Sa fiction

– J’ai peur des gens. Scared as hell. D’ailleurs non, ce n’est pas des gens que j’ai peur, c’est d’être connectée à eux. Ils sont là, avec toutes leurs émotions et leurs failles et leurs jugements et leurs intentions, et tout ça contenu dans leurs regards et moi je suis censée m’en occuper alors que j’ai déjà tellement de tout ça à l’intérieur ?
– Je sais.
– Bien sûr que tu sais.

Il m’a regardée, ou peut-être qu’à ce moment-là c’était elle – je ne sais plus bien, je crois que je me demandais encore comment elle avait bien pu se retrouver là. Il m’a regardée avec ses yeux à elle et ses paupières à lui, tellement désirables. Elle était belle, là, dans son regard, et elle ne savait pas comment en sortir.

– Où est-ce que c’est passé ?

Il a fallu que je le regarde à nouveau, alors qu’à chaque fois c’était plus difficile d’en réchapper – mais il fallait que je sache. Je l’ai regardé en me demandant s’il se moquait de moi. Il avait l’air d’un écorché – ses lèvres, surtout, et l’implantation de ses cheveux. Je l’ai regardé, et s’il se moquait de moi, eh bien il ne le savait pas.

– Je ne sais pas. Peut-être que je l’ai oubliée quelque part, dans le lit d’un amant ou au détour d’une ruelle sombre. Ou bien c’est elle qui est partie. Elle s’est tenue là quelques temps, sur le pas de la porte. Elle s’est retournée et m’a regardée, et je ne la voyais pas – elle a attendu quelques temps et puis elle l’a franchie, et ensuite peut-être qu’elle s’est murée à l’extérieur puisque je n’avais pas su la rappeler à temps.
– Tu penses ?
– Non. Elle ne ferait pas ça. Elle ne s’est certainement pas retournée.
– Et si elle se retournait en ce moment même ?

Son regard avait toujours été un bloc de granit. C’était la première chose qui m’avait effrayée. Il y avait quelque chose derrière qui se sentait mais ne se laissait pas définir. Et maintenant il me regardait avec une intensité qui me donnait envie de m’y cogner la tête jusqu’à ce que l’un ou l’autre cède pour de bon.

– Si elle était toujours là et que c’était toi qui construisais les murs ?

Était-il seulement encore là ?

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Zones de confort

C’est assez drôle comme tout s’enchaîne, j’ai donné le conseil et dans la même semaine je l’expérimentais – il faut dire que je ne l’ai pas tout à fait fait exprès. Aurais-je été la seule photographe sur place, je ne l’aurais sans doute pas suivi, mais heureusement il y avait Roch, son appareil et l’envie chez lui de faire quelques portraits.

Le self-care, ce principe qu’on conseille volontiers aux autres, ceux qu’on aime, mais qu’on a tellement de peine à suivre pour soi-même. Les artistes sauront de quoi je parle – et est-ce que toute croissance n’est pas fondée sur la capacité à sortir de sa zone de confort ? Dès lors, est-ce qu’y rentrer ne signifie pas régresser, reculer, renoncer ?

Sortir de sa zone de confort c’est bien mais on ne peut pas rester dans de l’eau gelée sans jamais se réchauffer en continu, sinon on meurt. En l’occurrence mon retour dans ma zone de confort consistait à me mettre à moitié à poil dans des feuilles mortes en Biélorussie en novembre donc je pense que cette image est assez mal choisie, mais enfin : on fera avec.

Vous voyez de temps en temps quand on passe ses journées à faire ce qu’on ne sait pas faire, pas très bien, pas encore, quand on est immergé vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans un seul contexte, un seul environnement, quand on n’a pour se raccrocher que le « Fail again. Fail better. », c’est facile de perdre de vue le fait que c’est ok d’être là, par oublier qu’il y a des choses pour lesquelles on a été, on est toujours, compétent. Mieux : à l’aise. Des choses dans lesquelles on s’épanouit. Des trucs… où on se reconnaît. Et le monde aussi, même si ce n’est pas le plus important. Et on en vient à se demander si on a toujours été comme ça. Raté. Le syndrome de l’imposteur revient en trombe et balaie tout sur son passage.

Et il y a les autres jours. Ceux où on arrive à ménager une heure pour faire ce qu’on sait faire, pour se rappeler comment ça fait quand on est ancré, quand on est là et qu’on n’a aucun doute sur le fait d’y être. Pour, peut-être, essayer de reproduire plus tard cette sensation dans ce qu’on ne sait pas faire, mais surtout pour se rappeler qu’on est toujours en vie et toujours enflammé parce que sinon comment on ferait pour sourire dans le froid ?

Il y a les amis, les stylos et les pianos, le temps volé pour écrire dans les cafés, celui gagné pour jouer parce que quelqu’un quelque part a décidé que c’était plus important qu’autre chose. Et ils sont précieux parce que de temps en temps ils se rappellent mieux que toi, et tu as besoin d’indices pour te rappeler à ton tour.

Cherchez les indices. Allez les chercher au fond de votre couette si c’est là qu’ils se trouvent, mais cherchez-les et souvenez-vous comment c’est quand vous êtes votre propre sens. Régulièrement.

Et ensuite, sortez à nouveau. Un peu plus loin que la fois précédente.

N’attendez pas toujours de vous noyer. Je ne sais pas combien de temps exactement on tient la tête sous l’eau en retenant son souffle mais une chose est certaine : pas neuf mois, et encore moins une vie.

(Si on est honnêtes, avec cette séance photo je voulais surtout pouvoir montrer ma side-cut avant que la tonsure ne repousse tout à fait.)

(Mais c’est un bon conseil, même si je ne l’ai pas fait exprès.)

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Mark’s song

En ce moment, j’écris des morceaux de comédie musicale dont je ne sais pas s’ils deviendront quelque chose un jour.

Mais ils existent, et peut-être que c’est déjà quelque chose ?

Yes I feel fine and well
And happy and jolly
Strong and self sufficient
And I don’t want to talk.

(But ask me again)

I won’t ever need you
You don’t need me either
And dude, that’s all okay
I won’t try to tame you

(When will you come ?)

I can be on my own
I’ll be perfectly fine
I don’t need to be told
What I could be to you

(Will you kiss me or what ?)

You go the hell away
I don’t want you near me
Better off by myself
I don’t want to be touched

(Oh, hold me already)

So you don’t want me here
Well, didn’t wanna come
I don’t care anyway
I wish to remain home.

(I kinda miss you though)

Don’t ever look at me
I don’t want to be seen
Biting my tears back in
None of you’s worth the fight.

(I knew no one would ever like me)

I’m not thinking ‘bout you
Got plenty on my plate
You can’t leave me behind
No one can anymore

(I knew no one would come for me)