Ce qui marche

Sortir du lit.
Marcher.
Danser en allant prendre ta douche.
(Prendre un moment pour remarquer que tu ne t’es pas cassé la jambe)
Choisir un thé.
Chanter. Fort. Faux.
T’en ficher.
Mettre de la musique s’il n’y en a pas dans ta tête.
Démarrer un nouveau projet.
Finir un projet. N’importe lequel. Ship it.
Boire du thé.
Raconter à nouveau. Avec cette voix, la voix qui laisse entrer tes émotions.
Refaire du thé.
Écrire.
Cesser de le raconter une fois que c’est sorti.
Danser encore.
(Ou faire des pompes ou des squats pour changer)
Te souvenir que ce serait forcément pire de ne pas y avoir accès.
Les nommer.
Oui, c’est d’elles qu’on parle. Tes émotions.
Parler fort. Te répondre. Fort.
(Comment veux-tu t’entendre si tu marmonnes à l’intérieur de ta tête ?)
Sourire.
(Sauf si tu es une fille dans l’espace public. Dans ce cas, fais ce que bon te semble.)
Te rappeler ce que tu fais quand ça va.
Racheter du thé.
Les fruits.
Stand up and Fight de Turisas.
A better son/daughter  de Rilo Kiley

(Liste non exhaustive)

Random thoughts

« Okay ! Vous m’avez tous saoulée, j’écris un personnage apolitique, donc de droite. »

C’est à peu près ce qui s’est passé dans ma tête ce matin quand j’ai embrayé sur un second appel à textes (un troisième en réalité), auquel je n’avais pas pensé répondre mais dont j’avais quand même noté le sujet et le nombre de signes maximum attendu sur un post-it au-dessus de mon bureau.

Pourquoi ? La vie, le relativisme (auquel j’adhère en tant qu’objet de pensée mais que je choisis de ne pas absolutiser en l’appliquant systématiquement), les gens sur Internet qui s’écharpent sans rien connaître de l’autre et souvent pour leur droit à l’ignorance. Ça m’a énervée, car je suis une idéaliste qui persiste à avoir le sentiment de ne pas en faire assez – à raison d’ailleurs.

Je suis à une terrasse de café dans le centre de Bordeaux. J’ai sorti mon ordinateur pour continuer à travailler sur cette nouvelle. Une vieille dame vient de me cadrer accidentellement dans son selfie de terrasse et je suis d’assez bonne humeur pour lui avoir adressé un sourire via l’objectif. La vie, pour le moment, ça va.

Mais quand j’y réfléchis, ce n’est pas tant le fait qu’ils m’aient énervée – j’écris souvent des personnages en opposition avec mes aspirations, sans parler de mes opinions. Et c’est normal. Et les textes dont je suis le plus satisfaite, et ceux qui semblent plaire le plus, sont ceux où le personnage principal est une personne que je qualifierais d’horrible dans la vraie vie, qui raconte son histoire à la première personne.

La plupart du temps, ce qui le rend horrible c’est moins la radicalité de ses actions que son immobilisme patent. En commençant à lire The Artist’s Journey, qui n’est autre que la suite logique du voyage du héros selon Pressfield, j’ai regardé les fils conducteurs qu’il traçait dans sa carrière, dans d’autres carrières, le thème qui s’en dégageait. Le sujet.

Je suis trop verte, encore, pour savoir quel est mon sujet. Je connais plusieurs de mes enjeux ; c’est déjà quelque chose.

En analysant ce procédé qui revient suffisamment chez moi pour être qualifié d’habitude, je me demande : et si c’était ça mon objectif ?

Et si j’écrivais des personnages de losers parce que les autres n’ont pas besoin de mon aide pour évoluer ?

Et si c’était moi que j’essayais de faire grandir en les poussant vers le haut ?

C’est possible. Je ne sais pas encore bien quoi faire de ça. Je me remets au travail.

Mon jardin japonais

Je voulais en faire un. C’est vrai. J’en parlais déjà, jour 1. Il aurait comporté du sable blanc, quelques plantes soigneusement choisies, une cascade de jasmin, un chemin de pierres plates. Il aurait été surmonté d’un autel païen dont d’autres plantes seraient délicatement tombées. J’aime bien les jardins japonais. Il y a quelque chose, en eux, de trop serein pour ne pas nous gagner.

