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La Voix du Nord (et la reconnaissance)

Quand j’étais petite, je rêvais de passer dans le journal.

Pas à la télé, bien sûr – je ne rêvais ni de célébrité ni de fans et certainement pas d’une de ces gloires de télé-réalité qui commençaient à apparaître à l’époque. Mais je voyais des articles, régulièrement, sur « telle personne de la région joue dans ce groupe / a fondé cette association / a gagné ce concours / a fait cette chose chouette ». Et quelque part, au fond de mon jardin où je ne pensais jamais sans marcher, au point que j’avais tracé la marque de mon passage comme le font les animaux sauvages – eh bien, oui, je pensais à ce que je ressentirais si, un jour, je recevais la reconnaissance de l’institution locale.

(Depuis cette époque j’ai appris que les journaux avaient des orientations politiques et que les chaînes de télé étaient détenues par quelques milliardaires qui, si la vérité et l’information purement objectives existaient, n’auraient aucun intérêt à nous les donner, mais ceci est une autre histoire.)

Incidemment c’était aussi l’époque où je savais que je voulais écrire sans avoir la moindre idée de ce que j’aurais envie d’écrire. Je changeais d’idée de carrière tous les quatre matins, celle qui avait duré le plus longtemps étant : journaliste. Je n’avais bien sûr aucune idée de ce qu’impliquait le fait d’être journaliste, sinon que je pouvais y projeter les deux choses que je voulais le plus au monde : voyager et écrire. Les deux envies, l’écriture et la reconnaissance, se sont effacées au profit d’intentions plus réalisables, ou en tout cas elles ont essayé : n’étant finalement jamais parvenue à faire s’accorder, dans ma tête, aucun « vrai métier » avec un futur où je pourrais possiblement vivre sans me noyer lentement dans un désespoir constant, je suis simplement devenue cette fille qui se laissait porter par le moment à défaut de savoir quoi faire de sa vie, et qui culpabilisait en silence de n’avoir aucun rêve. Parce que, si elle n’avait aucun rêve, que pouvait-elle valoir ? Qui voulait qu’existe dans le monde d’un être pas même fichu de rêver ?

Depuis, il s’est passé tout ce que vous savez. Bien des détours et détricotages plus tard, me revoilà où j’étais il y a vingt ans : une enfant qui rêve d’écrire et de voyager, et qui, parce qu’elle n’est plus vraiment une enfant, se débrouille petit à petit pour faire arriver ça.

Et puis il y a eu l’article. Une journaliste de La Voix du Nord, le journal local que recevaient mes parents à l’époque, m’a interviewée au sujet de L’Art de la Pose. C’était un très chouette entretien, et si l’article comporte deux inexactitudes et qu’on ne peut pas tout dire en 30mn d’entretien, le ton en était bienveillant.

Ce qui est drôle c’est que c’est loin d’être le premier article qui sort où on me mentionne, moi ou mon livre, dans la presse, même régulière, mais même si le temps est révolu depuis longtemps où j’avais besoin de cette validation-là, je n’ai pas pu retenir une petite bouffée de joie au nom de la petite fille qui se réfugiait en haut des arbres pour lire et dormir mais avait besoin de sentir la terre, même si c’était toujours la même, sous ses pieds pour mettre de l’ordre dans sa tête. Pour ses contradictions, déjà à cet âge. Pour ses renoncements, et le fait qu’elle ait fini par revenir sur eux aussi.

Alors je suis un peu émue ce soir.

(Et j’attends de recevoir une photo de l’article imprimé mais en attendant il y a toujours ce lien.)

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Pour les modèles

Mon récent passage au club photo de la gare d’Austerlitz pour présenter L’Art de la Pose et échanger avec ses membres autour du sujet, a été l’occasion de mettre en ordre, dans mon intervention du jour, des pensées qui s’organisent petit à petit dans ma tête depuis, en réalité, quelques mois.

J’ai voulu écrire L’Art de la Pose pour créer un précédent.

Je recevais toutes ces questions sur le fait de poser, comment ça marchait, si j’avais des conseils, si je pensais que telle ou telle personne pouvait se lancer…, alors je me suis mise à regarder s’il n’y avait pas de la bibliographie que je pourrais envoyer à celles et ceux qui m’écrivaient, et là : le vide.

On croulait sous les livres parlant de la photo de portrait, comment prendre un modèle en photo, on pouvait lire des tas d’analyses sur les intentions artistiques des photographes… et on n’entendait jamais le point de vue des modèles sur ces sujets, alors qu’en discutant avec on se rend compte qu’ils et elles avaient, en fait, des tas de choses à dire. C’était presque comme si elles étaient des formes interchangeables : que poser, c’était être là, être jolie, faire ce que le ou la photographe demandait et surtout ne pas dépasser de ce cadre.

