, quoi que ça veuille dire. Finalement, travailler selon cette logique, c’est pour le photographe renoncer à toute forme de prise de décision au moment de la prise de vues, et pour le modèle accepter une simple place d’objet à photographier, sans interactivité avec le photographe. On se disait un jour avec un ami que finalement on ne voyait pas ce qui se passait à l’instant précis où on déclenchait, que c’était comme renoncer à être témoin d’un instant pour l’offrir au monde, mais là c’était renoncer à toute la rencontre et n’avoir au final rien à offrir. Ils étaient seuls derrière leur objectif, j’étais seule devant, et entre nous il y avait la barrière infranchissable des clac-clac-clac-clac-clac du miroir.

Et puis ce n’était pas très intéressant de faire de bonnes photos par accident, pas si l’accident était programmé.

Et puis c’était quoi de bonnes photos ? C’est quoi une bonne pose ?

Pour moi une bonne pose c’est un endroit où la vulnérabilité rencontre une certaine forme de maîtrise. La vulnérabilité parce que ça ne se limitera jamais à disposer ses muscles dans une certaine posture et attendre que l’image soit figée. Parce qu’il faut aller chercher, au fond de soi, une certaine émotion. Et la maîtrise parce qu’il ne suffit pas de savoir ouvrir la boîte, il faut aller y chercher ce dont on a besoin pour la photo qu’on essaie de faire, et parfois d’autres choses sortiront, et peut-être que ce sera encore mieux, et c’est important de se laisser surprendre, mais convoquer l’émotion voulue c’est quand même la première chose dont on a besoin.

Et le truc, c’est que le mouvement pour savoir et sortir ce dont on a besoin se joue en aller-retour, entre le ou la photographe et le modèle. Je vais donner quelque chose, qui sera reçu par l’autre, qui me le renverra sous une autre forme, chargé de son regard, et ainsi de suite.

“Me voilà.”
“Je te vois.”
“Je te vois me voir, et je l’accepte.”

Il y a vraiment cette sensibilité à développer dans la relation entre photographe et modèle, où celui ou celle qui déclenche le fait en sentant, plus qu’en ne le voyant, le bon moment, et où, aussi, celui ou celle qui pose sent le moment du déclenchement et la nature du regard qui est porté, en plus de la lumière et de l’angle de l’objectif. Évidemment qu’on peut s’entraîner à voir quel effet visuel est rendu quand notre corps est dans telle ou telle position, quand on déplace très légèrement tel muscle ou qu’on modifie insensiblement la tension dans tel autre, mais sincèrement, ce qui permet à deux acteurs d’une photographie de travailler vraiment ensemble, c’est le fait de tisser ce réseau presque organique entre deux égaux, et non entre celui ou celle qui regarde et celui ou celle qui est regardé•e.

J’aime bien l’argentique en fait, parce que, même si on ne peut pas dire que ça nous force à entrer dans ce rapport – si tu ne veux pas te connecter tu ne te connecteras pas -, il y a au moins cette tentation de remplacer la connexion par de la statistique qui est évacuée d’office. On a, il me semble, davantage le réflexe de prendre le temps de sentir la scène, comme on devrait toujours le faire, en fait. Ce qui ne veut pas dire qu’on se prive de saisir des choses à la volée, comme je l’ai d’ailleurs appris à mes dépens.

En fait il y a quelque chose de très curieux dans l’activité de modèle, parce que c’est un moment où on puise dans notre intimité pour le cadre professionnel, comme le ferait un comédien ou une comédienne, et qu’on doit de fait être à trois endroits en même temps. Celui où je donne, celui où je reçois (des instructions, un regard, une indication), et celui où je reste conscient ou consciente de tout ce qu’il y a autour. Il faut être totalement là, et totalement dans son corps, jusqu’au bout de chaque membre.

Je vois beaucoup le modèle comme un catalyseur, non seulement de cette interaction particulière, mais de tout ce qu’il y a autour. Le décor ou son absence. La tenue ou son absence. Le hors-champ. Le fait de ne jamais savoir exactement où se trouve le bord du cadre. On doit assimiler tout ça, l’entremêler de notre propre matériau, bouger à partir de notre centre, et ensuite tout renvoyer vers l’objectif et avoir cet échange qui dure le temps qu’il dure et se termine toujours sur nous, parce que ce qui est fixé c’est notre image et ce que cette interaction a fait d’elle, et c’est elle aussi qui parle en dernier lieu.

