Astrum Argentum

En ce moment je lis Dare to Lead de Brené Brown. Ce livre m’est incroyablement utile sous un grand nombre d’angles différents, et dernièrement je me suis pliée à l’un des exercices qui consistait à isoler deux core values au sein d’une liste – une très longue liste que je me suis chargée d’allonger encore.

Et c’était terrible parce qu’une fois virées les valeurs qui ne résonnaient vraiment pas – comme Beauty, Family, Career, Tradition ou Patriotism, je me suis retrouvée avec beaucoup de valeurs qui étaient importantes pour moi et avant même de débuter la phase où je marchandais (« Oui, mais finalement je ne pense pas que vulnérabilité et courage puissent exister l’une sans l’autre donc est-ce que je ne pourrais pas… »), avant celle où j’isolais ce qui, de la liste mais surtout dans ma vie, était moins une valeur qu’une qualité que j’avais / une qualité que j’avais envie de développer / un mode d’application d’une autre valeur / autre, il a fallu que j’admette que certaines valeurs étaient prioritaires sur d’autres, à mes yeux, dans ma vie. Et pour quelqu’un dont le motto habituel c’est « choisir c’est pour les autres », il faut avouer que ça n’allait pas de soi.

Je ne vous donne pas mon résultat final mais un mot qui est resté en lice très longtemps, c’est le terme « pugnacité » – persévérance en réalité, mais on sait tous ce qu’il en est de ma persévérance – et je crois que le projet Paradoxal exemplifie bien pourquoi.

We don’t give up.
We don’t walk away.
We don’t let people down.

People letting us down are not an excuse to stop.
We only have one episode left to get out before our jobs are done.
We hold onto it.

We finish things.

(Je voudrais en profiter pour remercier Gautier qui est quand même vraiment mon meilleur complice à tous les niveaux, parce que ce serait beaucoup plus difficile de rendre justice au travail de cette équipe sans lui.)

Sélection au webisode film festival

Bonjour !

Il s’avère que Sans Vouloir vous Déranger, dont la saison 2 est en cours de post-production, a été sélectionnée au Webisode film festival, qui se tiendra à Houston fin avril.

Comme un peu toutes mes tentatives en festival, je l’ai faite sans trop croire à une sélection mais en me disant qu’il serait plus bête de ne pas le faire que de le faire. Pour vous donner une idée, je m’en aperçois maintenant alors que le festival m’a notifiée il y a… un mois. Ahem.

Autant vous dire que c’est la joie !

Le Magicien

Chez moi, au Maquis, il y a un montant d’étagère couvert de post-its, eux-même couverts de listes de tâches. Chaque post-it correspond généralement à un projet et est souvent partiellement stabiloté.

L’une de mes occupations favorites est de détacher des post-its de cette étagère.

Le post-it de Paradoxal n’est pas encore prêt à être détaché – mais, et ceci très officiellement, plus de la moitié de ce qui a été tourné est aussi terminé et sorti. Et ça c’est beau.

Comme pour l’épisode 1, il y a deux versions de l’épisode 2, dû aux reshoots des scènes avec Viviane ; ce ne sera pas le cas des épisodes 3 et 4, qui seront les finaux et sortiront… quand ils pourront 🙂

The last part of hero’s journey

C’est la partie à laquelle je n’ai jamais prêté plus attention que ça, à vrai dire. Le héros revient de son voyage en terres étranges, changé, porteur de l’objet de sa quête, et il n’a plus qu’à le partager avec le monde ordinaire. Hop, fini. On passe à la suite.

Sauf que ce n’est pas si simple de partager ce qu’on a appris. Ce n’est pas si simple de revenir, profondément transformé, dans un monde qui, lui, n’a pas changé. On revient plus fort, plus sage, plus vulnérable, plus authentique, plus en paix ; et le monde est toujours cette nébuleuse d’insécurités, de peurs et de faux-selfs qui a largement contribué à rendre le voyage nécessaire en premier lieu.