Et puis j’ai pensé à mes échanges avec les gens que je croisais et qui ne connaissaient pas le milieu alternatif, pour qui « modèle photo » rimait uniquement avec « mannequin d’agence », j’ai pensé à Internet et à tous ces gens qui commentent des photos en présumant des démarches dont ils ne savent rien, quitte à blesser ; et je me suis rendu compte que le cliché avait la vie dure : une modèle femme, un homme photographe, qui aurait assumé l’intégralité de la direction artistique. Alors j’ai eu envie de faire plus que donner des conseils : je voulais parler de ce que c’était vraiment que poser, de ce que c’était que prêter l’image de son corps à un photographe et travailler avec iel à créer une image, je voulais parler de la fracture qu’il y a parfois à voir des résultats qui diffèrent de l’image que l’on a de soi, alors même qu’on a mis des choses personnelles, voire intimes, dans cet échange-là.

Et donc, alors même que je savais que je ne parlerais pas pour la totalité des modèles hors agence, je me disais que le simple fait de parler ne pourrait qu’encourager le débat et la discussion, encourager d’autres voix à s’élever, et faire en sorte que nos voix de modèles rejoignent nos corps dans la sphère publique.

Je pense qu’il y a, au contraire de ce qu’on entend et sous-entend souvent, quelque chose de très volontaire dans le fait de se dire : je vais me mettre à poser. Parce qu’il y a tous ces obstacles à dépasser : la peur, le cliché qui veut que tous les photographes soient des pervers ; le sentiment d’illégitimité : si je ne vois que des corps correspondant à une certaine norme de beauté représentés en photo, qui suis-je pour aller m’exposer avec mon corps différent ? ; et dans sa suite logique, la peur de paraître prétentieux ; et l’inconfort. Parce que poser c’est montrer son corps, certes, mais la sortie de zone de confort se trouve parfois moins là que dans le fait d’utiliser ses propres émotions, dont il est plus ou moins acquis qu’elles sont à nous, pour les mettre au service d’une création en commun. J’ai déjà sorti des choses, devant des photographes que je connaissais à peine – certains sont devenus des amis. Et c’est beaucoup plus intime qu’un visage ou qu’un corps, même nu.

Mais au milieu de tous ces obstacles, il y a quelque chose de peut-être encore plus violent symboliquement. C’est le traitement légal qui est réservé à cette activité.

Il y a quelques mois, un groupe est apparu sur Internet, répondant au nom de « Model Law ». Leur manifeste est en ligne, et explicite clairement leur objectif : agir pour la défense, la protection et l’accompagnement des mannequins en France, en passant par une série de réformes qui – nous en sommes tous d’accord – sont plus que nécessaires pour assainir les pratiques du milieu. Je l’ai, bien sûr, signé, et j’encourage chacun et chacune à faire de même.

Mais.

Mais je ne sais pas ; j’ai l’impression de l’avoir explicité clairement auparavant, et l’excellent livre de Joëlle Verbrugge Le photographe et son modèle l’explique avec beaucoup de minutie et de clarté, mais personne ne semble prendre en compte le fait que beaucoup de modèles ne sont pas en agence, pour un tas de raisons physiques qui peuvent aller de « pas assez normé » à « pas assez bizarre ». On n’a pas le droit de facturer, ni de faire appel à des entreprises de portage salarial, ni de se faire rémunérer en cachets. Il nous reste, certes, l’option de demander à nos clients potentiels de se faire enregistrer au GUSO, mais la procédure est en fait bien trop longue et complexe pour que nous puissions raisonnablement penser pouvoir amener suffisamment d’entre eux à le faire effectivement pour en vivre légalement.

J’ai beaucoup parlé de ce qu’on disait, symboliquement, à un modèle en lui coupant les possibilités de se déclarer hors agence ; c’est tu n’as pas ta place ici ; c’est tu n’exerces pas un vrai métier ; c’est à moins qu’une autorité ne t’aie choisie, tu n’es rien. C’est mon truc, les symboles. Il me semble maintenant à propos d’insister sur le côté pratique des choses.

Ne pas pouvoir se déclarer c’est être forcé•e, soit de renoncer à vivre de ses compétences quand bien même la clientèle serait là, soit de faire du black, ce qui n’est pas super.

Ça veut dire aussi que si une modèle pose pour un photographe et tombe sur un fauxtographe, qu’il l’agresse ou tente de l’agresser, elle ira grossir les rangs des femmes n’ayant pas osé aller porter plainte après de tels faits, non seulement parce que ces plaintes sont de toute façon très souvent traitées par-dessus la jambe et sans aucune bienveillance, mais aussi parce qu’elle sera bloquée par cette pensée : Oui, mais je faisais quelque chose d’illégal.
… Bon, jusqu’à preuve du contraire c’est tout de même drôlement plus illégal d’agresser un autre être humain que d’avoir été payée sans statut légal. Mais cette peur est une réalité.