Ça, c’est comment le fait de poser et donc de travailler sur l’image m’a permis de me rapprocher en fait de mon corps et de m’y ancrer à nouveau. Mais le fait qu’il y aie cette intimité de circonstance qui se crée – qui peut se transformer ensuite en vrai lien, on a le droit de devenir amis – sur une séance photo peut amener certains photographes à avoir un sens des limites qui se brouille, voire disparaît.

Consciente de la difficulté d’appréhender un rapport aussi particulier, je me suis attelée à écrire un livre sur les modèles pour non seulement bien expliquer ce qu’était la pose, pour donner une voix aux modèles dont le point de vue est très souvent invisible, mais aussi pour aider celles et ceux qui aimeraient se lancer à poser des limites et à détecter des interactions qui ne seraient pas saines et tournées vers l’art et/ou le travail. Apparemment c’est vraiment compliqué parce que cette semaine j’ai vu passer sur Amazon un livre qui donnait des conseils pour séduire en séance photo, au calme. C’est juste l’automne 2017, on est bien. En pleine période de libération de la parole ça passe, c’est complètement la chose à faire.

Alors moi une fois en séance photo j’ai eu un maquilleur que j’ai trouvé très charmant et avec qui j’aurais sans doute flirté dans un autre contexte. Sauf qu’on était dans le contexte où il allait devoir me maquiller avec ses pinceaux et probablement ses mains, poitrine comprise, et que juste, lui faire savoir un truc pareil juste avant, ça aurait juste été malaisant. Donc je n’ai rien dit, et j’aimerais bien qu’on dise un peu plus fort que le respect de l’autre c’est aussi ne pas lui créer d’inconfort.

Poser et aller chercher des morceaux d’intime, c’est déjà inconfortable. J’ai connu des photographes qui créaient de l’inconfort à dessein, qui disaient que comme ça ils obtenaient un résultat plus “vrai” et plus “authentique”. Mais à quel moment ? Faire ça, c’est briser la relation de confiance, c’est entrer dans un rapport de domination, c’est le contraire de travailler avec quelqu’un.

Donc, bien sûr que la communication non-verbale ne va pas s’instaurer dès la première séance, mais ce qu’il faut bien garder à l’esprit c’est que vous ne pouvez pas la forcer. Déjà, si vous essayez, elle s’en ira, et ensuite il y a des chances que ce faisant vous soyiez irrespectueux. Donc, parce qu’on est là pour travailler, vous pouvez évidemment accompagner tout ça de mots, d’indications, vous pouvez mimer ce que vous voulez, mais il y a deux choses qu’un ou une photographe ne doit jamais faire.

La première, c’est de toucher le modèle sans son accord explicite.

La seconde, c’est de donner son avis sur le physique de la modèle.

Même si vous pensez que c’est gentil. Même si pour vous ce n’est pas grand-chose. Même si c’est pour lui dire que vous le trouvez beau. Même si vous croyez que c’est un compliment. Vous ne faites pas ça. Quand vous avez choisi votre modèle, vous avez vu à quoi il ou elle ressemblait sur son book, donc le simple fait qu’il ou elle soit là signifie que vous avez déjà validé son corps comme correspondant à ce que vous recherchiez pour cette séance photo. Il n’y a pas besoin de plus.

Acceptons de considérer les modèles comme des êtres humains venus faire leur travail, comme nous considérerions un acteur ou une actrice sur un plateau, et non pas comme juste des gens venus “se faire prendre en photo” avec qui on peut se permettre de surfer sur la limite entre personnel et professionnel. Apprenons à nous comprendre et alors on pourra avoir de ces interactions qui permettent de créer des images fortes, et belles, et signifiantes.

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Si vous êtes descendu•e jusque-là, vous serez peut-être intéressé•e d’apprendre que j’ai écrit un livre qui développe entre autres ces problématiques, que je suis en train d’essayer de réunir les fonds pour le faire traduire en anglais, et qu’on peut acheter la version française via le kickstarter de la traduction pour faire d’une pierre deux coups.