Il y a ce moment où vous revenez du voyage et où ceux que vous aimez, que vous estimez même, ne voient rien d’autre que la personne qu’elles aiment et qui a été absente longtemps ou non. Le temps a continué à passer pour eux – mais vos vitesses, le temps de ce voyage, se sont désynchronisées et il vous semble qu’eux sont restés sur place et que leurs yeux ne voient que ce qui est resté sur leur ligne temporelle propre – et vous souriez en vous faisant, de nouveau, à vos habitudes et à vos rituels, mais à l’intérieur vous avez envie de hurler voyez-moi. Alors vous n’avez qu’une hâte, repartir, continuer à changer, voir quel est le prochain horizon – et vous voudriez tellement les emmener avec vous mais vous savez que chacun est responsable de son propre voyage. Vous préparez votre prochain écriteau pour l’auto-stop, économisez pour le prochain billet d’avion tout en culpabilisant au sujet de votre bilan carbone – vous optez pour le train si vous le pouvez.

Mais voilà : le voyage du héros n’est pas géographique. Et vous ne pouvez jamais prévoir où se trouve le monde surnaturel, et où se trouve le monde ordinaire. Parfois vous partez physiquement et vous trouvez de la magie, et parfois c’est le monde ordinaire – et le plus souvent c’est un mélange des deux parce qu’il vous faut rester en vie pendant que vous vous développez.

Et le monde ordinaire – parfois ce n’est pas juste inconfortable d’y retourner. Parfois vous êtes parti depuis tellement longtemps que vous ne savez plus comment il fonctionne.

Et lui, il ne vous comprend pas. Il ne vous accepte pas. Il n’a même pas envie de vous aimer. Parce que vous êtes un grain de sable dans sa mécanique bien huilée. Un grain de sable, ça se broie ou ça s’éjecte.

Le monde ordinaire peut prendre la forme d’un endroit, d’un groupe de personnes, d’une relation. Le monde ordinaire essaie de vous happer en son sein – de vous changer de force – de vous faire redevenir comme vous étiez auparavant, plus petit, plus facile à ranger dans une case, plus… adapté.

Il ne le fait même pas à dessein. Il n’en a même pas conscience. C’est seulement que c’est le seul fonctionnement qu’il ait jamais eu. Il n’a pas l’impression d’être malveillant. Il ne sait pas qu’il vous demande de vous adapter à ce qui vous apparaît désormais comme un processus d’autodestruction programmée.

Mais il le fait et quand vous n’avez pas la possibilité de vous échapper, la douleur qu’il vous inflige – elle peut être terrible.

C’est la douleur de se sentir rapetisser, de régresser de force, de deviner l’objet de votre quête en train de disparaître hors de votre vue et de votre prise et votre capacité à le partager avec eux s’amenuir à mesure que les heures passent. De voir surgir des démons que vous pensiez avoir vaincus cent fois – why am I still dealing with this shit ? Votre temps se dérègle mais c’est vous qui vous perdez à l’intérieur, et vous ne savez plus – peut-être que tout ce que vous avez cru apprendre n’était qu’un mirage. Peut-être n’avez-vous jamais changé.

Et peu importe le nombre de preuves que vous aurez ramené de vos voyages, peu importent les témoins de confiance vers lesquels vous vous tournerez – le monde ordinaire vous fera douter.

Il y aura des refuges, bien sûr. Dans les ombrages d’une tasse en céramique et l’odeur du thé que vous y verserez et les stylos à dessin et les carnets que, même là, vous pouvez emmener. Dans les jeux de lumière d’une bougie à travers la glace, dans le regard des quelques personnes étant déjà passées par là et qui vous voient – mais elles ne peuvent pas vous sauver.

Parce que comment communiquer avec quelqu’un qui n’a pas accès à ses émotions si votre propre vulnérabilité ne fait que l’effrayer ? Comment passer pour autre chose qu’un fou si vous êtes à même de formuler clairement vos propres problèmes si votre interlocuteur n’a pas conscience qu’il – que tout le monde – en a également ? Comment survivre armé de bienveillance si tous ceux qui vous entourent la considèrent comme une faiblesse ?