Ça veut dire que pendant ce temps on ne cotise pas, et qu’on n’a pas de couverture sociale. Ça veut dire qu’on risque des poursuites. Bref, c’est beaucoup d’inconvénients, et en même temps, je pense qu’avec un minimum d’empathie on sera toustes d’accord pour dire que cet état de fait ne se justifie pas par lui-même, comme j’ai pu le lire. J’entends par là que ce n’est pas parce que le monopole des agences de mannequin veut nous interdire d’exercer que c’est une raison suffisante pour que nous allions vendre des vêtements fabriqués par des enfants au Bangladesh au lieu de poser.

Idéalement, ce qu’il nous faudrait c’est une vraie refonte du droit du travail concernant les mannequins pour adapter les régimes aux réalités du terrain ; ne serait-ce qu’en fonction de l’utilisation de l’image, qu’elle soit à but commercial ou non, par exemple. La question a été abordée en février à l’Assemblée Nationale, très rapidement, mais à part des bordées d’insultes sur les réseaux sociaux de la part de photographes effrayés sans doute de ce qu’ils dénonçaient comme la porte ouverte à une concurrence déloyale, et méprisants pour, ma foi, des raisons qui leur appartiennent, envers les modèles alternatifs, je ne crois pas que les choses soient allées beaucoup plus loin.

Je me demande si, comme dans la décision de commencer à poser sans y avoir été invités, ce n’est pas à nous de prendre cette situation en main. Non. Dans la réalité, je ne pense pas que ce soit à nous de le faire ; mais comme personne d’autre ne semble penser que ça vaille la peine, il va bien falloir s’y coller. Est-ce qu’un groupement de modèles serait en mesure de fonder une agence non restrictive en ce qui concerne les physiques ? Et sous quelles modalités ? Serait-ce une agence à but non lucratif ? La forme associative permet-elle d’obtenir l’agrément d’agence de mannequin ?

Je n’ai pas les réponses à ces questions, et certainement pas les compétences ou tout simplement la visibilité nécessaires pour réellement lancer un tel projet. Mais j’adorerais le voir naître, pour les modèles.

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Chrysalide

C’était une créature d’un autre temps, un temps qui n’existait pas et qui resterait toujours. L’endroit était à la fois ancien et nouveau, et ainsi la créature qui s’y logeait. Le retour au noir. Pas moins épais, pas différent de ce dont on pouvait s’en rappeler. Le labyrinthe intérieur, qu’on n’avait jamais vu mais que l’on reconnaissait, à nos propres tâtonnements, où l’on se dirigeait malgré tout, à la texture du sol sous nos pas. Le chemin, au coeur du noir, existe, et sait où il mène. Parfois il repasse là où il était, et l’on reconnaît la texture frissonnante de ce qui n’est plus.

Il y avait longtemps. Peut-être fallait-il que les liens qui s’attachaient à tout ce qu’il y avait, dans le passé, de malsain et de dépendant fussent coupés avant de retourner à cet endroit-là.

Il y a quelqu’un qui vient de la lumière mais qui dans le noir sait regarder, et qui sait ce qui advient – et qui le montre. Les griffures des épines éveillent, elles rendent plus attentif à l’odeur de la terre fertile et tassée déjà par l’eau enfuie. Et là où l’eau s’enfuit, toujours plus loin et plus vite qu’on ne la voit faire, il resta quelque chose qui s’ancre, authentique, inaltéré. Et plus visible à mesure que la chrysalide s’arrache sans rien en entraîner avec elle. Plus fort, au point qu’on ne l’en remarque plus.

On peut bouger sans perdre ce qui est au fond de nous. Tout ce qu’il faut c’est le courage de le découvrir vraiment. De le rencontrer en personne, et non de le déduire des fouilles archéologiques de ce qu’on ramène du labyrinthe.

Il y a bien quelque chose derrière la porte de la montagne. Il y a le feu, et la lumière, et la chaleur. Mais les farfadets qui gardent le lieu ne se laisseront pas apprivoiser, pas à moins qu’on se mette à leur merci. Les yeux bandés dans leur forêt à trébucher et se rattraper sans savoir à quoi. Ils ne donneront rien qu’en retour de notre confiance, pleine et entière, sans qu’on se laisse malmener, désorienter, moquer parfois, par eux – et eux seuls. Pas question de le faire à leur place, ni de braquer sur leurs visages une lumière artificielle en espérant trouver des réponses, pas question, cette fois ni aucune des suivantes, de prévoir notre itinéraire et la suite de ses conséquences en amont.

Et, quand on s’est suffisamment dépouillé de certitudes, ils sont là : la direction de l’histoire, le lien entre les êtres, le lien entre ce qui advient, ce qui restera, et ce qui sera réparé. Et, comme une offrande, ce qui est laissé en arrière et qui reste au fond de notre caverne personnelle.