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Les marmites artistiques

Un peu avant mon départ pour les États-Unis, Coline Rabiosa m’avait proposé d’animer un atelier-conférence-débat au festival qu’elle co-organise ces jours-ci, Les Marmites Artistiques. Le thème de cette année étant « Comme à la maison », le lien avec la question de l’intimité et donc d’une partie du contenu de mon livre était, semble-t-il, assez naturel, et c’est pourquoi elle a pensé à moi.

C’est aussi elle qui m’a suggéré de faire faire des flyers, histoire de promouvoir un peu le livre au passage.

Quand ton print est un peu en retard et que du coup tu commandes des flyers pour ton atelier au festival @lesmarmitesartistiques :)

Une publication partagée par L’art de la pose (@lartdelapose) le

Et puis on a parlé du contenu. J’ai tracé de grandes lignes, prévu des pauses pour débattre avec les gens de façon à ce que ce soit interactif, puis on a décidé d’inclure un mur d’expression (qui était en fait une table d’expression) pour qu’ielles puissent écrire, et j’ai fini par proposer un exercice qui tenait plus de la cruauté que du théâtre, à base de miroirs et de choses gentilles à dire. J’ai peut-être un peu fait glisser mon sujet de l’intimité à la vulnérabilité, et ce de façon délibérée.

Bon, évidemment j’ai paniqué avant le début, j’ai essayé de m’enfuir, Coline m’a ceinturée et fait un plaquage assurée que j’allais être super, j’ai dit :
- Mais tu avais vu le lien que je t’ai envoyé avec ma dernière conf ?
- Ah non.
- Ah ! C’est pour ça.

I’m like the worse vulnerability role model EVER. Brené Brown me pardonnera le vol de cette quote. (Je vais re-regarder cette conf, tiens. Faites-le aussi.)

Je plaisante, ça s’est plutôt bien passé, même si à un moment je suis partie en vrille et ai commencé à citer François Soulages, comme ça, au débotté.

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Pour cette fois, j’ai testé une autre stratégie : ne pas écrire mon texte en entier, mais un line-up et en faire un powerpoint dont me servir comme guideline, puisque j’avais un rétroprojecteur. Je partage ledit document avec vous.

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La COSconférence

Comme je vous le disais tantôt, lors de la convention du costume, j’ai été invitée par Fanny et Fenriss à dire quelques mots sur la pose. J’avais eu du mal à orienter mon speech, me demandant ce qui pourrait rendre cette conférence intéressante pour spécifiquement des personnes fréquentant les milieux costumés au sens large, c’est à dire reconstituteurs, GNistes, cosplayeurs…

Alors j’ai réfléchi. Je ne trouvais pas quoi dire, j’avais envie de m’enfuir dans la forêt, j’ai voulu poster des GIF sur internet, j’en ai cherché un avec une personne qui courait les bras en l’air, je n’ai pas trouvé, et j’ai fini par trouver que je voulais commencer en parlant de l’impact… du costume.  À partir de là, je me suis assise au Dernier Bar avant la fin du monde qui est un peu en train de devenir mon bureau, et j’ai écrit.

Ensuite, mon texte était trop long pour ma demi-heure et je suis passée de « Je n’ai rien à dire, ça va être nul, les gens vont s’ennuyer » à « C’est trop long, ça va être nul, les gens vont s’ennuyer ».

Forcément.

Bon et en fait ça a été. Je veux dire, on voyait que je ne suis pas à l’aise avec le fait de parler en public, et je ne m’en suis d’ailleurs pas cachée, mais j’ai l’impression d’avoir couvert ce que j’avais à dire (avec la frustration évidente due au fait de vouloir repartir dans tous les sens), les gens du public ont été adorables, l’un d’eux m’a même demandé si on pouvait s’en servir pour donner de l’élan à un pigeon – ce qui m’a, je ne plaisante pas, été d’une grande aide, donc si tu passes par là, merci à toi -, et en fait à la fin j’étais contente d’être venue.

Wopurée #stress #canwepanicnow #envraicestfini #cosconv

Une photo publiée par Florence Rivières (@sirithil) le

D’ailleurs regardez tout le monde avait l’air bienveillant. Quelqu’un a même dit des choses gentilles sur ma conférence sur son blog. J’ai même décidé d’assumer, tellement que si vous descendez un peu dans cet article vous trouverez la vidéo (une partie, ça a coupé une bonne part des questions), et encore un peu plus bas, le texte que j’avais écrit, tel quel. On notera que j’avais écrit directement sur un style oral et, pire, que j’avais prévu certaines de mes blagues. Mais pas toutes, et notamment pas mon imitation d’Anaël Verdier à 4:30.