Comment se déplace-t-on nu dans un monde où tout le monde porte une armure ?

C’est difficile. Et plus vous avez appris à vous entourer de gens qui reviennent régulièrement de ce voyage, moins vous êtes armé pour ceux qui n’y penseraient même pas. Vous ne parlez plus la même langue. C’est comme si, lorsque vous souriez, ils entendaient un grondement menaçant. Et ils grondaient en retour ou fuyaient ou essayaient de vous réparer.

Je ne sais pas encore comment faire.

Parfois il a fallu s’arracher le coeur pour simplement survivre, et je ne sais même pas comment on fait ça, parce qu’en réalité il ne faut pas. Parfois il y a ce sentiment de gratitude, intense, lorsque vous réalisez à quel point sont précieux les gens qui font partie de votre vraie vie – ceux qui peuvent vous accompagner dans les deux mondes, le surnaturel et l’ordinaire. Et même lui vous étouffe parce que vous ne savez plus où se trouve le sol ni comment y fixer vos pieds.

Loin d’aucun d’entre eux, le retour au bercail se transforme en parcours du combattant et vous êtes là à essayer de vous rappeler comment ça fait quand ça grandit. Et peut-être qu’à un moment donné vous vous rappelez que ça fait mal aussi. Et peut-être aussi que vous n’êtes juste pas pour tout le monde – que l’objet magique ou l’élixir ou quoi que soit ce que vous avez ramené des contrées du rêve ne leur est pas destiné et que c’est pour ça que vous ne pouvez pas être vous-même auprès d’eux.

Et il faut avancer.

On ne parle pas assez du retour au monde ordinaire, parce que c’est la partie la plus terrifiante à mes yeux. C’est le moment où vous craignez de, peut-être –

de perdre ce que vous êtes devenu lors de votre voyage.

Et c’est intolérable mais il faut avancer.

Parce que, si vous essayez de vous accrocher à la pensée de ce que vous êtes devenu – si vous consacrez tous vos efforts à ne pas régresser, à rester en place, à sauver ce qui peut l’être, alors vous ne sauverez rien.

Spacefleet S1E3

Je suis la violence de ton jeu de 2015, propulsé avec vivacité et précision en direction de ton nez quatre ans plus tard.
Je suis le souvenir des journées de tournage géniales avec les copains, et des rencontres aussi.
Je suis la preuve que face aux retards de post-prod, le désespoir est futile.
Je suis l’épisode 3 de la websérie Spacefleet, et je me nomme « La chirurgie esthétique ».

Tea houses

Step 1 in every journey : put it on the new ground and feel like you finally came home. Feel it. Allow yourself to.
Step 2 : find tea, and those who love it.
And then you’ll be fine.

When I first flew to Belarus, I had no idea what to expect. Well. That’s not true. I had some ideas, given the friends who had told me stuff they had experienced here, in that same context. The school. The nine-months long intensive acting school they had attended and I was going to go to myself.

They didn’t tell me much about the country itself though – or the culture. Everything was about the school and now that I am here myself, I get why. I don’t think they had time to go out in the world, I know I don’t. So I started to steal it because if not I’d probably die.

They mostly told me about each other, about their connection. “These strangers you’re afraid of meeting now, they said, talking about my soon-to-be French classmates, there is no way you keep see them as strangers after a month.” Well. It’s been five, and they are now as strange to me as can be. The harder I tried to reach out, the further they went, to the point that I thought – it’s just not for me. Why in the name of sanity would I put myself in such a situation?

By that time I did learn a thing or two about connection, though, from the tea bunkers I’ve been discovering under the ground of this city. You would never guess they’re here. You’ve walked for over an hour under the snow in this almost all-soviet-styled city, and then you push a door and take a stairway that leads to a corridor – and there you are. Tea houses. They’re the safe spaces you’ve been longing, and they’re the common ground from where you’ll be able to heal and grow out.