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Chrysalide

Photos : Julie of the World Tree

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De la rage

Parmi les nombreuses choses improductives que je fais tous les jours au lieu de travailler, il y a le débat. Vous me direz : Mais non, comment tu peux dire ça, le débat c’est bien, c’est l’échange d’idées, c’est la rencontre de l’altérité… eh bien pas (ou très, très rarement) sur Internet, et pas beaucoup plus souvent dans la vie du monde physique, à vrai dire. En général, ça se termine en dispute où chacun essaie de gagner la conversation – à l’exception d’avec quelques êtres précieux que je remercie régulièrement d’être tels qu’eux-mêmes.

Vous me direz, pourquoi je fais ça ?

Pourquoi on s’énerve ? Pourquoi on continue à discuter alors que de toute évidence on n’est pas, on ne sera pas entendus par nos interlocuteurs ?

Peut-être parce que parfois c’est la seule chose à faire. Peut-être parce que se taire devant certains types de propos, ça devient beaucoup trop proche de les accepter pour prendre ce risque.

On se répète que la liberté d’expression, c’est important, fondement de l’État de droit et blablabla. Ce n’est pas faux. Mais la liberté d’expression ça veut dire que tu ne seras pas envoyé en prison pour avoir dit ce que tu penses. Pas que personne n’a le droit de te mettre en cause pour ça, et certainement pas que toutes les opinions se valent. Non, parce que les mots sont importants, et ceux qui formulent des idées plus que les autres. Aussi importants : les silences. « Qui ne dit mot consent », l’adage était déjà en perte de vitesse avant #MeToo mais il n’en reste pas moins qu’en présence d’une oppression, ne pas s’élever contre c’est permettre à l’oppresseur de continuer. C’est prendre son parti.

Alors, parfois, j’entends des féministes, des gauchistes et des véganes qu’ils sont intolérants. Intolérants. Il faudrait encore voir ce qu’on nous demande de tolérer ! Régulièrement, face à des gens qui appellent à la haine sans équivoque aucune – ce qui est un délit, je me permets de le rappeler – on entend : Mais laissez-le s’exprimêêêêêêê… Eh bien, non. Je ne veux pas le faire. D’ailleurs, cette personne s’est déjà exprimée. Et c’est précisément parce que ce qu’elle a dit était inacceptable que moi et mes petits copains « trop radicaux », on aimerait bien qu’elle la ferme et ouvre un livre – de préférence pas Mein Kampf.

Dans l’alternative, on ne peut pas se permettre de laisser ça sans réponse parce qu’on, en tant qu’espèce, a beaucoup trop tôt fait de se laisser imprégner par des messages quels qu’ils soient, du seul fait d’y être exposés.

Il y a parfois dans les discussions une sorte de relativisme tellement appliqué à tout qu’il en devient un absolutisme, que personnellement j’interprète comme de la paresse intellectuelle, celle de tenir une position. Refuser d’accorder du crédit à des idéologies inacceptables ne fait pas de nous des nazis, en fait. Dans le cas de certains dessinateurs (je ne ferai pas de pub, tout le monde sait de qui je parle et si vous ne savez pas : vous ne ratez rien) ça fait même de nous des anti-nazis.

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Et puis, cette paresse, je ne la retrouve pas uniquement quand on dit un peu trop fort que, quand même, être un nazi c’est pas super gentil. Il semblerait que dans tous nos combats, toutes nos quêtes pour tenter de rendre le monde plus juste, plus respectueux, plus écolo, plus logique qu’il ne l’est, le concept ce soit de tendre l’autre joue sous peine d’être taxé d’extrémisme. Est-ce que quelqu’un pourrait expliquer une bonne fois pour toutes à ces gens qu’ici, ce n’est pas le Nouveau Testament, mais le vrai monde ?

Alors voilà, il est cordialement demandé à chaque militant et militante d’être gentille, polie, pédagogue, soucieuse de préserver la sensibilité de l’autre et surtout de placer à l’intention de tous ses interlocuteurs une liste de disclaimers : #notallmen, #notallcarnistes, et bientôt probablement #notallracists, soyons fous !

Ça va. On a tous bien compris que vous n’étiez pas tous des violeurs, que tous les gens qui mangent une tranche de bacon et des chipolatas le samedi midi n’étaient pas en faveur du massacre des baleines et des éléphants, et que le fait que vous riiez à des blagues sexistes et grasses ne voulait pas dire que vous alliez prendre les armes pour assassiner tout ce qui n’avait pas l’air aryen dans votre voisinage. Cela posé, pourrait-on parler des vrais sujets ? Parce que quand je vous entends dire que vous n’êtes pas des monstres  assoiffés de sang à la moindre mention d’une notion de culture militante et que chacun ses opinions j’entends surtout une façon d’éviter le sujet – que ce soit par l’absurde ou par le relativisme forcené.