Et puis le premier plant de tomate sauvage, ou en tout cas imprévu, s’est mis à pousser, suivi de près par les courges, il y avait ce plant de fraise en train de mourir dans un magasin qui m’a fendu le coeur – vous savez, comme quand vous étiez petit•e et que vous vouliez acheter tous les animaux enfermés dans les animaleries pour les sauver ? -, j’en ai profité pour semer des fleurs comestibles, et mon balcon est devenu une forêt vierge.

Ce n’est pas ce que j’avais prévu. Je ne sais pas comment je m’en serais sortie avec ce jardin zen. Peut-être que j’aurais utilisé un petit râteau pour y dessiner toute la journée.

Mais, là, des abeilles viennent butiner mon basilic et ma menthe et peut-être même que je pourrai voler un repas ou deux au système, avec de la chance. Et surtout, c’est vivant. Ça a choisi d’exister tout seul, presque malgré moi, et maintenant j’en prends soin du mieux que je peux. Parce que c’est important. Parce que ça grandit dans tous les sens et que j’ai envie de voir jusqu’où. Alors je tresse des ponts de cordes aux plantes et je multiplie les espaces où elles peuvent s’enraciner, même si je n’ai à leur offrir qu’un balcon en haut d’un immeuble à Paris. Et tout ça me rend heureuse, plus heureuse sans doute que de la perfection.

Ça me rappelle quoi, tout ça ? Ma vie, ou du moins ce que j’en fais.

J’enchaîne les projets sans cohérence apparente entre eux, je saute d’un medium à l’autre, d’un type de narration à l’autre, je n’ose pas encore trop toucher au genre en public parce que je trouve ça beaucoup plus exigeant, je débute dans deux, trois, peut-être quatre domaines en même temps. Je croise encore ceux qui essaient de « comprendre », en réalité de prévoir, de dessiner un plan et des intentionnalités à partir de ce que je montre. Ils pensent que j’ai arrêté telle activité parce qu’ils n’ont rien vu depuis un moment ? Paf, j’ai monté un nouveau projet. Ils me parlent de ce que je fais en ce moment ? On se rend vite compte que je suis sur beaucoup de projets à la fois. Ils essaient quand même. Mais ils n’arrivent pas à prévoir où je serai le lendemain parce que moi-même je ne le sais pas.

C’est comme jouer au poker sans regarder ses cartes. C’est peut-être de l’anti-jeu, mais parfois ça s’avère être la meilleure stratégie. Ma stratégie pour le moment, c’est de considérer que mon instinct sait où il va.

C’est sans doute un sacré bordel, vu de l’extérieur, mais vous verrez qu’à la réécriture tout fera sens.

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Scattered leaflets #2 (suite)

(J’écris des morceaux de choses sans savoir où je vais morceau par morceau. Le premier morceau est ici.)

You know
I don’t think it was even you
it was the trust
the freakin’ trust I put in you
in exchange
for my life

Now it’s hiding
and healing
and licking wounds
I trusted you forever
and now my trust is done with you

You know
now I could give anyone up
for my life

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Arrête de te poser des questions cons et fais de l’art

J’aime bien la métaphore du saut dans le vide, parce qu’elle parle à tout le monde.

Bon, parfois le saut c’est plutôt dans la fosse d’un concert avec son sol en béton – pas mortel, mais bien douloureux, et bizarrement pas moins effrayant en cas de mauvais atterrissage. C’est logique, d’une certaine façon ; si tu meurs, tu n’as pas à dealer avec le regard de tous les gens qui t’ont vu•e te planter. C’est, en revanche, oublier que les dits gens ont tout aussi peur de dealer avec notre regard que nous avec le leur, et aussi que d’une manière générale ils ont autre chose à foutre – et s’ils n’ont pas autre chose à foutre, ce n’est pas pour nous que c’est le plus triste.

Mais voilà. Le saut dans le vide. L’absence de parachute. Les réserves qu’on n’a pas gardées pour le voyage du retour. Les sécurités dont on se dépouille par peur de les voir se changer en béquilles, le genre de béquilles qui nous feraient elles-mêmes autant de croche-pieds que nécessaire pour s’assurer qu’on continue à avoir besoin d’elles. L’espérance de vie qu’on crame en se disant que si on n’a pas besoin de prévoir de rester en vie plus d’une semaine, alors on sera libres. Et la peur, toute cette peur-là c’est celle de gâcher du temps et de s’en rendre compte, parce que c’est beaucoup plus difficile de gâcher vingt jours que vingt ans.

