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Et puis, au pire, on meurt.

(Photo : JG – Backstage durant un tournage Des Gens Bien Prod)

La semaine dernière, j’ai fait un tournage.

Je vous en parlerai plus en détails bientôt, et je risque d’ailleurs de vous en parler pendant un moment (croisons les doigts) (début de teasing repéré), mais pour le moment, j’ai surtout envie de partager certaines réflexions qui en ont découlé.

Sur ce tournage, j’étais directrice de prod et actrice principale, ce qui, combiné à ma façon d’être la maman de tout le monde, faisait pas mal de choses à gérer. Heureusement, j’avais un régisseur pour la première fois de ma vie, ce qui me l’a sauvée, et l’équipe était largement au-dessus de ce que je m’attendais à trouver à la base, ce qui est cool. Genre vraiment cool. Cela dit, la phrase qui est revenue le plus souvent pendant le débriefing, c’est « Florence, il faut que tu en fasses moins », à quoi je répondais « Oui, oui, je dois apprendre à déléguer », à quoi on me rétorquait « Non mais Florence. Tu ne dois pas déléguer. Tu dois te séparer de certains rôles. » Évidemment, ils avaient raison. C’est compliqué d’être une équipe de tournage à soi toute seule, et j’ose même dire que ce n’est pas forcément souhaitable d’essayer de tendre vers cet état, surtout quand on a douze projets en cours à côté.

J’adore ma vie. Il me faudrait juste des journées de quarante-huit heures. En réalité, il suffit juste que je vérifie régulièrement que je n’ai pas laissé traîner un morceau de moi en chemin.

Mais en même temps, peut-être que ça me va de m’attaquer à des projets trop gros pour moi. Peut-être que, si je m’astreins à des choses qui nécessiteraient plusieurs machines de guerre, c’est que quelque part j’aime ça. Peut-être qu’on ne grandit pas, ou pas aussi bien, quand on essaie d’en rester à ce qu’on est capable de faire. Et je regrette de ne pas avoir plus de traces écrites de la façon dont je me sentais au début de l’écriture de mon livre, mais je suis presque sûre que j’ai eu, à un moment, cette sensation de « Oh, mais dans quoi je me suis embarquée ? Je suis trop petite pour ça ». Et au final, mon livre est fini et le projet en cours, à la fois, est prometteur et jouit de davantage d’aides différentes que je n’en avais à l’époque. Et surtout on le porte à plusieurs. C’est une montagne formée des intérêts communs de nos deux montagnes, et ça fait drôlement moins peur. Le fait de travailler à un projet en lui servant de force motrice, mais sans être impliquée dans la partie créatrice, sans être celle qui l’écrit, ça m’a semblé, d’une certaine façon, reposant.

J’ai besoin, je crois, de ces moments dans ma vie où tout ce que j’ai à faire, c’est trouver des solutions. C’est faire en sorte que les choses soient possibles. Franck m’a dit un jour qu’il me voyait comme une artiste plus que comme une technicienne, mais en vrai j’ai besoin des deux.

Il faut juste que j’arrive à trouver la balance entre mes différents travaux. Ne pas dropper l’écriture parce que je joue, ne pas faire que de la pose alors que je devrais photographier autrui, m’astreindre à conserver des plages pour tel et tel projet, certes moins demandant, mais tout aussi important.

Et puis je me rends compte que clairement, et depuis toujours, mon travail c’est ma vie. Je ne m’en étais pas rendu compte aussi clairement parce qu’on m’avait mis dans la tête que ce que j’appelle mon travail était un loisir, et parce que je n’arrivais pas encore à lui donner la priorité pour cause de normes sociales, mais je suis clairement le genre de personne qui ramènerait son taf à la maison, en étant de préférence mariée avec. Et ça me va ça aussi.

Je suis ce mélange improbable entre l’hypersensibilité et un entêtement au-delà des limites. Plain old stubbornness.

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Vous reprendrez bien un peu de Steven Pressfield.