La raison pour laquelle on vous semble radicaux (et d’ailleurs on ne l’est vraiment, vraiment pas, je vous renvoie à cette BD qui aborde vraiment bien cette question), c’est qu’on n’a plus le temps. On n’a plus le temps d’être tièdes.

Les animaux n’arrêteront pas de s’éteindre, la planète de s’effondrer, les braconniers de braconner, les baleiniers de… braconner, parce qu’on le leur aura demandé poliment. Les abattoirs ne fermeront pas juste comme ça. Les industrialistes de l’agriculture ne vont pas relâcher les poules et les lapins, car ils auront soudain mauvaise conscience. Tous ces gens savent très bien ce qu’ils font. Les violeurs n’arrêteront pas de violer, les masculinistes de frapper, harceler, tuer, les policiers racistes de faire du délit de faciès, l’État de cautionner la violence envers les minorités et les mauvaises herbes quelles qu’elles soient. La politesse, c’est bon. On a essayé.

Vous savez ce qui me fait mal ? Qu’il y ait encore des gens pour parler de la violence des opprimés comme si c’était autre chose qu’une réaction épidermique à une violence bien plus forte et bien plus implacable. Que des gens trouvent encore que c’est ok de priver des animaux de leur condition même d’animaux, c’est-à-dire les réduire en esclavage, alors qu’il y a belle lurette qu’on peut faire autrement. Que le premier réflexe de pas mal de gens quand on parle du viol, c’est de parler des fausses accusations. Qu’il y ait encore des gens pour placer leur confort au-dessus des conditions de vie – et de mort – d’autres êtres sentients (et spoiler : ça inclut des êtres humains) sous prétexte que ces morts ne se font pas de leur main, et que ça arrive loin.  Et je m’inclus dans le lot. J’ai chez moi, j’utilise tous les jours des objets que, sans l’esclavage (qu’on pratique encore, hein), je n’aurais pas eus. Je sais que c’est mal, et je n’ai pas encore trouvé de solution pour faire en sorte que mon idéalisme et mon pragmatisme marchent de concert, et c’est pareil pour tout le monde. Il n’y a pas d’un côté les militants parfaits et de l’autre les affreux apolitiques-donc-de-droite* conspirant pour la fin du monde par inertie. Mais le fait qu’on ait tous nos dissonances cognitives ne fait pas de leurs objets des choses belles et bonnes et immuables, et surtout, le fait que le militant en face ne soit pas parfaitement pur, vertueux et irréprochable ne te dispense pas, toi, de faire des efforts.

Tu trouves que le harcèlement de rue c’est mal ? Oppose-t-y quand tu en vois. Soutiens les victimes. Tu n’es pas pour la souffrance animale ? Ne donne pas ton argent à ceux qui la perpétuent comme un business. Tu es contre les inégalités ? Soulève-toi et revendique la propriété publique des moyens de productions. Tu ne peux pas faire tout ça, parce que tu as peur de te faire taper toi aussi / pas les moyens de consommer mieux / tu ne sais pas comment démarrer une révolution ? OK. Ça arrive. On n’a pas tous les moyens de lutter. Parce que ce système fait en sorte que la majorité d’entre nous soit trop occupée à survivre pour avoir le temps de faire ça. On n’est pas tous prêts. Parce qu’on est éduqués depuis notre enfance à accepter l’inacceptable, sans explication et sans droit de réponse.

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Mais par pitié, arrête de nous dire que nous sommes des monstres intolérants quand c’est toi qui projettes ta propre culpabilité de ne pas faire mieux sur nous.

Un militant c’est quelqu’un qui fait de son mieux. C’est un humain. Parfois, il s’énerve, parce que ce monde contient toutes les raisons du monde de se mettre en colère et que pendant ce temps on l’enjoint à être plus poli, plus souriant, plus avenant, et surtout à appliquer une sorte de tolérance universelle dans laquelle on tolère au passage l’esclavage de toutes sortes d’êtres vivants, le pillage des océans, la domination masculine et le capitalisme.

Militer c’est fatigant. Parfois ça se fait en groupe, en fondant des assos, en organisant des événements. Parfois ça se fait en solitaire, en décidant simplement de ne plus acheter de vêtements neufs. Dans les deux cas, ça suppose de choisir un chemin qui n’est pas le plus facile, de reprogrammer nos neurones. C’est parfois usant. Faire semblant d’accepter ce qui se passe comme si c’était une fatalité, même une fois, même pour éviter de se disputer, c’est pire : c’est dangereux. Parce qu’on risquerait de s’y habituer pour de bon.

