Sur la corde

Il y a quelques temps, quand Anaël m’a envoyé le dernier appel à textes de la Musardine – un recueil érotique sur le thème de l’initiation sexuelle -, j’ai pensé : « Haha ! Mais pas du tout ! Comme si j’allais écrire une scène – à plus forte raison une histoire – à propos de sexe ! En plus, la deadline est beaucoup trop courte ! »

Et puis je me suis dit que je n’avais pas le droit de manquer une telle occasion de sortir de ma zone de confort. C’était très curieux, l’idée d’écrire ça, mais je me suis souvenue de Pressfield qui explique dans Nobody wants to read your shit à quel point son expérience dans le porno l’a fait avancer. Si la sexualité ne fait pas particulièrement partie de mon univers créatif – on se rappelle de la fois où j’ai réussi à écrire une scène érotique sans m’en rendre compte, dans Froids -, elle fait partie de moi, et le nier n’avait pas grand intérêt. Au diable les pudeurs de gazelle, c’était parti. Quelques souvenirs, quelques fantasmes, quelques projections, deux ou trois blagues d’intello, un coup de blender… Une quinzaine de jours et deux réécritures plus tard, je ne sais pas si le texte figurera dans le recueil, mais j’ai une version qui me satisfait assez pour l’envoyer.

Je vous tiendrai au courant du résultat, et de la sortie du texte – en librairie ou sur Kindle – et en attendant, le texte est comme toujours disponible pour les abonnés de mon Tipeee !

Le très aimable Yan Senez m’a donné l’autorisation d’utiliser une de ses photos pour la couverture. Touche finale, c’est Cédriane qui m’a trouvé le titre.

Un travail d’équipe, quoi.

Un peu comme du… bref.

SurLaCorde-Couv

Ce qui finit

Ce qu’il y a, ça m’a frappée d’un coup, c’est que je n’avais pas d’histoire pour toi. Ce n’est pas que je n’en avais pas envie, tu sais. J’aurais tellement désiré pouvoir te donner ça. Mais j’avais mon histoire – mes histoires – et plus aucune envie de les fuir.

Et il y avait ces choses que tu disais, qu’on disait de nous, qui étaient plaisantes à dire mais dont on se détournait aussitôt parce qu’elles n’auraient pas résisté à un examen approfondi. Elles étaient belles à penser ; peut-être même étaient-elles sincères. C’est juste qu’elles n’existaient pas. Sauf deux. Celle-ci*, et l’autre**. Ça, c’était vrai.

Mais le reste, la route, même les endroits dont on venait. On voulait tellement y croire.

Tu vois, tu voulais seulement m’inclure dans ta revanche, tu voulais ton cercle et ta tribu, mais je n’avais… nous n’avions pas survécu aux mêmes choses. Ton monstre, pour moi, n’était qu’une ponctuation des miens, parce qu’il n’a jamais eu le temps de me faire quoi que ce soit qui aurait exigé de moi que j’y survive. J’aurais voulu te serrer dans mes bras très fort ou te préparer du thé ou te dire que j’étais là, mais ça – ton histoire, je ne l’avais pas vécue et ne pouvais pas m’en relever avec toi. Je devais m’occuper des miens. Et c’est comme ça que tu es devenue un monstre à ta façon – ta façon d’abîmer. Oh, j’ai appris, va – tu m’as appris en m’abîmant.

On a fait ça à deux, je crois. On a oublié que nos chemins nous appartiennent en propre. On a oublié que même si on ne peut pas le faire sans eux, les mots ne suffisent pas à changer la réalité. Ce n’était pas un miroir entre nous, mais une fenêtre.

C’est dommage de lui avoir demandé d’être autre chose.

Et maintenant quoi ? Je n’ai toujours pas d’histoire pour toi, rien dont prendre soin – rien qui n’ait commencé à s’effacer il y a longtemps. Je ne me rappelle plus tellement de tes traits, et tes échos, même eux je les ai séparés des autres dans les rues. Peut-être que quelque part subsiste ton ombre que je découvrirai un jour, au détour d’une phrase. Je ne sais pas.

* Je t’aime, c’était vrai.
** Je crois en toi, c’était vrai.