SVVD, l’épisode final !

Cela fait si longtemps que beaucoup ont cru que l’épisode 11 de Sans Vouloir vous Déranger était le final, une conclusion de fin de saison qui nous informerait que les polyamoureuxes sont avant tout des personnes ayant un kink organisationnel et rêvant de Google Agenda une nuit sur deux.

C’est vrai, cependant.

Mais c’est avant tout une série sur la prise de confiance en soi, et parfois vouloir apparaître comme un.e bon.ne polyamoureuxe n’est pas une bonne façon de l’être.

Je vous laisse avec la fin de cette série. J’ai beaucoup appris en la faisant. J’espère que vous aimerez ce projet patchwork, avec son imperfection. Si vous ne vous souvenez pas du début, vous pouvez revoir (comme disent les bourgeois car allons, on ne voit pas SVVD, on la revoit) la saison 1 et la saison 2.

Autobiographie d’une couleur

Texte écrit durant un atelier d’écriture de Pauline Harmange.

Ils s’inquiètent tous de ce qui se passera ensuite. Dans quelques années, quelques décennies au plus. Chacun sa peau, celle de quelques autres au plus. Et moi ? Ils se répètent entre eux combien tout sera plus difficile une fois qu’il n’y en aura plus, la pauvreté, la pollution. Les flammes qui s’étendront avant de s’éteindre.

Mais eux, ils seront toujours là pour le vivre, ou d’autres pour se souvenir d’eux. Les plus vives aussi, en parlant de flammes. Il leur restera ça, et d’autres choses. Sous et au travers du plafond nuageux, elles seront toujours là. Elles se feront rares. Elles se feront précieuses, masquées avant de faner.

Mais moi ?

Ç’a été d’un glorieux, pourtant, ma naissance. Après toutes les autres. L’enfant chérie des magnats et industriels de tous poils. Bientôt, j’étais partout : dedans, dehors, et sur les vêtements des conductrices. Puis les bijoux, les objets, les cocktails, l’Art. Tout cela en si peu de temps, tout cela pour si peu de temps. On m’avait déterrée, nommée, adorée. J’étais devenue la coqueluche du tout-Paris. Adieu canard, adieu ardoises, et les rois on leur avait déjà coupé la tête depuis longtemps.

Mais s’il n’y en a plus ?

Qu’est-ce que je deviens, moi, une fois qu’ils ont tout pris ? S’il devient le mauvais souvenir d’une époque qui leur a tout pris avant de les abandonner dans les décombres ? Mais c’est de leur faute. Je ne leur ai jamais rien demandé. Je regarde l’époque s’effondrer et je me demande s’il vaut mieux leur oubli ou leur haine. Au fond, je crève de peur.

Où vont les couleurs lorsqu’il n’y a plus personne pour les nommer, plus rien qu’elles puissent décrire ?

Tarothor

Après le trailer, voici le premier volume des interviews de Fenriss qui utilisent un tirage de tarot et le concept du Voyage du Héros de Joseph Campbell pour tenter de retracer le parcours d’un.e écrivain.e. Pour ma part, j’avoue que ça m’a mis.e dans une situation assez inconfortable (comprendre : j’aurais voulu recommencer), mais j’ai bien aimé ce moment !

Pour les consoeurs qui passeraient par ici, Fenriss cherche à interroger des autrices et surtout des personnes racisées, puisque ce sont celles qu’on voit le moins. Je ne peux que soutenir cette démarche.

Something in a fanzine

Ce week-end se tenait la InkJam 2021, qui était aussi ma toute première game jam. Avec une douce équipe, j’y ai participé en tant que writer (et ai écrit beaucoup de poèmes adolescents des années 90).

Theme: You’ll think of something.
Designer: Echopteryx
Writer: Florence Rivières
Visual artist: Naïlys Kaboom
Music & Sound Designer: Aurélien Montero
Voice: Laurent Gris
Mama-san & correction: Sasha_JP

Quand vient la nuit

Thème lancé par le collectif Écris Simone. Contrainte : pas de négation.

La première nuit, ç’a été le chaos. Tout le monde se demandait ce qui lui arrivait – presque tout le monde. Les nuits suivantes on est resté chez soi, à se contempler dans tous les miroirs qu’on pouvait trouver, à scruter sa propre peau, attendant de savoir quel sens donner à tout ça. Se demandant de quoi ces tâches étaient la marque, s’il y avait contagion à craindre. Mais il y avait déjà tant de cas…

Et puis le consensus médical est tombé. Et le monde a compris pourquoi les marques touchaient tant d’hommes et si peu de femmes, pourquoi femmes et enfants, comme lors d’un naufrage mystifié, étaient épargnés. « Épargnés », un mot étrange dans ce contexte. Comment postuler que ces femmes, ces enfants, ces rares hommes avaient vécu loin de ceux qui deviendraient les marqués ? Si, comme la science l’affirmait sur un ton plein encore d’incrédulité, la marque pointait ceux qui avaient…, il fallait bien que l’on se pose la question de ceux qui avaient été.

Les hommes politiques qui s’étaient tenus loin des caméras y avaient toujours accès. Ils s’adressaient au peuple le midi plutôt que le soir. Les sessions nocturnes, à l’Assemblée, furent abolies. Il eût été trop facile pour une minorité d’épargnés de faire passer les lois qui les arrangeaient en douce ; on instaura l’obligation de légiférer en plein jour juste avant les interdictions de sorties pour les mineurs. On voulait les protéger de ce savoir. On arrêta certains marqués, bien sûr, parce qu’il fallait bien agir et qu’on était parfois bien obligé d’accepter un travail de nuit, même si cela signifiait risquer d’être vu. On conserva les arrestations de nuit ; il suffisait de rester chez soi, si l’on voulait éviter les discriminations.