En fait, tout ça ça me va. Ça me va d’être perçue comme une glandeuse alors que je dois travailler l’équivalent de 70 heures par semaine. Ça me va d’être fauchée. Ça me va d’être crevée parce que c’est de la bonne fatigue, la fatigue de la création, la fatigue qui montre qu’on a fait bouger des choses. Ça me va bien plus que d’être coincée dans des modèles sclérosés, que de suivre l’avis de cette masse de gens qui savent ce qui est possible et ce qui ne l’est pas, mais ne sauront pas l’expliquer pour la bonne raison qu’ils n’ont même pas essayé. Comment pourraient-ils dire pourquoi c’est impossible ? Ils ne l’ont pas constaté. Ils n’ont pas connu cette sensation de la porte qui se claque à ta gueule en te disant « nope ». Ils n’ont jamais eu à imaginer comment ils allaient percer le mur autour de la porte ou à chercher d’entrée dérobée. Ils n’ont jamais pris le pari de l’échec, et c’est pourquoi ils ne réussissent pas.

Oh, ce n’est pas facile. J’en conviens. S’il ne s’agissait que d’une échéance, une seule bataille, aussi difficile soit-elle, peut-être que plus de gens seraient prêts à la livrer. Mais c’est une guerre, sans pitié et sans fin, un combat sans cesse renouvelé. C’est ce qui le rend si épuisant et si effrayant. Sitôt un obstacle levé, il faudra recommencer. On perdra des batailles. Et il est utile qu’on en perde. Parce que nous devons apprendre à garder le regard fixé sur notre montagne tout en avançant au milieu d’un marais.

C’est pour ça que je n’ai plus de temps à passer à me demander ce qui se passera si j’échoue. Ni de patience pour ça.

Maintenant je m’entoure de gens qui osent savoir ce qu’ils veulent et prendre les mains tendues quand elles se présentent. Et plus je le fais, plus je me rends compte qu’on n’est pas seul, et c’est génial. Le monde qui se met en place pour nous permettre de la vaincre, la résistance interne. Et qui vient t’encourager dans cette certitude : on la racontera cette histoire.

Comme dirait Alexandre Astier, « Apporter la lumière c’est pour que tout le monde y voie. si c’est juste pour ma tronche, je vois pas l’intérêt. »

De la part d’une workhaholic épuisée, mais heureuse : merci d’être là.
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entete

Les marmites artistiques

Un peu avant mon départ pour les États-Unis, Coline Rabiosa m’avait proposé d’animer un atelier-conférence-débat au festival qu’elle co-organise ces jours-ci, Les Marmites Artistiques. Le thème de cette année étant « Comme à la maison », le lien avec la question de l’intimité et donc d’une partie du contenu de mon livre était, semble-t-il, assez naturel, et c’est pourquoi elle a pensé à moi.

C’est aussi elle qui m’a suggéré de faire faire des flyers, histoire de promouvoir un peu le livre au passage.

Quand ton print est un peu en retard et que du coup tu commandes des flyers pour ton atelier au festival @lesmarmitesartistiques :)

Une publication partagée par L’art de la pose (@lartdelapose) le

Et puis on a parlé du contenu. J’ai tracé de grandes lignes, prévu des pauses pour débattre avec les gens de façon à ce que ce soit interactif, puis on a décidé d’inclure un mur d’expression (qui était en fait une table d’expression) pour qu’ielles puissent écrire, et j’ai fini par proposer un exercice qui tenait plus de la cruauté que du théâtre, à base de miroirs et de choses gentilles à dire. J’ai peut-être un peu fait glisser mon sujet de l’intimité à la vulnérabilité, et ce de façon délibérée.

Bon, évidemment j’ai paniqué avant le début, j’ai essayé de m’enfuir, Coline m’a ceinturée et fait un plaquage assurée que j’allais être super, j’ai dit :
- Mais tu avais vu le lien que je t’ai envoyé avec ma dernière conf ?
- Ah non.
- Ah ! C’est pour ça.

I’m like the worse vulnerability role model EVER. Brené Brown me pardonnera le vol de cette quote. (Je vais re-regarder cette conf, tiens. Faites-le aussi.)

Je plaisante, ça s’est plutôt bien passé, même si à un moment je suis partie en vrille et ai commencé à citer François Soulages, comme ça, au débotté.

Marmite

Pour cette fois, j’ai testé une autre stratégie : ne pas écrire mon texte en entier, mais un line-up et en faire un powerpoint dont me servir comme guideline, puisque j’avais un rétroprojecteur. Je partage ledit document avec vous.