Connection doesn’t lie in all the What’s your names and the Where are you froms. It’s not about over-communication or spending all your time in the same rooms without seeing each other, or even sharing a same language. Most times, connection doesn’t even require words.

It’s the little things. It’s that person brewing tea, gong fu cha-style, in the middle of the streets for strangers and trusting you with the teapot while he walk away for a bit. It’s the ones who won’t let you circle back to your favourite oolong because they understand who you are and why you’re here, it’s the moment when you’re just sat but they’ve been watching you and they decide that you’re ready and it’s time, and they bring the special teas out and share them with you. It’s the French lyrics that pop under the roof because you’re from France and basically the only person here. It’s that one who noticed that you liked that little flat pig ceramic so much that you came back for it – and now he won’t pick another one for you, whenever you come, and it’s the smile you exchange when it’s your turn to notice.

“I see you.”

It’s actually funny, how easy it is for some people to make you feel like you belong, without actually using any words, without saying anything – because they can’t. Because you don’t share a language with each other.

But it makes sense.

It makes sense because connection was never a matter of communication. It’s not the words or the big conversations or the hugging, it’s not even the kissing and the sex. Connection can happen in the middle of all these things, but it’s not what it is. Connection is about seeing someone and noticing that, at that same moment, they are actually seeing you too.

Wherever I went, tea was always a life-saviour – would I share it with people or have it shared by them. Because when it’s not wild nature, when it’s cities and humans and buildings, you have to reach out to someone. Otherwise you’re just consuming the hell out of the place you’re traveling to.

Tea is my common ground. It’s the way I can connect with someone. It’s how I travel, and from where I can find my feet.

It’s actually funny
how easy it is for some people
to make you feel like
you belong.

(How about you start paying
more attention
to these people.
Hmm ?)

Réminiscences

Aujourd’hui sort officiellement une nouvelle écrite, je crois, cet été, appelée Réminiscences. Comme souvent, les tâches ont été partagées : j’ai écrit l’histoire et mes amis m’ont aidée pour le titre. Celle-ci répondait au sujet d’un appel à textes : Revenir de l’avenir.

À part ça, j’ai trouvé mon endroit préféré personnel de Minsk ; il s’agit sans surprise d’une maison de thé où j’ai passé les vacances de Noël à avancer sur le roman en cours. Le Roman (Tm) ou du moins son premier jet a maintenant dépassé les 85 000 mots, et je ne sais toujours pas comment il se termine – mais il continue à avancer, et des morceaux du reste aussi.

Prenez soin de vos songes !

Ma fiction

-So…, remember that girl I murdered two years ago ?

Elle avait dit ça en anglais, tout en écrasant le mégot de sa clope sur le dessus de la poubelle couverte d’une fine couche de glace d’un geste paisible. Le premier détail aurait pu ne pas m’alerter, le second aurait dû le faire : elle ne fumait jamais, ou plutôt il n’y avait qu’elle qui le faisait.

-Well, I finally came to Belarus and I buried her.

Et je sentais que c’était – il me semble que j’aurais dû savoir que c’était faux, ce jour-là. Mais je ne m’en suis rendu compte qu’en rentrant à la maison, quand le thé parasité par le goût persistant de la nicotine me l’a rappelé.

-I fuckin’ need to write.

Cette fois c’était moi qui parlais – je le sais parce qu’elle n’aurait jamais attrapé l’ordinateur pour se mettre au travail, elle se serait assise dans un coin en écoutant de la musique et elle aurait pensé à ce qu’elle aurait dû écrire – elle se serait perdue, sans doute, dans les pages et les pages de notes déjà existantes pour s’émerveiller de leur présence. Pas moi. Je n’ai pas eu besoin de les ouvrir – je savais très bien qu’elle existait cette note, je savais de quand elle datait, je savais qu’elle avait été prémonitoire sans avoir besoin de la relire – je savais qu’on l’avait tournée puis perdue, et que c’était mieux, parce que ce thème-là serait mieux à sa place plus tard, pas en passant depuis les deux côtés d’une porte de salle de bains verrouillée. Dont acte.