Les épargnés protestèrent. L’instauration du couvre-feu profitait aux mêmes, elle privait de liberté de mouvement celles et ceux dont on aurait su qu’ils étaient innocents. On les accusa de vouloir défendre des agresseurs, y compris les leurs, on invoqua le syndrome de Stockholm. Le débat sur la carcéralité reprit de plus belle. Les scientifiques admirent leur incapacité à dater les faits marqués, à relier une marque à une victime. La prescription risquait d’être violée, dit-on à l’antenne. La prescription risquait. On refusa de rouvrir les dossiers classés sans suite. Des marqués en bandes, visages masqués, sortaient pour le simple plaisir de parader leur impunité. Les jets de pierre cessèrent lorsqu’on s’aperçut qu’ils rendaient les coups.

Et les nuit venaient les unes après les autres, et on attendait toujours les mesures qui protégeraient celles et ceux qui vivaient avec un marqué. Des groupes de femmes se créèrent, clandestins, les uns après les autres. Des groupes de femmes tout sauf épargnées, parce qu’existait-il seulement une telle personne ? Des groupes de femmes aux peaux libres des marques nocturnes, porteuses d’autres peut-être.

L’épidémie a eu ceci de bon qu’elle a arraché tous les voiles de nos faces. Les dossiers de divorces s’accumulent, des colocations s’établissent. Nous manifestons pour être protégées, nous militons pour l’obligation, pour les hauts fonctionnaires, d’apparaître au moins une fois par an, publiquement, de nuit. Nous savons que c’est en pure perte. On nous répond que nous avons les moyens maintenant de savoir à quoi nous en tenir. Comme si, parce que les marques apparaissent exclusivement la nuit tombée, cela exemptait les journées de tout risque.

Alors nous avons fait des nuits notre domaine. Quand vient la nuit, nous aussi sortons.

Entre nos mains

Thème lancé par le collectif Écris Simone. Contrainte : utiliser le futur.

Encore quelques semaines.

Entre nos mains disparaîtront ces quelques millimètres qui depuis des décennies suffisent à faire gouffre. Le verre froid qui nous sépare, assenant la différence entre eux et nous, l’irréconciliable distance, se lèvera comme un voile. Peut-être alors nous frôlerons-nous, nous mêlerons-nous et ne laisserons plus d’espace entre nos mains. Peut-être irons-nous jusqu’à nous toucher.

Encore quelques jours.

D’abord nous leur rappellerons ce qu’ils ont quitté, nous leur laisserons le temps de s’éveiller, de s’adapter comme nous l’avons fait. Nous leur dirons les vieux accords auxquels nous n’avons pas consenti. Comme ils ont dit que c’était entre nos mains maintenant mais ce qui était entre nos mains, ça n’avait pas changé, c’étaient les petits gestes, ceux qui n’ont de sens que dans un monde qui va déjà bien. C’était toujours ce qu’on nous laissait, les miettes de gestes verts au milieu d’injonctions à surtout, surtout ne pas laisser l’économie mourir plus vite que la planète. Et pendant ce temps, ils étaient cachés là. La moitié d’entre nous, mais pas n’importe quelle moitié ; suffisamment pour que chacun d’entre nous ait un être cher à préserver là, derrière le verre, mais en particulier la totalité d’entre eux. Ils disaient que ça nous rendrait plus responsables. Que la pause était due non seulement à la planète mais à tous ceux, là, qu’on avait endormis.

Nous ne leur raconterons pas les moments où nous avons essayé. Ils étaient tous endormis là avec nos êtres chers et leurs espoirs qu’à leur réveil nous aurions tout nettoyé et peut-être préparé une toute nouvelle planète pour eux, qui sait ? Alors ils ne méritent pas la microseconde de satisfaction que leur donnerait la confirmation que les directives ont été suivies, un temps. Non, nous irons droit au but et à la façon dont nous avons cassé leur monde après qu’ils ont eu brisé le monde. Il ne reste qu’eux à éveiller parce que nous avions déjà ramené ceux que nous aimions. Notre survie commune n’a jamais été une question de quantité de population.

Encore quelques heures.

Ça n’a pas été facile. Il reste beaucoup à faire. Mais petit à petit, année après année le jour du dépassement reculait et les territoires des animaux avançaient, et nous ne pouvions, ne pouvons, ne pourrons rien faire pour ceux qui ont souffert et sont morts, à part ceci.

Nous les éveillerons, les grands propriétaires terriens du monde d’avant, les tireurs de ficelles et les patrons pyromanes. Ils trouveront leurs possessions dispersées par la révolution, les quatre-vingt-dix-huit pourcents d’humanité qui ont eu la prévenance de les laisser dormir tout ce temps où l’on avait mieux et plus urgent à faire que s’occuper d’eux, face à eux, d’une façon ou d’une autre. Et nous les amènerons un à un, les ferons patienter dans les vieux couloirs – ils ont attendu des décennies sous leur glace synthétique, ils peuvent attendre encore.

Et plus tard, aujourd’hui, nous les jugerons.

À leur tour d’être entre nos mains.