Androgyne ou presque

Hier, et contre toute attente, je prenais le thé avec deux amies. Comme ça n’arrive jamais.

Et puis, une chose en entraînant une autre, je leur ai parlé de ce que je ressentais. À quel point la vie était sympa avec moi dernièrement, à quel point les choses se mettaient en place, comme les projets arrivaient à l’air libre, goutte à goutte, et à quel point, pourtant, j’avais l’impression de ne rien faire.

Pas de ne pas en faire assez. De ne rien faire.

Je leur ai raconté cette fois où quelqu’un dont je pensais qu’il me considérait comme une sorte de glandeuse inutile m’avait dit « Tu me fais peur parce que tu fais trop de choses ».  Et comment je n’avais eu aucune idée de quoi répondre parce que le concept de cette phrase m’était tellement…

Étranger.

Vous savez quand vous travaillez tout le temps mais que finalement quand on vous demande ce que vous faites en ce moment vous répondez que vous faites X sur le projet A, Y sur le projet B, que le projet C en est à tel degré d’avancement et cetera et cetera ? Au final, tout ce que vous avez, c’est une liste de projets, et vous vous dites : Attends, c’est vraiment tout ?

Peut-être parce qu’au moment où vous faites la liste vous n’avez pas vous-même conscience de la quantité de travail qu’implique chacune de ses entrées.

Et puis il y a tous ces entre-deux. Quand tu quittes un endroit et que tu n’es pas tout à fait sorti•e et pas tout à fait dans le nouvel endroit, et puis tu l’aimais bien l’endroit d’avant, même si tu sais que tu veux aller à l’endroit d’après. Et tu n’es pas encore très armé•e pour le second endroit, et tu n’as plus la totalité de ton énergie consacrée au premier. Du coup, tu as l’impression que tu es nul•le dans les deux.

Il y a ce doute. Lancinant. Est-ce que je fais les bons choix ? On le sait depuis longtemps que ne pas choisir est un choix au même titre que tout le reste. Parfois, on se rate sur nos intentions. Est-ce que je n’ai pas fait ça de manière performative plutôt qu’authentique ? Et ça ? Et ça ?

Est-ce que je ne suis pas en train de dépenser toute cette énergie pour rester où j’étais ?

Heureusement, Coline Sentenac m’a montré, une fois encore, qu’il y avait tout ce paysage encore infini puisqu’inconnu où j’avais encore le pouvoir de me rendre pour la première fois, pourvu que le regard qui m’y accompagnait le soit aussi.

Merci Coline <3

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Publié par

Florence Rivières

Autrice, comédienne, tête de mule. Aussi modèle, photographe, couteau suisse. Troubadour, hippie, féministe. Et d'autres mots encore.

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