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Mon jardin japonais

Je voulais en faire un. C’est vrai. J’en parlais déjà, jour 1. Il aurait comporté du sable blanc, quelques plantes soigneusement choisies, une cascade de jasmin, un chemin de pierres plates. Il aurait été surmonté d’un autel païen dont d’autres plantes seraient délicatement tombées. J’aime bien les jardins japonais. Il y a quelque chose, en eux, de trop serein pour ne pas nous gagner.

Et puis le premier plant de tomate sauvage, ou en tout cas imprévu, s’est mis à pousser, suivi de près par les courges, il y avait ce plant de fraise en train de mourir dans un magasin qui m’a fendu le coeur – vous savez, comme quand vous étiez petit•e et que vous vouliez acheter tous les animaux enfermés dans les animaleries pour les sauver ? -, j’en ai profité pour semer des fleurs comestibles, et mon balcon est devenu une forêt vierge.

Ce n’est pas ce que j’avais prévu. Je ne sais pas comment je m’en serais sortie avec ce jardin zen. Peut-être que j’aurais utilisé un petit râteau pour y dessiner toute la journée.

Mais, là, des abeilles viennent butiner mon basilic et ma menthe et peut-être même que je pourrai voler un repas ou deux au système, avec de la chance. Et surtout, c’est vivant. Ça a choisi d’exister tout seul, presque malgré moi, et maintenant j’en prends soin du mieux que je peux. Parce que c’est important. Parce que ça grandit dans tous les sens et que j’ai envie de voir jusqu’où. Alors je tresse des ponts de cordes aux plantes et je multiplie les espaces où elles peuvent s’enraciner, même si je n’ai à leur offrir qu’un balcon en haut d’un immeuble à Paris. Et tout ça me rend heureuse, plus heureuse sans doute que de la perfection.

Ça me rappelle quoi, tout ça ? Ma vie, ou du moins ce que j’en fais.

J’enchaîne les projets sans cohérence apparente entre eux, je saute d’un medium à l’autre, d’un type de narration à l’autre, je n’ose pas encore trop toucher au genre en public parce que je trouve ça beaucoup plus exigeant, je débute dans deux, trois, peut-être quatre domaines en même temps. Je croise encore ceux qui essaient de « comprendre », en réalité de prévoir, de dessiner un plan et des intentionnalités à partir de ce que je montre. Ils pensent que j’ai arrêté telle activité parce qu’ils n’ont rien vu depuis un moment ? Paf, j’ai monté un nouveau projet. Ils me parlent de ce que je fais en ce moment ? On se rend vite compte que je suis sur beaucoup de projets à la fois. Ils essaient quand même. Mais ils n’arrivent pas à prévoir où je serai le lendemain parce que moi-même je ne le sais pas.

C’est comme jouer au poker sans regarder ses cartes. C’est peut-être de l’anti-jeu, mais parfois ça s’avère être la meilleure stratégie. Ma stratégie pour le moment, c’est de considérer que mon instinct sait où il va.

C’est sans doute un sacré bordel, vu de l’extérieur, mais vous verrez qu’à la réécriture tout fera sens.

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Scattered leaflets #2 (suite)

(J’écris des morceaux de choses sans savoir où je vais morceau par morceau. Le premier morceau est ici.)

You know
I don’t think it was even you
it was the trust
the freakin’ trust I put in you
in exchange
for my life

Now it’s hiding
and healing
and licking wounds
I trusted you forever
and now my trust is done with you

You know
now I could give anyone up
for my life

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