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yogi

Shibari study – Butterfly harness demo

Le site de tutoriels de shibari de Gorgone, « Shibari Study« , a une date d’ouverture annoncée : elle serait pour le 15 avril, et on peut déjà s’y inscrire .

Pour achever de vous convaincre, des démos de suspension sont révélées petit à petit, et parmi celles-ci, on trouve moi en yogi dans le Butterfly harness, ce qui me donne un fabuleux prétexte pour vous en faire la promotion.

DEMO FLORENCE – Shibari Study from Shibari Study on Vimeo.

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Reconte-moi une image

« Que l’on se considère modèle photo ou non,

que l’on ait posé des centaines de fois ou une seule,
que l’on dirige la scène ou que l’on se laisse absorber,
participer à la création d’une image fait de soi un témoin.

Aussi, à l’instar de l’acte de photographier, l’acte de poser permet de confronter la démarche personnelle comme l’appropriation subjective à celles d’autrui, amenant de ce fait des réflexions.

Nous avons souhaité partager les nôtres, les vôtres, en espérant contribuer à stimuler des échanges. »
Florence & Caroline

Avec Caroline, il y a quelques temps que nous échangeons sur les modèles et la démarche derrière le fait de poser. Et puis, nous nous sommes fait la réflexion que, souvent, on entend les photographes parler de la genèse d’une photo, mais bien plus rarement celleux qui y figurent.

Alors nous avons créé ce tumblr participatif, ouvert à toute personne ayant déjà posé sur une photographie et souhaitant partager l’histoire menant à cette image. Le projet est aussi sur Instagram et sur Facebook. Il est lancé, comme une bouteille à la mer, et nous verrons ce qu’il en advient.

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Léa Fery et le sachet de thé

C’est Léa Fery qui m’hébergeait cette semaine à Lyon. On s’était rencontrées l’an dernier, mais un mélange de flemme, de fatigue et de circonstances étranges nous avait fait rester chez elle à simplement boire du thé, ce qui devrait n’étonner personne.

S’agissant de thé, je pense qu’on tient avec cette photo l’illustration parfaite de comment les gens, parfois, utilisent qui nous sommes pour nous proposer des projets. « Hey, pose avec du thé. » Eh bien, faisons comme cela alors.

La puriste que je suis a un peu renâclé devant la perspective de toucher du thé en sachet, mais ensuite elle m’a – littéralement – fait un dessin et j’ai été bien obligée d’admettre que, visuellement, ça marcherait bien. Je me suis donc sacrifiée au nom de l’art.

Mais ça valait le coup.

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Jules

Conséquence logique de la fin de l’écriture de mon livre, l’envie et le temps de poser plus régulièrement sont revenus. Pour d’autres gens que mes amis de longue date, je veux dire. Connaître de nouvelles personnes. Recommencer à vivre ce processus qu’on appelle la rencontre. Sans compter que j’ai de la lingerie de créatrice (Coucou Delicate Nightmare) qu’on m’a offerte et que je n’ai toujours pas shootée.

À Lyon, je trouve des amis proches, mais aussi des inconnus dont les premiers me disent le plus grand bien. Le terrain idéal pour reprendre.

Jules, l’anonyme d’Instagram, m’a ainsi conviée à monter sur son toit, à jouer les insectes, à me baigner dans ses lumières colorées et les volutes de sa machine à fumée. Et j’ai aimé ça.

Et vous ?

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Vous voyez il m’arrive de me dire que je suis en train de devenir « une vieille modèle ». Il y a quelques années je posais avec des filles qui faisaient de la photo depuis dix ans et qui plaisantaient à propos de leur retraite prochaine, et ça m’impressionnait. Bon. Là ça m’en fait huit.

Au-delà d’une interrogation sur ma probable date de péremption, péremption qui ne vaudrait par ailleurs qu’en accord avec certains canons de la société que j’abjure un peu, ça pose la question de pourquoi continuer. Est-ce qu’à un moment on n’a pas fait le tour. Ne faut-il pas s’arrêter, laisser la place. Est-ce que j’y trouve encore du plaisir, et pourquoi.

La réponse elle est là, dans ce portrait qu’a fait O.y. Chraibi. Il justifie tout à lui tout seul. Tant qu’il y aura des gens capables de me transfigurer, eh bien cela vaudra la peine de continuer.

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Silver Dust Galaxies

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