Et je me suis mise à écrire parce que tu as beau te dépouiller de toutes tes protections une à une, un coup de ciseaux après l’autre – il y en a toujours. Elle est toujours là et ce soir elle délire au point de croire s’être tuée elle-même, alors qu’elle ne fait que retomber au fond, à l’intérieur, toutes les fois où j’arrive à sortir du puits. Ce n’est pas l’escalade qui est dure – c’est de savoir qu’au terme de l’escalade il y a la lumière qui m’aveugle et qui me fait perdre l’équilibre, ou alors c’est elle qui me tire en arrière. Mais je me dis que c’est la lumière. Ou que ce n’est pas ce qu’elle croit. Elle pense bien faire, elle croit me protéger – elle pense qu’il y a autre chose et que c’est contre ça qu’on se bat, elle et moi, main dans la main. Mais ce n’est pas le cas parce que – ma Résistance – ma bête – c’est elle.

J’écrivais et je ne savais pas ce que je racontais mais je continuais comme si je faisais la course – avec elle. Parce que je savais qu’à l’instant où je m’arrêterais d’écrire, je l’entendrais. Peut-être même me parlerait-elle en français maintenant qu’on n’était plus que toutes les deux. Elle me répéterait tout ce dont je pourrais me souvenir – et tout prendrait tellement plus de sens. Et j’écrivais et je me raccrochais à d’autres mots en anglais mais qui ne venaient pas d’elle, pas de ma monstruosité protectrice, mais de mon amie – emotional security is no ice cream.

J’aurais bien envie d’une glace, là, tout de suite.

Ça fait un moment que j’ai envie d’une glace et que je transforme mes propres mantras de travail en cheat codes – nothing that sitting my ass down and write won’t solve. True dat, but not specific enough.

Il faut écrire sans contourner, parce que plus je contourne et moins j’ai de chances de réussir à craqueler cette armure d’ego que je me suis construite jour après jour à coups d’affirmations d’autant plus dangereuses qu’elles sont toutes vraies. Je suis assez forte pour me remettre de tout. Assez forte pour ne pas avoir besoin de nouvelles relations. Assez forte pour me détacher de la poursuite de la romance. Assez forte pour briser mes addictions – mais pas les siennes. Je ne sais p – si. Je sais très bien ce qu’il y a au milieu et ça me terrifie parce que je n’ai jamais vraiment appris à lui faire autre chose que face. Je sais l’exposer au monde et ne pas en avoir honte, je sais le sublimer en photo, en texte, en vidéo – mais je suis incapable de le serrer contre moi et de le rassurer et de lui dire que je l’aime. Et il est là à faire ce que moi, je rêve de faire trente fois par jour certaines semaines – à se rouler en boule en pleurant doucement en attendant que l’épuisement lui donne un peu de répit.

Et de savoir ça – bien sûr que l’armure ne fonctionne pas, mais à aucun moment je n’ai été assez stupide pour y croire – c’est moi qui me sens comme un enfant de cinq ans en train de pleurer juste parce qu’il n’a pas eu la glace qu’il demandait – mais apparemment ce n’est pas d’une glace qu’il s’agit, et définitivement je ne l’ai pas demandée.

Une poussière au coin de l’oeil. Elle est de retour. Elle panique même si elle tente de le cacher. La clope, elle n’aurait pas dû se le permettre – ou peut-être que c’est tout le reste. Mais elle est découverte et elle le sait, alors il ne lui reste plus que la violence – elle ne peut pas rationaliser avec moi quand je sais qu’elle est là.

-You’re better off without them. Without anyone. Et puis c’est trop tard.

Elle est passée à l’adresse directe alors. Et au français. Elle ne prend même plus la peine de se distancier. Elle sait que je sais qu’elle n’est plus sous terre, qu’elle n’y a peut-être jamais été.