 

 

En ce qui concerne la pose en costume spécifiquement, vous pouvez être amené•e•s à organiser des séances photo spécialement avec des photographes, mais aussi à être sollicité•e•s directement par des photographes lors d’événements costumés, comme ici, les journées grand siècle, des conventions…, et on va voir que ce n’est pas la même chose.

Globalement, les conseils que je vais donner peuvent s’appliquer à l’un ou l’autre cas, mais lors d’événements c’est quand même davantage une ambiance « Débrouille-toi pour être bien sur la photo ». Bon. La première chose, c’est de vous demander pourquoi vous souhaitez vous faire prendre en photo. Pas pour vous demander si c’est légitime, parce que ça l’est, mais parce que vous n’utiliserez pas les mêmes moyens pour remplir les mêmes attentes et que vous penserez votre séance photo différemment. Est-ce que vous avez envie d’une belle photo de profil à mettre sur Facebook ? De montrer votre travail de costumier•e (J’imagine qu’il y en a) ? De conserver le souvenir d’un moment ? De créer une image artistique ? Moi, je sais qu’en tant que modèle photo je suis paradoxalement accro à un point qui touche au fétichisme aux photos backstage et souvenirs, et que j’ai besoin d’être une personne totalement différente dans l’un et l’autre contexte pour que l’image me fasse plaisir.

Dans la préparation d’une séance (ou d’une sortie d’ailleurs), je n’ai pas envie de vous donner un cours de maquillage ou de choix des matières ou vous faire l’affront de vous rappeler de bien mettre un jupon sur vos paniers parce que ce n’est pas ma place, mais en général en photo on n’aime pas trop les choses qui brillent, peaux comme vêtements. Il y a des exceptions, mais c’est plus difficile à gérer pour le photographe, et on a envie que notre photographe soit heureux. Également, je préconiserais à celleux qui ne maîtrisent pas totalement l’art du maquillage et qui devraient néanmoins se débrouiller seul•e•s d’en faire le moins possible. Un teint bien poudré c’est ce qu’il y a de plus important, et c’est bien plus facile de vous mettre en valeur si vous n’avez pas trop chargé en matière et en couleurs au préalable.

S’agissant de la pose à proprement parler. Un écueil qui peut se présenter très rapidement quand on pose en costume, c’est de se laisser « manger » par le costume. En quelque sorte, de faire non pas une photo de vous en costume, mais une photo du costume et il se trouve que vous êtes dedans. C’est normal. Le costume est particulier, potentiellement imposant, alors que vous vous côtoyez vous-même tous les jours. Et on a souvent tendance à se cacher en photo quand on n’a pas l’habitude de poser parce qu’on n’assume pas forcément d’être dans une position où on se met en valeur. Mais vous pouvez vous mettre en valeur ET mettre le costume en valeur, et même que le costume sera mieux mis en valeur si vous acceptez de vous mettre vous-même en avant.

Donc, détendez-vous. Laissez-vous imprégner par votre costume. En plus, si ça se trouve vous êtes dans un château ou un lieu chargé d’histoire. Tout ce que vous avez à faire, c’est absorber l’énergie de votre environnement, ce qu’il vous évoque, et le renvoyer dans l’objectif assorti de votre propre présence. Le costume, quand on ne s’en sert pas pour se cacher, est une aide formidable parce qu’il porte en lui-même toute une mise en scène préexistante. Il vous cadre, et vous n’avez plus qu’à vous autoriser à exister avec ce cadre. Pour vous inspirer davantage, vous pouvez aller dans des musées, regarder des tableaux, voir comment les peintres de l’époque représentaient leurs personnages, mais poser de façon naturelle c’est vraiment de l’ordre du feeling. Vous pouvez vous raconter une histoire dans votre tête, mais essayez autant que possible de ne pas le faire avec des mots et des pensées formelles, mais plutôt de ressentir les impressions que vous auriez si vous la viviez, ce qui déplacera votre imagination de votre tête à votre corps. Et jusqu’à preuve du contraire on pose avec son corps.