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* Je pars du principe que tout est politique au sens large, celui de la vie de la cité. C’est encore plus vrai avec la mondialisation : il est virtuellement impossible de s’extraire du politique. Le type de tabac que tu fumes est politique. Le type de transports que tu utilises. Ce que tu manges à midi. Même si tu vas t’isoler dans une forêt, ce sera politique. Or, pour moi, la différence entre ce qu’on appelle la gauche et la droite, au-delà des partis dont on sait bien que leur classification sur cet axe est sujette à caution, c’est que la droite juge que le monde tel qu’il est est soit assez bien, soit inévitable, alors que la gauche veut essayer d’inventer un monde meilleur. Dire qu’on est apolitique, c’est être de fait démissionnaire de son pouvoir de changer au moins une partie du monde, et donc, l’accepter tel qu’il est, avec ses oppressions.

Tiens, prends donc une leçon de conscience politique jusque dans ta façon d’écrire ce que tu écris, quelque part au milieu de cette conférence brillante :

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F(r)ictions

« Il faut que tu réalises, vois-tu, qu’il y a un moment exact où tu as perdu ma confiance. Ce n’est pas si commun ; ou l’est-ce, de pouvoir dater et documenter ce genre d’événements ? Celui où tu lèves la main pour frapper l’enfant avant de t’excuser en promettant que tu ne ferais jamais ça, que ça n’arrivera plus. Celui où tu lâches devant ton amie victime de viol, “Je n’ai que ta parole”, cette fraction de seconde et de phrase que tu tentes de rattraper immédiatement en lui assurant : “Mais je te crois, évidemment.” Mais il est trop tard pour l’évidence. Ce n’est peut-être pas la seule chose ; sans doute est-ce la dernière d’une série de micro-circonstances, de non-circonstances pour toi, même, qui se sont accumulées sans qu’aucun des deux en ait conscience ; mais peut-être aussi que, jusqu’à cet instant, tout était réparable, pardonnable, oubliable. Peut-être qu’à elle seule, cette phrase n’aurait pas suffi à tout foutre en l’air ; peut-être que si. Il n’y a pas de moyen de revenir en arrière pour le savoir.

Et je n’ai plus confiance en toi.

Ma confiance, vois-tu, apprend. Elle ne s’est pas roulée en boule sous les coups – elle sait maintenant que ça ne sert à rien. Elle n’a pas tenté de revenir, de s’approcher puisque tu ne le ferais pas. Elle s’est contentée de partir, et ne s’est même pas donné la peine de rédiger sa propre note d’adieu. Elle a laissé ma colère s’en charger – te dire quoi, pourquoi, point par point. Pas dans l’espoir que tu comprennes, mais répondant à l’obligation morale de te laisser l’occasion de grandir de tout cela. Mais elle n’a pas passé plus de temps que nécessaire sur ton cas, surtout pas.

Elle a eu raison. »

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Sas

Je sors de deux journées de tournage. Belles, fraîches, en excellente (et nombreuse) compagnie, à incarner deux personnages que je ne connaissais pas encore et à explorer, de fait, des facettes inconnues de ce que j’apprends à faire. À répéter quand je ne tournais pas, à bouquiner The Artist’s Journey quand je ne répétais pas.

Ce matin, je me suis levée tôt, mais quelque chose de moi était resté coincé ailleurs. Me mettre au travail a été long ; et même là, je fixais mon écran sans rien y mettre. Je suis sortie faire une course ; j’ai pris une seconde douche ; j’ai lu quelques autres pages. Quand, finalement, je me suis mise à écrire, ce n’était pas mon roman – c’étaient des morceaux de scènes de livres qui n’existaient pas. C’était mieux que de fixer mon écran, et je ne savais pas si ce n’étaient pas, plutôt que des diversions pour m’éviter de m’occuper de mon intrigue, des notes et des graines pour plus tard ; je les ai écrites et je les ai même plutôt aimées.

Ce n’est que vers midi que j’ai fini par comprendre ce qui se passait : j’étais encore ailleurs – dans cette partie de mon esprit qui jouait plutôt que d’écrire. Les ponts existent, mais ils ne sont pas évidents à emprunter ; j’ai beaucoup plus de difficultés à apprendre mes propres textes que ceux des autres parce qu’à l’instant où je décrète que c’est la version définitive, mon cerveau les efface de sa mémoire-cache. Pour lui, c’est fini, donc à oublier – et tant pis si une autre partie de ma pratique a désespérément besoin de retenir ce texte. Tout est relié mais par des ponts de corde, qui changeraient l’agencement de mon intériorité alors que je marcherais dessus, et qui me forceraient à marcher le plus lentement possible parce que réagencer les intériorités prend du temps.

Ce matin et ce midi, j’étais sur l’un de ces ponts. Et il a bien fallu admettre que la folle semaine de productivité que je m’étais programmée en attendant le prochain tournage ne commençait pas aujourd’hui.

J’expérimente un peu de dissonance cognitive (ou au moins un très fort double standard) au niveau de mes idéaux ces derniers temps ; je voudrais que tout le monde soit protégé mais pas moi parce que je ne veux pas que cette protection se substitue à mon mouvement vers une version plus forte de moi-même. Je crois qu’il est bien, et sain, que les gens aient droit à leurs périodes d’improductivité et même d’ennui mais je refuse de m’y plier, tout en sachant que l’ennui est une part importante du processus créatif.