Je crois que je me force à la regarder. Elle est entre lui et l’armure – peut-être qu’elle est l’armure. Mais pas seulement. Elle est l’eau autour, aussi. C’est un scaphandre ? Je me force – je la force à prendre figure humaine. Ce n’est pas la mienne qu’elle choisit, bien sûr. Je dois croire qu’elle me veut du bien – sans doute m’en veut-elle. Mais ce n’est pas ce qu’elle fait. Ses mains – je dois détacher mon regard de ses mains. Ses yeux sont emplis de larmes, comme les miens. Eux, elle n’a pas réussi à les changer. Elle est plus mince – plus jeune. Mes yeux retombent sur ses bras. Je connais ces poignets. Je peux dater cette maigreur. Et je sais à quoi correspondent ces tremblements. Et je comprends qu’avant de parvenir jusqu’à lui – elle sera sur mon chemin jusqu’à ce que je puisse – je ne veux pas réaliser que je sais comment faire et elle me sourit d’un air triomphant.

Elle s’avance vers moi et je fais un pas en arrière. Instinctivement, je renifle mes doigts. Rien. L’odeur est face à moi. Et si je me trompais ? Je ne peux pas m’asseoir. Mes cuisses sont paralysées. Je peux seulement m’enfuir, ou…

J’avance vers elle. Elle se fige et bon sang, en quoi sont mes pieds maintenant ? On est dans son monde, mon thé a dû refroidir – j’avance vers elle et elle recule, mais son monde m’appartient si je le décide. J’avance vers elle, je pourrais presque la toucher – la frapper.

Je l’enserre de mes bras. Je pourrais l’étrangler. Elle tomberait au fond du puits. Ça me donnerait du répit. Peut-être que je me sentirais vivante d’une autre façon que la sienne, de nouveau. Quelques temps. Puis tout s’effacerait et je me dirais que rien n’en vaut la peine, mais ça serait arrivé – je la serre doucement contre moi et plus moins étreinte est douce moins elle arrive à se débattre et plus ça se déchire à l’intérieur de nous deux. Et ça brûle, et il y a trop de sel dans mes yeux maintenant – elle a mal et je me demande si c’est de ma faute. Elle a mal et elle est comme lui, comme moi qui ne l’admets pas – elle n’a pas besoin de me détruire, mais elle a besoin de moi pour cesser d’exister.

-Je t’aime, je lui dis. Laisse-moi s’il te plaît.

Mes bras glissent sur le vide et je trébuche en avant sous mon propre poids. Elle a disparu. Je me demande où elle est passée.

Je me demande si elle est au fond du puits.

J’ai peur de la revoir. J’ai peur de ne plus jamais la revoir.

Je n’ose pas regarder.

The other hideaway

Fear not. In here, you are safe.
Every last thing inside bites,
Yes, but only at oneself.

Not that you have yet seen
The underneath of that peel.
How do you scratch yourself in ?
You may not. You ask. Politely.
And then you may come in.

You might find yourself lost at first
In this messy, yet familiar labyrinth.
You are not ;
The walls will be holding you
As much as they need company.
So reassure yourself.

While you take one step after another
If you ever rise your fingers
Against bricks and paper and clay,
You could feel the breathing, endearing sighs
Of what’s been left inside.

Then you’ll cross figures in the shadows
– Do they live ?
This you shall find out for yourself
Clues here cannot be handed
– Only heard from lost whisperers.

Fear not, here you are safe
And the house can’t stay
Around of you for long.

Fear not, here you are safe
Although you can’t leave it
It will leave you in time
And without noticing
You will stay there and chafe
The very roots from which
You’d been living inside.

Fear not, but be safe.
If you ever come back
There’ll be two of a kind
That shall fall together.

Je crois que je me suis un petit peu inspirée du premier roman de mon amie Zoé, alors, je lui ai emprunté un peu de titre.
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