Il faut garder votre corps en tension. Pas crispé, mais en extension permanente. Ça ne veut pas dire que vous devez cambrer le dos et bomber le torse en permanence, attention ! On peut très bien être en extension dans les muscles tout en adoptant une position rentrée, fermée, qui peut être très expressive et très esthétique. Mais le fait est que votre pose doit être dynamique et engager tout votre corps pour fonctionner, même vos jambes qui sont cachées sous votre crinoline. La colonne vertébrale déliée, ça vous permet de garder la technique dite du « cou de pigeon » pour éviter les plis disgracieux, d’être mobile au niveau des épaules, qui enverront un message totalement différent, et de puiser assez de confiance en vous dans votre posture pour ne plus être tenté•e•s de vous cacher. C’est gratuit. Une fois que vous avez fait ça, que vous êtes en énergie et que vous habitez vraiment le costume – je pense aux cours de la Comedia Del Arte où on parle d’ « Allumer le masque », ça se rapproche énormément – vous pouvez vous positionner en faisant toujours partir vos mouvements de votre centre moteur. Ça n’a pas de sens de vous placer, de vous couper du mouvement, puis de bouger juste un bras. Donc vous avez besoin de rester en énergie entre les poses. Et, oui, c’est pour ça que poser c’est physique. Pour tricher un peu et renforcer cette impression de dynamisme, vous pouvez poser un peu de trois quarts, pas tout à fait de face, ça donnera l’impression que vous êtes au milieu d’un mouvement. D’ailleurs, vous devez être au milieu d’un mouvement. Si je m’assois sur une chaise, je continue à être en train de m’asseoir tout le temps que je passe sur ma chaise. Au moment où je me considère en position arrivée, je perds mon intention. C’est fatal.

Dans la pose, vous utilisez votre énergie et vos sensations pour vous placer, mais une « bonne pose », c’est plus complexe que le fait de se mettre dans une bonne position. Il y a un jeu de regards et d’intéractions qui se noue entre le modèle, le photographe… et la lumière. Donc ça veut dire que vous devez vous laisser influencer par la façon dont votre corps réagit à ce que vous voulez exprimer, à l’endroit où est le photographe (comment cadre-t-il ? est-il en face de vous ? En contre-plongée ? En plongée ?) et à la façon dont la lumière vient se poser sur vous. Est-ce qu’elle est zénithale, est-ce qu’elle vient plutôt de côté ? Est-elle dure ou plutôt atténuée ? Quelles ombres est-elle susceptible de faire tomber à quels endroits de mon corps ? Typiquement, si vous posez en extérieur en plein midi, vous aurez des ombres très dures et je préconise d’ailleurs de vous déplacer à l’ombre ou d’essayer d’inventer un léger contre-jour, alors qu’un ciel nuageux vous laisse un peu plus libre parce qu’il diffuse la lumière. Et ça, on aime.

Sur le visage : on a déjà parlé de l’expression et de la position du cou, mais sur un aspect purement technique, si vous avez le regard vers l’objectif, c’est bien de regarder un peu plus haut, à la naissance des cheveux du•de la photographe, pour avoir les yeux bien ouverts et qu’ils prennent la lumière. Également, lever légèrement la tête vous permettra d’esquiver les fameuses ombres qui tombent pile sur vos cernes et vous donnent l’air d’être allé•e à une zombie walk alors que c’est Downton-sur-mer. La lever légèrement de biais par rapport à l’objectif joindra l’utile à l’agréable en évitant de montrer l’intérieur de votre nez. Et, pour détendre votre visage, n’hésitez pas à y aller de quelques grimaces entre les prises. Si vous êtes sur la même pose depuis un moment et que vous sentez que vous êtes en train de vous figez, répétez le mouvement pour en retrouver la sincérité. Et cessez de vous excuser d’être là. Je vois des tas de photos de gens contents d’être en train de faire une belle photo d’eux mais qui ne veulent pas qu’on se dise qu’ils se prennent au sérieux et qui ont ce petit demi-sourire ironique qui dit « oui, bon, je pose, mais franchement ce n’est rien, c’est pour la blague ». Et même si c’est important pour vous ? Quel est le problème ? Autorisez-vous à vous prendre au sérieux le temps de quelques photos !