Parfois c’est des trucs à la con, nos parachutes. Ça ne tient qu’à ce qu’on projette dedans. À ce qu’on projette que le reste du monde y projette.

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« Échouer à la vie ce n’est pas quelque chose qui existe« , et c’est drôle de tomber sur ces mots-là aujourd’hui parce que ça répond indirectement à ce qui me trotte en tête ces jours-ci. Je me demande ce qu’il se passe si j’échoue. Si je suis obligée d’arrêter… quoi que soit ce que je fais actuellement. Étrangement je ne me demande pas ce qui caractériserait un tel échec, ce qui le rendrait indiscutable, ce qui le prouverait, et quand je me penche sur cette partie-là du problème il ne me semble plus si évident. Mais je n’ai pas de ceinture de sécurité ; j’ai littéralement décidé de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour ça. Ça répond à une certaine posture philosophique, et à des restes de culpabilité judéo-chrétienne : l’argent c’est sale. J’essaie d’évacuer les seconds tout en ajustant la première aux endroits que je veux atteindre. Ça me va, ça.

Mais et si ?

Je veux dire, c’est pas obligé d’arriver parce que je n’aurai pas été assez bonne. Ou même assez bonne assez vite. Ou parce qu’un barbouze m’aura cassé les deux mains et que je détesterai trop ma voix pour dicter mes textes à une appli de reconnaissance vocale quelconque. Peut-être que le monde deviendra tout simplement impraticable.

Parfois je me dis que le monde, ce monde, va finir dans une ou deux générations au plus, et que ce n’est pas forcément plus mal. Et puis je me demande combien de temps ça dure, de nos jours, une génération. Plus long qu’à un moment, je pense, mais toujours assez court pour que, sans doute, je la voie. Je m’imagine dans un décor à la Mad Max, sans avoir même vu le film. Je me verrais bien sous un drap tendu entre deux carcasses de voiture pour offrir un peu d’ombre au milieu d’un désert que je fantasme plein de son sable alors qu’il aura été emmené pour faire du béton depuis longtemps. En train d’écrire. Mais dans ce monde-là il ne serait plus temps de raconter des histoires. Il nous faudrait la vivre avec la conscience que nous ne pourrons pas la transmettre. Et puis je ne crois pas que ce soit notre tâche de romantiser ce futur alternatif-là. J’imagine que c’est plutôt d’essayer de faire en sorte de… je ne sais même plus ce qu’on pourrait faire, à notre niveau. Tout vaut la peine mais rien ne semble assez.

Je m’imagine en réfugiée climatique, dans le vrai monde cette fois. S’ils nous font, à nous, comme on leur fait à eux, c’est plutôt mal barré. Je suis pas médecin, pas prof, pas quelque chose d’utile. D’objectivement utile, comme si l’objectivité avait quoi que ce soit à voir avec  la façon dont on traite un être humain. Ce sera bien fait pour notre gueule, collectivement, si ça se passe comme ça.

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Et puis je sors de ma rêverie éveillée et je réalise que sauf à vouloir prendre des cours de survivalisme, me triturer les méninges, ça ne changera rien au fait que j’aviserai sur le moment, forcément. Et que, hors effondrement, ce n’est pas comme si j’étais capable de seulement survivre sans ça. Sans faire des trucs. Tous les jours, tous les jours, tous les jours. En vrai, ça se passe plutôt bien, en ce moment, et c’est sans doute précisément pour ça que tout ça se passe en cascade dans ma petite tête. « The danger is greatest when the finish line is in sight. At this point, Resistance knows we’re about to beat it. It hits the panic button. It marshals one last assault and slams us with everything it’s got. » Pressfield est souvent là où on ne l’attend pas tout à fait. Je ne sais pas si je suis anything close to the finish line, mais ce qui est certain c’est que je suis de plus en plus sûre des directions que je prends et que je fais brûler de plus en plus de ponts et de ceintures de sécurité et de parachutes pour m’éclairer la voie.

Et l’autre chose qui est sûre c’est que c’est loin, très loin d’être à propos de si ça marche ou pas.

Il faut juste arrêter de se poser des questions con, et faire de l’art.

Et continuer à arroser ce plant de tomate sauvage sur mon balcon, parce que ce plant de tomate est politique au même titre que n’importe quel jardin partagé, et qu’aucun jardin partagé ne résoudra à lui seul le problème mais que ce serait drôlement pire s’il n’en existait aucun.

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