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Arrivée

Selon les critères européens, les critères de l’ouest plutôt, c’est une forêt – une friche peuplée d’arbres, qui sont en fait des tombes mais dont on a évidé les troncs pour leur permettre d’accueillir la vie. Le sol ne nous repousse pas – mais il se rend impossible à ignorer. Certains des morts se passent même de pierre, et l’on peine à distinguer les buttes de terre des simples irrégularités du terrain ; aucun nom n’est lisible, pas aujourd’hui, pas en l’état, mais il y a toujours les portraits. Les sépias délavés et les regards d’autant plus mystérieux qu’ils se sont figés pour répondre aux exigences de l’époque en termes de longueur de pose ; et d’autres, de vrais arbres emplis de sève. Vivants. Il faut en trouver un, particulier, qui ne soit pas trop proche du sentier des humains, mais pas trop loin de leurs lampes – puisque le coucher du soleil est passé. Un, enfin, qui ne soit pas à l’intérieur d’une tombe – et s’y asseoir. Et lire. Lire le siège de Paris alors qu’une autre armée semble se livrer bataille au-dessus des cimes : les corbeaux. Ils sont nombreux, ne se gênent pas pour le faire savoir ; ils règnent, ici, sans amuser aucun touriste. Le désordre des allées, peut-être, reflète la vie bruyante de leur ciel, et si l’on revenait de jour peut-être verrait-on d’autres bêtes – des écureuils, un chat sauvage. Majesté des croassements qui semblent résonner les uns contre les autres tant l’espace est sans parois, sans limite. Peut-être devrait-ce être le son de tous les cimetières – surtout militaires : la vie sauvage clamant ses droits à l’endroit de la défaite de l’ordre des hommes.

En repartant, les traces des hommes, de nouveau. L’allée pavée de briques, recreusée pour y placer quelqu’autre mort. L’église orthodoxe, la chaleur qu’elle semble contenir, un peu jalouse, et les humains qui l’occupent encore qui nous font fuir. Qui la flanquent, les outils et les tas de boue des prochaines mises en terre, jusqu’au cube de métal qu’on trouve sur tous les chantiers du monde, une brouette renversée et un tas de palettes reposant sur son côté.

Une fois passée la grille, sur le trottoir – de retour dans le monde de tous les jours, une benne. La fosse commune des fleurs tranchées pour la conscience des vivants et qui n’ont pas eu à se nourrir des morts – mélangées. Cannettes de bières, fragments de grilles. Tout ce qui peuple la vie domestique et peine, ici, à trouver une place par-dessus la mousse et les lichens.

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