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Back to pagan

Pour son défilé au MAGIC de cette année, Clara Maeda n’a pas lésiné sur les inspirations, ni sur la mise en scène : un mélange de diverses mythologies préchrétiennes, de tableaux de Botticelli et de Mucha, et de diverses philosophies asiatiques ont donné un mélange, ma foi, plutôt très harmonieux, toujours sur la musique de Yaneka jouée en live par Yuichirô. Pour ma part, je figurais la Norne de la mort, mâtinée de Moire et de religion bouddhiste.

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Photo : Jess Grinneiser
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Photo : Jess Grinneiser
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Photo : Alexandra Banti
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Anne Boleyn

Il s’est produit quelque chose de chouette au Château d’Ecouen, qui abrite le Musée National de la Renaissance, ce week-end : la conférence de mon ami Sébastien Passot, aka Le tailleur Sincère, sur la reconstitution de costumes historiques et notamment la période du XVIe siècle, et notamment la cour d’Angleterre à l’époque où Anne Boleyn était courtisée par Henri VIII. L’on y a appris un tas de choses intéressantes, et le public (130 personnes quand même, ce qui revient à dire que la salle était pleine) semblait de cet avis. Quant à moi, je m’y suis fait habiller en live en compagnie de Fox Pan, qui incarnait le roi d’Angleterre.

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Défilé Clara Maeda

Brume – De la légende au mythe

J’ai passé le week-end dans un endroit où je n’aurais jamais cru mettre les pieds, encore moins apprécier ça: j’ai nommé la principauté de Monaco. Clara Maeda m’avait écrit il y a quelques mois de cela pour me proposer de participer à deux défilés, tous deux organisés à l’occasion du MAGIC, c’est à dire le Monaco Anime Games International Conferences. Un événement sympa donc, avec une liste de guests longue comme le bras, et pas des moindres, Yoshitaka Amano (le dessinateur de Final Fantasy) côtoyant Franck Pitiot (Perceval dans Kaamelott), juste. Ca sentait pas la réunion de bouseux cette histoire.

Ca, et puis c’était l’occasion de revoir Clara, parce qu’on ne l’aurait pas cru, mais depuis que je m’étais changée sous ses jupes en 2011, on ne s’était pas revues. Or j’aime beaucoup Clara. Elle a une jolie âme, et ça se voit dans tout ce qu’elle fait; en l’espèce vous avez l’occasion de le constater via ses créations et l’histoire qu’elle leur a fait mettre en scène par l’entremise de nos corps:

«Aussi loin que je me souvienne, aucun paysage ne m’a autant transportée que mes
forêts ou mes campagnes normandes recouvertes de brume.
Lorsque j’observe cette brume, c’est comme si le temps était tout à coup suspendu,
que s’ouvrait sous mes yeux le passage vers un autre monde,
mystérieux et onirique, où plus rien n’existe mais où tout peut arriver.
Ce sentiment adolescent, je l’ai retrouvé presque intact à l’autre bout du monde,
lorsque mes montagnes japonaises recouvertes de brume semblent soudain
se perdre dans les nuages.
C’est dans ce monde suspendu entre réalité et rêve, entre vie et mort,
entre histoire et fiction qu’errent mes héroïnes de soie et de chiffon.
Qu’elles soient de forme humaine ou animale, couchées entre les lignes d’un conte ou
d’une page d’histoire, à travers elles la croyance devient légende,
la réalité devient mythe.
Sacrifiées par amour, par devoir ou par la force de l’histoire en marche,
sous leur apparence fragile transparaît un regard perçant de force et de majesté.
Entre mode et musique,
comme un hommage à la beauté de l’éphémère devenu immortel.»