Mais c’est aussi vrai que du fait que je ne sache pas écrire et faire de la prod durant une même journée, et qu’il m’est difficile de travailler sur mes projets après avoir posé : si j’assume d’avoir choisi de ne pas choisir entre deux (en réalité beaucoup plus) disciplines, alors je suis obligée d’admettre que ma tête ne contient pas un super-ordinateur que je peux juste rebooter à l’envi à chaque fois que je veux changer d’OS.

Je ne sais pas si ces sas ne sont pas, plutôt qu’un obstacle ennuyeux, ma meilleure chance de m’accorder un peu d’oisiveté. Lire les livres des autres, voir les films des autres. Jouer aux jeux vidéo des autres. Peut-être que la passerelle est un bon endroit depuis lequel m’accorder une pause – me nourrir -, et me rappeler de ce que j’ai envie d’atteindre un jour. Parce que si on admet que créer des choses est une activité qui justifie l’usage exclusif de tellement de notre temps de vie, alors connecter avec les oeuvres des autres l’est aussi.

Nos vies sont solitaires, mais il serait faux de dire qu’on peut, ou devrait, se contenter de rester attachés à nos tables à améliorer, à développer et à refaire en circuit fermé. Les pauses ne sont pas seulement salutaires, pas seulement là pour maintenir les artistes en vie ou les rendre plus productifs – elles sont l’autre versant de ce qui constitue leur raison de vivre.

Et c’est ok.

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Bienveillance

Je rencontre souvent des gens qui me ressemblent. De plus en plus souvent, à vrai dire. Qui me ressemblent, c’est à dire : avec une envie de créer, d’agir en artistes, et un énorme syndrome de l’imposteur qui leur fait remettre à demain le fait de s’y mettre. En général, je leur offre Nobody wants to read your sh*t parce que j’ai identifié ce livre comme celui qui a fait charnière dans ma vie, mais la vérité c’est que la charnière était composée de bien plus de paramètres que ça. Still (Writing), c’est une bonne influence à avoir.

De temps en temps aussi, je croise le chemin de perfectionnistes autoproclamés qui ne font rien de tel – c’est à dire de juges et censeurs. Ils me parlent de légitimité, eux aussi ; celle des autres. Celle de ces artistes qui sont en découverte de leurs propres compétences et de comment iels pensent que ces gens-là manquent d’exigence, d’autocritique, de perfectionnisme justement. Parfois ils agitent un diplôme ou une pratique artistique réputée exigeante pour justifier leur violence, mais tout ce que j’entends c’est Je n’ai pas fait le choix de m’y mettre et je t’en veux de le faire alors que tu n’as pas ce que j’appelle le talent – la capacité à maîtriser tous les aspects du travail, tout de suite, à sortir un truc parfait dès le début. De quel droit tu montres tes premiers travaux ? De quel droit tu sors un livre ou une histoire ou une série qui n’a pas le niveau de ce que font des auteurs et des réalisateurs et des comédiens qui ont des décennies d’expérience, d’apprentissage et de ratages derrière eux ? De quel droit tu te permets d’être imparfait et d’être quand même ?

J’ai envie de leur dire que le talent, c’est une notion pratique – pour ne pas s’y mettre, pour interdire à ceux qui ne l’ont pas de s’y mettre. Je ne crois pas au talent même si je reconnais l’existence de facilités. C’est un débat que j’ai souvent. Je ne prétends pas qu’on parte tous du même endroit, mais je dis qu’on peut tous arriver là où on a envie – besoin – d’être. Mais je sais qu’ils ne m’écouteront pas, alors j’arrête d’essayer avec eux et je passe davantage de temps avec celles et ceux qui ont accepté d’avoir conscience de leur vulnérabilité.

J’ai envie d’être un artiste et ça me fait mal de ne pas être en train d’écrire ou de danser ou de composer ou de peindre, là, tout de suite.

Et si j’étais trop vieille maintenant ? C’est pas trop tard, tant que tu es en vie et lucide. Quel que soit le nombre d’années qu’il nous reste à vivre, c’est de toute façon trop pour les passer à faire semblant de se contenter d’autre chose. Regardons les choses en face : renier nos aspirations, on l’a toustes déjà fait, à un moment ou à un autre. Comment ça a marché pour toi ? Pas fameux, si ?

Et si je suis déçue de ce que je fais ? Mais c’est ça le truc, tu ne seras jamais satisfaite. The blessed unrest. Et c’est ça qui te fera continuer. Encore. Et encore. Les jalons sont moins importants que le mouvement.