Bref, une offre qu’on ne peut pas refuser. C’aura été l’occasion pour moi de prendre l’avion pour la première fois (bon, de France à France, mais tout de même), de constater que j’ai l’oreille interne TRÈS sensible, puis de trouver comment remédier à cela pour de prochains voyages, mais aussi d’observer la vie la nuit dans un aéroport: prendre trois noctiliens à la suite pour avoir le vol de 7h me tentant moyennement, j’avais décidé de prendre le dernier RER et de passer la nuit sur place à écrire des dissertations, lire du Joseph Conrad et regarder des épisodes de Battlestar Galactica. Un cafouillage m’a fait arriver un jour trop tôt, j’ai donc passé mon jeudi à me promener dans Nice, à prendre la mer en photo, et à simplement me poser sur un rocher ou l’autre en écoutant les quelques vagues et en respirant la légère odeur du sel. Il faisait un temps radieux, au point que je me sois changée au milieu de la promenade des anglais pour avoir moins chaud, pourtant ce que m’a donné mon capteur c’est ça:

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J’aurais probablement pu faire ça toute une semaine mais, cette petite escale ayant porté à 42 mon nombre d’heures de veille consécutives, j’ai repris un petit train pour Monaco et après m’être posé moultes questions sur l’architecture de la salle Garnier (l’opéra monégasque donc) j’ai retrouvé la team Maeda: Clara, évidemment, Margaux (qu’on ne présente plus) à la coiffure, Vanessa Brooke et Raoul Alejandre venus spécialement de Los Angeles pour nous maquiller, le duo musical YANEKA en les personnes de Yuichirô et Chiyako Maeda, qui m’ont juste littéralement transportée, et pendant les défilés pendant lesquels ils jouaient sur scène avec nous, et après parce que je me suis empressée d’acheter leur dernier album, de grâce et de talent, l’équipe des modèles au complet (Johanna la poupée russe, Line la princesse de glace, Préscillia le cygne, Klara la grue, Nella en Marie-Antoinette (la lettre), Rebecca en Marie-Antoinette également (le déclin), Céline, en Elizabeth, et  Victoria la sirène), Alexandra Banti aux photos, et Tamara qui assistait Clara.

Le premier défilé, celui du vendredi soir, se déroulait lors d’une soirée de gala dans un grand hôtel monégasque (en même temps, j’ignore s’ils en ont de petits), en toute simplicité.

Défilé Clara Maeda
On est d’accord que tout est parfaitement normal. Et, oui, je porte une couronne sur la tête. C’est une pièce de collection.
Défilé Clara Maeda
Non parce qu’il faut vous imaginer la musique théâtrale derrière, aussi. Ne serait-ce que pour la partager avec vous, j’ai hâte que la vidéo officielle sorte…

Ca ça s’est plutôt très bien passé. Clara a eu beaucoup de très beaux retours, ce qui n’augurait que du bien pour la prestation du lendemain. Avant de poursuivre sur le sujet j’aimerais néanmoins aborder un petit point sociologique: avant de rentrer dormir, plusieurs d’entre nous avaient faim, et globalement envie de se faire du mal avec de la nourriture aux qualités nutritionnelles et diététiques discutables; en un mot comme en cent, nous sommes allées au Mc Do.

A Monaco oui.

Eh bien à Monaco le Mc do c’est un peu comme ton dealer, c’est planqué au point que pour le trouver tu es obligé de passer par là:

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Oui. Il faut le mériter, ton petit charolais.
garnier
Je rappelle que ça c’était le point d’architecture devant lequel j’étais restée perplexe le matin même. Il s’agit du même bâtiment. Je ne comprends pas.

Voilà. Le lendemain une certaine routine de préparation s’était installée en loges et on avait déjà un peu tous fait connaissance (et trouvé le code du wifi du forum Grimaldi), alors ç’a été encore plus chaleureux. On a papoté de tout et de rien, chanté du Edith Piaf en chœur histoire d’offrir un GROS cliché français à nos deux Américains et à nos deux Japonais, j’ai expliqué mon travail du moment (et le magazine qu’il sert) plusieurs fois et en deux langues différentes, on est sorties faire des photos dans le jardin japonais situé face au forum, le gardien a voulu nous en empêcher, Cédric Biscay, l’organisateur du festival, nous a sauvées, et…

toutestnormal

 

rock
Je porte le paon, mais je suis punk. Zut.

Et à un moment on est montées sur scène, quoi. Nous avions tout répété la veille avec Clara, et la scénographie qu’elle nous avait proposée était aussi poétique que tout le reste. En fait, c’est très agréable de défiler pour Clara parce qu’elle propose quelque chose de plus, et parce que d’autre part elle sait déléguer et avoir un véritable échange dans la création. J’en discutais avec une amie dans le RER du retour, et c’est tout à fait simple en fait: elle sait déléguer parce qu’elle sait faire confiance, et elle sait faire confiance parce qu’elle est elle-même digne de confiance. Du coup, bah ça marche bien.

Défilé Clara Maeda

0Défilé Clara Maeda

Défilé Clara Maeda

Défilé Clara Maeda

Défilé Clara Maeda

 

Surprise supplémentaire: une photo de moi par Julie de Waroquier avait atterri dans l’article de Blender consacré aux créations de Clara!

blender

 

Je crois que j’ai envie de conclure ce post avec des remerciements pour toutes les personnes qui étaient là, qu’elles aient été revues ou rencontrées, dans chaque cas ça a été beau. Et quoi de mieux pour ça que le selfie final en direct du portugais où nous avons fini la journée?

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Tendresse et chocolat !

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Les Princesses Corsetées

Je n’avais rien prévu de mon samedi après-midi, mais heureusement, Ivy était là pour arranger cela. Depuis 14 mois, elle préparait une collection de robes corsetées basées sur 14 princesses Disney, reprises bien évidemment à sa sauce. Un défilé, un calendrier, un petit livre étaient prévus… Et puis l’heure du défilé, programmé après une projection de La Belle et la Bête au cinéma Abel Gance à Courbevoie, a changé. Ivy n’avait plus d’Anna et m’a demandé si je ne pouvais pas jouer ce rôle. J’ai donc fait mes devoirs (regarder Frozen essentiellement, tout en me mettant un tas de chansons dans la tête au passage) et suis arrivée au cinéma pour me faire coiffer par Claire Storelli et maquiller par Marie Sereng, et… Et en piste quoi.

Quelques photos pour vous montrer donc la réinterprétation d’Anna, de Gwen GrimBenoît Rugraff et Mayoka.

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Et une petite photo d’ensemble pour la route!

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Preparty Demonia 2014

Vous vous en serez aperçus, faute de temps je ne suis plus vraiment présente dans la partie fétichiste de notre petit monde. Il y a des choix à faire et des concessions à définir, mais rien n’est définitif; ainsi, ce soir, j’ai consenti à une entorse à mes habitudes en défilant pour la très talentueuse Joëlle, créatrice d’Atelier Sylphe Corsets, qu’on ne présente plus, à la pré-party de la soirée Démonia. Il faut dire qu’assez peu de gens dans le monde ont cette capacité à me faire défier le continuum espace-temps.

Joëlle m’avait demandé une coiffure un peu relevée, comme un chignon banane, et c’est MademoiselleCherie qui a gentiment accepté de me le réaliser avant mon départ pour les Crayères des Montquartiers. Dans l’intervalle, une furieuse recherche de modèles remplaçants, la faute aux grèves, m’avait fait intégrer Marie-Ange à notre défilé, et j’ai appris que plusieurs têtes connues seraient avec nous en backstage. Bien; au milieu de la foule des inconnues, il est toujours bon de trouver quelques repères.

Normalement les selfies ne sont pas mon truc, mais pour une fois qu’un chignon banane me plaît, j’ai décidé de l’immortaliser avant le passage sur scène. Voilà, c’est classe, j’ai du mal.

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Côté habillage, Joëlle me réservait un corset blanc et argent et une manche asymétrique garnie de LEDs. Autant vous dire que dans les loges peu éclairées, celle-ci s’est révélée l’alliée fidèle des retouches make-up de tous poils. J’ai fait un peu connaissance avec mes compagnes défileuses, et je crois bien que j’ai proposé à l’une d’elles de la prendre en photo « sijamaisunjourenfinsituveuxjeveuxdirej’aimeraisbien ». Et puis est venu le moment du passage sur scène. Aucune photo de groupe n’est parvenue jusqu’à ma connaissance pour le moment, mais les tenues de la collection, thématisée résolument futuriste, étaient toutes plus belles et recherchées les unes que les autres. En attendant, voici une photo de la tenue que je portais, prise par Hervé Photograff:

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Je suis repartie presque aussitôt après pour cause de transports et de « NON tu ne me paieras pas le taxi enfin! >< » , avec donc Marie-Ange et ses amies (on dirait un dessin animé), dans une voiture où a eu lieu un… craquage à base de little big et de miaulements.

Bref, je remercie tout le monde pour des raisons de gentillesse et de talents variés, et peut-être que je vais revenir plus souvent en soirée, qui sait?