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Et si ce que je fais n’a aucun impact, sur personne ? Et si tout le monde s’en fout ? J’ai souvent repris à mon compte le contre-argument suivant : mais si, au contraire, tu peux changer la vie d’une personne, ne serait-ce que d’un degré, est-ce que ça ne vaut pas déjà le coup ?, mais je veux aller plus loin. Et si cette personne c’était tout simplement toi ? Et si le simple fait d’accepter de prendre ce temps et de te retrouver face à toi-même et de créer ces choses que tu t’autorises à peine à imaginer et de leur porter un regard honnête et franc en oubliant cinq minutes les jugements extérieurs – et si, ça, rien que ça ça valait déjà le coup ? On dit tout le temps qu’il faut être le changement qu’on veut voir dans le monde et moi je crois impossible de s’asseoir à une table pour écrire honnêtement, d’arriver au bout d’un livre, et de ne pas être une meilleure personne à la fin. (Sauf Hitler.) Je crois que ça vaut le coup.

Dans l’une des nouvelles que j’ai terminées cet été, l’un des personnages dit à l’autre, catastrophé de ne pas réussir à changer l’ordre des choses (l’ordre des choses. L’existence même de cette expression dit tellement sur notre façon de penser.) : « Tu ne peux pas faire plus que ce que tu es. Mais tu peux devenir davantage, si tu essaies longtemps. » Et la première chose qui existe dans le monde et sur laquelle tu as une prise, c’est toi. Alors, pourquoi ne pas commencer par là ?

Bien sûr que l’artiste répond à son époque, à son Zeitgeist, bien sûr que l’art c’est politique, bien sûr qu’on a besoin de sentir qu’on a une prise sur le monde, mais qu’est-ce qu’on a à perdre à essayer d’être alignés avec nous-mêmes, enfin ? Jusqu’à preuve du contraire, tu fais partie du monde. Peut-être que la seule chose que tu auras gagnée c’est que tu seras plus en phase avec ta vulnérabilité ou plus forte ou plus honnête ou plus consciente de ce dont tu as besoin, mais bordel, c’est pas médiocre, comme résultat. C’est le contraire.

Et si, au passage, tu as touché quelqu’un, ou encouragé quelqu’un à s’y mettre aussi, ou amorcé un changement dans le monde, c’est parfait.

Et vous savez ce qui est marquant, pour moi, dans toutes ces raisons de créer et de chercher à s’améliorer pour créer encore même si on ne s’en sent pas capable ? C’est le nombre de fois où j’ai besoin qu’on me le rappelle, et où moi, je dois le rappeler à celleux qui me l’ont précédemment dit. C’est un peu notre lot, mais on en tire notre parti. On est à la fois un équipage (qui se soutient les uns les autres) et une flotte (chacun mène ses propres projets, pas ceux des autres). Et tout ça – la bienveillance reçue et donnée et partagée, le fait de se nourrir mutuellement et de voir les autres grandir et d’en tirer de l’inspiration – ce serait un peu mon idée de la famille parfaite.

Alors je propose qu’on continue ça.

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Second miroir

J’ai fait du montage aujourd’hui.

Pas ce matin, tôt ce matin j’écrivais. Mais le reste de la journée, c’était du montage – l’épisode final de Sans Vouloir vous Déranger. La plupart des gens avec qui j’en ai parlé semblent penser que ce doit être l’étape la plus désagréable pour moi – ce qui est le cas.

Monter les images où on apparaît soi-même, c’est quelque chose à quoi je ne connais aucun comédien qui ne rechigne. Dans ce cas particulier c’est me confronter une nouvelle fois, et à mon image, et à mon jeu, et à mon scénario. L’un des plus intimes jusqu’ici – si pas le plus intime. Nous verrons. Je n’ai pas fini. Tout a encore le temps de se casser la figure et d’être reconstruit trois fois.

Mais si cette violence, celle de la confrontation, que j’avais décrite dans L’Art de la Pose, est ici décuplée et multipliée par le nombre de tableaux sur lequel elle s’exerce, je pense encore qu’elle est bonne. Parce que j’aurai toujours ce moment d’autodétestation, même quand je ne fais pas exprès d’être ridicule – surtout dans ce cas – au début, mais je me mets quand même au travail, aussi inconfortable soit-il, épisode après épisode après épisode.

Elle est bonne parce que le mouvement de recul, de dégoût, de peine et de colère en me voyant et en m’entendant a beau arriver à chaque fois, je le balaie chaque fois un peu plus vite. Elle est bonne parce que chaque moment que je ne passerai plus à me laisser distraire par mes (nombreuses) imperfections sera un moment de plus passé à perfectionner ce qui peut l’être. Encore, et encore, et encore. Et elle est bonne parce qu’elle me sert à voir que c’est ce que je fais maintenant, ce que nous faisons – we show up.

Alors, je reviendrai demain.

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Paris, France | "L'homme est moins lui-même quand il est sincère, donnez-lui un masque et il dira la vérité." Oscar Wilde